I.A CUIMu
quatrième est le ehi-kao, albâtre ou gypse, dont on fait usage après que l’objet a été cuit.
En se rapprochant de King-té- te h in , du côté de l’est, feu sir George Staunton a vu plusieurs excavations qu’on avait pratiquées, en extrayant le pè-lun-lsè; il dit que les collines dans les flancs desquelles ces excavations exis laiept, étaient composées d’un beau granit, dont le quartz (ou silex) formait la plut grande partie. Il a remarqué ensuite des pierres blanches, très luisantes, qui consistaient, à ce qu’il dit, en quart: dans son plus pur état. On ne saurait donc concevoir le moindre doute sur les deux principaux matériaux de la porcelaine chinoise. Outre les manufactures dont nous âvons parlé, il y en a une autre àTchao-king-fou (à l’ouest de Canton), qui subvient aux demandes peu considérables des Européens et du commerce indien ; mais elle est de beaucoup inférieure en réputation à celle de King-té-lchin.
C’est au moyen du pé-tun-lsè pilé et de cendres de fougère que l’on obtient le poli vitré de la porcelaine. On sait que la combinaison vitrée du caillou et de l’alcali communique à la porcelaine ce luisant qui la distingue. Les Chinois l’appellent * vernis» ou «huiler»
Dans la troisième partie du dictionnaire du docteur Morrison , au mot Porcelaine, on trouve quelques extraits de l’histoire des fours de King-té-tchin. Il est dit que Kao-ling est le nom d’une colline située à l’est de la manufacture, et que la terre que l’on en tirait était la propriété de quatre familles différentes. C’est pour cette raison que leurs noms sont gravés sur les pains de cette matière. Le meilleur pè-tun-tsé provient des environs de H oeï-tcheou , dans la province de Kiang-nan. Depuis plus de mille ans, le gouvernement chinois a toujours accordé beaucoup d’attention aux manufactures de porcelaine , surtout à celle de King-lé-tchin, qui appartient à la ville de Iao-tcheon-fou. L’empereur Kien-long envoya même
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de Péking une personne qu'il chargea de dessiner tous les procédés en usage.
Les sujets de ces dessins, qui sont au nombre de vingt, se trouvent décrits in extenso dans un ouvrage chinois très volumineux. L’un représente la manière dont on se procure les matériaux et dont on fait la pâte; un autre, la préparation des cendres pour le vernis ; un troisième, le choix ou le triage des « matériaux bleus, » que l’on croit être du cobalt. Après' avoir été formé par un moule, on achève avec la main d’ôter les aspérités du biscuit (ainsi que les ouvriers l’appellent) avant qu’il ne soit cuit. Les parties enlevées par cette opération sont pilées et travaillées pour l'usage des peintres.
Quant à la peinture de la porcelaine , un individu fait le dessin , et un autre le coloris. Les Chinois disent que celte division du travail est pour « concentrer la main de l’ouvrier et fixer son esprit. » On dit qu’avant d’être cuit le même objet de porcelaine a passé par une vingtaine de mains, et qu’avant d’être vendu, il a circulé dans plus de quarante autres. La collection de dessins ci-dessus mentionnée se termine par la représentation de la cérémonie d’actions de grâces au dieu des fournaises. Ce dieu, dit Denlrecolles , doit son origine aux difficultés qu’eurent à vaincre des ouvriers auxquels l’empereur avait envoyé de Péking un modèle de porcelaine qu’ils ne purent jamais parvenir à imiter, après avoir été toutefois stimulés par les châtiments et par les récompenses. I n d’entre eux, réduit au désespoir par suite des vains efforts qu’il avait faits pour réussir, se précipita dans la fournaise ardente. . -
La tradition ajoute que la porcelaine qui cuisait alors atteignit un degré de perfection si grand, qu’elle égala le modèle envoyé. Depuis cette époque, la malheureuse victime passa pour une divinité, et continua d’être adorée jusqu’à ce jour comme le dieu des fourneaux.
Puisque nous en sommes sur le chapitre de la porcelaine, nous mentionnerons une découverte curieuse, faite récemment en Égypte. Dans une note d’un article du Qnarterly Review, intitulé : « L’Égypte et Thèbes(i),» on lit ce qui suit :
« M. Rosellini a montré l’autre jour à un de nos amis , résidant à Florence, une espèce de flacon de senteur, évidemment en porcelaine chinoise , et orné de caractères qui paraissaient être chinois. Rosellini lui-même l’avait trouvé dans un tombeau qui, autant qu’il avait pu en juger , n’avait pas été ouvert depuis le temps des Pha-
raons. »
Trois bouteilles semblables , découvertes aussi en Égypte, ont été examinées par l’auteur de cet ouvrage, qui peut certifier qu’elles sont identiques pour la forme, si ce n’est pour la beauté de la porcelaine , aux flacons de senteur et aux bouteilles à tabac fabriqués actuellement en Chine.
