CHINE
On ne pourrait employer le mot presse, en parlant des produits de leur imprimerie, et dire par exemple : « la presse chinoise, » car ils ne se servent point de cette machine. Leur papier qui est mince et qui absorbe aussi promptement l’encre que celui que nous nommons papier d’argent (silver- paper), reçoit l’impression au moyen du plus léger contact; une pression trop forte le déchirerait. L’individu qui, chez nous, fait l’office de pressier, tient dans sa main droite deux brosses; avec l’une il enduit d’encre la surface des caractères, et il promène l’autre, complètement sèche, sur le papier, après l’avoir posée sur la planche , de telle manière qu’il reçoive bien l’impression. Les ouvriers s’acquittent de cette opération avec tant de dextérité, qu’un seul d’entre eux peut tirer jusqu’à 2000 exemplaires par jour.
On n’imprime que d’un seul côté du papier, à cause de son extrême transparence, et chaque feuillet imprimé ( consistant en deux pages) est replié en arrière , de manière à ce que les côtés blancs se trouvent intérieurement en contact. Le pli existe donc le long de la tranche extérieure du livre, l’autre tranche est cousue. Une personne qui ne connaîtrait point ce procédé pourrait prendre un livre chinois , môme ancien , pour un Quvrage nouveau non ébarbé. Pour le pliage des feuilles, les brocheurs sont guidés par une ligne noire, de môme que les trous faits par les pointes du châssis dirigent les nôtres.
-Les volumes chinois sont des espèces de brochures , cousues avec de la soie dans un papier mou, et chaque tome est numéroté sur la tranche extérieure des feuilles. Les amateurs de livres choisis enferment environ dix volumes du même ouvrage dans un étui, recouvert en satin ou en soie à fleurs. Les ouvrages populaires sont incontestablement à meilleur: marché que les nôtres; aucune. taxe ne grève leur littérature, et l’on peut avoir
LA CIIINK.
trois ou quatre volumes (d’un ouvrage ordinaire), format 8°, pour une somme équivalant à deux shillings (î). Sur le catalogue manuscrit d’un libraire de Canton , les « quatre livres de Confucius » y compris le Commentaire, étaient cotés moins d’une demi-couronne anglaise! Cette modicité de prix provient d’abord du procédé d’impression , et ensuite du papier qui est très peu coûteux. Ce que nos graveurs appellent papier des Indes ( 2 )
( India-paper ), sert tout simplement en Chine à envelopper les étoffes de soie.
La date de l’invention du papier semble prouver que quelques uns des arts les plus importants qui se rattachent au progrès de la civilisation , ne sont pas en Chine d’une origine fort ancienne. Du temps de Confucius , les Chinois écrivaient avec un stylet sur de l’écorce de bambou apprêtée; ils se servirent ensuite de soie et de toile, ce qui explique pourquoi le caractère ichi (papier) est composé de celui qui signifie soie.
Ce ne fut qu’en l’année de N. S. J.-C. q 5 que le papier fut inventé ; les matériaux que les Chinois emploient pour sa fabrication sont très variés. Le gros papier jaune dont ils se servent pour envelopper les paquets , est fabriqué avec de la paille de rix. Le meilleur papier est composé de l’intérieur de l’écume d’une espèce de mords et de coton, mais surtout de bambou (5). Voici la description de ce dernier procédé, telle que l’a donnée le Chihcsc Rcpositdry (4).
« On coupe les branches le plus près possible de la terre; on les assortit alors en rouleaux, selon leur âge;
(1) Soit 2 franc» 4 ° centimes de noIrc’iuOnnaie.
(2) Nous le nommons, en France, « papier do Chine. •
• . ( Noie du Traducteur.)
