‹ La ChineChapitre 44 sur 79 · I.Jk CHINE · texte numérisé non relu

I.Jk CHINE

Canton , ne pourraient être mieux confectionnés ici. Sous le rapport de la solidité, ils conservaient môme toujours l’avantage. L’enclume du forgeron chinois , au lieu d’ètre plate , est légèrement cçnvexe ou arrondie. > '

Il nous reste maintenant à décrire les deux principales fabrications de la Chine, celles de laswic et de la porcelaine, qui, si les Chinois n’avaient point d’autres preuves de leur industrie à faire valoir, suffiraient pour qu’on leur assignât un rang supérieur parmi les nations civilisées. '

D’Herbelot a pensé avec raison que, comme l’empire romain tirailla soie manufacturée de la Grèce, et la Grèce de la Perse , il est probable que cette dernière nation (c’est là du moins l’opinion des meilleurs écrivains orientaux) en était redevable à la Chine. Dans ce pays, on en fait remonter l’invention jusqu'aux temps mythologiques. L’agriculture et la fabrication de la soie forment le sujet d’un des seize discours lus au peuple. Nous avons déjà dit que, pour encourager cette industrie, l’impératrice plantait chaque année un mûrier, de même que l’empereur conduit la charrue.

Dans un ouvrage publié en vertu d’un ordre impérial et intitulé : * Illustrations de l’ Agriculture et du Tissage, »on trouve de nombreuses gravures sur bois, accompagnées de textes explicatifs et relatifs aux différents procédés en usage pour la fabrication des soies.

Les Chinois, outre leur mûrier ordinaire , qui diffère quelque peu de celui d’Europe, ont parfois recours, pour nourrir les vers , à une espèce sauvage de la famille du morus , aussi bien qu’aux feuilles d’un autre arbre que l’on croit être une variété du frêne. On a essayé de fabriquer la soie, d’après leurs procédés, dans l’ile de Sainte-Hélène ; mais la compagnie des Indes-Orientales qui avait c.elte entreprise l’a abandonnée , ainsi que ses autres établissements, à l’expiration de son privilège.

l.A CH1M'..

Le principal objet quÿ l’on a en vue, lorsqu’on cultive le mûrier pour l’employer à l’alimentation des vers à soie, est qu’il produise le plus possible de feuilles jeunes et saines , sans fruit. C’est dans ce but que l’on ne laisse pas dépasser aux arbres un certain âge et une certaine hauteur. Ils sont plantés en échiquier, à une distance raisonnable les uns des autres, et l’on dit qu’ils atteignent, dans l’espace d’environ trois ans, toute la perfection désirable.

C’est principalement dans la province du Tcbé-kiang que l’on cultive le mûrier. Cette province , de même que les trois autres qui produisent de la belle soie (le Kiangnan, le Hou-pé et le Ssé-tchouen), est coupée par la trentième parallèle de latitude; de nombreux canaux la traversent en tous sens , et le climat correspond assez à celui de la même latitude dans les États-Unis d’Amérique. On remplit ordinairement de millet , de légumes , et d’autres objets d’alimentation , l’espace situé entre chaque mûrier.

C’est au commencement de l’année que l’on taille les arbres et qu’ils produisent de belles feuilles. On a soin de couper les branches, de manière à donner de l’air et de l’essor aux feuilles.

Pour ne pas endommager les arbres qui ne pourraient supporter un gros poids , on se sert d’échelles soutenues par un bâton. On les préserve des ravages des insectes en les enduisant fréquemment d’huile , d’essence , et autres substances.

Les feuilles étant, comme on le dit, « les poumons des arbres » ceux qui en sont privés ne peuvent manquer de souffrir. Pour neutraliser les effets du mal, les Chinois taillent et raclent les mûriers, de manière à en diminuer le bois, après avoir enlevé les feuilles. (Il est probable cependant qu’ils en laissent quelques unes. )

11 est sui"prenant de voir avec quelle rapidité un arbre,

dans ce pays, pousse des feuilles, après en avoir été complètement dépouillé par un ouragan ou de toute «utre manière. Quand ils deviennent trop vieux pour produire de belles feuilles et qu’ils montrent une trop grande tendance à donner du fruit, on les déracine, ou bien on les taille de manière à ce qu’ils puissent produire encore de jeunes branches.

* Les maisons où l’on entretient les vers à soie, dit M. Barrovv , sont ordinairement placées au centre de chaque plantation , afin d’être éloignées de tout bruit; 1 expérience ayant prouvé qu’un cri soudainement jeté ou le jappement d un chien , fait mourir les jeunes vers. Le tonnerre leur est également nuisible.

