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LANGUE ET LITTÉRATURE

Caractères chinois. — Racines ou radicaux. — Éléments d’uue classification philosophique. — Langue écrite. — Langue parlée.

Structure des phrases. — Système moral des Chinois. — Règlements pour l'étude. — Goûts littéraires. — Aphorismes. — Historiens. — Description chinoise de l’Europe. — Biographies. — Code des règlements civils. — Traductions européennes. — Leurs défauts.

Les caractères ou les mots chinois, pris en général, au lieu d’exprimer, comme les nôtres, des prononciations , représentent des idées. Ces symboles sont aussi intelligibles pour les habitants de la Cochincbine, du Japon' de l’ile Lieou-Kieou ou de la Corée , que pour ceux de la Chine ; de même que les chiffres arabes sont compris de toutes les nations européennes. Effectivement, un Anglais qui n’entendrait pas.ee qu’un Italien voudrait lui dire par les mots venti due , le comprendrait immédiatement s’il écrivait 22. On ne peut comparer l’écriture chinoise à celle des Égyptiens ; la première est basée sur un système beaucoup plus ingénieux que l’autre, qui parait s’être bornée à la représentation grossière des objets visibles.

Les Chinois ont six styles, ou formes d’écriture ou d’impression, à peu près comme nous avons nos lettres un-

ciales, romaines, gothiques, italiques, etc. L’écriture courante, que l’on pourrait aisément prendre pour une écriture alphabétique , en diffère cependant essentiellement; les caractères se placent les uns sous les autres en colonnes verticales, comme dans l’écriture mandchoue.

Toutes les assertions émises sur la difficulté que présentent les caractères chinois, à cause de leur multiplicité et de leur variété, ne sont que des exagérations de l’ignorance. Les racines ou signes primitifs (ceux que l’on - * pourrait , par une espèce d’analogie, appeler l’alphabet du chinois) ne sont qu’au nombre de deux cent quatorze; l’on pourrait même , avec un peu d’analyse , les réduire encore. Affirmer qu’il existe tant de milliers de caractères en chinois , c’est comme si l’on disait qu’il y a tant de milliers de mots dans le dictionnaire anglais de Johnson; en effet, il n’est pas plus nécessaire de les connaître tous, qu’il n’est nécessaire d’apprendre tout le dictionnaire de Johnson pour savoir l’anglais. Prémare a très bien remarqué : « Aemtnem esse qui non possit libros tegere et sinicè componere , quamlo semel quatuor vet quinque millin lillerarutn ( aul verborum) benè novil » qu’il n’y a personne qui ne puisse lire et écrire le chinois, après avoir acquis la connaissance de quatre ou cinq mille caractères ou mots.

La vérité est qu’un nombre moins considérable suffirait encore; car le nombre total des différents mots (à part toute répétition) du Code pénal, traduit par sir George Staunton, est au-dessous de deux mille.

Les racines servent, comme notre alphabet, à la classification des mots dans le grand dictionnaire chinois , compilé, il y a plus de cent ans, par ordre de l’empereur Rang-hi ; ils sont si bien disposés , qu’il n’est pas plus difficile d’y trouver n’importe quel mot , que dans nos dictionnaires européens. La principale partie du dictionnaire chinois du docteur Morrison est arrangée par

ordre de clefs. Une autre partie est classée d’après un plan différent , qui exige que l’on connaisse préalablement la prononciation du mot que l’on cherche. Cette dernière classification, par laquelle on a voulu imiter notre système alphabétique, est moins commode et moins sûre que celle des Chinois.

M, Rémusat a fait les observations suivantes sur les résultats du système qui a servi de base à la langue écrite.

« Comme les deux cent quatorze racines ou caractères radicaux (dont les combinaisons avec d’autres caractères forment toute la langue ) ne servaient dans l’origine qu’à des usages bornés , ou représentaient simplement les principaux objets de la nature , ou les idées primitivement acquises, les Chinois classèrent sous ces radicaux les catégories de genres et d’espèces existants dans la nature, et formèrent par là les éléments d’un système philosophique.

» A mesure que le cercle de leurs connaissances s’étendit , le besoin de mots nouveaux se faisant sentir, les instituteurs du langage, au lieu de créer de nouveaux caractères, imaginèrent ingénieusement de les exprimer en combinant les symboles élémentaires qu’ils possédaient déjà. Ainsi, par exemple, au nombre des racines nous trouvons cheval, chien, métal , etc. ; plus, l’addition de quelque autre symbole exprimant une propriété particulière, et servant à désigner les différentes espèces comprises sous ces principales catégories.»

De cette manière, - ainsi que le remarque M. Rémusat, chaque objet naturel devint pourvu d’une dénomination binaire , en tant que le caractère complexe est nécessairement formé de deux parties , l’une pour la classe, l’ordre , le genre; l’autre pour l’espèce ou la variété. C’est ainsi qu’ils expriment cheval, cheval-âne, chev air-mule ; chien, chien-loup , chien-renard; métal, métal-fer, métalcuivre, métal-argent; les mot6 élémentaires cheval, chien, t, h. 7

métal, étant ceux sous lesquels les mots composés sont classés dans le dictionnaire..

Par cet ingénieux procédé, se trouvèrent formées de véritables familles naturelles, qui, à quelques anomalies près , pourraient être avouées des naturalistes modernes, et où les dénominations spécifiques semblent les essais de la nomenclature binaire de'Linnée, et en ont presque tous les avantages.

M. Rémusat démontre cependant que les Chinois n’ont pas su faire tourner l'heureuse classification de leur langue écrite au profit des sciences. En effet, cette disposition <les caractères pouvait être d’un grand secours à leurs naturalistes ; mais il est juste de remarquer qu’en général les Chinois ne font qu’un usage très imparfait des moyens qui sont à leur disposition.

Le chinois, outre sa construction si ingénieuse et si rationnelle , a encore d’autres titres à l’attention des hommes réfléchis , car il est le moyen par lequel plus de quatre cents millions d’hommes, occupant un territoire qui excède la surface de l’Europe entière, se communiquent mutuellement leurs pensées.

Celui qui saurait écrire seulement quelques centaines de mots chinois pourrait- se faire comprendre sur une étendue de pays de deux mille milles de latitude, c’està-dire, depuis le Japon au nord jusqu’à la Cochinchine au sud. Les Français, ne considérant le chinois que sous le rapport littéraire ou scientifique, et n’ayant pas la moitié de l’intérêt qui nous attache à cette langue, l’ont cependant jugée assez importante, pour créer une chaire spécialement destinée à en répandre la connaissance. Combien n’est -il donc pas étrange qu’aucun établissement de ce genre n’ait encore été fondé en Angleterre!

L’uniformité du langage écrit n’a point empêché la prononciation de changer fréquemment d’une province à l’autre. Il en est de même en Europe; car, pour nous

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