( 5 ) Iis font aussi du papier avec des chiffons flc soie et ,| e coton . ( 4 ) Tome lit, p. 266.
puis on en fait de petits paquets. Plus le bambou est jeune et meilleur est le papier qui en provient. On jette les paquets dans un réservoir de bourbe et d’eau , et on les enterre dans la vase, pendant une quinzaine de jours, afin de les adoucir. On les retire après cette époque; on les coupe par morceaux , et on les met dans des mortiers avec un peu d’eau , puis on les broie avec de gros pilons de bois. Cette composition à moitié liquide , après avoir été purgée de ses parties grossières, est transvasée dans une grande cuve d’eau , et l’on ajoute de nouvelles doses de la même composition , jusqu’à ce qu’elle ait pris assez de consistance pour former du papier. Un ouvrier prend alors une feuille avec un moule de grandeur convenable, fabriqué au moyen de lattes de bambou assouplies et tortillées comme du fil de fer. Trois autres ouvriers agitent continuellement la pulpe , tandis qu’un quatrième enlève les feuilles qui sont déposées sur des tables pour y sécher.
Selon d’autres, on fait sécher le papier, en plaçant les feuilles qui viennent d’être fabriquées sur un mur chauffé et en les frottant avec des brosses. On ne pour- . rait écrire sur ce papier avec de l’encre ; il est d’une couleur jaunâtre. Ils le collent en le trempant dans une solution de colle de poisson et d’alun, soit au moment même de la fabrication, soit après (1). Les feuilles ont ordinairement trois pieds et demi de longueur et deux .de largeur. Le beau papier à lettre est satiné avec des pierres polies, après avoir été collé.
L’encre que nous appelons indienne est celle-là même • qu’emploient les Chinois. L’attirail d’un écrivain consiste en un bâton de cette encre , en une petite ardoise déprimée à un bout pour recevoir de l’eau , une petite brosse
i) Ils n'ont pas besoin coller le papier «l'impression , allciulu que leur encre d'imprimerie est extrêmement épaisse.
i Go
ou pinceau de poils de lapin, avec un manche de bambou et une masse de papier. Les Chinois désignent ces quatre articles sous le nom des «.quatre précieux ustensiles. » C’est à tort que l’on a cru que l’encre de Chine était composée de la sécrétion d’une espèce de . sépia ou de sèche. Elle ne se fabrique qu’avec du noir de fumée, auquel on ajoute un peu de musc pour lui donner une odeur plus agrable.
Le père Constantin a publié la recette suivante pour faire de l’encre :
« On met un certain nombre de lumignons allumés dans un vase plein d’huile. Au-dessus on suspend un capuchon de fer, en forme de dôme , de manière à ce qu’il reçoive bien la fumée. On le brosse ensuite sur du papier; puis on jette le noir que l’on a obtenu par ce moyen dans un mortier, où on le mêle avec une solution de gomme ; et lorsqu’il a pris la consistance d’une pâte, on le met dans des moules qui lui donnent la forme que l’on désire. »
Outre que cette encre est celle qu’ils emploient pour l’écriture, elle leur sert aussi pour le dessin. Les Chinois croient que l’huile que l’on brûle indue sur la qualité de l’encre.
La meilleure encre se fabrique à Iloeï-tclieou-fou , près de Nanking. On en confectionne tous les ans une certaine quantité pour l’empereur et sa cour. Celle-là s’appelle kong-mi « encre de tribus. » On donne cependant le même nom à divers objets de luxe pour marquer leur supériorité sur d’autres du même genre , comme si le fabricant, voulait s’intituler : « fabricant de Sa Majesté. » La plus belle encre est celle qui est la plus noire et la plus exempte de petites aspérités. Les Chinois arrangent avec coquetterie les bâtons d’encre supérieure dans de joliescases vernissées ou dorées, et lorsqu’ils sont très vieux, ils les emploient quelquefois en médecine.
l.K CUISE.
