‹ La ChineChapitre 36 sur 79 · I.A GUI NK · texte numérisé non relu

I.A GUI NK

semblable au leur. Comme, pour s’ên retourner depuis Calcutta , le plus court chemin était par le cap de Bonne- Espérance , ces Italiens, firent faire à l’opéra le tour du monde. . ' é

Avant de parler des compositions . dramatiques, nous dirons un mot de la mise en scène.

« Ils ne recourent point, comme sur nos théâtres mo- . dernes (remarque l’éditeur d’un Héritier danslavieillesse), à l’illusion des décorations, elles expédients singuliers dont ds sont quelquefois, à leur défaut, obligés de s’aviser, ne sont pas d’un genre beaucoup .plus relevé que U buisson d'épines et la lanterne de N ick-Bollom , pour représenter ou défigurer le personnage de la Lune, et l'homme ‘ barbouillé de plâtre. oucouvertd’nneétofl’egrossière, pour signifier une muraille. C’est ainsi qu’un général, sur un théâtre chinois, après-avoir reçu l’ordre de sp rendre dans une province éloignée, agite un fouet ou saisit les courroies d’une bride, et fait plusieurs fois le tour de la scène, . ' au milieu d’un effroyable vacarme de gongs, de tambours. . et de trompettes. Puis il s’arrête tout court, et annonçe à l’auditoire qu’il est arrivé.. S’il-, faut donner l’assaut aux murs d’une v ille , trois ou quatre soldats se couchent l’un * sur l'autre pour représenter le rempart. On peut sa former une idée asséz juste du peu d’assistance que tirait < „ anciennement des illusions de la scène l’imagination du public anglais, par la description que sir Philip- .Sidney . , fait dé l’état du théâtre et de la comédie de son temps, (vers l'anA 585). , ’ , ^ ♦ÂjE *.

» Maintenant, dit-il , vous aile/, voir trois daines qui se * promèneut en faisant semblpht de cueillir des llenrs 4 et vousdev.cz ci oire que l.e théâtre est un jafdin. Bientôt après, on viendra, dans lemèmcJiedî vous racontar on naufi agq, et vous élr<*«eul à blâmer, s '/vous ne»vous imaginez pas \ voir un rocher; ensuite un monstre hideux.' v'omird, du ftn^ejjjj^^îffujnée, et Je* ïpccta leurs lrcmblant^*fi« J ‘ *

obligés de penser qu’ils sont dans une caverne, tandis qu’au môme instant deux armées s’élanceront, représentées par quatre épées et quatre boucliers, ce qui doit transporter le plus incrédule au milieu d’un champ de bataille, jonché de morts et détourants. »

Les Chinois laissent le champ plus libre à l’imagination que nous ne le faisons; chez eux, l’action ne se passe pas toujours dans un même lieu, Comme dans-la plupart des tragédies grecques. « Vous ne pourrez jamais amener une muraille sur la scène , * dit Snug le, menuisier. Ainsi s’exprime l’acteur chinois. Cependant, quoique leurs * expédients ne soient pas aussi démeaprément absurdes que ceux auxquels on a recours dans le-Songe d’une nuit d'élê f ils ne sont guère plus ingénieux. \‘ÿr * *

v*érité est que les^lécordtions contribuent sans doute beaucoup à ajouter à l’illusion, mais qqjdles ne sont nullement d’une rigou^puse nécessité. Ne vaut-il 'pas héen mieux, en effet, se confier àj’imagjpation du spectateur,* guc dedomber dans ces erreurs palpables que Dennis a si bien .ridjculisées dans la tragédie dte Çalori d’Addisont* et qui toutes résultent^de l’çfacte observation de l’unité*, de lie^ P^L’imtiginaliqn jdoit^ttyujouns venir fn, aiçfc à* la* meilteçire^s'si^artions^ èu t^éâtip', tqpte de philosophie, du sujet *c trouve résumée clans les parole^du çhœur de la tragédie* AeJJ^ejtrj. F, de Shatspe.are. . . - . <

