‹ La ChineChapitre 37 sur 79 · I.A CUINJi · texte numérisé non relu

I.A CUINJi

nécessité de jeter de la clarté dans le discours qu’à celle de répandre de la mélodie dans le vers. Une autre source d’harmonie est l’usage de ce que l’on peut appeler strictement nombres poétiques. Chaque mot, dans la poésie chinoise, correspond à un pied métrique dans d’autres langues.

Le vers le plus court ne consiste quelquefois qu’en trois mots répétés , comme une espèce de refrain dans les chansons. On s’est servi aussi de cette mesure pour inculquer plus profondément dans les esprits les maximes morales. C’est dans la persuasion qu’elle pouvait aider la mémoire, qu’on l’a adoptée dans la composition du « classique trimétrique , » ouvrage destiné à enseigner à la jeunesse les éléments des connaissances générales.

Le vers de quatre mots est celui qui est le plus usité dans le «livre des odes. » Cependant la mesure de quelques pièces est irrégulière, et varie, dans un vers, depuis trois jusqu’à sept ou huit mots. Dans tous les pays, la poésie à sa naissance est religieuse et morale.

Les plus anciennes annales historiques sont écrites en vers. Vénérée d’abord comme la langue de la sagesse et de l’inspiration, la poésie est bientôt cultivée pour ellemême , comme un art d’agrément. Elle fait des progrès sous le rapport de l’harmonie, mais dégénère avec le temps, sous d’autres points de vue. De même que Pope est plus harmonieux que Cliaucer ou que Donne , Boileau ou Racine que Ronsard, Virgile ou Tibulle que le vieil Ennius, de même la poésie chinoise moderne est infiniment supérieure à celle du livre des odes, du moins sous le rapport de la versification. Le sy stème poétique, parvenu par dggrés à l’état où nous le voyons aujourd’hui, consiste à employer des vers de cinq mots, et la mesure plus longue de sept. Nous renvoy ons les lecteurs qui désireronten voir dcsexemples au Traité de la pôésic chinoise.

Outre la césure, les Chinois se servent aussi de la rim e

comme la plupart des peuples, mais ils ne la font tomber qu’à la fin du deuxième vers. La longueur de la stance est déterminée par le retour de la môme rime; dans un poème assez étendu, la stance n’a ordinairement que qua tre vers, comme un quatrain dont le second et le quatrième vers riment ensemble. Quelquefois huit vers et meme un plus grand nombre sont soumis aux mêmes règles et au retour périodique et cadencé des mêmes désinences. Les C.liinois ne paraissent pas avoir l’oreille très délicate pour distinguer les véritables rimes; cela provient sans doute de ce qu’ils sont privés de signes phonétiques * ou de marques précises de son , comme nos lettres alphabétiques.

La construction des vers chinois présente une analogie frappante avec celle de plusieurs autres nations asiatiques. Dans la dissertation qu’il a placée à la tête de sa traduction d’Isaïe, l’évêque Louth a parlé assez au long d’une particularité qu’il appelle parallélisme, et qui consiste dans la relation d’un vers avec un autre, soit par un sens équivalent ou opposé, soit parla forme de construction grammaticale, comme dans l’exemple suivant tiré des psaumes.

« La mémoire du juste est une bénédiction ,

» Mais le nom du méchant périra. » —

« Lance tes foudres et disperse les ,

» Décoche tes llèches et consumc-lcs 1 »

On trouve en chinois une multitude d’exemples pareils, et la structure particulière de la langue rend le parallélisme à la fois plus exact et plu? frappant , parce que les caractères se trouvent placés les uns vis-à-vis des autres.

Les vers suivants qui viennent à l’appui de celle assertion sont traduits d’un «Héritier dans la vieillesse. »

« L’o-'il fisc sur la terre , maintenant f’oshalo mes soupirs";

» Tour-à-Uny' je mo prosterne , et mes chagrins s'épanchent dans •

• mes larmes.

» L'opulent étranger recherche les liens conjugaux ;

» Mais le parent pauvre ne counait point ces douces relations. •

Les compositions poétiques des Chinois paraissent consister principalement en odes, en chansons, en pièces morales , didactiques, sentimentales et descriptives. Ces différents genres cependant sont tellement entremêlés, confondus les uns avec les autres, qu’il serait assez difficile d’en faire la séparation. L’une des pièces les plus anciennes du «livre des odes, » et dont on peut faire remonter la composition à trois mille ans, raconte le succès d’un riche prétendant qui s’empare d’une fiancée déjà promise à un humble rival. Elle fait en même temps allusion à un oiseau voleur qui, comme le coucou , prive les faibles de leurs gîtes.

Le nid que bâtit ccl artiste ailé là-bas,

L'oiseau voleur le lui arrachera.

— C’est ainsi qu'est privée de rcs espérances la fiancée

Qui, malgré elle, devient la proie d'un riche seigneur.

L'oiseau qui voltige prépare un gîte

Dans lequel le destructeur habitera bientôt:

— El la tiancéc contrainte s’éloigne en versant des pleurs ;

Cent chars ajoutent à la pompe du cortège.

Vleurci le frêle architecte.

Un oiseau plus fort que lui l'a dépossédé de son nid.

— • Plcurex la fiancée , abandonnée, ravie.

. Oh ! que la pompe est vaiue pour adoucir les chagrins de son âme !

On pourra sc former une juste idée du style de la poésie descriptive des Chiaois, en lisant les lignes suivantes où ils ont cherché à nous dépeindre nous-mêmes ; elles

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