‹ La Chine: Huit ans au Yun-nanChapitre 9 sur 74 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

passait dans la rue, personne ne s'avisait de lui disputer le haut du pavé. S'attirer leur haine,, c'était pour les Chinois comme se vouer à la mort, car nul ne pouvait échapper à leur vengeance.

A cette époque, le provicaire de la mission résidait à la capitale et, par un concours de circonstances assez extraordinaires, il se trouva en relations suivies avec quelques chefs musulmans. Sa position, d'ailleurs, était bonne et le mettait en rapport avec les premiers mandarins de la province. Par l'entremise du vice-roi Lao, il avait obtenu à Yun-nan-senun vaste établissement, en compensation des dommages causés à la mission lors des dernières persécutions.

Or, dans une assemblée solennelle où se trouvaient réunis une dizaine de marabouts et un grand mandarin militaire, musulman comme eux et non moins fanatique que ses coreligionnaires, on demanda à notre confrère ce qu'il pensait de Mahomet. Il était aussi dangereux de répondre qu'il eût été coupable de se taire ou de déguiser la vérité. Le missionnaire fit son devoir, il parla franchement, quoique avec tous les ménagements possibles.

^ Vous auriez bien fait, leur dit-il, de ne pas m'adresser une pareille question, car ma réponse ne saurait vous être agréable. Mahomet est en enfer et tous ceux qui suivent sa religion auront le même sort. »

Un sentiment d'indignation courut dans l'assemblée, sans faire explosion toutefois. La discussion religieuse était close, mais chacun des sectateurs du Coran emporta au fond de son cœur une haine mortelle contre le prêtre de JéSUS-Christ qui avait osé condamner Mahomet et sa doctrine (').

Dans les premiers temps, les musulmans dissimulèrent, à cause du vice- roi Lao qu'ils redoutaient. Ils ne voulaient pas d'ailleurs attirer l'attention de l'Europe sur le Yun-nan dont, à cette époque, ils songeaient à faire la conquête.

1. Je dois dire que le grand mandarin militaire, présent à la séance, montra dans la suite les meilleures dispositions envers le missionnaire que, sur le moment, il voulait massacrer.

Sur ces entrefaîtes, le vice-roî, qui se préparait aune guerre à outrance contre le^ musulmans dont il connaissait les desseins, demanda à M. Fenouil la permission de déposer des

Marabouts chinois.

tonneaux de poudre dans la partie inhabitée de l'établisse ment qu'il nous avait si gracieusement cédé.

Cette proposition était très embarrassante : permettre étai

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