La poudre à canon est sans doute connue de longue date chez les Chinois; mais son application' aux armes à feu leur est venue probablement de l’Occident. Le silence que gardent à cet égard les deux Marco-Polo, qui servirent au siège de Siang-yang-fou, vers l’année 1 275 , et les balistes (machines à lancer des pierres) qu’ils firent connaitre à l’empereur, semblent prouver que les Chinois, à cette époque, n’étaient pas plus familiarisés avec les armes à feu que les Européens. Leur histoire parle d’une composition semblable au feu grégeois, qui, jetée dans les fossés pleins d’eau qui environnaient les villes, • faisaient explosion, et causaient de grands ravages. Il parait donc évident qu’ils appliquaient l’invention de la poudre, composée de soufre et de salpêtre, aux feux d’artifice , dans lesquels ils excellent. Il est probable que ce qui leur fit faire de bonne heure cette découverte est le nitre , qui abonde dans les plaines alluviales près de Péking autant que dans celles du Bengale.
M. Wilkinson, de Londres, dans un mémoire sur la poudre à canon, a donné le tableau des différentes quantités de nitre, de charbon et de soufre employées par diverses nations qui la manufacturent. Les proportions sont exprimées en cent parties.
Nilre.
Charbon.
Soufre.
Total.
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Angleterre.
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France
Suède
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Chine. .
La poudre fabriquée en Angleterre, dit M. Wilkinson, t . 11. .11
est préférée dans le commerce à celle de tous les autres pays, à cause de sa force. On peut en inférer que nos proportions sont les meilleures, tout en admettant que l’excellence de la poudre dépend en partie de la purification et du mélange parfait des ingrédients. Il est surprenant que notre préparation se rapproche autant de celle des Chinois; comme ils sont peu changeants, il est probable qu’ils l’ont toujours fabriquée de celle manière; et si néanmoins elle est inférieure â celle de plusieurs autres peuples , c’est sans doute à cause de l’imperfection, du mélange, ou de l'impureté des ingrédients; malgré tout cela, elle est encore assez efficace.
Les Chinois ont toujours reconnu leur grande infériorilé-cn artillerie. Avant que les jésuites leur eussent enseigné l’art de fondre des canons, on a lieu de présumer qu’ils faisaient usage de tubes de fer balfti, liés ensemble par des cercles. Bell d’Antermoine en a vu quelques uns.
Le dernier empereur de la dynastie dés Ming réclama des Portugais de Macao, ainsi que nous l’avons dit précédemment, le secours de quelques canons et d’un certain nombre d’hommes pour les servir, afin de les employer contre les Tartares; et Kang-bi, après la conquête de lÿ Chine, chargea le père Verbiest de surveiller la fonte de plusieurs centaines de pièces d’artillerie. Il est une circonstance qui contribue beaucoup à rendre leurs munitions de guerre imparfaites; l’extrait suivant de la Gazelle de Péking, de 1824, semble indiquer qu’elles sont préparées par les troupes elles-mêmes.
« Le gouverneur de la province de Ilou-nan a présenté *»un rapport sur la mort de plusieurs individus, causée » par l’explosion de la poudre à canon qu’ils fabriquaient » dans le camp. Tandis qu’ils pilaient les ingrédients dans
• un mortier de pierre, au milieu du camp delà division
• de gauche des troupes du gouverneur, une étincelle
» mit le feu à la poudre, et l’explosion tua cinq soldats et » six autres personnes. »
Il nous reste à parler des droits qu’ont les Chinois à la priorité de l’invention de l’aiguille magnétique. Nous nous aiderons des recherches de Klaproth sur l’invention de la boussole, publiées dans une lettre adressée par ce savant à M. de Humboldt (en 1 834 ) •
La première mention qui soit nettement faite en Europe des propriétés de l’aiguille polarisée, se trouve dans un poème satirique de Guyot de Provins (î), qui date de l’an 1190 ou environ. Le second écrivain qui en parle est le cardinal de Vitry, qui visita la Palestine lors de la . * / quatrième croisade , et qui s’exprimait ainsi au commencement du treizième siècle :
« Adamas in India reperitur. » Plus loin , il ajoute :
« Acus ferreus, postquam adamanlem conligerit, adslellam scplentrionalem , quœ vctiil accis firmament i aliis vergenlibus non movetur , semper convertilur ; undc raide necessarius est naviganlibus in mari.
