V ' CHAPITRE XX
AcniCUI.TlUlK K T ST A T I S T 1 0 l' K.
Météorologie. — Dévastations 'annuelles. — Typlions nuisibles a l'agriculture. — Al)scnce de pâturages. — ç Objets de la cujture. —
Réparation des dégâts. — Engrais.
— Culture à bon marché.,
— Irrigation. — Champs do ri,.
, FZJ'
- Popula titfu. — Oh.starlcs .1 l'émigra -
lion. — Recensements chinois. — Erreurs de statistique. — Moyen ^ de les réparer. — Deruiçy i^ei^eijpenl. — Coiil râles positifs.— 'J'axe territoriale. — Revenus. — Impôt mr^c sW. — Dépenses publi-
ques. — Perle de revenus
■ Abtft existants.
Nous avons déjà parlé de l’excès vraiment exlraordinaire de la chaleur et du froid qui Se fait sentir dans quelques parties de l’empire, aux saisons opposées, ainsi que de l’abaissement du. thermomètre, abaissement non moins singulier, si l’on a égagl Ma latilud^, (i). Selon «• M. de Humboldt, cçs particularités s’expliquent par la • situation de la Chine sur le côté^oiicnlal d’un grand continent. Quoiqu’il ne s^en faillç'quc d’un degré pour , que Péking soit au sud de Naples, : sa lalitude^étant de &g* 54' et celle de celle dernière trille de 4<xï üo', la température moyenne y est seulement dç.,54; de Farenheit, tandis que celle de Napjes est de 05 '.Mais comme lelhermo.
P Voluiiunf"! 1 *)).^ »a3. ^ %
2G8 •*. . u ciinsE.
mètre tombe beaucoup plu s bas l’hiver dans la capitale do la Chine que dan# celle des Deux-Siciles, il s’ensuit qu’en» été, elle s’élève un peu plus haut^ Les/ivièrcs gèlent, diton, pendant trois ojj quatre mois ponsécutifs, depuis décembre jusqu’à mars, tandis que lors de la dernière ambassade, c’est-à-dire en septembre 181G, nous éprouvâmes une chaleur de 91 à ioo° à l’ombm Or, on sait que Naples et les autres pays d^l’extrêmc sud de l’Europe n’éprouvent pas un degré de frpid aussi continu, de même qu’ils ne sont pas souvent incommodés par de telles chaleurs. 4 . ‘ « •
• Dans le roisinage de Canton pt des autres villes cfe la. cote , l’excès du chaud et du froid ne se fait pas moins rigoureusement sentir. Le climat d’une grande partie de l’empire parait moins sujet à ces extrêmes variations que celui de la capitale, fa température de Canton et de Macao, en exceptant quelques grandes chaleurs, de juin à septembre, pourrait passèr pour l’une des plus agréables du monde entier. ,E fie çliye mont, Canton est située par • 23 ° 8' de latitude nord, et Macao par i" îffi sud. La ^température moyenne de ces villes^est donc celle qui existe'' à la trentième parallèle. Il est surprenant de voir combien elles diffèrent sous le rapport météorologique de Calcutta, qui est située à peu près sous la même latitude. Lv * ,
Le tableau suivant a été dressé, d’après des observations faites à Canton, Murant* plusieurs années. La ; moyenne des pluies a été tirée d’un registre tenu pendant , seize ans par M. Beale, à Macao.
Il parait donc que la moyenne clé la température de Canton et de Macao .est d’environ 70*7 de Farenhcit, et que les mois d’octobre et d’avril donnent presque la moyenne de la chaleur de Tannées Le nombre , lotal des pluies varie beaucoup d’une année à l’autre; et a quelquefois atteint 90 pouces et «u-dessus. p
Moyrnn. annuelles.
