I.A CDIMÎ
Si les Chinois, peuple vain et suffisant, ont adopté les systèmes scientifiques des étrangers, et s’ils ont élevé ces mêmes étrangers aux plus hautes dignités, c’est assurément une preuve qu’ils n’étaient guère savants de leur propre fond. 11 est vrai que Confucius rapporte trente-six éclipses de soleil, dont la plupart ont été vérifiées par des astronomes européens qui les ont trouvées justes; cependant, ainsi qu’on l’a remarqué, cela ne prouve rien en faveur de la science astronomique des Chinois de ce temps , mais seulement l’exactitude des annales écrites par Confucius.
Nous voyons dans leurs livres que les bévues de leurs philosophes ont été quelquefois tournées au profit de l’amour-propre du souverain. Sous la dynastie des Song, on avait prédit qu’une éclipse aurait lieu; l’événement n’ayant point réalisé les prétendues observations des sages , ceux-ci allèrent complimenter l’empereur de ce que le ciel avait daigné en sa faveur épargner ce mauvais présage à la terre!
Le gouvernement a peut-être reconnu quelque avantage à entourer l’astronomie de voiles mystérieux , afin de s’en servir comme d’un levier puissant pour remuer les masses. Quoi qu’il en soit, il s’est adjugé le monopole de cette science, et a prononcé la peine de mort contre les contrefacteurs.
Mais de tous les prodiges, celui qui alarme le plus les Chinois, ce sont les comètes; ils leur donnent divers noms, selon qu’elles sont ou non chevelues, qu’elles ont une queue ou qu’elles n’en ont point; ils tirent de leur aspect des présages de toute nature, et leur appliquent leur absurde théorie des cinq couleurs. Si elles sont rou-
musique. Les diagrammes de la partie géométrique août bien tracés , elle tout est u ii monument typographique digne de l'empereur. [,c titre signifie « Les profondes sources des nombres. Par ordre impérial. •
LA CIIINF..
geâtres, il s’ensuivra des conséquences particulières; si elles sont foncées, il s’attendent au renversement du gouvernement, ou au succès des rébellions, etc.
Il est assez difficile d’établir une comparaison entre les anciens systèmes astronomiques des Chinois et ceux des Hindous, car tandis qu’il existe entre eux quelques points de ressemblance , il en est beaucoup d’autres sur lesquels ils diffèrent. Tous deux ont vingt-huit demeures lunaires et un cycle de soixante ans; mais le cycle indien est un cycle de Jupiter, au lieu que celui des Chinois est un cycle solaire, et les vingt-huit constellations des Hindous sont presque toutes d’égales divisions du grand cercle, consistant chacune en treize degrés environ , tandis que les constellations chinoises sont extrêmenàent inégales, variant depuis trente degrés jusqu’à un seul.
Le père de l’auteur du présent ouvrage , de même que sir William Jones, MM. Colehrooke et Bentley, ont prouvé que l’astronomie des Hindous n’allait pas plus loin que le calcul des éclipses et de quelques autres changements. Outre leur zodiaque lunaire de vingt-huit demeures, les Hindous (en cela ils ne ressemblent pas aux Chinois) ont le zodiaque solaire, y compris douze signes parfaitement identiques avec les nôtres. Hérodote dit que les Egyptiens avaient une semaine de sept jours ; il est remarquable que les Hindous l’aient eue aussi anciennement, les noûis planétaires donnés aux jours étant exactement dans le même ordre que chez nous en Europe , à l’exception que le vendredi vient en premier.
Les Chinois comptent cinq planètes , à l’exclusion du soleil et de la lune ; mais ils donnent le nom d’une de leurs vingt-huit demeures lunaires, successivement, à chaque jour de l’année, dans une rotation perpétuelle , sans avoir égard aux renouvellements de la lune, de sorte que la même quatrième des vingt-huit demeures tombe invariablement sur nos dimanches.
