‹ La ChineChapitre 39 sur 79 · I.V CniNE · texte numérisé non relu

I.V CniNE

dans les particularités minutieuses de leur conversation (1). »

L’union fortunée peut être considérée comme un excellent spécimen de ces tableaux de mœurs. L’intérêt et la vivacité de l’intrigue, l’esprit du dialogue, le caractère bien développé et bien soutenu des personnages, l’excellente morale qui y respire, tout contribue à nous donner une opinion favorable du goût des Chinois.

Les noms des personnages font allusion à la nature de leurs dispositions; le héros s’appelle « de fer, » l’héroïne ping-xin, « cœur de glace , » ce qui signifie chaste, et non pas, comme chez nous, indifférente ou froide.

Ti-tchong-yu , jeune étudiant , dont la famille habite une ville située à deux cent cinquante milles de la capitale, est un beau garçon d’un naturel fort irritable, mais qui rachète ses défauts par une grande générosité et un vif empressement à obliger et à secourir ses semblables. Son père est censeur et se distingue par son intégrité, et la franchise avec laquelle il parle à l’empereur. Connaissant le caractère impétueux de son fils, il ne permet pas qu’il réside à Péking. A seize ans, il avait voulu lui choisir une femme , mais il avait été obligé de céder à ses instances, de différer le moment de l’établir.

Ti-tchong-yu continua donc de se livrer à ses études jusqu’à l’âge de vingt ans. Un jour qu’il lisait, il tomba sur l’histoire d’iin ministre célèbre dans les annales de ' la Chine, et qui devint victime de la vertueuse hardiesse avec laquelle il réprimandait son souverain.

Réfléchissant à cet événement , il appréhenda que le même sort n’échût à son père, et dans son inquiétude , il résolut de partir pour la capitale.

En route, il entend dans un village où il s’était arrêté pour y passer la nuit, l’histoire d’un jeunç étudiant au-

(1) Préface île» Dtux Cousines.

LA CH1NK.

quel un noble puissant avait enlevé 'sa fiancée. Il prend aussitôt t'ait et cause pour lui, et se charge de remettre en personne une pétition à l’empereur.

En arrivant à Péking, notre héros trouve tputcs ses craintes réalisées. Le zèle avec lequel le censeur avait défendu la cause de ce même étudiant, qui lui avait paru juste, avait déplu à l’empereur. L’affaire avait été portée devant le conseil criminel, mais le coupable fit tant par • sa fortune et son influence, qu’il réussit à obtenir son acquittement, et à persuader à l’empereur que le censeur l’avait trompé. Le père de Ti-tchong-yu fut alors dégradé et emprisonné.

Le héros pénètre dans la prison de l’auteur de ses jours et le surprend agréablement en lui présentant le mémoire du jeune étudiant, qui suffit pour justifier la conduite qu’il avait tenue.

L’empereur, auquel il fait parvenir ce document, lui rend ses bonnes grâces e t lui transmet, selon sa demande, l’ordre secret d’arrêter le noble. Ti-tchong-yu s’arme # d’une masse d’airain, se rend dans le palais du coupable, l’appréhende après une lutte assez longue et met en liberté la fiancée de l’étudiant. Le censeur reprend alors son rang et est même élevé en dignité par l’empereur, qui punit le noble et loue hautement le courage et le zèle du jeune homme, qui a su mener à bien toute cette af- „ * faire. Le censeur, redoutant pour son fils l’enivrement des éloges qui lui sont prodigués de toutes parts, l’envoi-* faire un voyage d’instruction dans l’intérieur de l’empire.