Après lui, Brunetto Latini, auteur d’un ouvrage fiançais appelé le Trésor, écrit vers 1 260, remarque pareillement que la boussole était d’une haute utilité sur mer; mais en même temps il reproduit les motifs qui empêchaient les marins de s’en servir.
« Aucun maître marinier n’ose en faire usage , de crainte de passer pour magicien ; et s’il bravait cette crainte, il ne trouverait point de matelot qui voulût se risquer avec lui, sur un bâtiment à bord duquel serait un instrument qui a l’air d’avoir été fabriqué par les puissances infernales.»
L’n écrivain plus moderne, le jésuite Riccioli, dit que * sous le règne de saint Louis les marins Irançais em-
(1) Cil ouvrage est connu «ors le lilio île |* BiW* de Guyot de Provins. N» 1 * du Traducteur. )
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ployaient ordinairement l'aiguille magnétique, qu’ils laissaient nager dans un petit vase plein d’eau, en l'empêchant de sombrer au moyen de deux tubes.
M. Klaproth infère de ces autorités et de plusieurs autres que l’usage de l’aiguille aimantée était connu en Europe au commencement du treizième siècle ; mais aucun de ces écrivains ne dit qu’elle ait été inventée en Europe ; ils laissent présumer qu’on la connut durant les
croisades. . *
Un passage d’un auteur arabe , Baylac , prouve que le compas de mer était également en usage parmi ses compatriotes, vers l’année 1242.
M. Klaproth démontre ensuite que le compas’ chinois avait, en 1117, la même forme que celle que Baylac a vue parmi les pilotes de Syrie. « Il s’ensuit, dit en terminant M. Klaproth , que cette espèce de compas était en usage en Chine, quatre-vingts ans au moins avant la composition de la satire de Guyot de Provins; que les Arabes l’ont possédée à peu près vers la même époque, et conséquemment que l’invention fut communiquée , soit directement, soit indirectement, aux Arabes par les Chinois; et qu’enfin les Arabes l’ont transmise aux Francs pendant les premières croisades. ’ «
Goia d’Amalfi, qui passe pour avoir inventé la boussole au commencement du treizième siècle, l’obtint probablement de quelques négociants orientaux.
Le pouvoir d’attraction de l’aimant était connu des Chinois depuis l’antiquité la plus reculée; mais ce n’est que pour la première fois que sa propriété de communiquer sa polarité au fer est clairement décrite dans un dictionnaire chinois, terminé en l’année de Jésus-Christ i2i. Sous le mot Aimant, on lit la définition suivante-:
“ Pierre avec laquelle un peut imprimer une direction à l’aiguille. ■
Le père Gaubil dit qu il a trouvé dans un ouvrage écrit
cent ans plus tard que le précédent l’usage du compas clairement expliqué.
Dans un dictionnaire publié sous le règne de Kang-hi, mais non pas le célèbre ouvrage qui porte le nom de ce monarque , il est dit que sous la dynastie des Tsin (antérieurement à l’année 419 de notre ère) , des vaisseaux furent pilotés au sud par le moyen de l’aimant. M. Klaproth prouve ensuite que les Chinois ont observé longtemps avant nous la variation de l’aiguille du véritable pôle. • %
L’auteur d’un ouvrage chinois sur la médecine dit, en effet : w
« Lorsqu’une pointe d’acier çst frottée avec l’aimant , elle acquiert la propriété de marquer le sud; cependant elle incline toujours vers l’esf; par conséquent, elle n’indique pas strictement le sud. Si l’on passe l’aiguille à travers une mèche (faite de jonc) placée surl’eati , elle marquera aussi le sud , mais avec une inclinaison perpétuelle vers la pointe pin ou cinq sixièmes sud. »
Klaproth prouve alors que tel est actuellement le cas àPéking, selon les observatiôns faites par lè E. Amiot, qui affirme que : « la variation de l’aiguille magnétique continue d’être la même dans celte capitale , c’est-à-dire entre 2 0 et 2°3o' à l’ouest. » Maintenant, comme les Chinois supposent que le point d’attraction magnétique est au sud, ils renversent les termes précédents et disent que l’aiguille marque le sud avec une variation est.
