COULEURS
COUTS.
Saturne.
Jupiter.
Mars.
Vénus.
Mercure.
L’estomac.
Le foie.
Le cœur.
Les poumons.
Les reins.
La terre.
Le bois.
Le feu.
Le inétal.
L’eau.
Jaune.
Vert.
Rouge. •
Rlanc.
Noir.
Doux.
Acide. * Amer. *
Piquant. Salé.
. «Saturne, remarque Lilly, cstfroid, sec, mélancoliquç, terrestre. Jupiter régit toutes les maladies du foie, et en fait de couleurs, le vert d’eau, le jaune mélangé ou le vert. Mars aime le rouge et les saveurs qui sont amères et qui brûlent la langue. Vénus se rapporte au blanc et Mercure à l'eau. ■> .
On dirait vraiment , en lisant ce passage , que nos ancêtres ont emprunté leur philosophie astronomique des Chinois. '
Comme spécimen de raisonnement , on ne pourrait trouver rien de plus absurde que ce qui suit : *
« La partie supérieure du corps participe du yang et de la nature du ciel; par conséquent, les remèdes qui conviennent à cette partie du corps sont les têtes des plantejs ; le corps des plantes est pour les affections du milieu , etc. »
Cependant, quand ils abandonnent leurs théories, pour n’obéir qu’à leur instinct, ils s’expriment tout autrement.Dentrccolles a traduit un traité de médecine, composé par un praticien chinois, et intitulé Tcliang-seng , ou « longue vie. » C’est un essai sur la diète et le régime.
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qui renferme plusieurs préceptes excellents. Les médecins chinois ont une très haute opinion du repos de la nuit, et ils disent qu’une nuit passée sans sommeil ne saurait être compensée par dix nuits de sommeil.
Les boutiques des droguistes de Canton renferment une immense quantité de simples, de la gomme et quelques minéraux, qu’ils vendent par petits paquets, contenant chacun une dose, avec un écrit qui enseigne l’usage que l’on doit en faire. Ces boutiques sont aussi remarquables par leur propreté et l’ordre qui y règne, que celles de nos apothicaires.
On sait que l’ouvrage chinois le plus considérable sur la médecine est le fameux Pen-lsao, ou herbier, qui ne se borne pas uniquement à la botanique , ainsi que son titre pourrait le faire croire, mais qui traite aussi des règnes animal et minéral. A la tête de tous les remèdes est le jin-sen g, qu’on vendait jadis huit fois son pesant d’argent. Le thé s’emploie aussi comme médicament.
Dans quelques cas, ils montrent une préférence bizarre pour tel ou tel remède, et ils le font venir de bien loin, quand ils ont sous la main des équivalents; par exemple, ils importent de Sumatra et de Bornéo le camphre, qu’ils pourraient obtenir facilement chez eux du laurus camp ho ni , et qui revient à quatre livres sterling la livre, à Canton. Comme remède drastique, ils font usage du pa-teou (croton-liglium), en le combinant avec de la rhubarbe. Au nombre des moyens de soulagement les plus efficaces, dans les cas de douleurs locales, ils comptent l’usage des moxas, qu’ils préparent en broyant les tiges d’une espèce d’armoise, appelée ngaï-lsao, dans un mortier, et en choisissant les fibres les plus cotonneuses, auxquelles ils mettent le feu, après les avoir appliquées sur la partie malade. On dit qu’elles brûlent très rapidement, sans causer une douleur vive.
Les Chinois se servent aussi de la fibre de l’artemisia
comme de fîdibus, pour allumer leurs pipes. Pour cela, ils la trempent dans une solution de nitre^et l’enflartiment au moyen d’un petit verre grossissant, ou d’un caillou et d’un morceau d’acier.
Sir William Temple, dans ses œuvres (vol. III, p. 254 ), dit qu’il a été guéri d’une attaque de goutte par l’emjplqi du moxa. Ce fut un de ses amis qui lui conseilla, pendant son séjour en Hollande, d’avoir recours à ce remède, qui , à ce qu’il lui assura, venait des Indes-Orientales. La description que fait sir W. Temple du iùoxa se rapproche tellement du procédé chinois , que' l’on est forcé de croire que les Hollandais, du temps de leurs relations avec la Chine, l’auront importé de Canton à Batavia, et de là dans leur patrie.