Lfr végétation n’est pas moins altérée par la séâié)jjpsc que par le froid de l’atmosphère T depuis le inois de novembre- jusqu’àiCelui de février; les trois mois de l’hiver s’écoulent parfois sans qu’il tombé iftie seule goutte pluie. Le mousson du nord-est, qui commencé veçs le mois de septembre J souffle très fort pc«dqnt l’époque ci-dessus, et cédé la place à’ uqjjautre-dnousfpn *n mars.* Vers ce temps , le? vçnts du sud, chargé! l’iAmidilé qu’ils oiit ^>oto^ée , en^^vwsan^ la nrçer, edcisfbuit^i^ d’épais brouillards *,et. par suite ces pluies qui tendent tarif à mitigér lès effets-des ràjons du soleiLdàns les climats tropicaux. Au 'mo iafr de mai, l^plmes excèdent quelquefois. 20 pouces. :
La hauteur sans cesse croissai^du soleil, qui dev)dWt préçisérüetit vertical à Cejïtmi vers 1 ^“ solstice, et la çtia-
, “ 4 Tombeau de Camoens , à Macao.* „
de juillet, d’août etule sejîteihhre , qui’ sont les. plus fa- .-tigants de toute ljjnnée. L’cdmosphère devient alors toi— * ’lement raréfiée, qu’çlle produit en partie ces terribles ouragans appelés typhons ( taî-fonç, grand vjnt), si re- , doutés des habitants di^midi de la Chine. . s Le qom de typlion, qui est corçprffpu du mol chinois,
"*• a une ressemblance sans.jjdut^hccidcntelle , mais biçn singulière, avec le grec*Tvy«av. L’habitude a<\îudu les marins chinois très experts , et sans l’aide du baromètre, ils • . • prédisent 1 arrivées des ouragans. Us ont uq dicton popu-
laÿte^jui popte que *1 éclair à l’estdénote du bea.u temps; à l’ouest, des hverse»; au sud , une jîluie continue; au nord , un veiit impétueux. »* . t
• Les prirffcipales circonstances «à fëfrinrquer, a\i sujet
des typhons, sont l'état du baromètre avant et pendant làïcmpôle, l'influence de la lune et les localités où ^lles surviennent. Le baromètre tombe lentement pendant plusieurs heures, souvent une journée entière, avant le commencement ; le mercure descend quelquefois de presque vingt-sept pouces durant les progrès du vent, et s’il s’élève, c’e'st un signe certain que l’ouragan diminue d’intensité. . -
I n autre signe de l’approche de l’otage , sont les gonflements qui*ont lieu sur le rivage, sans cause apparente. On peut les expliquer par le fait qu’une partie de la pression atmosphérique pèse ordinairement sur les eaux. (Celte pression est égale à deux pouces ou à un quinzième de la colonne mercurielle.) C’est la même cause qui , en pleine mer, soulève lesSagues d’une manière terrible à l’approche de l’orage. Les typhons ont ordinairement lieu au mois d’août et de septembre, juste au renouvellement de la lune. Le vent s’élève au nord , tournoie à l’est et au sud, et finit à’Touest.
Les typhons ont rarement lieu au-dessous de io° de latitude nord, ou au-dessus de la parallèle de Canton,* et leur chaine, ouest et est, va (Fepuis les <^ôles de la Cochinchine jusqu’à i5o° de longitude.
Vers Haï-nan et Je détroit qui sépare celle grande* lie du continent', les v typhons sont tellement effroyables , qu’orfa bâti des temples exprès pour les conjurer. Le cinquième 'jour dte la cinqifièmc lune, les magistrats leur font des sacrifices. j *
OutVe ldfc symptômes que nous avons décrits, il en existé d’autres; c’ost*d’abord L atmosphère qui semble s’épaissir et seterYiir, -et ensuite uh sentiment d’inqûiétude qui agite les pipeaux. 'Le tonnerre ^?st considéré comme signe de diminution de l’orage. Les typhons durent ordinairement vingt-quatre heures, mais Rarement quarante-huit. • • * * . •■
En 1 85 1 , vers le si septembre, un typhon affreux éclata sur Macao avec une furie inaccoutumée ; il enleva les toits des maisons, démolit le quai construit en granit solide, et transporta d’énormes blocs de pierres jusqu’au sommet de quelques collines.
Le typhon produit aussi des effets désastreux sur la végétation ; l’eau salée dont il est imprégné la flétrit et la dessèche; il enlève les arbres, fait déborder les rivières déjà gonflées par les pluies d’été, et les précipite sur les champs de riz en pleine culture.
Ce ne sont pas là, du reste , les seuls fléaux qui affligent les agriculteurs. Le père Bouvet, qui fit le voyage de Péking à Canton ep 1690, dit que toute la province de Chan-tong était dévastée par une effroyable multitude d’insectes appelés, à cause de leur couleur, hoang-tcÉong « insectes jaunes. » L’air en était rempli et la terre couverte de telle manière , que nos chevaux ne pouvaient faire un pas. Ces insectes avaient détruit tout éspoir de moisson. Le mal cependant ne s’étendait pas à plus d’une lieue.
Ce fléau survient, dit-on , lorsque He grandes inondations ont été suivies d’une longue sécheresse.
L’agriculture a été peut-être ce que les premiers missionnaires ont le plus minutieusement observé , sans donte à cause du contraste frappant qu’elle présentait avec celle de l’Europe, à l’époque où ils écrivaient. Le docteur Abel est pourtant d’avis que « si les Chinois sont habiles à obtenié des produit? abondants d’ufie terre naturellement fertile ? ils «sont, d’un autre côté, bien en arrière de quelques autres peuples dans l’art "d’améliorer les terrains naturellement stérile s. ^ .n. ’j£
On a bèaupQup exagéré leur système de culture terrassière; ce gertre de culture est eq effet efnployé dans les districts montagneux, mai si 1 est loin d’avoir cette 1 étendue qui a conduit plusieurs personnes à penser qiie la Chihe n’était «I* ’un vaste jordin. "•
Les différentes sortes de culture ci-après ont été obserr vées par nos ambassades dans la route qu’elles ont suivie de Péking à Canton. *
Les terrains d’alluvion qui s’étendent le long du fleuve jusqu’à la capitale ne sont cultivées que çà et là. La principale plante que l’on y remarque est le holcu» ou grand millet Depuis le golfe de Pé-tché-li, les rives du fleuve portaient de loin en loin des traces de labourage ; encore étaient-elles sablonneuses et restaient-elles stériles.