* Mais partUfanea, indqfgcnhrauditeurs , {jacdofinoz h » l’imptussapc» de hulule et fai^ft talent «qçirà ôsëv > sûr ces, indignes tréteaux* rc*pjr£septar irrfc sujet aussi

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sser*dan*»cç <cei»plé de tous l|^ ’n>illiers»d|k càsqûd* £ui '

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» maigre et chetive; doîtjepjresenter » million dé guerriers. '

-> zéros dans lin énorme calcul , nous laissions travailler »la force de votre imagination. Supposez qu’en ce mon ment, dans l’enceinte resserrée de ces murs , sont ren- » fermées deux grandes monarchies , dont les fronts levés n et menaçants, l’un contre l’autre opposés, ne sont sé- » parés que par l’étroit Océan. Remplissez par vos pen- » sées les vides que laisse notre impuissance ; divisez„un «homme en mille parties, et voyez en lui une armée » imaginaire, etc. »

C’était peut-être pour échapper à tant de difficultés • que le goût délicat des Grecs avait institué cette règle en vertu de laquelle^a scène ne pouvait être occupée par plus de trois interlocuteurs à la fois. Mais voyez un peu Tes résultats de ce système : l’a’clibn , au lieu d’èire vive et animée , dégénérait en âne série d'interminables récits, qui peuvent être beaux à la lecture, mais qui sont fatigants à la scène. Dans une des pièces d’EsçJiyle, intitulée les « Sept chefs dçvant Thèb'cs , » il y a un çspibn ou messager qui raconte, clans un discours de jipus ne savons plus combien de pages, les 'divers incidents du siège, ainsi que les armes et le , costumé des assiégeants,

* "Chez les Chinois; les cosiupaes sont assez' bien appropriés h la circonstance, et, en. certaines' occasions, ils ' sont d’une rare magnificence^ Comme ’ la' plupart de leuçs pièces ont une couleur liisto'riquj, *d,* pour'des bonnes raisons, ne se rapportent point’aux événements qui se sont succédé ^lèpuis la conquête tartafé, les costumes des, Chinois sont ceux-qn’ils portaient aptériêûr’e-

ment. La richesse de leur# habillements de théâtre îtirAi tL.il - MA* 1 !!!, i

magnifiqüeme

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avec un

drap d’or, orqéVde joyaux, et Ja tètef Elle chanta son rôle

te,*aes attitudes gracieuses, qjl en

jouant avec ses mains , dans l’une desquelles elle tenait un éventail. Le prologue étant fini , la pièce commença. Elle avait pour sujet l’histoire d’un empereur mort depuis long-temps, qui avait bien mérité de son pays, et en l’honneur duquel la pièce était composée. Tantôt ce personnage paraissait en habits royaux, avec un sceptre d’ivoire à la main , et tantôt ses officiers se montraient avec des drapeaux, des armes et des tambours, etc. »

Comme les Chinois n’établissent aucune distinction régulière entre la tragédie et la comédie, les droits de leurs pièces à l’un ou à l’autre de ces titres sont déterminés par le sujet et le dialogue. La ligne de démarcation est cependant assez fortement tracée. Ce qui •constitue la tragédie , c’est le caractère historique ou mythologique des personnages, l’élévation et la gravité du sujet , la tendance morale du drame , la catastrophe tragique du dénouement. Dans la comédie, les dramatis personœ sont ordinairement d’un rang inférieur; le dialogue , qui est plus dans le ton de la conversation ordinaire, est entremêlé de quelques bouffonneries et de ridicules lazzis.

S’il existe plusieurs pièces chinoises triviales, et même passablement indécentes, c’est que leur théâtre est assorti à tous les goûts. Nous avons déjà dit que , dans les festins où l’on fait venir des acteurs, le chef de la troupe donne une liste de pièces au principal convive, pour qu’il choisisse celle qu’il désire voir représenter.