Le docteur Abel a vu à Canton un médecin du pafys qui ignorait complètement l’anatomie ; il paraissait se douter qu’il y avait tels et tels viscères, comme te foie, les poumons, etc. , mais ne connaissait pas au juste leur situation; et cependant, en voyant des planches d’anatomie , il sut indiquer celles qu’il jugeait capables de former une collection précieuse.
Les Chinois ne dissèquent point, et ne pratiquent jamais l’amputation (sauf celle de la tête (r) ) ; ils igno^ rent donc entièrement la forme et les fonctions des organes vitaux, bien qu’ils aient des notions assez exactes en ostéologie (2).
L’importance qu’ils attachent aux restes de leurs pa-
(1) Le supplice que les Européens appellent « être coupé par morceaux » consiste à attacher le criminel à un poteau, -et à lui donner quelques estafilades et quelques coups de pointe mortels.
(3) Us sont, jusqu’à un certain point, pluénologisles, cl ont foi aux indications extérieures du crâne. C'est 'en examinant le front d'un homme et la partie postérieure du crâne d’une femme, qu’ils distinguent les qualités bonnes ou mauvaises des individus des deux sexes.
1»A CUIRE
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rcnts décédés est telle, que lorsqu’ils changent de domicile, ou dans d’autres circonstances, ils les exhument, recueillent leurs os, et les placent au fond d’une jarre. Dans une occasion de ce genre, l’auteur de cet ouvrage se trouva chez un vieillard, au moment où il ôtait gravement, un à un, les os que renfermait un cercueil. A mesure » qu’il les plaçait dans la jarre, il en dressait un inventaire exact sur du papier, en leur donnant à chacun le nom qui lui convenait. 11 n’en omit pas un seul, depuis les phalanges des pieds jusqu’à celles des mains. Il plaça le crâne en dernier.
Les Chinois pratiquent une espèce de médecine légale, afin de connaître, d’après des signes extérieurs, de quelle manière un individu est décédé.
lin jeune garçon élant mort près des factoreries de Canton, on soupçonna que des violences avaient été exercées sur lui , et le magistral établit son parquet proche du lieu; il interrogea les personnes sur lesquelles on avait des soupçons, et leur fit appliquer la torture. Pendant ce temps, on étendit le corps sur des planches, et l’on versa dessus une certaine quantité d’un décockum de graines bouillant. Au bout de quelques moments, ils enlevèrent cette préparation, et jugèrent, d’après l’état de la peau et des muscles, de la causo qui avait déterminé la mort.
Feu sir George Staunlon a noté quelques traits marquants d’ignorance médicale des Chinois. Le principal ministre , llo-tchong-tang , souffrait considérablement d’une hernie, que les médecins du pays disaient être «une accumulation de vapeurs nuisibles,» et voulaient faire disparaître au moyen de la ponction. Fort heureusement pour lui, le malade s’y refusa, ne voulant peutêtre point donner son adhésion à la maxime du médecin de Molière, « qu’il faut mourir selon les règles. »
Digitizi
Ll CHINE. 190
Autre exemple. Une personne de la suite de lord Macarlney, étant tombée malade en route, par suite d’une dysenterie opiniâtre, sa seigneurie fit appeler le docteur du lieu où se trouvait alors l’Ambassade. Le praticien , après avoir disserté sur la doctrine du pouls, et les humeurs tant chaudes que froides, prononça que le malade était affecté de ces dernières, et, pour le réchauffer, il lui administra de fortes doses de poivre, de cardamome et de gingembre, délayées dans des liqueurs spiritueuses. Le malheureux patient eut toutes les peines du monde à survivre à ce traitement.
Lorsqu’un médecin tue son malade , il se console en répétant l’adage chinois, « que la médecine peut dompter les maladies, maïs non point le destin.»