Près de Tien-tsin , qui termine le canal au nord , et où le pays n’est plus qu’un vaste marais , les habitants portent les marques de l’insalubrité du .climat. » .
Au-delà de Tien-tsin , comme on se rapproche de la capitale , le pays est un peu plus cultivé : on voit plusieurs variétés de plantes. Outre le holcua , on trouve le sesatnum orientale, dont les Chinois extraient une huile excellente ; le ricinus communia ou plante d’huile de castor, et par dessus tout le pé-tsai que l’on transporte jusqu’à Canton; puis des ormes, des saules, etc.
Les champs ne sont pas divisés par dqs haies (comme dans toutes les autres parties de l’empire), mais par des fossés étroits ou par un sillon servant de sentier.
En descendant le canal pour retourner à Canton,
M. Ellis remarqua qu’une grande partie des terres de chaque côté (dans la province de Chan-tong), avait tellement souffert de l’inondation, qu’il était impossible de se former une idée de leur aspect ordinaire; cependant la présence du netumbium indiquait qu’elles étaient généralement marécageuses.
En entrant dans le Kiang-nan, le pays a meilleure apparence et devient plus cultivé ; les parties septentrionales de cette province sont extrêmement fertiles et produisent principalement du riz et dp millet.
Les bords de la rivière aux environs de Nanking sont plantés de bosquets de thuya orientalis. C’est de ce côté t. n. 18
du pays que l’on a observé pour la première fois le cotonnier.
Vers Kiang-si et le lac, la culture du riz paraissait dominer, mais aux abords immédiats du lac, le terrain devenait montagneux et boisé. C’est là que commence ,une série de paysages délicieux. Le Kiang-si abonde en grains, en légumes et en cannes à sucre ;les collines sont, ou entièrement stériles^ ou couvertes de plantations de camellia, dont la graine fournit aux Chinois leur huile de prédilection. La plante a ordinairement de six à huit pieds de hauteur, et est ornée d’une multitude de grandes fleurs blanches isolées. .
« DeJoin, dit le docteur Abel, les collines sur lesquelles le camellia croissait paraissaient couvertes de neige, et de près elles ressemblaient à un immense jardin. »
ün admire aussi dans le Kiang-si le crolon , dont la graine donne un suif végétal, puis des camphriers et l'arbrisseau qui fournit le vernis.
Près du défdé dé Meï-ling, la rivière est extrêmement rapide, et l’on voit un grand nombre de ces roues de bambou que nous avons décrites (1), et qui sont destinées à arroser les plantations des cannes à sucre.
A partir de la chaîne de montagnes qui forme la limite de la province de Canton, on ne voit qu’une succession d’immenses forêts et de collines pittoresques.
A Tchao-tcheou-fou , la rivière est bordée de rochers de pierres à chaux, entrecoupés de massifs d’arbres. Les environs paraissent peu cultivés.
Au sud s’élevaient des rocs de sable rouge qui allaient en diminuant de hauteur-et finissaient par être au niveau de la terre qui, dans cet endroit, et surtout en approchant de Canton , produit abondamment du riz et des arbres fruitiers. „
(1) Voyez chapitre XVIII. «
Au-dessous de cette dernière ville , la rivière forme un grand delta qu’on a approprié à la culture du riz. C’est là qu’on remarque des groupes de collines de granit qui surgissent du sol , comme des lies au milieu de la mer.
L itinéraire que nous venons de tracer fut celui de l'ambassade de 1816. Lord Macartney suivit une route différente. Déviant au point où le Kiang est traversé par le canal, -il remonta ce dernier jusqu’à Hang-tcheou-fou , au lieu de continuer à naviguer sur le Kiang. Il pénétra ensuite dans le Kiang-si parla province de Tché-kiang, et atteignit le lac à son extrémité méridionale. Il remarqua la culture du cotonnier de Nanking, les plantations de jeunes mûriers pour la nourriture des vers à soie-, des champs de riz et des collines plantées d’arbres utiles. A l’est du lac, les habitants tournent toute leur industrie vers la pêche.
Les Chinois ne consacrent aucun bon terrain aux pâ • 'turages; le peu de bétail qu’ils possèdent se nourrif comme il peut dans des terres qui ne sont jamais améliorées par aucune espèce d’engrais artificiel. C’est là ce qui fait que leurs vaches et leurs chevaux ont une si chétive apparence.
Il n’y a guère que les riches qui mangent de la viande de bétail, mais aucun Chinois ne goûte jamais de lait, de beurre ni de fromage. * » -
Le code pénal prononce des peines sévères contre ceux qui tuent leurs bestiaux sans une permission expresse (î). Il n’y a pas de peuple au monde (les Hindous exceptés, et cependant ils boivent du lait J qui consomme aussi peu de viande et qui mange autant de poisson et -de légumes que les Chinois ; il n’y a pas non plus de pays au monde où Pon emploie si peu do bêtes' de somme ou de*
( 1 ) Livre IV, section Su3. * *" •
trait, et où les habitants fassent tant de choses par euxmèmes qu’en Chine.
Dans les parties méridionales de l’empire, les bêtes de somme, à l’exception de quelques buffles et d’un petit nombre de misérables chevaux, sont presque inconnues ( 1 ).