Dans un district de la province de Chan-tong est la résidence d’un membre du tribunal militaire de Péking, qui n’a qu’une fille nommée Choui-ping-sin , douée d’une beauté ravissante et de qualités morales non moins ad mirables; c’est à elle qu’il confie (sa femme étant morte ) % le soin de ses propriétés, lorsque les devoirs de sa place l’appellent à la capitale. Un indigne frère de ce mandarin,

appelé Chou-) un , lequel a trois fils et une fille très laide, jette depuis long-temps des regards de convoitise sur ses Liens , qui ne pourraient manquer de lui revenir si sa nièce se mariait. C’est à ce but que tendent donc tous ses efforts; encouragé par l’absence de son frère, banni en Tartarie pour avoir commis une erreur dans ses fonctions, il s’unît à un jeune noble débauché, qui désirait se marier avec Choui-ping-sin. Celte dernière, après avoir temporisé, finit par persuader à son stupide oncle de donner sa propre fille au jeune seigneur, qui devient furieux lorsqu’il reconnaît qu’il a été joué. Chou-yun réussit cependant à le calmer, en lui faisant une proposition qui met à nu toute la bassesse de son caractère ; il lui indique le moyen de posséder Choui-ping-sin, de la prendre pour épouse et de réduire sa femme à la condition de concubine ! Le plan est si bien conçu qu’il parait impos- . sible que la jeune personne ne finisse par tomber dans « la gueule du dragon. » Ici l’intérêt devient saisissant et l’on ne peut qu’admirer l’art avec lequel Choui-ping-sin sait déjouer toutes les machinations de scs deux persécuteurs.

Ceux-ci ne se lassent point; ils forment le projet de s’emparer d’elle, à son retour de la tombe de sa mère , . où elle était allée exécuter les rites de la saison d’automne. Avertie à temps , elle change de vêtement ,-entre dans la chaise d’une suivante, remplit la sienne de pierres, la ferme et s’éloigne. Le jeune seigneur arrive, et ouvre la chaise en présence de ses voisins, qui jetèrent de grands éclats de rire en voyant son désappointement. Cette seconde déconvenue , au lieu de décourager l’incorrigible libertin, ne fait-au contraire qu’augmenter son ardeur.

Comme Choui-ping-sin s’était enfermée chez elle , et refusait de recevoir aucun étranger, il lui fallait cependant renoncer à l’espoir de s’en emparer de vive force.

11 eut donc recours à la ruse , et en taisant parvenir à l’objet de sa flamme un faux décret qui rappelait son père d’exil , il parvint à entrer dans la maison , accompagné d’une nombreuse troupe de domestiques. La dame se voyant ainsi prisonnière demanda à être menée devant le magistrat; or, comme ce dernier était parent et ami du jeune seigneur, celui-ci ne fit aucune difficulté de condescendre à son désir.

En ce moment, Ti-tcbong-yu , que nous avons laissé voyageant, entrait dans la ville ; au tournant d’une rue , il rencontre le cortège , et est heurté par la chaise qui contenait Choui-ping-sin. Irrité , il s’emporte violemment, mais, après avoir reçu les excuses des porteurs, il allait s’éloigner, lorsqu’une voix de femme, douce et plaintive, vintfrapper son oreille; cette voix disait ; « On me fait violence, je compte sur votre courage pour me secourir. » Ainsi que tout autre chevalier errant, Titchong-yu fait prisonnière toute la troupe , et l’emmène devant le magistrat, qui siégeait déjà, prêt à donner gain de cause à son ami. Frappant sur le gros tambour placé à là porte, il pénètre dans le tribunal, et parle d’égal à égal au juge étonné. Ce dernier cependant adjuge Choui-ping-sin à son ravisseur. Notre héros indigné se fait alors connaître, et le magistrat est obligé d’ordonner la mise en liberté de la fille du* mandarin. Ti-tchong-yu devient vivement épris de la beauté extraordinaire de celle qu’il avait sauvée , et Choui-ping-sin , de son côté, lui est sincèrement attachée par les liens de la reconnaissance. Pendant ce temps, le ravisseur forme le projet de se venger ; il séduit quelques mauvais prêtres du monastère bouddhique dans lequel, selon l’usage, nôtre héros était momentanément logé, et leur prescrit de mêler dit poison aux aliments qu’ils lui serviraient.

Choui-ping-sin, qui connaissait ce dont il était capable , avait chargé des émissaires de lui rendre compte de

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