Si l’art de guérir est ainsi dans l’enfance, c’est parce que ceux qui le professent sont peu estimés, peu encouragés, et qu’il n’existe point en Chine d’école publique de médecine. Malgré ce que nous venons de dire de leur incapacité , on cite cependant, à Canton, le. fait d’un Anglais qui, ne voyant pas sa santé revenir entre les mains des médecins de son pays, fit appeler un docteur chinois, qui le guérit en lui administrant des simples. Pour guérir radicalement quelqu’un de la funeste habitude de fumer de l’opium, ils l’engagent à diminuer chaque jour la quantité qu’il consomme, en la remplaçant par un peu de tabac, puis à augmenter la dose jusqu’à ce que celle de l’opium soit tout-à-fait annihilée.
Dans Duhalde, cent pages environ sont consacrées à la « doctrine du pouls, » qui n’est, à vrai dire, qu’un grave charlatanisme, intimement lié au précieux tableau des cinq planètes, des cinq viscères, des cinq éléments, des cinq goûts, etc. Les Chinois ne connaissent point la circulation du sang, et ce qui le prouve, c’est leur ignorance qu’il existe un pouls distinct et séparé dans chaque partie
du corps. Ils prétendent en distinguer trois sur le liras seul-: le premier immédiatement sur le métacarpien du pouce, et les deux autres sur les parties qui correspondent aux deux os de l’avant-bras, le radius et le cubitus. C’est en procédant de cette manière, qu’ils reconnaissent vingtquatre espèces différentes de pouls.
Ils n’aperçoivent môme pas la différence qui existe entre les artères et les veines, et certainement ne savent pas un mot des fonctions des poumons, qui oxygénisent le sang el le débarrassent de son superflu de carbone. Ils se doutent faiblement des désordres que la maladie d’un viscère peut apporter dans un autre viscère. Ils appellent le cœur « l’époux, » et les poumons « la femme. » Ne pratiquantpasla dissection , il serait bien singulier que leurs connaissances fussent plus étendues.
Les physiologistes chinois désignent l’homme sous le nom de siao-lien-ti, «petit univers, ou microcosme, » et appliquent à cette définition la doctrine du yin et du yan " , c’est-à-dire du double principe dont nous avons parléauXlI'chapilrc, comme maintenant l’ordre et l’harmonie du monde naturel. Ils supposent que c’est dans une certaine proportion entre ces principes, ou entre la force et la faiblesse , le froid, le sec et l’humide, que consiste la santé du corps humain , et que les différents degrés de force ou de faiblesse produisent les maladies et finalement la mort. Il règne dans tout leur système médical une grande prétention à l’barmonic et au raisonnement, qui serait admirable, si elle était fondée sur quelque chose de vrai.
On a essayé de démontrer aux Chinois l’excellence de la médecine européenne. La petite-vérole exerçait autrefois parmi eux d’affreux ravages; leur mode d’inoculation consistait à prendre un peu de virus sur un premier malade, a le faire sécher, à le réduire en poudre, à le
mellre sur du coton, et à le placer dans les narines d’un autre malade. Comme la cécité est très commune chez eux , on peut croire que l’inflammation produite par ce mode d’inoculation devait gagner jusqu’aux yeux, et les perdre.
C’est à M. Pearson, chirurgien en chef de la factorerie anglaise , qu’ils sont redevables de l’introduction de la vaccine. Leur gouvernement ne tarda pas à en reconnaître les salutaires effets, et maintenant elle est pratiquée généralement par des vaccinateurs indigènes. Les prêtres bouddhiques cependant firent tous leurs efforts pour empêcher qu’elle fût adoptée, attendu qu’ils inoculaient eux-mêmes d’après la méthode chinoise, et que l’on avait souvent recours à leurs prières pour arrêter les progrès du mal (1).
M. Pearson, plus qu’aucun autre Européen, a pu juger des progrès qu’ont faits les Chinois dans la chimie alliée à la médecine. Nous donnons ici les observations qu’il a lui-même recueillies, et qu’il a bien voulu nous communiquer.