Les Hindous divisent l'écliptique en 5tio°, et comme ils passent pour être les inventeurs de l’arithmétique décimale, il est assez singulier qu'ils aient fait usage de fractions sexagésimales en astronomie ; on pourrait croire que les Chinois ont emprunté cette division du grand cercle aux Arabes. Sir William Jones remarque que, dans leurs cérémonies nuptiales, ils avaient une constellation de trois étoiles appelée abliijit ; l’ancien livre chinois le chi-king, associe trois étoiles au mariage, dans cette ligne d’un épithalame :
« Les tiois tHoilrs luirent mit la porte. *»
Les ouvrages astronomiques des Hindous, comme ceux des anciens Chinois, ne font mention d’aucune observation ni d’aucun instrument. Selon Delambre , les connaissances des Hindous en astronomie étaient de beaucoup inférieures à celles des Grecs, et Laplace a dit. Contrairement à l’opinion de Bailly, que l’astronomie indienne n’est pas de la plus haute antiquité, mais qu’elle doit avoir été empruntée des Grecs.
On ne saurait douter que les intruments trouvés par les jésuites ne fussent de construction arabe. De Paw suppose qu’ils auront été fabriqués à Balk , dans la Bactriane.et qu’ils ont été envoyés en Chine, sous le gouvernement des Mongols. L’auteur a cependant lu dans une vieille encyclopédie chinoise que la hauteur du pôle nord était de 56° au-dessus de l’horizon, et il parait, d’après Duhalde, que les intruments en question étaient aussi calculés pour 56°. Or, comme l’élévation du pôle , dans un lieu quelconque , est exactement la latitude de ce lieu, il paraîtrait raisonnable de conclure que ces instruments furent construits lorsque l’observatoire chinois était au sud de Péking, et probablement dans le Ho-nan, où la Capitale était autrefois située. Ce qu’il y a de certain, t’est qu’ils ne seraient bons à rien dans le Nord.
L’observation de Duhalde, que l’usage de ces instruments était indiqué en caractères chinois, ne prouve nullement qu’ils n’aient pas été construits par les Arabes, quoiqu’elle démontre qu’ils n’ont pu être transportés de Balk. Les canons fondus pour les Chinois par les piètres catholiques furent tous revêtus de caractères du pays, car l’ingrate vanité des indigènes les a toujours portés à dissimuler autant que possible les emprunts qu’ils ont faits aux étrangers. Quand M. Pearson répandit sur eux les inappréciables bienfaits de la vaccine, sir George Staunton écrivit en chinois une petite brochure dans laquelle il donnait toutes les indications nécessaires pour l’usage du virus. Une édition ne tarda pas à en être publiée par des Chinois, qui eurent soin d’omettre tout ce qui pouvait faire connaître que la découverte n’était pas indigène !
Leur année civile est lunaire ; elle a douze mois de vingt-neuf et trente jours alternativement, avec l’intercalation triennale d’un treizième mois, ou, pour parler plus exactement, avec l’addition d’un treizième mois pendant sept années sur dix-neuf. Il est probable qu’ils adoptèrent d’abord le cycle sol-lunaire de dix-neuf années , le môme que le cycle métonique des Grecs, dont les années étaient marquées par le nombre d’or, et dont sept d’entre elles (comme chez les Chinois) consistaient en treize lunaisons. Mais comme le retour de ce cycle donnait lieu à quelques erreurs, les Chinois finirentpar adopter le cycle de soixante ans, comprenant vingt-deux lunes intercalées. Cette méthode répondit au double but de régulariser l’année sol-lunaire, et de constituer une ère chronologique avec laquelle ils prétendent rétro -calculer jusqu’à plus de 2000 ans avant J. -C.
Les Chinois ont toujours été observateurs attentifs des phénomènes célestes , et ils paraissent avoir de bonne heure reconnu que la lune avait la plus grande part au
flux et au reflux de la mer; mais, en cette circonstance , ils mirent le soleil tout-à-fait hors de cause. Klaproth a remarqué que , dans une encyclopédie écrite avant la fin du ix e siècle, il est dit que « la lune étantlc principe le plus pur de l’eau, influence les marées. » Un autre écrivain chinois du xn p siècle s’exprime ainsi : « La cause du gonflement et de l’abaissement de la mer consiste dans la proximité de la lune, car les eaux vont et viennent selon la position de cette planète. »
On ne saurait expliquer d’une manière satisfaisante pourquoi les Chinois ont adopté le quinzième degré du vcrseau pour régler le commencement de leur année lunaire. Ils ont , à chaque renouvellement de cette période, une fête qui ressemble un peu à la procession annuelle du bœuf Apis chez les anciens Égyptiens; les deux cérémonies paraissent se rattacher à l’agriculture. Le solstice d’hiver est observé par les Chinois comme une autre grande fête ; mais il serait assez difficile de décider si jadis elle a été ou non le commencement de leur année civile.