En 1 833 , le gouvernement provincial de Canton a invité, avec la sanction de l’empereur, la population pauvre à cultiver à son profit des terrains non encore labourés, en lui promettant de l’exempter de tout impôt. L’édit qui parut à ce sujet attribue le grand nombre de voleurs et de bandits qui existent dans la province de Canton au manque de subsistance, et pose en principe que le meilleur remède à ce fléau est la culture de la terre. «Par ce moyen, est-il dit, chacun obtient du travail et de la nourriture. » i
Il est surprenant que la pomme de teyre ne se soit pas plus propagée depuis qu’elle a été introduite à Canton. Les Chinois témoignent du reste la même indifférence’ pour tous les autres végétaux européens, tels que les choux, les pois, etc., qui sont cultivés à Macao, de même que les pommes de terre , depuis un demi-siècle. Il est probable qu’ils continueront pendant long-temps à préférer le riz.
Pour engrais , ils se servent de cornes et d’os réduits
en poudre, de süie, de cendre, etc.; le plâtre des vieilles
cuisines (en Chine, elles n’ont pas de cheminées) est
aussi fort estimé , de même que toutes sortes de cheveux.
Les barbiers, à cèt effet, ont grand soin de garderies
poils qu’ils ont rasés. La fiente des animaux est égale -
mêntxonsidérée coinipe très bonne. Ils jettent dans des
espèces de citernes toutes sortes dé Végétaux et le rebut
de la nourriture "des animaux; après les avoir couverts • v
(1) Royal Allât. Transact., tomt II.
de paille , ils les déposent sur la terre, lorsqu’ils se sont putréfiés. Ils corrigent la crudité de l’eau, en y ajoutant de la chaux vire, et n’ignorent point l’emploi de cet ingrédient comme engrais.
«Les agriculteurs, dit sir George Staunton ( 1 ) , trempent toujours dans un engrais liquide les graines qu’ils veulent semer; de cette manière ils hâtent la crue des plantes, et les préservent des piqûres des insectes. »
C’est peut-être cette méthode qui a préservé les navets chinois de la mouche qui ailleurs est si fatale à leur croissance.
Les Chinois emploient aussi de l’engrais liquidé pour les plantes et les arbres fruitiers; ils croient que la situa,tion la plus favorable à ces derniers est le bord des fleuves. •
Les rivières en Chine sont ordinairement bordées d’espèces de remparts de boue qui servent de digues, l,oi£qu’elles s’enflent; ces remparts ont six ou huit pieds de largeur au sommet, cinq ou six de hauteur, et descendent dans l’eau , en déviant d’environ 3o° de la ligne perjfeti-. diculaire ; l’admirable aspect des orangers, des plantains et des autres produits qui croissent le long de la rivière de Canton, attestent l’efficacité de cette iné^iode. 11 est seulement malheureux que les fruits soient exposés aux rapines des gens qui passent en bateaux. Les Chinois ont en général la pernicieuse habitude de cueillir les fruits avant qu’ils ne soient parvenus à leur maturité , mais les plus dangereux ennemis des fruits, dans quelques parties de la côte méridionale, sont les typhons qui détruisent les arbres.
Nousavons décrit dans le XXVIII chapitre les ingénieux procédés mécaniques adoptés pour l’irrigation des terres. Quelquefois on ne fait usage que d’un seul seau attaché
(1) Embasry, lomç II, p. 476.
Ji l’extrémité d’une longue perche, placée en travers d’une autre enfoncée perpendiculairement dans le sol. lorsque l’élévation du bord sur lequel l’eau doit être amenée est insignifiante, ils ont parfois recours à la simple méthode dont voici la description :
Un seau est suspendu par des cordes entre deux hommes qui, en laissant aller et en retirant ces cordes, impriment au seau un certain mouvement de vibration qui d’abord le remplit d’eau , et ensuite le vide par une secousse sur le niveau plus élevé.
La planche ci-jointe tirée de Staunlon, représente ce mode d’irrigation.
Mode il'irrigalioD. , ,
Le riz en Chine est d’un grain beaucoup plus gros que Celui qui croit dans l’Inde ; on en distingue deux sortes : le blanc (c’est le meilleur) et le rouge»
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Le gouvernement de Canton encourage les importations de riz étranger, en exemptant de droits de port les vaisseaux qui en sont chargés. Néanmoins cet avantage est rendu illusoire par les exactions des mandarins au petit pied, qui ont obligé quelquefois les bâtiment»^ ne pas dépasser Lintin, où ils vendaient leur cargaison àdes jonques côtières. Dans d’autres temps cependant, ce mode d’éviter une partie des frais éhormes perçus eh » rivière , a occasionné une importation de quinze à vingt mille tonnes , effectuée par les vaisseaux de plusieurs nations, quantité, après tout, fort minime en proportion des demandes d’une population aussi immense.
Les mandarins, qui n’entendent rien à l’économie politique , défendent souvent , lorsqu’il y a lieu de craindre que le riz devienne rare , qu’on l’emploie à fabriquer des liqueurs, sans penser le moins du monde que s’il était vrai qu'on en eût besoin pour vivre , le prix élevé auquel il se vendrait, empêcherait bien mieux^que leurs prohibitions qu’il ne fût converti en liqueur.