Les anciens voyageurs, tels que Bell et autres, qui ont retracé l’impression qu’ils avaient reçue de la représentation d’une pièce chinoise, nkmt.pu juger que de la partie matérielle du spectacle, puisqu’ils ne cômprenaient-poin,t la langue du pays. Le premier échantillon dramatique fut traduit en français par le jésuite Prémare, qui, bien que résidapt alors à Péking, et profondément versé dans la connaissance du chinois ( ainsi t. 11. 9

l3t) LA CHINE.

qu’on le voit par sa Nolilin linguœ ainiav ) , n’a donné que la partie écrite en prose, et a laissé de côté les morceaux lyriques ou ceux qui sont chantés, parce que, ditil, « ils sont remplis d’allusions à des choses qui nous sont inconnues, et de figures de langage que nous avons de la peine à concevoir. » Voltaire s’est servi de la traduction de l’Orphelin de Tc.hao, par Prémare, pour la composition d’une de ses meilleures tragédies.

Cette pièce est fondée sur un événement qui arriva cent ans environ avant la naissance de Confucius. Un chef militaire ayant usurpé le territoire de la maison de Tchao, forme la résolution d'exterminer tous les membres de cette famille. Un fidèle serviteur sauve le seul héritier mâle , le cache, et le fait passer pour son propre fils. L’orphelin est élevé dans l’ignorance de son véritable rang jusqu’au moment où, devenu homme, son père adoptif lui révèle le secret de sa naissance; alors il prend les armes, venge scs parents, et recouvre ses droits. Le docteur Hurd fait remarquer la ressemblance de celte pièce, sur plusieurs points, avec l’Électre de Sophocle.

Il serait aisé de signaler un grand nombre d’autres rapprochements. Cependant le théâtre grec et le théâtre chinois doivent tous deux être considérés comme originaux, tandis que la plupart des pièces des autres théâtres ne sont, à proprement parler, que des imitations.

Le premier personnage qui entre en scène se fait connaître aux Spectateurs de la même manière que dans le théâtre grec. «> Ces prologues (dit Schlegel) rendent le commencement des pièces d’Euripide extrêmement monotone.» Il parait, èn effet, bien étrange de voir un individu' s’avancer et dire : ■< Je me nomme ainsi ; on a fait telle et telle chose , et l’on va faire telle et telle autre chose. » Il compare ces discours aux inscriptions qui sortent de la bouche des figuçes représentées dans les anciennes peintures. Quant à l’unité d’action , qui est fré-

quemment violée, il ne serait pas difficile de citer de nombreux exemples d’infraction semblable dans le théâtre européen ; car on en trouve même plusieurs dans quelques unes des trente -trois tragédies grecques qui nous restent.

L’unité d’action n’est nullement observée dans \' Hercule furieux d’Euripide , ni celle de temps dans l’Agamemnon d’Eschyle, les Trachyniens de Sophocle, et les Suppliantes d’Euripide.

Le spécimen du théâtre chinois , donné par Prémare , fut suivi, un siècle plus tard, de la traduction (1) d’un Héritier dans la vieillesse, qui est par le fait une comédie de la même collection (les cent pièces des Youen). Dans celle-ci, le traducteur, pour la première fois, a fait connaître les parties lyriques qui se trouvent mêlées à la prose, en s’efforçant, comme il le dit dans son introduction, de rendre les vers et la prose de l’original de manière à donner une idée fidèle de leur esprit , sans s’éloigner de leur sens littéral. Comme il était alors en Chine, il pouvait s’aider des conseils des indigènes.

L’ Héritier dans la vieillesse éclaircit beaucoup de points obscurs du caractère et des mœurs des Chinois. Il montre l’importance qu’ils attachent aux offrandes sur les tombes de leurs ancêtres, et à la naissance de rejetons mâles qui puissent continuer ces oblations après eux. Il démontre aussi la véritable position de la concubine vis-à-vis de la femme légitime.