Cette différencepest une preuve de l’originalité du com-* pas chinois, et ce qui vient la confirmer, c’est qu’il forme la base de leurs plus anciennes notions astrologiques. Cet instrument Chez eux consiste simplement en une aiguille, qui n’a pas tout-à-fail un pouce de longueur, placée dans un creux, au centre d’un plat de bois bien vernissé. La large circonférence du plat est marquée de cercles concentriques, sur lesquels sont inscrits les huit figures mys-
tiques de Fou-hi » les douze caractères horaires , les dix autres qui, combinés avec ceux-ci, marquent les années du cycle, les vingt-quatre divisions de leur année solaire, les vingt-huit demeures lunaires , etc.
Les Chinois paraissent avoir appliqué la polarité de l'aimant magnétique à un double but, et s’en être servi autrefois à terre aussi bien qu'en mer. Pour cela, ils avaient une machine, appelée char magnétique, dans laquelle était placée une petite figure qui tournait toujours le doigt vers le même côté de l’horizon, line représentation de ce char se trouve dans l'ouvrage de Klaproth.qui l'a copié et extrait d’une encyclopédie chinoise. Il est dit dans une histoire de la dynastie des Tsin , que la figure placée sur le char représentait «un génie habillé de plumes, » et que lorsque l’empereur sortait dans de grandes occasions, ce char le guidait et servait à indiquer les quatre points du compas. Ces chars aimantés étaient eonnus aussi au Japon, vers le milieu du vu* siècle. •
Quelque ancien que soit cliefeux le compas, l’art de la navigation a cependant beaucoup plus rétrogradé dans ces dentiers temps, qu’il n’a fait de progrès. Il est évident qu’ils sont allés autrefois jusqu’aux Indes, mais à présent leurs voyages dé long cours ne s’étendent pas au-delà de Java, et des lies Malaises, au Sud. Le principal obstacle à leurs progrès comme marras, est le préjugé.qui les empêche d’apporter le moindre changement dans la construction de leurs jonques peu sûres, qui ressemblent assez aux souliers qu’ils portent. La poupe est fondue, tnais elle- paraît dangereuse pour le navire. Au lieu de poix, 41s se servent d’iihe composition de gypse brûlé, et d’huile mêlée quelquefois à- des rognures de bambou. Leurs voiles : de nattes, plates et peu flexibles, leur permettent dans un temps calme, de prendre beaucoup mieux la .brise que ne le font -no g voiles de toile , mais d’un autre côté leur niveau plat, sans aucune espèce de courbe, les
fait tomber vite sous le vent et laisse l’avantage à nos vaisseaux. Les ancres des jonques sont fabriquées avec un bois très lourd et très dur, appelé par les Chinois ti-mou, « bois de for. » • »
JonquÈ de commerce.
On a critiqué l’assertion de Marco-Polo , .lorsqu’il dit que les jonques ont plus d’une voile par mât, et l’on a affirmé que les vaisseaux chinois ne portent aucune espèce de voile de perroquet La vérité est pourtant qu’ils s’en servent fréquemment par un temps doux et poème par un bon vent. Elle est en toile ou en colon. Pour qu’elle prenne aufaât de vent que possible, tout en tenant trèspeu de pièce sur le ipât, on lui fait faire le ventre. * Les expériences de M. Edgeworth sur la résistance de l’air, ont prouvé qu’une surface courbe prend'plusje vent qu’une surface plane de la même hauteur perpendiculaire, ou que l’oq active laf force .du venf, en augmentant la surface sur laquelle il frappe ; ce principe est tout-à-fait en faveur de la sagacité des Chinois.