Voici comment les bouteilles égyptiennes ont été trouvées. ,
Lord-Prudhôe et M. Wilkinson, remontant le Nil, à la recherche d’antiquités, s’arrêtèrent à Coptos. Là, un fellah offrit de leur vendre deux bouteilles de même forme et de même grandeur, qui , comme toutes les antiquités de petite dimension qu’ils virent dans ce lieu, leur parurent être du temps des dernières dynasties égyptiennes t soit environ au siècle de Psammétique. M. Wilkinson donna l’une de ces bouteilles au Musée britannique; l’autre, en la possession de M. Pettigrew, a été gracieusement prêtée à l’auteur de cet ouvrage; en voici un fac-similé.
La planche est conforme à ces bouteilles jusque dans leur grandeur. A l’exception des deux côtés blancs , elles
(i) Numéro io5 , février i855.
LA CUIHE.
Bouteilles de porcelaine trouvées dans un tombeau égyptien. >
s<. ni d’une couleur vert-clair, semblable à celle dont les Chinois peignent souvent le dessous et môme l’intérieur de leurs vaisseaux de porcelaine. On voit une image de plante légèrement esquissée ; la tige et les feuilles ont l’air d’un dessin exécuté à l’encre de Chine, attendu qu elles sont d’un noir pâle. La fleur est rouge clair. Le style de cette esquisse est complètement chinois. De l’autre côté sont cinq caractères pareils à l 'écriture cursive des Chinois. Il est facile d’identifier trois d’entre eux avec les caractères actuellement en usage; quant aux deux autres, ils sont tellement contractés, qu’ils en sont inintelligibles. Les bouteilles contenaient une petite quantité de poudre noire et presque impalpable , qui avait l’air d’être carbonisée. Ces objets, en Chine, n’auraient excité qu’une médiocre attention, à cause de leur ressemblance si frappante avec les bouteilles fabriquées dans le pays; mais le fait de leur découverte dans une tambe égyptienne peut donner lieu à d’interminables conjectures.
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Les produits laqués ou vernis des Chinois, quoique intérieurs à ceux des Japonais, ne laissent pas que d’être extrêmement beaux, lorsqu’ils sortent des mains d’habiles ouvriers. On fabrique de cette manière une multitude d’objets, depuis des paravents jusqu’à des cuvettes. Ce qui en rend le prix élevé, c’est le soin extrême qu’il faut apporter dans le plus ou moins de consistance du vernis, et le nombre des couches à donner. Quand on en a déjà exécuté une , on est obligé d’attendre très long-temps qu’elle soit sèche, avant d’en apposer une seconde.
Les produits de celte industrie ont été justement appréciés en Europe, et, dans les commencements, il s’en faisait d’énormes importations de Canton; mais depuis on les a imités, et le nombre des demandes s’est de beaucoup réduit.
A l’appui de ce que nous avons dit précédemment sur le caractère industrieux des Chinois, nous citerons un fait raconté par feu sir George Staunton.
Parmi les présents offerts à l’empereur par la dernière ambassade, se trouvaient deux magnifiques lustres de cristal. Pour les placer dans un lieu plus convenable que celui où on les avait d’abord déposés, des ouvriers du pa)s les démontèrent et les remontèrent en très peu de temps, sans peine et sans se tromper, bien qu’ils fussent composés de plusieurs milliers de morceaux différents, et qu’ils n’eussent jamais rien vu de pareil dans leur pays. L’un d’eux parvint à effectuer avec la pointe d’un fer chaud ce que ne put opérer un mécanicien anglais, aidé d’un diamant : il s’agissait , pour remplacer une des pièces de ces lustres qui avait été brisée dans la voiture , de couper un morceau dans l’épaisseur d’un plat de verre rond.
Les arts du dessin et de la peinture n’occupent point en Chine le rang élevé que nous leurs assignons en Europe. Etant moins encouragés, ils ont dû nécessairement être moins cultivés. Dans les ouvrages qui n’exigent pas
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une observation rigoureuse des règles de la perspective, ils se montrent quelquefois assez habiles. Ils peignent des insectes, des oiseaux, des fruits et des fleurs avec beaucoup de talent, et rien ne saurait égaler l’éclat et la variété de leurs couleurs. Des artistes chinois ont souvent été employés, à Canton et à Macao, par des naturalistes anglais qui leur faisaient dessiner des animaux et des plantes. Convenablement dirigés, ils peuvent , en effet , exécuter des ouvrages très corrects. Ce qu’ils ne comprennentpas, ce sont les ombres : ilsnelcs emploient jamais. M. Barrow dit, que lorsque des mandarins virent quelques portraits peints par des artistes européens, ils demandèrent d’un air étonné si les originaux avaient le côté droit et le côté gauche de la figure de couleurdifféi'ente? Ils regardaient l’ombre du nez comme un grand défaut de la peau; d’autres présumèrent qu’elle n’était que le résultat d’un accident.