Ainsi que nous l’avons déjà dit dans le premier volume de cet ouvrage , la concubine et ses enfants sont considérés comme les esclaves de l’épouse (1).

(i) Cette traduction a été faite par l'auteur du présent ouvrage.

( Note du Traducteur. )

(a) Dans le Code pénal , il est dit que l’homme qui rabaissera sa femme au rang d'une concubine, sera puni de 100 coups, et que celui qui , du vivant de son épouse , traitera sa concubine sur le

la ciiime.

Les personnages qui figurent dans cette pièce sont tous les membres d’une famille appartenant à la classe moyenne de la société ; savoir : un vieillard aisé , sa femme, sa concubine, son neveu , son gendre et sa fille. Le vieillard , n’ayant point de fils qui pût répandre de la félicité sur le reste de ses jours, ni offrir d’oblations sur sa tombe, avait, comme le patriarche chaldéen, pris une concubine, dont la grossesse est annoncée au commencement de la pièce. Pour obtenir du ciel un fils au lieu d’une fille, il fait le sacrifice de quelques sommes qui lui sont dues * en brûlant les billets de ses débiteurs. 11 confie ensuite le soin de ses affaires à sa femme et à sa fille mariée; puis renvoie son neveu, en lui donnant cent pièces d’argent pour le mettre à même d’aller chercher fortune où bon lui semblera, attendu qu’il était sujet, chez lui , aux mauvais traitements de sa femme. Ces dispositions terminées, le vieillard part pour la campagne en recommandant la mère du fils qu’il attend à la bienveillance de ses alliés.

Le gendre déclare alors à la fille le dépit que lui cause la grossesse de la concubine^ car si elle met au monde un enfant du sexe féminin, tous deux perdront la moitié des biens auxquels ils auraient eu droit sans cet événement, et la totalité si c’est un fils. Sa femme le tranquillise, en lui disant que l’on peut facilement se débarrasser de la concubine, et annoncer au vieillard qu’elle a disparu,

Comme ce dernier attendait encore, plongé dans la plus vive anxiété, le résultat de l’accoufchement , sa famille entra pour lui offrir des consolations sur la perte

mémo pied quelle', recevra 90 coups, et-que tes deux parti* seront rendues à leur état respectif; celui qui, ayant déjeune femme légitime , en épousera une autre , sera puni de 90 coups,, et le second

mariage sera nul et de nul effet.

de ses espérances. A la nouvelle de la disparition de sa concubine, il fondit en larmes. Craignant que son ancienne cupidité ne lui eût attiré ce malheur, il prend la résolution de jeûner sept jours, etde distribuer publiquement des aumônes dans un temple du voisinage. Là , il retrouve , au milieu des mendiants , son neveu , couvert de haillons , et réduit à chercher un abri sous le fourneau d’une poterie. Le pauvre jeune homme est insulté par le gendre ; mais son oncle , touché de compassion , lui donne un peu d’argent , et l’engage à visiter les tombes de ses ancêtres au printemps prochain , l’assurant que l’exécution ponctuelle de ce devoir ne pourra manquer de le faire prospérer. L’importance attachée aux rites funèbres est le pivot sur lequel tourne toute la pièce.

Le neveu paraît au temps désigné dans le lieu consacré à la sépulture des membres de sa famille ; il fait les oblations d’usage aussi convenablement que sa pauvreté le lui permet, et implore la protection de ses aïeux. Il n’est pas plus tôt parti, que le vieillard et sa femme entrent. Tous deux sont indignés de ce que leur fille et leur gendre aient négligé de venir apporter les offrandes accoutumées , et ils remarquent que leur neveu les a procédés. Le vieillard persuade alors à sa compagne que leur neveu est bien plus digne d’être leur héritier que l’époux de leur fille. Sa femme en convient, et se repent de l’avoir traité si durement. Dans ce moment , le jeune homme, qur était revenu sur ses pas, se présente; une réconciliation s’ensuit, et il est reçu de nouveau au sein de la famille. Quand le gendre et la fille arrivent en grande pompe, à la tète d’une nombreuse procession, ils sont accueillis par d’amers reproches sur leur tardive piété, et la défense de jamais reparaître. *

