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ARTS ET INVENTIONS

Origine chinoise de l'imprimerie. — De la poudre à canon. — De l'aiguille magnétique. — Livres imprimés. — Manufactures de papier. — d encre. — Composition de la poudre à canon. — Compas de marine.' — Variations tle l'aiguille. — Navigation. — Principaux obstacles aux progrès de la navigation. — Arts industriels. — Métallurgie. — Miroirs métalliques. — Gravure. — Fabrication do la soie. — Éducation des vers à soie. — Manufactures de porcelaine. — Bouteille égyptienne. — Ouvrages en laque. — Beaux-arts. — Peinture. — Sculpture. — Musique.

On a d’assez justes raisons de croire que les trois plus grandes découvertes ou inventions des temps modernes, l’art de l’imprimerie, la composition de la poudre à canon , et l’aiguille magnétique , ont eu leur première origine en Chine; et bien que les Chinois aient été surpassés plus tard par les Européens dans le perfectionnement et l’emploi des instruments ou des machines , les premiers peuvent du moins réclamer la priorité de pos- ** session. Tout homirte affranchi de préjugés doit convenir aujourd’hui que c’est à la Chine qu’appartient la gloire de ces brillantes et précieuses découvertes.

Il est donc permis de supposer que la connaissance, ou une tradition vague des trois inventions qui nous occupent, a pénétré peu à peu vërs l’occident, au moyen

des rapports commerciaux, et qu’elle a été importée pour la première fois en Europe , par la voie de l’Asie- Mineure ou de la mer Rouge. Quoi qu’il en soit , on ne peut mettre en question que l’art typographique ait été connu des Chinois dans le x* siècle de notre ère. Les procédés d’après lesquels ils opèrent sont sans doute très différents des nôtres . mais le principe fondamental est le même.

Peu de temps avant le commencement de la dynastie des Song, vers le milieu dû x e siècle, un ministre, nommé Eong-tao, fit, dit-on, connaître au gouvernement le secret de prendre des impressions sur le papier. L’histoire rapporte que les premiers essais typographiques consistèrent d’abord à graver les caractères en creux sur des blocs de pierre ; procédé d’après lequel les épreuves en offraient la trace en- blanc sur un papier noir. Ces essais conduisirent enfin à l’impression stéréotype en planches de bois , sur lesquelles les caractères étaient gravés en relief. On les enduisait d’une encre noire, et on les appliquait sur des feuilles blanches. Dugald Stewart, dans son ouvrage sur la Philosophie de C esprit humain , considère l’invention de l’imprimerie, plutôt comme le résultat des causes générales dont le progrès de la société doit dépendre , que comme le simple effet d’un heureux hasard. Si cette observation est exacte , on est.forçé de reconnaître que la civilisation chinoise , dans le x' siècle , était beaucoup plus avancée que celle des populations contemporaines de l’Europe , plus avancée même que celle des anciens Grecs et des anciens Romains.

Le haut degré d’estime que les Chinois ont accordé dans tous les temps aux travaux littéraires, a contribué sans doute à une découverte dont le résultat devait être de rendre le prix des livres accessible à un plus grand nombre de lecteurs, et comme l’époque des Song, qui

LA CniSF.

a suivi cette découverte , est devenue célèbre dans l'iiis- •toire de la Chine par les grands écrivains qui l’ont illustrée, il faut encore reconnaître que l’art typographique a donné une impulsion nouvelle à la prédilection toute nationale que les Chinois avaient pour cette source universelle de connaissances.

Peu de mots suffiront pour démontrer que la stéréotypie convient beaucoup mieux aux Chinois que tout autre mode d’impression. L’alphabet européen consiste en quelques lettres , dont les combinaisons infinies forment plusieurs langues. Chez les Chinois, au contraire, chaque mot forme un caractère différent. Les vingt-six lettres de notre alphabet ( l’alphabet anglais ) sont placées à la portée du compositeur, et , par suite d’une longue habitude , il les prend dans la case où chacune d’elles est contenue, saris avoir besoin de les regarder. Mais, en Chine, il faudrait pour compositeur un homme qui réunit les facultés de Briarée à celles d’Argus , pour placer dans son composteur les centaines, pour ne pas dire les milliers de caractères différents qu’il serait obligé d’employer pour composer un seul livre. Ensuite le nombre immense d’exemplaires qu’il faut tirer, pour satisfaire aux demandes d’une population de plusieurs centaines de millions d’individus tous lisant , si ce n’est parlant le même langage, est une autre raison qui milite en faveur de la stéréotypie.

Il y a cependant des ouvrages pour l’impression desquels on préfère l’usage de types mobiles , le Livre rouge est de ce nombre; c’est le Calendrier de la cour : il contient les noms de tous. les fonctionnaires de l’empiré. On en publie chaque trimestre une nouvelle édition; or;, comme les caractères qu’il renferme sont presque toujours les mêmes, op n’a pas besoin de les sléréolyper. Pour la littérature cn^énéral , la stéréotypie possède encore un autre avantagé. Quand la surface des

lettres est émoussée , les imprimeurs les retouchent , et ces lettres peuvent encore fournir plusieurs tirages. D’ailleurs , ils ne pressent pas aussi fortement que nous le faisons; mais comme nos types sont en métal et résistent plus long-temps , il y a égalité sous le rapport de la durée.

Le bois dont les Chinois font ordinairement usage est le poirier qu’ils appellent li-mou. La planche de bois d’une épaisseur proportionnée au degré de force qu'elle doit présenter, est taillée de la grandeur de deux pages , et soigneusement rabotée et aplanie. On la frotte ensuite avec une pâte fabriquée quelquefois au moyen de riz bouilli , ce qui la rend fort douce et la prépare à recevoir l’empreinte des caractères. Les pages qui ont été tracées sur du papier mince et transparent par un écrivain de profession, sont confiées au graveur qui, pendant que le bois est encore humide, par suite de l’enduit dont nous venons de parler, les colle sur la planche , mais en sens inverse ; la transparence du papier le guide assez sûrement.

Le graveur frotte alors le papier jusqu’à ce qu’il soit enlevé et qu'il ne reste plus sur la planche que le tracé des caractères. Il prend ensuite un outil bien tranchant et creuse tout ce qui est resté en blanc avec une rapidité et une netteté vraiment extraordinaires. Les lettres seules demeurent saillantes. Une erreur qu’on commettrait pourrait être aisément réparée, en insérant de petits morceaux de bois. Mais le procédé est, au total, si expéditif et si peu coûteux, qu’on a plus tôt fait de raboter la planche et de recommencer (i).

(i) Dans les ouvrages qui ne sont point destines à avoir quelque dorée, on emploie, au lieu de planche, une certaine composition 'à peu près semblable à de la cire , et dans laquelle ou forme plus rapidement les caractères ; c’est ainsi que s'imprime un journal quotidien de Canton.

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