» Les chambres sont disposées pour pouvoir être chauffées, lorsque cela est jugé nécessaire. On prend le soin le plus minutieux des feuilles de papier sur lesquelles les multitudes d’œufs ont été déposées. On fait éclore ces œufs ou on les retarde, par l’application du chaud ou du froid , selpn que les feuilles des mûriers sont plus ou moins prêtes à être données pour nourriture aux jeunes

vers. »

Ils poussent la minutie au point de couper les feuilles par petits morceaux et de les peser, jusqu’à ce que les vers soient devenus assez gros; alors ils les leur donnent entières.

Ils n’apportent pas moins d’attention à maintenir la température des appartements à tel ou tel degré , à les nettoyer, etc. Les vers, quand ils mangent, sont sur des espèces de petites claies en osier que l’on nettoie souvent : ils passent d’une claie à une autre, dès qu’ils sentent l’odeur des feuilles fraîches que l’on y* a placées. Lorsqu’ils ont jeté' leurs différentes peaux, qu’ils ont atteint le maximum de leur croissance et pris une couleur jaunâtre transparente, on les met dans des compartiments, avant leur filage.

Une semaine après le commencement du filage, les cocons de soie sont complets , et il devient urgent de les travailler, avant que les vermisseaux ne se changent en teigne, ce qui gâterait les cocons. Lorsqu’on en a mis de côté un certain nombre pour qu’ils produisent d’autres œufs, on tue les vermisseaux qui sont dans les cocons, en les plaçant dans des jarres, sous des couches de sel et de feuilles-, et en interceptant l’air. On les met ensuite dans de l’eau , d’une chaleur modérée , qui dissout la substance glutineuse et qui colle les soies l’une contre l’autre , et on les tourne sur des dévidoirs. Enfin on les arrange en paquets de divers poids, etorfles vend sous le nom de « soies écrues, » ou bien on les livre au métier et on en fait des étoffes.

Les Chinois excellent dans la fabrication du damas et du satin à fleurs. Jusqu’à présent, on n’est point encore parvenu à imiter parfaitement leurs crêpes; ils font une espèce de soie, appelée à Canton ponge, qui devient plus douce à mesure qu’on la porte.

Le premier four à porcelaine dont il soit fait mention fut établi vers le commencement du vu' siècle de notre ère, dans la province de Kiang-si, où on la fabrique epeore aujourd’hui avec le plus de succès; mais les fameuses fournaises de King-té- tcliin , situées à l’est du lacPo-yang, ne furent construites que vers l’an 1000 de Jésus-Christ. Nous avons remarqué, lors de notre voyage en Chine avec la dernière ambassade , que c’est à Nàntchang-fou que l’on trouve exposée en vente une plus grande quantité de porcelaine que partout ailleurs. La ville deNan-tcliang-fou est précisément au sud du lac, et, de cette manière , elle communique facilement par eau avec King-té-tchin. Les Chinois ont l’histoire imprimée de ces fourneaux; elle esf en quatre volumes, mais la principale difficulté qu’ils présenteraient dans la traduction serait d’identifier les diverses substances em-

ployées, avec les noms qui les distinguent dans l’original. On n’a point encore surpassé les Chinois pour la substance de leur porcelaine , mais pour la peinture et la dorure nous sommes leurs maîtres.

On connaît assez bien les principaux matériaux qu’ils emploient. On a reconnu que le hao-lin n’était autre chose que la faïence d’Europe. Les rochers granitiques des environs du lac Po-yang en fournissent la matière. Marsden a démontré d’une manière satisfaisante que le mot porcelaine, ou porcetlana, fut appliqué dès le commencement par les Européens à la faïence chinoise, à cause de la ressemblance que présente sa surface polie avec celle de la coquille univalve ainsi appelée , laquelle tirait elle-même son nom du rapport que l’on a remarqué entre sa forme convexe et le dos arrondi d’un porcella , ou petit cochon (1).

Le silex et l’alumine, ou le caillou et l’argile, sont encore les principaux matériaux qui entrent dans la cotaposition de la porcelaine ; le pé-tun-lsé est le nom chinois du silex. *

Les Chinois disent que le kao-lin , ou plutôt kao-ting (sommet élevé), est mêlé de petites parcelles luisantes ( le mica) ; que le pé-tun-tsé est blanc, dur et uni extérieurement. „ On tire le kao-ling des montagnes dans tous les endroits où la surface de la terre est rougeâtre et semée de parcelles luisantes. On broie le pé-lun-lsi avec beaucoup de difficulté dans un mortier à pilons, mus par la force d’un courant. Quand on l’a réduit- en pâte avec un mélange d’eau, on le met en pains disposés à être travaillés-, et c’est ainsi qu’on le vend aux manufac-

turiers. ■ .' w «

Une autre substance également employée par eux est le hoa-chi «. pierre-glissante , » qui sert de savon , et une

(i) Marco-Polo , p. 4a8 (note).

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