Il avait remarqué depuis long-temps que les boutiques des apothicaires chinois possédaient diverses préparations de mercure, et autant de médicaments tirés du règne minéral que celles de notre pays; mais à toutes les questions qu’il avait adressées, au sujet du procédé chimique qu’ils employaient pour ces préparations , il n’avait reçu que des réponses vagues et insigniiianteS , car il parait que les apothicaires ne sont nullement tenus de posséder cette connaissance. Plus tard, M. Pearson ayant été assez heureux pour trouver un individu qui faisait son métier de la préparation de quelques uns de ces médicaments, le pria d’opérer en sa présence. Or, voici
(i)‘ Les bouddhistes ont une idole dont on peut rendre le nom par « Notre-Dame de la petite-vérole. »
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LA Clll IV F..
comment il s’y prit pour préparer un muriale de mercure :
Grain*.
Sulfate de fer . g/jo
Sulfate d'alumine 920
Nitrate de potasse ( très impur) 900
Sulfure de mercure 120
Autre sulfure incertain (de couleur jaune et bien
broyé) 660
Me rcurc 600
Muriatc de sonde gau
Sous-borate de soude 900
11 avait apporté avec lui son appareil. Le fourneau dont il se servait était en terre glaise cuite ; c’était un de des poêles portatifs sur lesquels les Chinois font leur cuisine ; en outre un plat de terre non vernissé , de la capacité d’environ une livre, et un autre de plus du double , dont le fond était enlevé, puis un plat de porcelaine ordinaire, et un gros pot de terre , contenant un peu d’eau. Après avoir mêlé tous les ingrédients , à l’exception des deux sulfures et du mercure, il les mit dans le plat de terre, les saupoudra avec les deux sulfures , et plaça le plat sur le fourneau , c’est-à-dire sur quelques charbons bien ardents.
Au bout d’une demi-heure, le tout se trouvant en état de fusion (à l’exception du nitre ) , il ajouta le mercure et augmenta le feu , de telle manière cependant que la chaleur continuât d’ètre modérée. Au bout d’une heure, lorsque la fusion fut complète , il ôta le vaisseau du feu, et le renversa pour épancher une partie du mercure qu’il remit ensuite dans le même vaisseau , et plaça de nouveau sur le feu. En l’ôtant encore au bout de dix minutes , il reconnut qu’il ne s’était point perdu de mercure , alors il le renversa sur le plat de porcelaine , et amoncela du sel ordinaire tout autour du plat de terre ainsi que par-dessus son fond renversé , sur lequel
T.A . CIIINK.
il appliqua également l’intérieur du troisième plat dont le fond était enlevé, de manière que ses bords appuyaient sur ceux du plat de porcelaine.
Prenant ensuite une autre plat de terre, il le plaça dans le grand vaisseau, le fond supérieur dans l’eau; sur ce fond , il mit le plat de porcelaine avec le dessous duquel l’eau entra alors en contact , mais sans s’élever au-dessus de ses bords. Il amoncela encore plus de sel sur le fond du plat , et remplit les interstices entre le sel ' et le plat extérieur avec des morceaux de charbon ardents. Au bout d’une demi-heure, il ajouta du charbon et ranima le feu en l’éventant; de temps en temps il appliquait son oreille pour écouter, disait-il, le sifflement et le bouillonnement qui devaient se faire entendre. Enfin il les annonça avec tout le charlatanisme d’un alchimiste*
Il revint le lendemain, tenant un morceau modèle de la substance qu’il fabriquait, et s’empressa d’ôter les cendres de charbon ainsi que le sel , et de lever le plat renversé. Le produit de l’opération était sur le plat de porcelaine ; une partie était blanche , une autre décolorée. Il restait encore du mercure non oxidé; il l’ôta, rassembla tout le muriate, et trouva qu’il pesait 2/jo grains. Ce muriate était loin de pouvoir soutenir la comparaison avec celui qu’il avait apporté. Il parut extrêmement confus du triste résultat de son opération’, et nfe dit que , si je consentais à assister à une seconde expérience, il était sûr d’être plus heureux. J’acceptai, et, en effet, il réussit cette fois. Le muriate était aussi blanc et aussi pur que les échantillons que M. Pearson avait vus dans les boutiques d’apothicaires. •
Pour préparer de l’oxide nitrique rouge de mercure , le chimiste se servit du même fourneau et d’une casserole de fonte. Avant de jeter les ingrédients dans cette casserole, il la chauffa , en plaçant dessous des morceaux de
charbon très ardents. Voici quels étaient ces ingrédients : • ♦ *
Sulfate d'alumine.