Dans un sens astronomique , on peut dire qu’ils ont une année solaire aussi bien qu’une année lunaire, dont le solstice d’hiver marque la limite annuelle. Cette année solaire est divisée en vingt-quatre périodes de quinze jours chacune. L’Almanach impérial , publié annuellement à Péking, et revêtu du sceau du conseil astronomique, est rempli de non-sens d’astrologie judiciaire. Il contient, comme beaucoup d’almanachs européens, des prédictions et des conseils pour tous les jours de l’année. Il marque ceux qui sont heureux ou malheureux , ceux où il faut rester à la maison, où il convient de sortir, de se raser la tête, de changer de logement, de passer des conventions ou d’enterrer les morts. Les sujets sont très mêlés : à côté d’observations utiles, on lit des erreurs grossières sur la transformation des animaux , etc. Dans
leur premier mois, qui correspond à notre mois de février, il est dit que la glace fond, et que les oiseaux fuient au nord ; que le feuillage des arbres et des plantes se renouvelle. Dans le second, le pêcher fleurit, les hirondelles reviennent , et il y a beaucoup de tonnerre et d’éclairs. Dans le sixième , le temps devient chaud , et la saison des pluies arrive. Dans le neuvième, les oiseaux retournent au sud , le chrysanthemum fleurit, les arbres deviennent jaunes et perdent leur feuillage. Dans le douzième, les lacs et les fleuves sont couverts de glace et la terre est gelée. Ces détails se rapportent , bien entendu , à la latitude de Péking , qui est de près de 4 »° nord.
Dans la science mécanique , c’est-à-dire celle des machines , les Chinois , sans posséder de règles théoriques, font usage de tous les pouvoirs mécaniques, à l’exception de la vis. Ils se servent constamment de la romaine pour peser non seulement les objets les plus ordinaires , mais les matières les plus précieuses , telles que l’or et l’argent. Ils emploient la poulie à bord de leurs vaisseaux. L’application de la dent et du pignon se trouve représentée dans la gravure d’un moulin à riz mu par l’eau, page 07 des Voyages de Barrow.
Il est assez étrange qu’ils aient possédé, depuis une époque très reculée, cette application particulière du principe de la roue et de l’axe, par lequel on arrive à obtenir une force extraordinaire sur le plus petit espace et avec la plus grande simplicité de mécanisme.
Le cylindre a b consiste en deux parties de diamètre
inégal, avec une corde tournée tout autour dans le mémo sens , et le poids qui doit être mu est suspendu dans le milieu par une poulie ; chaque tour du cylindre élève une partie de la corde, égale à la circonférence de la plus épaisse moitié, mais en même temps laisse en bas une partie égale à la circonférence de la plus mince moitié, et comme le poids est suspendu par une poulie, il s’élève à chaque tour à travers un espace égal à la moitié seulement de la différence entre l’empan de la plus grosse et de la plus mince partie du cylindre. L’action de la machine est donc très lente; mais l’avantage qu’on en tire est grand en proportion, selon la loi invariable en mécanique , que « l’on gagne de la force aux dépens de la vélocité. »
La roue à eau s’emploie généralement pour les moulins à blé, dans tous les lieux où il y a des cours d’eau suffisants. Nos^ ambassadeurs ont souvent vu dans les chaumières un moulin domestique, composé de deux pierres circulaires , mises en mouvement par un seul homme ou un jeu ne 'garçon, quelquefois par un âne ou par un mulet; la force est appliquée au bout d’un levier fixé dans la pierre supérieure. On exprime le jus de la canne à sucre dans des moulins semblables à ceux en usage dans l’Inde; ils consistent en deux cylindres droits, mus par un buffle attaché à une poutre aboutissant au sommet d’un des cylindres. On place la canne entre les rouleaux qui l’écrasent et la rejettent de l’autre côté. Le jus exprimé coule, par un conduit, dans un large réservoir d’où il est transféré dans des chaudrons ; il passe ensuite à la raffinerie.
Les Chinois excellent dans l’irrigation des terrains, et il est probable que les procédés qu’ils ont inventés pour cet objet sont aussi anciens que leur agriculture. L’un de ces procédés est une pompe à chaîne des plus ingénieuses; nous en donnons ici la gravure, d’après
Moulin à riz.
celle qui orne la Relation de sir George Staunton (i).
