EPILOGUE
trer la fortune, mais Dieu lui avait fait une grâce incomparablement plus précieuse, il avait trouvé la route du ciel.
Cet homme, désormais chrétien, aurait voulu faire part à ses compatriotes du trésor qu'il avait acquis, mais il n'avait aucune aptitude pour la prédication. Il se contenta de prier, et Dieu entendit sa voix. A quelque temps de là, un lettré se convertissait à la capitale ; peu après avoir reçu Teau sainte du baptême, il s'en revint,lui aussi, dans ses foyers.Un lien sacré unit désormais ces deux nouveaux disciples de Jésus-Christ. Ardents comme les apôtres au sortir du cénacle, ils n'aspiraient qu'à répandre la bonne nouvelle de l'Évangile et se mirent à prêcher.
La grâce a préparé des cœurs dociles, et la parole des prédicateurs improvisés porte des fruits merveilleux. Sur ces entrefaites, un missionnaire arrive et la foi prend de nouveaux accroissements. Mais l'homme mauvais veille et va semant l'ivraie à travers le bon grain. La persécution éclate, le sang coule, mais ce sang une fois de plus deviendra une semence de chrétiens.
Bientôt, en effet, un missionnaire ne suffit plus, un second ouvrier vient joindre ses efforts aux siens. Le mouvement continue et s'étend. Dix fois, vingt fois des rumeurs menaçantes se répandent contre les adorateurs, du vrai Dieu. On va mettre à mort tous les chrétiens. La vérité ne cesse pas pour cela sa marche progressive et éclaire de nouveaux horizons.
Ce n'est plus seulement la plaine qui reçoit la lumière de l'Évangile , la montagne participe aussi à la grâce divine. De toutes parts on vient à nous... un petit oratoire ne suffit plus comme autrefois, quatre ou cinq chapelles s'élèvent à peu de distance les unes des autres.
Puis le cercle s'agrandit encore, cinq missionnaires travaillent dans cette partie du champ du père de famille. Ils suffisent à peine à la tâche ; les aborigènes réclament aussi leur part du bienfait de la rédemption; l'Évangile leur est prêché et ils embrassent avec joie notre sainte religion. Ici c'est un village presque tout entier qui se déclare chrétien là 40 chefs
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de famille adorent en même temps ; plus loin 200 familles renoncent à Tidolâtrie dans le cours d'une semaine.
Tous demandent à s'instruire. Mais, pour répondre convenablement à leurs désirs et suffire à leurs besoins, il faudrait huit à dix missionnaires et une vingtaine de catéchistes. Où trouver un pareil personnel ?
La chrétienté dans le district de Kiu-tsin compte aujourd'hui environ 5,000 personnes. Toutes ne sont pas encore baptisées malheureusement, mais un bon nombre cependant ont déjà reçu cette grâce et beaucoup d'autres y sont préparées chaque jour.
Tel est le résultat obtenu dans le cour« de ces douze années, et cela malgré l'opposition constante des mandarins et des lettrés, malgré la persécution et les obstacles de toutes sortes, ainsi qu'on l'a vu dans la suite de ce récit.
Aujourd'hui le même mouvement continue, aussi consolant qu'aux plus beaux jours. Espérons que la miséricorde divine ne s'arrêtera pas là et qu'elle produira encore des merveilles de grâces dans cette contrée, d'ailleurs si bien disposée à suivre l'im^pulsion de Celui qui est la voie^ la vérité et la vie.
Quelques-uns de mes lecteurs seront peut-être contents de savoir ce que sont devenus les hommes avec lesquels nous nous sommes trouvés en lutte pendant ces quelques années et qui ont mis le plus d'entraves au progrès de l'Évangile dans cette partie du Yun-nan.
En effet, on s'en souvient, à peine le christianisme eut-il fait son apparition dans le district de Kiu-tsin qu'il y rencontra de nombreux ennemis, surtout parmi les mandarins.
Celui qui tout d'abord nous fit sentir les effets de sa haine, fut Tang-kouan, sous-préfet de Lan-Hn. Prévenu des manœuvres de plusieurs notables contre les chrétiens, non seulement il ne les arrêta pas, mais il leur prodigua sous main des encouragements. Après la mort de Tchang-kouang-tsay, il prit les meurtriers sous sa protection. Puis il n'écouta les plaintes de la mère du martyr que pour rendre un jugement aussi inique que ridicule. Et, comme une victime ne lui suffisait
Mandarin civil du Yun-nan, d'après une peinture chinoise.
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^' CNS