Nitrate de potasse.
Mercure
Après avoir fait fondre le premier, il y ajouta le nitrate de potasse , puis le mercure. Le feu était alors plus actif que dans le dernier procédé; lorsque les ingrédients eurent été exposés pendant quelques minutes à son action, il renversa sur eux un grand bol de terre vernissé qui dépassait la casserole tout autour d’environ un pouce. Il amoncela du sel sur les côtés et par-dessus le fond du bol sur lequel il posa une brique. Quand des vapeurs acides nitriques commencèrent à se dégager à travers le sel , il parut d’abord disposé à arrêter leur sortie, en y ajoutant encore du sel; mais après, il n’y fit plus attention. À force de mettre sans cesse du charbon allumé sous la casserole, il parvint à la maintenir très chaude pendant près de deux heures, au bout desquelles il la laissa refroidir. Le lendemain matin , en ôtant la brique et le sel, il trouva l’oxide nitrique de jncrcure adhérant au bol, et lorsqu’il l’eut détaché, il reconnut qu’il pesait i44° grains.
M. Pearson décrit également le procédé employé pour obtenir de l’oxide sulfurique de mercure, ainsi qu’un autre oxide. Il croit que les Chinois ignorent complètement l’existence des acides minéraux dans un état non combiné. Il mentionne une autre de leurs préparations mercurielles, la seule qu’ils semblassent administrera l’intérieur. Il conçoit qu’elle puisse leur être très utile en médecine , car elle équivaut au calomel chez nous. 11 ne put sav oir de quelle manière ils le fabriquaient, attendu qu’il arrivait de la province de Fo-kien dans de petites boites, enveloppées d’un papier imprimé. Comme les Chinois savent très bien oxigéner le mercure par la trituration, il est présumable qu’ils l’administrent ainsi oxigéné.
1910 grains du chaque.
La méthode la plus usitée , à ce que croit M. Pearson . est de triturer le mercure , avec des feuilles fraîches et succulentes, en une pulpe et jusqu’à ce que tous les globules aient disparu. La feuille dans laquelle ils enveloppent le bétel pour la mastication n’est point perdue; ils y ajoutent quelques ingrédients peu importants, et en forment une substance pour des pilules.
Il résulte donc de ce qui précède que les Chinois possèdent une grande variété de préparations mercurielles, presque semblables à celles des Européens ; mais si leur procédé est beaucoup plus long, plus incertain que le nôtre , il est aussi infiniment plus coûteux.
Quoiqu’ils ignorent la force mécanique que l’on peut tirer de la vapeur, la grande chaleur de cet agent comprimé est appliquée par eux de la manière la plus simple en matière culinaire. <
a , h , est la section verticale d’une grande casserole de fonte qui a la forme du segment d’une sphère. Elle contient l’eau dans laquelle on fait bouillir ce qu’on veut. Sur l’eau bouillante est placé un léger châssis de bois qui est un triangle équilatéral soutenu par ses trois pointes contre les côtés de la casserole de fer, à la hauteur c d. Sur ce triangle est posé un tamis contenant du riz ou des légumes que l’on cuit ainsi à la vapeur, qu’un couvercle de bois e f, ressemblant à un tube renversé avec une poignée g, empêche de s’échapper.
Ils comprennent parfaitement les procédés de la distillation, au moyen duquel ils font leurs liqueurs spiri-
LA CIIINT.
tueuses, dont la meilleure se rapproche du whiskey.
Voici comment le docteur Abel décrit leur fabrication
du sulfate de fer.
« Lne certaine quantité de pyrite de fer hépatique en .petits morceaux, mêlée avec une égale quantité de charbon dans le même état , étant rassemblée en bloc , est couverte d’une couche de chaux. En très peu de temps, une réaction s’opère dans l’intérieur de la masse, et il sort beaucoup de chaleur et de fumée qu’on laisse cesser d’elles-mêmes ; alors on ouvre le bloc , on le jette dans de l’eau qu’on fait bouillir jusqu’à ce qu’elle soit de beaucoup réduite , puis on la transvase dans des pots peu profonds. » On obtient, dit-on, de cette manière, des cristaux de sulfate très purs.