La charrue employée pour la culture du riz est d’une construction extrêmement simple. Comme le sol est un peu argileux, ët qu’on n’a*jamais besoin de couper dahs le gazon , une lame devant le soc serait parfaitement inutile. Ce sont, dans quelques province*, les hommes qui tirent eux-mêmes la Charrue ; dSns d’autres provinces, ce sont .des bœufs, des ânes ou des mules, placés pêle-mêle sous le joug. Le soc dçs charrues se termine au dos par une planche courbée qui sert à labourer la terre. e * • *
Dans la province de Canton , les champs de riz sont labourés par de petits buffles gris foncé , ou couleur ardoise , • appelés par les Chinois clioui-nieou « ^œufs d’eau, % à cause de leur propension pour les rives fangeuses, où ils aiment à se vautrer dans le limon.
C’est lorsque des pluies abondantes ont couvert d’eau
s8o 1-4 CHINE.
la surface du sol, qu’on laboure les champs de riz; le buffle et son conducteur marchent alors dans l’eau jus- 1 qu’aux genoux. Après cela , on passe un rateau ou une herse, à une seule rangée de dents, sur le sol, afin de rompre les mottes et de nettoyer la terre.
On commence par semer le riz dans une petite pièce de terre convenablement préparée ; ensuite on le trans- ’ plante dans les champs , où il doit croître. On fait tremper la graine, avant de la semer, dans un engrais liquide qui la fortifie et la garantit des insectes. Deux ou trois jours après qu’on l’a mise en terre, les jeunes rejetons paraissent ; ils sont d’un beau vert clair, et lorsqu’ils ont 'atteint une hauteur convenable , on les place dans les champs qui ont été préparés pour les recevoir.
Le procédé de la transplantation, tel qu’il est décrit dans le Chinese liepository (i), montre une division de travail vraiment parfaite. Un individu ramasse les rejetons qui ont environ six pouces de longueur, et les tend à un autre qui les porte à leur destination. Là ils sont reçus par. d’autres laboureurs qui sont enfoncés dans l’eau et le limon jusqu’aux hanches, et dont plusieurs creûsentt des trous dans lesqftels ils placent les plantes six par six, tandis que d’autres arrangent la terre autour des racines. L» distance entre chaque touffe est de six ou huit pouces en tous^sens.
On entretient ensuite ou. on diminue l’inondation, suivant le besoin, car Ja manque d’eau est extrêmement nuisible à ce grain qpe les Américains de la Caroline appellent «graine defnàrais. »
On sarcle les champs entre le temps des semailles et celui de la moisson. Quand le riz jaunit, ce qui est un signe qu’il est mûr, on retire un peu d’eau graduellement, do telle manière qu’à la fin de juin ou au cora-
(i) Tome MI, p. a3j. , '
mencement de juillet, les champs soient presque secs. On coupe les touffes de grain près du sol , au moyen d’une espèce de serpe, et on les met en paquets pour être battues. L’aire employé dans ce but est de terre durcie avec ou sans mélange de chaux. Us ont une machine à vanner comme la nôtre , ce qui semblerait prouver que nous la leur avons empruntée (1). Pour enlever la cosse tenace du riz , on l’écrase dans des mortiers de pierre , dont les pilons, en forme de cônes , sont mus au moyen de leviers horizontaux qui les maintiennent. Une roue que l’eau fait tourner met en mouvement un cylindre , à la circonférence duquel sont attachées des dents qui , heurtant les extrémités des leviers, les abaissent et font lever les pilons à l’autre bout.
Pour la seconde récolte du riz , on nettoie le sol afin d’en extirper, les vieilles racines; on le couvre encore d’eau ; on y introduit de nouvelles plantes , et l’on moissonne en novembre.
M. Barrow a vu une charrue différente des autres. « Elle consistait en deux perches parallèles , garnies, aux extrémités inférieures , de fer pour ouvrir les sillons. Ces perches étaient placées sur des roues , et avaient chacune un petit panier pour jeter la graine dans les sillons, qu’une pièce de bois transversale, fixée derrière, couvrait ensuite de terre. »
La troisième récolte annuelle consiste en légumes qui viennent pendant les mois secs et froids.
C’est à cette époque que les champs de riz des environs de Macao produisent des choux, des pois et des pommes de terre. Au lieu de bêche, ils font usage d’une grosse houe de fer, 'très pesante, qui opèijè peut-être plus promptement, mais qui n’est pas apssi efficace, car elle ne soulève la terre qu’à la moitié de la profondeur de * ~
(1) Un modèle passa de Chine en Hollande, et de U à Leith.
l’autre. Cette houe sert à divers autres buts, comme, par exemple, à sarcler, creuser, etc.