Cependant,’ à l’annhèrsaire de la naissance du vieillard , ils sollicitent et obtiennent la permission de lui of-

LA ÜUIM'l.

frir leurs respects. Quelle n’est pas alors la surprise de ce dernier lorsque sa fille lui présente la concubine si long-temps perdue et son enfant. Dans l’excès de sa joie, il partage ses biens en trois parties égales , entre sa fille , son neveu et son fils. La pièce finit par l’expression du bonheur et de la gratitude de tous les membres de la famille de ce que leur vénérable chef ait obtenu « un héritier sur ses vieux jours. »

Cette comédie est en cinq actes, de même que les autres pièces du recueil dont elle fait partie. Les événements s’y succèdent d’une manière si naturelle que l’on ne s’apercevrait jamais que trois ans se sont écoulés depuis le commencement de l’action, si l’on n’apprenait pas l’âge de l’enfant, qui est amené au dernier acte.

Les divisions scéniques existent plus réellement sur le papier qu’à la représentation.

La première partie est appelée « l’ouverture, » et les quatre autres sont nommées «coupures.» Les avis aux acteurs sont imprimés comme dans nos pièces. « Il monte» et « il descend , » s’emploient pour « il entre » et « il sort ; » et parler à part est exprimé par deux mots qui signifient « dire au dos » de quelqu’un. C’est ainsi que, dans une des cent pièces, un amant qui rencontre sa maîtresse s’écrie en la voyant : « ( à part ) Elle a quitté le costume qu’elle portait hier, et a vraiment l’air d’une divinité. » Des mots invariables servent à désigner les emplois des dramatit personœ, tels que chez nous père, noble , ingénue, prima donna, etc. Les parties musicales de la pièce renferment les tirades les plus passionnées ; c’est pour cette raison qu’elles ne sont placées que dans la bouche des principaux personnages.

Après avoir traduit une comédie entière avec ses parties lyriques, le même écrivain, dans sa version d’une autre pièce chinoise ( tes Chagrins de Ilan) , a suivi 1 exemple de Prémare, et s’est borné spécialement à la

LA CHIXE.

reproduction du dialogue parlé et des monologues es- • sentiels. L’amour et la guerre forment le fond de celte tragédie, qui offre des situations intéressantes, et dont le but moral est de retracer les conséquences fatales de la mollesse , de la débauche et de l’oisiveté des souverains. Le sujet est tiré de cette époque des annales de la Chine où les empereurs, pour repousser les aggressions des Tartares, étaient réduits à leur donner leurs filles en mariage. La tragédie commence par le monologue suivant, prononcé par le khan des Tartares, qui dans cette circonstance fait l’office du prologue, 7rpoXoytÇ« : —

« Mous nous sommes dirigés vers le sud, nous rapprochant de la frontière , pour solliciter une alliance avec la race impériale. Hier, j’ai dépêché un ambassadeur avec des présents tributaires pour demander une princesse en mariage, mais j’ignore si l’empereur ratifiera l’eqga-, gement , en prononçant les serments accoutumés. La . , beauté de la saison a entraîné nos chefs dans une excursion de chasse, au milieu des steppes sablonneuses. Puissent-ils avoir une bonne chance! car nous autres Tartares ne possédons point de champs; nos arcs et nos flèches forment nos seuls biens.» (Il sort.)