En 1 82 1 , le dpeteur Morrison établit près de sa propre maison à Macao (avec la coopération de M. Livingstone, aide-chirurgien de la factorerie anglaise) , une pharmacie pour le soulagement des malades chinois. Dans le dessein de s’éclairer sur les procédés indigènes, il acheta environ huit cents volumes de médecine et de pharmacopée. Bref, sans avoir recours à une seule souscription, il guérit une multitude innombrable de Chinois, dont plus de trois cents lui témoignèrent publiquement leur reconnaissance (1).
Lès membres irréguliers de la faculté chinoise, c’est-àdire les barbiers-chirurgiens , font usage extérieurement djune préparation composée des trois ingrédients suivants: le mercure, l’arsenic, et, à ce qu’on croit, du sublimé corrosif en poudre. L’auteur du Pen-lsao, dit que le mercure, qu’ils appellent « eau d’argent» (littéralement hydrargyrum ) , est célèbre depuis plus de mille ans. On s’en sert à présent comme d’un vermifuge ou antlielmintique, et dans les maladies delà peau provenant de la présence d’animalcules.
(1) Cliiucse Gtenner , loirn- lit . p. 7.
Les Chinois paraissent avoir connu, il y a environ douze siècles, le sulfate de soude (nommé en Europe sel de Glauber). L’empereur qui régnait alors ayant appris qu’il ÿ avait dans ses Etats un disciple de L&o-tseu, un de ces alchimistes, qui pendant tant de siècles s’étaient voués à la recherche de Y élixir d’immortalité, de môme qu’en Europe nous avons si long-temps cherché la pierre philosophale, le fit mander à sa cour, et lorsqu’il le vit, fut étonné de son grand âge. L’alchimiste, pour Satisfaire sa curiosité, lui dit qu’il croyait devoir la prolongation de sa vie à l’usage qu’il faisait de la « brillante poudre de llioucn,» qui était ainsi appelée d’après son propre nom , de même que le sel de Glauber porte celui de son auteur allemand. Les Chinois attribuent à ce médicament la vertu de purifier le système organique, conformément à leur doctrine des «humeurs chaudes et froides. »
En arithmétique et en géométrie, les Chinois n’ont rien à nous apprendre, car ils nous doivent presque tout ce qu’ils sav ent sur ces sciences. Leur arithmétique, aussi bien que leurs poids et mesures, procède universellement par décimales, et les fractions décimales sont leurs fractions ordinaires. Il est digne de remarque que la seule exception à ce principe fondamental soit leur kin ou poids d’une livre, qui, comme le nôtre , est divisé en seize parties. 11 est probable que tous deux ont dû leur origine aux facilités qui résultent pour le calcul de la division binaire en demies, en quarts, en huitièmes* et en seizièmes. *
Les Chinois ont emprunté aux Arabes la division* sexagésimale du grand cercle ; les missionnaires s’en sont servis pour la construction de leur carte trigonométriquè de l’empire.
On ne trouve chez les Chinois aucune connaissance algébrique, tandis qu’il est certain que l’habileté des Ilin-
LA CIUNH.
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clous dans cette science est de beaucoup supérieure à celle qu’ils possèdent en astronomie.
Les nombres chinois sont écrits tout au long; ils corrigent ce que ce système peut avoir de défectueux ft d’incommode pour le calcul au moyen d’un petit instrument appelé souanr-pan, c’est-à-dire « plat à calculs, » fait de boules d’ivoire ou de bois, enfilées dans des fils de fer, dans des colonnes séparées, dont une représente les unités, avec une augmentation décimale, et une diminution à gauche et à droite, comme dans notre système de numération. Chaque boule au-dessus delà division longitudinale de la planche représente cinq, et chaque boule audessous un. Le nombre figuré dans la gravure ci-jointe est donc 6,817, et s’il y avait eu quelques fractions décimales , on les aurait rangées à la droite des unités. A Canton, on écrit quelquefois les nombres avec des signes abréviateurs. Cependant, dans toutes les opérations d’arithmétique, on fait usage du souan-pan.