Tant que les jonques ne s’éloignent pas des côtes, leur navigation est assez sûre;«elles ont pour les guider la carte exacte des sinuosités du rivage, des ports, des haies, etc. Dans les voyages lointains, les Chinois engagent quelquefois des Portugais de Macao, qui, avec un vieux sextant rouillé, leur prennent la hauteur du soleil ; mais dans les voyages de peu de durée , ils ne se servent même pas de carte; la boussole leur suffit, et ils jugent des distances d’après le dernier promontoire ou la dernière île qu’ils ont eu en vue. L’habitude les a rendus fort habiles sur ce point.
M. Gutzlaff, qui a ôté passager à bord d’une jonque chinoise, nous a donné une description fort intéressante de sa traversée. ,
« Outre les offrandes que l’on faisait continuellement à une image de la reine du ciel (dit-il), nos marins adoraient aussi le compas qu’ils couvraient d’un morceau de drap rouge ; ils brûlaient de l’encens et du papier doré auquel ils donnaient la forme d’une jonque, le tout en son honneur. Dans les calmes plats, ilsjetaientpaT-dessüs le bord une grande quantité de papier doré ayant la forme d’une jonque , faisaient de» offrandes à la déesse ef à quelques démons; mais si ces sacrifices n’amenaient aucune amélioration dans leur situation, ils les cessaient et attendaient patiemment le résultat. »
. Les détails que fournil le même auteur surla discipline qui règne à bord des navires, et sur les individus qui les montent, font comprendre pourquoi tant de-jonques périssent; elles paraissent n’être remplies que des rebuts de la société, de gens qui n’ont plus rien à perdre et qui ne sauraient subsister à terre. Outre le principal propriétaire de la, cargaison ou l’agent de ceux auxquels elle appartient, il y a le capitaine ou le pilote; celui-ci est constamment assis du. côté du bateau d’où l’en peut npercevoir les rivages et les promontoires , et telle est ,
chez les gens de sa profession, la force de l’habitude, qu’il est bien rare qu’il s’endorme. Quoiqu’il soit*établi commandant sur tout l’équipage , les matelots lui obéissent ou lui désobéissent, selon que cela leur convient , et le traitent quelquefois comme un de leurs égaux, c
Après le pilote vient le timonier qui dirige la course du navire et la manœuvre des voiles. Il y a ensuite des commis préposés à la cargaison, un pourvoyeur, et un autre individu dont la charge spéciale est de faire les offrandes et de brûler l’encens.
L’équipage est divisé en deux classes ; les marins habiles appelés teou-ino, « tète et yeux ,» et les marins ordinaires ou « camarades. »
Tous, à l’exception de ceux de la dernière classe, ont des hamacs qui ne peuv ent 'contenir qu’une personne. Chacun d’eux est copropriétaire, et a le privilège de mettre à bord une certaine quantité de marchandises. L’équipage exerce son contrôle sur le vaisseau, et a le droit de s’opposer à tout ce qui lui semble contraire à ses intérêts, de telle manière que le capitaine et le pilote sont bien souvent obligés de se soumettre à sa volonté. Dans les moments de danger, tous les individus perdent courage, et leur indiscipline et leur poltronnerie causent fré quemment la perte de la jonque.
Quoiqu’ils reconnaissent la supériorité de notre système de voilure sur le leur, ils persistent cependant à le conserver, pour ne pas imiter (es barbares. Nous croyons que l’obstacle le plus réel qui s’oppose à ce qu’ils suivent notre exemple est la crainte d’être inquiétés par le gouvernement. Les Siamois , qui n’ont point été retenus par une considération semblable, ont déjà doublé de cuivre leurs vaisseaux, et dernièrement deux d’entre eux, ainsi fabriqués, sont arrivés à Canton.