La pompe consiste d’abord en un conduit carré. « Des morceaux de bois plats et carrés , correspondant exactement aux dimensions de la cavité du tronc, sont fixés à une chaine qui tourne sur un rouleau ou petite roue placée à chaque extrémité du conduit. Les morceaux de bois carrés , fixes à la chaîne , se meuvent avec elle autour des rouleaux, et élèvent un volume d’eau égal aux dimensions du conduit. La force employée pour mettre la machine en activité peut s’appliquer de trois manières différentes. Si la machine doit élever une grande quantité d’eau, on dispose plusieurs manivelles de bois, de telle manière qu’elles se projettent des diverses parties de l’axe allongé du rouleau sur lequel la chaîne tourne. Ces manivelles ont la forme d’un T, et sont taillées en rond pour que l'on puisse y poser le pied. L’axe tourne sur deux morceaux de bois droits maintenus par une perche placée en travers. Lorque la machine est montée, des hommes marchent sur les manivelles qui se projettent ; et en se soutenant au moyen de la perche placée horizontalement , ils communiquent un mouvement de rotation très rapide à la chaine, et les palettes attachées à cette dernière tirent constamment un ample volume d’eau.
Une autre manière de faire aller la machine consiste à attacher un buffle à une grosse roue horizontale , communiquant avec l’axe des rouleaux sur lesquels tournent les palettes.
On a rendu cette machine portative , et il suffit alors d’une manivelle pour la mettre en action. Elle est généralement employée dans tout l’empire sous cette troisième forme. Chaque laboureur en possède une, et c’est pour lui un instrument aussi utile qu’une bêche pour un cultivateur européen.
( i ) Tome II , p. s8o.
Pompe à rhiiîne, d’après Staunton.
Ne pouvant employer leur pompe à chaîne sur un courant d’eau impétueux , ils font tourner la violence même de ce courant qui les gêne au profit de leurs desseins, et c’est là que l’on ne sait ce qu’il faut le plus admirer en eux de leùï esprit inventif ou de leur adresse.
Us construisent, selon la force du torrent, une roue de vingt ou trente pieds de hauteur qui élève l’eau jusqu’à un conduit d’où elle se répand dans les plantations de suçre qu'ils veulent arroser, Les tuteurs de la roue sont en merruin, et l’axe est un cylindre de même matière, mais toutes les autres pièces de la machine sont en bambou de différentes espèces, attendu qu’il n’entre pas dans sa construction un seul morceau de métal.
La roue consiste en deux vastes cerceaux de diamètre inégal. « Cette double roue, dit Staunton, est unie à l’axe par seize ou dix-huit perches de bambou, fixées obliquement près de chaque côté de l’axe , et se traversant l’une l’autre à environ deux tiers de leur longueur. Elles sont renforcées par un cercle concentrique, et attachées ensuite aux cerceaux. Entre les cerceaux et les traverses de perches est un treillis d’osier, servant de palette, et qui , agissant sur le courant d’eau, fait tourner l^roue.
Seize ou vingt bambous creux, fermés à un bout, sont attachés aux cerceaux, pour servir de seaux, et se déchargent, en arrivant au sommet de la roue, dans un vaste conduit placé pour les recevoir.
Lorsqu’on n’a pas besoin d’eau pour arroser les champs environnants, on ôte le conduit, et la roue continue son majestueux mouvement; alors les bambous, à mesure qu’ils montent, jettent dans les airs le liquide qu’ils renferment, et forment une cascade dont l’aspect est des plus curieux.
On voit une multitude de roues semblables sur le fleuve Kan-kiang. Nous en avons compté dans un jour jusqu’à trente. On a évalué à près de trois cents tonnes la masse d’eau qu’elles puisent dans l’espace de vingt-quatre heures.
Passons maintenant à l’architecture des Chinois. M. Barrow a conjecturé avec assez de vraisemblance que la forme des toits de leurs maisons tirait son origine do celle des tentes, en usage dans leur état pastoral primitif. Celte foime contribue sans doute à priver les édifices delà solidité nécessaire ; l’emploi de colonnes de bois au lieu de colonnes de pierre, n'est pas propre à réparer ce défaut. En général, elles sont minces en proportion de leur hauteur. De même que nous attribuons l’origine de nos colonnes de pierre aux troncs des gros arbres, 'qui vont en diminuant graduellement, les Chinois semblent avoir
I)oue de bambou pour les irrigations.