La tendance qu’a le gouvernement chinois à restreindre en général l’importance des tènements(i) est, selon toutes les probabilités , une des causes des méthodes simples et économiques qu’ils suivent dans leur agriculture. Le cultivateur qui ne possède pas de capital superflu, tâche de tirer tout le parti possible de son terrain, et ce moyennant peu de frais. L’extrême rareté des bestiaux le prive de la principale source qui contribue à la fertilité des terres en Europe. Indépendamment de l’engrais et du système des jachères, il y a lieu de croire que l’on peut suppléer à ces deux expédients par des labours fréquents. L’auteur possède une lettre de sir Joseph Banks dans laquelle cet homme distingué disait, en pai'lant d’un ouvrage relatif à l’agriculture des Hindous :
«Ce qui m’étonne, c’est qu’il n’y soit nullement fait mention d’engrais ni d’aucun autre procédé de fertilisation, sauf celui qui consiste en des labours répétés.
On dit effectivement que beaucoup de labourages sont nécessaires pour le sucre. Nous voyons qu’en Europe des labours répétés augmentent la fertilité du sol ; mais comment se fait-il que nous qui excédons rarement le nombre de quatre, ignorions que l’on peut augmenter proportionnellement la fertilité par une plus grande quantité de labours? »
Nous croyons avoir déjà suffisamment expliqué les causes de l’immense population de la Chine par nos) observaiipns sur son état social et agricole. On n’a jamais connu de peuplé, qui' ait tant encouragé Baccroissemerit * de la race humaine, ^ni- mis si complètement de côté les prudentes restrictions que M. Mâlthus nous a proposées;
X») Maisons ou Icrrcs tenues à baiUou à ferme.
mais il faut avouer d’un autre côté que les Chinois supportent bien, par une grande misère, la conséquence innévitable de leur système, qui tend incessamment à augmenter la masse des individus au-delà de ce que le pays peut fourtiir pour leur subsistance.
On ne lira peut-être pas sans intérêt l’énumération des différentes causes qui ont amené l’accroissement sans exemple de la population du céleste empire.
Nous avons vu combien ses industrieux habitants avaient amélioré leur territoire déjà si fertile. Il n’y a point de parcs étendus (à l’exception de ceux de l’empereur) qui soient ravis à l’industrie produétive. Comme il n’existe pour ainsi dire ni* chevaux ni voitures à roues, les routes occupent le moins d espace possible ; les sépultures mêmes n’en prennent guère, car elles sont situées dans les flancs des collines et des montagnes stériles. On ne cultive point' de prairie ni aucune espèce de champ pour la nourriture spéciale des bestiaux; tout est résérvé à l’homme. C’est là une circonstance beaucoup plus importante qu’elle ne le parait à la première vue.
Nous avons précédemment remarqué que le nombre des chevaux de trait et des bêtes de somme est extrêmement limité en Chine , et qu’aucun pâturage ne leur est réservé. C’est à pline si les habitants ggrdenl prés d’eux quelques anifbaux domestiques, et encore est-ce bien souvent potfr s’en nourrir. Ils consomment très peu de viande ; les plus riches d’entre eux n’en mangent presque point, etles classes inférieures ne viventexclusivement que des produits de l’agricultujçg.
Or* on a calculé que dans la Grande-Bretagne, plus d’un million de chevaux sont affectés au transport des voyageurs et des marchandises ; qu’il faut autant de terrain cultivé pour nourrir un seul éheval qu’il en serait nécessaire pour nourrir huit hommes. Voilà donc une immense quantité de terrain dont^homme’he peutpro-
-j 84 la CHINE-
fiter. Il faut, bien certainement, que le pays qui a inventé
les machines à vapeur pour remplacer les chevaux ait reconnu combien ces animaux sont onéreux.
En Chine, tout ce qui ne peut être transporté par eau l’est à bras d’hommes; il n’y a pas jusqu’au* barques naviguant sur les canaux qui ne soient draguées parades hommes. "* *
Dans aucun autre pays, on ne sait tirer un aussi grand parti de la pêche. Les missionnaires qui ont dressé la carte de l’empire ont vu qu’un nombre considérable de bateaux arrivaient des diverses parties du Liang, à certaine époque de l’année, afin d’avoir le frai du poisson. On barre une partie de la rivière avec des mâts et des claies, de telle manière qu’elle devient encombrée de poissons que l’on transporte, sur*des vaisseaux, dans des U lieux éloignés.
Outre les procédés ordinaires de la ligne, du filet, etc., les Chinois ont pour pêcher le poisson une méthode qui leur est particulière. Durant les nuits où il fait clair de lune, ils se servent de longs bateaux étroits, ayant à leurs côtés des petites planches de bois, peintes en blanc, et qu’ils laissent pendre sur la surface de l’eau, au moyen d’un lien. Les poissons, trompés par la*lumière que réfléchissent çes planches,^ sautent dessus, et sont aussitôt versés dans le bateau. Nous avons eu l’oecasion dj£ remarquer que les côtes septentrionales de l'empire sont habitées par une race intrépide de marins, dont l’excès de la misère ai fait quelquefois de redoutables pirates qui ont suscité des embarras sérieux au gouvernement.