L’industrie des Chinois se déploie mieux à terre ; c’est
surtout dans les moyens destinés à abréger le travail qu’elle brille le plus.
« Le hasard (dit le docteur Abel) me conduisit chez un forgeron qui fabriquait divers instruments de fer. Cet homme comprenait parfaitement bien les propriétés du chauffage, et les mettait habilement à profit dans sa profession. Au moment où j’entrai, je le trouvai occupé à forger une serpe. Il avait à côté de lui une énorme paire de ciseaux, dont une lame était fixée dans Un gros bloc de bois, et l’autre pourvue d’un long manche pour servir de levier. Tirant de la forge un morceau de métal chauffé à blanc, il le plaça entre les lames de cet instrument, et le coupa comme il voulut, avec autant de facilité que de promptitude. »
A l’appui de la même remarque, nous citerons un autre passage du journal du docteur Abel, qui était un observateur fort intelligent.
« Une quantité d’huile récemment tirée du moulin où elle avait été produite, et contenue dans un large vaisseau, était continuellement agitée par un jeune garçon, au moyen d’un gros pilon de cuivre. La fatigue qui devait résulter du poids du pilon et du mouvement uniforme du bras qui le remuait fut évitée , grâce au simple appareil suivant : un petit arc de bambou étant attaché au plafond, juste au-dessus du vase contenant l'huile, lé pilon fut attaché à sa corde , et , iÿnsi suspendu , la moindre impulsion suffisait pour lui communiquer le mouvement nécessaire, tandis que l’élasticité de l’arc lui donnait le recul convenable.
On peut mettre en question si leurs arts industriels sont originaux ou s’ils les ont empruntés des Hindous , bien que les probabilités soient en leur faveur. Pour nettoyer le coton, ils emploient un double procédé , semblable à beaucoup d’égards à celui qui est en usage dans
Hrltoy ig<* du coton
les Indes. La machine au moyen de laquelle on dégage le coton de sa coque consiste en deux cylindres de bois placés horizontalement l’un sur l’autre , et en contact presque immédiat. Ils sont mus par une roue à pédale , et le coton étant appliqué sur l’un des côtés de l’ouverture est porté jusqu’à l’autre par une révolution des cylindres, tandis que les graines, qui sont trop grosses pour pouvoir se glisser entre eux tombent à terre. Ensuite on nettoie le coton de la même manière .que dans l’Hindoustanz En art fort élastique , avec une corde tendue, est tenu par le*bardeur au-dessus d’un monceau de coton; puis, plaçdht la corde avec quelle force sous une partie du coton, au moyen d’un instrument de bois qu’il tient de la main droite , l’ouvrier laisse l’arc se détendre soudain, et la vibration, maintenue ainsi continuellement, enlève, disperse le coton, et le sépare en beaux flocons blancs , sans rompre la fibre.
Il est d’autres inventions dont l’honneur ne saurait être contesté aux Chinois ; tels sont , entre autres , l'art de fabriquer la soie ët la porcelaine , et celui de fabriquer des chandelles de la semence du crolon sebîferum. Cette semence, qui est contenue dans une graine à trois lobes, est entourée d’une substance blanche , assez semblable au suif pour la consistance. •
On commence par > l’écraser dans une ornière de fer, dans laquelle une roue pesante , suspendue à une poutre, se meut en avant et en arrière. On la chauffe ensuite, afin de faire fondre la graisse végétale , et on la soumet de nouveau à l’action de la presse. Comme cette substance s’amollit aisément, les chandelles qui en proviennent sont enduites de suif à l’extérieur. Elles brûlent rapidement, parce qu’elles ont une grosse mèche; elles donnent peu de clarté, mais eft" revanche beaucoup^ de* fumée, On emploie à peu près le même moyen pour obtenir l’huile du camellia oleifcra. On écrase d’abord la