Quoique les Chinois ne pratiquent pas exactement l’art de la perspective , on se tromperait si l’on croyait qu’ils le négligent tout-à-fait. Leurs artistes de Canton se sont du moins inspirés des ouvrages européens, tout en laissant de côté lés ombres et les clairs. Les gravures sur bois des livres chinois sont ordinairement exécutées au trait, et sont, quelquefois aussi animées que fidèles..
Le genre de peinture le plus estimé parmi eux est le lavis à l’encre de Chine, sur du beau papier ou de la soie. Un de leurs sujets favoris d’études est le bambou ; ils le représentent à toutes les époques de sa croissance.
Au sujet de leur habileté dans l’ornement des jardins, sir William Chambers a publié un essai que l’on peut à bon droit considérer plutôt comme un ouvrage de fiction. Heureusement, M. Barrow nous a donné des détails fort exacts sur les jardins de plaisance de l’empereur à Youcnming-youen , « le jardin de perpétuelle splendeur. »
«Les parties agréables de la nature, dit-il, étaient sé-
parées, liées ou arrangées d’une manière si judicieuse qu’elles composaient un tout artificiel, où les proportions étaient aussi admirablement gardées que dans la nature même. » Les Chinois sont singulièrement habiles dans l’art de tirer tout le parti possible d’un espace donné; ils savent si bien disposer les ornements qu’ils lui prêtent une étendue imaginaire. Dans ce dessein, ils plantent sur le premier plan des arbres très gros et d’un vert extrêmement foncé, et sur les autres plans des arbres graduellement moins élevés et d’un vert plus pâle. Ils placent ensuite çà et là des masses de roches artificielles , des touffes de feuillage et de verdure, et sur les points culminants des tours appelées pagodes par les Européens.
En sculpture, les Chinois sont loin d’être aussi habiles; le peu de progrès qu’ils ont fait dans cet art a sans doute pour cause principale le manque d’encouragement.. Le gouvernement en effet a toujours eu pour politique d’empêcher le goût du luxe de se répandre, et d’exciter celui du travail ; il ne faut donc point s’étonner de la forme grossière des statues chinoises ; cependant ils rachètent leur ignorance en sculpture par assez, d’adresse dans le modelé ; c’est pour cette raison que les images de leurs dieux , au lieu d’être taillées en pierres, sont modelées avec de l’argile. D’ailleurs ils n’ont pas besoin d’avoir aucune connaissance anatomique pour rendre les nus, puisque ces statues sont toujours vêtues contrairement à celles du Panthéon grec. Ils n’exécutent pas mal les drapeiies, et les jettent avec assez de bonheur et de vérité.
Pour ce qui concerne leur musique, nous rapporterons l’opinion de M. Hüttner, attaché à l’ambassade de lord Macartney. ,
«Leur gamme, dit-il, est imparfaite pour les Européens, car leurs clefs sont inconsistantes, c'est-à-dire qu’elles errent de bémols en dièzes , et de dièzes en bé-
mois , lorsqu’elles ne sont pas dirigées par un coup de cloche. En jouant des instruments, les Chinois n’ont jamais découvert l’existence des demi-tons , et ils ne paraissent avoir aucune idée du contre-point. Les exécutants, quel que soit leur nombre, se suivent platement à l’unisson; cependant, dans certaines circonstances, j’ai vu plusieurs instruments qui jouaient dans l’octave aigu, tandis que d’autres jouaient dans l’octave gravq , ce qui se rapprochait un peu de l’harmonie. »
Ils ne savent point ou du moins savent à peine ce que c’est qu’un accompagnement. La musique semble avoir été cultivée, en Chine, depuis une époque fort reculée, car Confucius lui-même en parle fréquemment, et les éloges qu’il lui donne auraient môme dû produire, avec le temps, quelque chose de meilleur que l’art imparfait dont les Chinois modernes suivent les règles plus imparfaites encore.
Ils ont certains caractères pour exprimer la valeur de chaque note dans leur échelle si limitée. Ils les emploient pour noter leurs airs; mais on ne sait si ce mode est de leur invention ou s’ils le doivent aux jésuites. On dit cependant que l’empereur Kang-hi se montra très surpris lorsque le Père Pereira nota les airs chinois qu’on jouait devant lui , et les répéta ensuite.
Leurs instruments sont très nombreux; ils consistent en plusieurs espèces de luths et de guitares, de flûtes et d’autres instruments à vent. Ils ont un violon à trois cordes, une espèce d'harmonica en fil de fer, que l’on touche avec deux petites baguettes de bambou , puis des systèmes de cloches et de morceaux de métal sonore , des tambours couverts en peau de serpent, etc. Les cordes de leurs instruments sont en soie et en fil de fer.
Beaucoup de Chinois ont l’oreille juste, quoiqu’ils aient un mauvais goût national. Le magistrat du district de Macao étant venu visiter l’auteur de ce livre, au moment