* Les poissons que l’on prend sont presque tous salés, et on les mangg avec du riz. C’est sur les lacs et les marécages du Chan-tong et du Kiang-nan que l’on emploie Ibs oiseaux pêcheurs. Nos ambassades eç ont vu qne immense quantité. Ils se tienncntperchés ^pr les bords des barques, et au ^poindre signal, ils sc dispersent • : * -
Oiseaux de pêche.
sur les eaux et reviennent fidèlement avec leur proie. * Les causes politiques qui tendent à accroître la population de la Chine sont aussi nombreuses que puissan-' tes. Rangeons d’abord pjarjni ces causes lès droits que chaque père conserve toute sa vie sur ses enfants, et les diverses circonstance» qui Çont désirer d’avoir un rejeton mâle. , ^
Les lois du pays gracient quelquefois un Criminel , condamné pour nomicide , et dont l’existence est nécessaire au soutiçn^de ses parents, quand ces derniers n’ont ni fris , ni petits fils au-dessus d«r l’âge de seize ans. Dans certains cas , un proche, parent, un neveu, par exemple , petit devoir la vie au même mbtif (ij. Nous avons parlé du mode d’adoption- par lequel un homme privé de fils s’assure un héritier' de son ïîqm peur exécuter sur sa* tombe les cérémonies que lui-même a exécutées toute sa vie sur celles de ses aïeux. • *
L’esclaVaga tend à entraver l’accroissetnent de fa population , mais les législateurs y ont pourvu en établissant
* -Ihi
( 1 ) Gaxette de Réking , Royàt Asint. Transact., tome l. p. 395.
286 la cnixfir
que les martres qui ne procureraient pasdémarisàleurs esclaves femelles seraient rigoureusement poursuivis;
L’accroissement de la population de .la? Chine rie s’explique pas seulement par cette considération, que les familles tendbnt à se perpétuer, mais encore par l’association des farnilles pour tout ce qui concerne les besoins de la vie. On sait f en effet, qu’il existe en Chine un système universel d’agglomération établi sur lesbasesles plus économiques.
Dans ses institutions sacrées, l'empereur Kang-hi remarque que neuf générations ont vécu autrefois sous le même toit, et que « dans la famille de Tchang-chi de Kiang-tclicou , sept cenis individus partageaient le même repas quotidien. «Que votre respect pour vos ancêtres se manifeste par un amour réciproque ! Puissiez-vous êtro comme des courants divergeant de leurs sources, ou comme des branches d’arbres sortant de leur*tronc ! » * * Une autre cause est l’obstpcle qu’opposent les lois et les préjugés aux émigrations.
« Tous les officiers du gouvernement,, les soldats et les particuliers qui se mettront clandestinement en mer pour trafiquer; ou qui Se rendront dans des îles étrangères, soit pour les habiter, soit pour les cultiver, seront punis des peines que prohoncent les loisconti^; ceux qui communiquent avec les rebelles et les ennemis de la patrie. » Sans aucun doute, il y a beaucoup d’individus qui éludent cette loi; mais comme il leur faut, pour passer sur une terre étrangère , abandonner les tombes de leurs •ancêtres, ce sont , -aux jphx des Chinois, des gens sans principes-ej des misérables. ' •
Une -autyc cause est la paix dont la Chine jouit sans interruption déplais plus d’un siècle, c’est-è-çjire depuis l'établissement de ladyna^ic tartare mandchoue,
Lora de la conquête , |p nombre des individus immolés à l’aveugle furie des vainqueurs dépasse toute croyance ;
mais depuis, la tranquillité la plus parfaite n’a pas cessé de régner. Deux des souverains mandchous ont été des hommes extraordinaires, et leur excellente administration n’a pu qu’accroître tout à la fois la prospérité et la population de l’empire.
On a publié tant de documents sur la population de la Chine , et ces documents sont pour la plupart si contradictoires, quand on les compare l’un à l’autre, que ce n’est pas chose facile que de préciser un fait à cet égard.
Il paraît clair cependant que les statistiques des indigènes sont, nonobstant leur imperfection, les seuls renseignements auxquels on puisse ajouter quelque confiance (1).
Nos deux ambassades ont eu occasion de remarquer le nombre immense des habitants ; mais il est nécessaire de faire observer que les provinces quelles opt traversées sont les plus riches et les plus peuplées de l’empire , et que celles de l’ouest sont loin d’être à l’avenant.
L’évaluation de trois cent trente-trois millions, fournie par l’un des conducteurs de l’ambassade de lord Macartney, paraît être un document en nombres ronds ; cependant, comme il est fondé sur des relevés officiels, on pourrait le considérer comme approchant de la vérité , si les contradictions qui existent dans les statistiques des Chinois île le’décréditaient pas autant.
Grosier, sür l’autorité d’Amîot , qui a cité le Ye-tongtchi, ou Description statistique de tout l’empire, fait monter la population , en 1743, à cent quatre-vingt-dixhuit ou dcüx (jfnts millions. »
IDri’y a là rien 'd’incroyable, attendu que la Chine
( 1 ) Le lecteur peut consulter à ce sujet nu excellent mémoire dé
HJ, E. Kot, sur U population de la Chine et ses vapations^, depuis l’an a4<>0 avapt J. -C. jusqu'au xm' siècle île notfc ère , mémoire qui vient d’être inséré dans le Nouveau journal asiatique, (Noie du Çraducltïir.)
proprement dite est au moins huit fois plus grande que la France ; mais en comparant ce chiffre avec celui donné par le conducteur de lord Macartney, juste cinquante ans après, une augmentation de moitié parait un peu forte durant un laps de temps aussi court.