Parait ensuite le ministre favori de l’empereur, qui , dans un autre monologue, fait connaître de quelle manière il gouverne son maitre , en l’engageant « à rejeter les conseils des sages , et à rechercher ses plaisirs dans la société des femmes de son palais. » L’empereur lui-mème entre en ce moment, et le charge de rassembler, dans toutes les provinces de l’empire, les plus belles filles, et de lui envoyer leurs portraits, afin qu’il puisse fixer son choix. . /

Le ministre part, et abuse de la mission qui lui a été confiée pour extorquer des sommes d’argent de ceux auxquels il donnait l’espérance d’une alliance avec le souverain. Enfin , il découvrit une jeune personne qui

LA CIIIKK.

surpassait en beauté toutes celles qu’il avait vues auparavant ; c’était la fille d’un pauvre cultivateur. Ce dernier n’ayant pu satisfaire sa rapacité, il s’en vengea en envoyant au monarque un portrait défiguré de la jeune fille. Le hasard fit cependant qu’elle se trouva sur le passage de l’empereur , qui , frappé de sa beauté , ne tarda pas à reconnaître combien il avait été joué par son favori.

i Gardien de la porte jaune, dit-il, apportez-nous ce portrait, afin que nous puissions le contempler. {Il voit le portrait. ) Ah ! comme il a terni la pureté du bijou , brillant comme les vagues en automne! {Au serviteur du palais. ) Dites à l’officier de garde que notre plaisir est qu’il décapite Mao-yen-cheou , et qu’il vienne nous faire le rapport de son exécution. »

Le traiire cependant prend la fuite , et arrive sain et sauf dans le camp des Tartares; là, il montre au khan un portrait ressemblant de la fille du cultivateur, et , avec une artificieuse scélératesse, il lui persuade de la demander à l’empereur. Le khan dépêche donc un message au monarque chinois, le menaçant, en cas de, refus', d’envahir ses États. L’empereur, plus épris que jamais , ne sait comment agir ; ses conseillers le pressent si vivement de lie point écouter sa passion , mais de considérer plutôt le salut de l’empire , que l’infortuné monarque accomplit le sacrifice. Cependant il accompagne une grande partie du chemin celle que déjà il avait élevée an rang de princesse. Enfin il la quitte , et leur séparation est vraiment déchirante.' Cette scène offre beaucoup d’intérêt; le langage de l’empereur est entraînant de passion. La catastrophe survient bientôt après. Le Tartare se retire avec sa proie , et arrite sur les bords du fleuve Amour, ou Saghalien , qui se jette dans la mer d’ücholsk. *. ,,

La piuNcesst. Dans quel lieu sommes-nous!

Le khan. Sur les bords du fleuve du Dragon-Noir (1) , qui sépare notre territoire de celui de la Chine. La rive méridionale forme la frontière de l’empereur; à la rive septentrionale commencent les pays de notre domination.

La Piuncesse [au khan). Grand roi, je prends une coupe de vin, et je fais une libation vers le sud; c’est mon dernier adieu à l’empereur [Elle verse la liba-

tion. ) Souverain de Ilan , cette vie est terminée ; je t’attends dans l’autre !

En achevant ces mots, elle se précipite dans le fleuve, et y périt.

La tragédie pourrait se terminer ici. Le khan , rempli de tristesse, élève à l’infortunée princesse une tombe sur le bord du fleuve. Avec plus de générosité qu’on ne devait s’y attendre, il se désiste de toutes ses prétentions vis-à-vis de l’empereur, et lui annonce qu’il remettra entre ses mains l’auteur de toutes ces infortunes, afin qu’il reçoive le juste châtiment de sa trahison et de sa perfidie. Cependant la pièce se prolonge encore d’un acte , dans lequel on voit le monarque chinois s’endormir ; la princesse lui apparaît en songe, pour l’instruire de son sort; le fantôme d’un guerrier tartare se montre presque en même temps , la fait disparaître , et détruit ainsi le songe agréable de l’empereur. Ce dernier se réveille .

(i) C'est ainsi que les Chinois ont traduit le tartare Saglintien on lu « le fleuve de l'eau noire. » loi on trouve encore un nouveau rapport entre la mythologie chinoise et celle des Grecs.

irvpoç

Apaxovr* ava^trtovva tpoivtzv yloya.