Le principal inconvénient de celte machine, est qu’il ne reste plus aucune trace de l’opération lorsqu’elle est terminée, ce qui, comme on peut le penser, oblige à recommencer le calcul , en cas d’erreur.
* Les livres chinois contiennent un diagramme qui représente d’une certaine manière la vérité mathématique, énoncée dans la 47 ° proposition du premier livre d’Euclide. Dans un triangle à angles droits dont les côtés sont
les carrés sont comme 25 , 16 et 9, et ce n’est que lorsque les côtés ont ces proportions exactes que l’on peut prouver que « le carré de l’hypothénuse égale la somme des carrés des deux autres côtés, ou 25 = 16 + 9. M. Barrow a remarqué que les points tant ouverts que fermés, liés par des lignes , et que les Chinois disent avoir été trouvés sur le dos de la tortue, ne sont que la représentation des 9 doigts placés de manière à compter i 5 dans tous les sens.
Telles sont' les puérilités contenues dans les anciens ouvrages originaux des Chinois. Sans géométrie, il leur était impossible d’avoir des notions exactes en géographie, et sans Kang-hi , le plus éclairé île leurs empereurs , qui s’aida des lumières des jésuites, ils continueraient encore aujourd’hui à représenter leur pays comme le centre d’un cercle autourduquel résidait toute la race humaine, au lieu de copier, ainsi qu’ils le font, les cartes de leur propre empire dressées pour eux par ces mêmes jésuites il y a plus de cent ans.
L’auteur de ce livre possède un ouvrage géographique où toutes les provinces sont marquées avec les degrés de latitude et les méridiens de longitude. Les latitudes sont calculées comme les nôtres depuis l’équateur, mais les longitudes partent de Péking. L’exactitude dans les détails n’est point du tout observée; les fleuves sont d’une grandeur disproportionnée , et les Chinois les représentent plus ou moins longs, suivant leur importance. Ils paraissent tout-à-fait indifférents pour les pays situés hors
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St I I
de leur empire, et à l’exception d'une carte des deux hémisphères terrestres, copiée par les jésuites, ils ne possèdent aucun ouvrage sur la géographie générale.
Les missionnaires se firent bien venir de l’empereur et de sa cour, en les amusant au moyen de diverses récréations ingénieuses. Ils leur montrèrent les arcs-enciel artificiels, résultant de la transmission des rayons de lumière à travers des prismes, l’usage du télescope et du microscope. Ce qui plut surtout aux dames du palais, ce fut une chambre obscure, au moyen de laquelle ils rendaient visib^s sur une table plate les objets du dehors.
En hydrostatique et en hydraulique, ils construisirent des pompes, des siphons et des fontaines. Pour la fabrication des cadrans solaires, les jésuites leur ont aussi donné des leçons qu’ils n’ont point encore oubliées.
Mais ce fut principalement en astronomie qu’ils tirèrent de grands secours des Européens. Lorsque le père Yerbiest arriva à Péking, il trouva un astronome arabe employé à la rédaction de l’almanach impérial, et il mit au jour son ignorance, en le défiant de calculer la longueur de l’ombre d’un gnomon, tel jour, à midi. L’Arabe échoua, et fut remplacé dans son emploi par Verbiestdont les calculs furent justifiés par l’événement.
Lecomte a décrit les instruments qui furent construits sous sa direction, pour l’observatoire impérial de Péking. Ils consistaient en une sphère arroillaire, une sphère équinoxiale, un globe céleste, un horizon azimut, un quadranetun sextant (i),
(i) Louvrage chinois en 100 volumes, composé et traduit par Matthieu Ricci et d’autres missionnaires, d'après le désir de Kanghi , est extrêmement remarquable et très bien écrit; il est devenu si rare que l'on ne peut se le procurer aujourd'hui , à moins de 60 ou 80 dollars espagnols, ce qui est nu prix fou pour un ouvrage chinois.il traite de trigonométrie sphérique, de géométrie, d’astronomie et dp