Le dragon chinois est. en réalité, une hydre à une seule tête, et l'on peut voir dans la quelle ondoyante du monstre et le cours ter /tentant des rivières, la commune origine des hydres de Cfiinc et de Grèce.

entend le cri d'une oie sauvage, emblème des amants séparés, et continue ses plaintes sur la perte de la princesse. La pièce finit par l’arrivée du messager du khan des Tartares, qui renouvelle la paix avec l’empire, et livre Mao-yen-chcou à la vengeance de l’empereur.

Un autre spécimen des cent pièces a été traduit en France par M. Stanislas Julien, actuellement professeur de chinois à Paris. Comme dans l’exemple cité de 17/t!ritier dans la vieillesse, M. Julien a traduit la pièce tout entière, la prose et. la partie lyrique, et a promis d’autres versions sur le même plan. Le titre de la pièce, ainsi qu’il l’a traduit en français,- est le Cercle de craie; il est fondé sur le principal incident, lequel ressemble tellement au jugement de Salomon , que l’on pourrait croire que la pièce chinoise a tiré son origine de quelque vague tradition de cette décision célèbre. Deux femmes se disent la mère du même enfant, en présence d’un juge, qui, pour connaître la vérité, ordonne que l’on trace un cercle de craie sur le parquet de la cour, et que l’on place l’enfant dans le milieu. 11 déclare ensuite qu’il appartiendra à celle qui réussira à l’arracher du cercle malgré les efforts de sa rivale. La fausse mère , n’ayant point de compassion pour l’enfant, l’cinporlc aisément sur la véritable , qui, craignant de blesser le fruit de ses . entrailles, n’ose point faire usage de toute sa force. L’habile magistrat, comme o un second Daniel venu au jugement (î), » donne gain de cause à la dernière.

Ln mémoire très étendu sur la poésie chinoise (ü) a été imprimé dans le tome II' des Royal Asialic Transactions. Nous avons déjà parlé de la poésie ancienne des Chinois

(i) Paroles prononcées par Gr.iliann , l’un tics personnages (tu Mcrchant of V cnice de Shakspcare (aclc V).

(-.O M. Davis est l’uulcur de ce cui i eux mémoire.

( Sole du Traducteur . )

dans le XII e chapitre , à l’occasion du « livre des odes. » Dans les temps modernes, la structure de leurs vers a subi de notables améliorations, et il y a eu certaines époques de leur histoire où ils se sont adonnés plus spécialement à la culture de la poésie. Ils en comparent les progrès à la croissance graduelle d’un arbre. « L’ancien » livre d’odes peut être considéré comme la racine ; les » bourgeons parurent sous le règne de Sou-li; au temps » de Kien-ngan , il y eut abondance de feuillage ; mais

• sous la dynastie desTang, beaucoup d’hommes se re- » posèrent sous l’ombrage de l’arbre, qui fournit alors

• d’amples moissons de fleurs et de fruits.» Cette ère glorieuse de la poésie chinoise correspondait au huitième siècle, il y a environ onze cents ans , c’est-à-dire à une époque où l’Europe entière se trouvait encore plongée dans l’ignorance et la barbarie.

On a cru généralement que les mots chinois étaient tous monosyllabiques (quoique cela ne soit pas toujours). On pourrait inférer de là que leur versification n’est pas susceptible de beaucoup de mélodie. Cela n’en serait cependant pas la conséquence forcée ; car Pope lui-même , le poète anglais dont le style est le plus suave, a écrit des couplets entiers, composés uniquement de monosyllabes , comme ces deux vers :

a Ali ! if site tend nut arms as wi 11 as rulcs ,

» YVhat eau slie more llian tell us we are Tools? »

La vérité est que la langue chinoise abonde en sons, composés de diplithongues, aussi bien que de dissyllabes, qui, lorsqu’ils sont combinés avec d’autres complètement monosyllabiques, prêtent au vers une euphonie très vàriée ; outre cela , la poésie tire sa cadence et sa modulation de l’emploi de cextains tons ou accents, qui paraissent cependant avoir dû leur existence plutôt à la

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