La véritable difficulté est de savoir jusqu’à quel point on doit ajouter foi aux recensements des Chinois. Il semble que la division de la population par centuries et par décuries devrait faciliter les moyens d’obtenir des dénombrements exacts ; mais on a dit , d’après le témoignage d’indigènes, que « le recensement ordinaire de la population n’est qu’une simple affaire de forme à laquelle on ne prête aucune attention sérieuse. *
* Effectivement, lorsqu’un cens spécial est demandé par l’empereur, les fonctionnaires des diverses localités prennent le dernier relevé et en forcent les chiffres , afin do
plaire à sa majesté , en lui faisant croire à une augmentation de population et de prospérité sous son règne. Ainsi donc, si ce n’est- point pour tromper les étrangers que les Chinois ont forgé cet énorme cens de trois cent trente-trois millions , c’est du moins afin de s’en imposer à eux-mêmes (i).
Le docteur Morrison , dans un document^ annexé à un rapport sur le collège angle-chinois de Canton (en 1829), parle, d’après un ouvrage indigène, des fonctions du conseil des revenus, séant à Péking, et qui, entre autres attributions, est chargé du relevé de la population.
Il paraît qu’au commencement de la dynastie actuelle, on fit un cens pQur baser une capitation et connaître le nombre des individus en état de porter les armés, depuis seiïe ans révolus jusqmà,so niante ans . La capitation se. fondit plu^ tard dans l'impôt foncier; elle fiÀ
même défendue , et le cens demeura complètement né» *• •» j -s
! v) I>ll réinsérée daju le Chinete lieponitory. Ionie l, p. 385.
LA CHINE. ü8(j
gligé jusqu’au momentoù Kien-longle remit en vigueur, non pour lever de nouvelles taxes, mais pour connaître au juste le nombre d’habitants de chaque province et de chaque district. Il voulut que les chefs des centuries et des décuries fissent ce même relevé tous les cinq ans. Le but avoué de ce cens était de mettre le gouvernement à mémo de proportionner ses secours, dans les cas de sécheresse , d’inondation , de famine, etc. j i ma
Lorsque Kien-long, un peu avant l’ambassade de lord Macartney, et dans la cinquarîte-huitième année de son règne (vers 1793), lit faire un cens général, il adressa une proclamation à tous les Chinois pour les engager à économiser les dona.du ciel et à les augmenter par leur industrie , car la population s’étant accrue depuis la conquête , jl prévôyait avec anxiété le moment où le nombre des habitants serait hors de toute proportion avec les moyens de subsistance. . «> • . , ndTîr-
-i Ce document prouve qu’une très grande augmentation avait eu lieu ; cependant, si nous en venions à examiner les détails, notre foi serait ébranlée. L’empereur continuant, dit ,« que 4 dans la quarante-neuvième année de Kang-hi (année de notre ère 1710), c’est-à-dire sous l’ancien système de capitation , la population de l’empire s’élevait à vingt-trois millions trois cent douze mille. deux cents , et que selon le dernier cens établi d’après les relevés envoyés par toutes les provinces , il se montait à trois cent sept millions quatre cent, soixante-sept mille deux cents ! < - ! '
. Cette augmentation , remarque le docteur Morrison , est tellement considérable dans un intervalle de près de quatre-vingt-deux ans, que l’on pourrait croire qu’une erreur s’est glissée dans les chiffres, mais l’empereur fait observer que l’augmentation a été d’environ quinze fois, ce qui démontre qu’il n’y a point eu de méprise. Le docteur Morrison dit ensuite que le relevé prouve la vérité de t. 11. 19
l’assertion de M. Maltbus, savoir: que la population peut se doubler tous les vingt-cinq ans, car, d’après le susdit relevé, elle se serait doublée tous les vingt ans.
Il faut se rappeler que, du temps de Kang-hi, une grande partie de la Chine continuait de résister aux Tartares; par conséquent les provinces du Midi qui n’avaient point encore fait leur soumission ne purent être comprises dans le cens ordonné parce monarque.
Ce qui contribue aussi à expliquer le chiffre si bas de ce cens, comparé à celui »de Kien-long, c’est qu’une multitude de Chinois qui eurent beaucoup de peine è surmonter l’aversion que leur inspiraient les Tartares, se réfugièrent, soit dans les provinces encore indépendantes , soit en pays étrangers.
La conquête de la Chine par les Mandchous .et les émigrations qui en furent la conséquence, réduisirent, dit-on , la population de l’empire à la moitié de ce qu’elle était sous la dynastie des Ming. Cependant cette conquête ayant été suivie, pendant plus d’un siècle, d’une paix et d’une prospérité presque sans exemple, les causes que nous avons énumérées plus haut ont produit leur puissant effet.
Selon un ouvrage chinois qui mérite d’être apprécié , un <*;ns qui aurait été opéré dans la soixante-dixième année de Kia-king (181 s) dépasse le chiffre du conducteur de lord Macartnev, car il fait monter la population à trois cent soixante millions deux cent soixante-dix-neuf mille huit cent quatre-vingt-dix-sept individus. Si l’on admet l’autre cens, on aura moins de peine à croire à l’augmentation que présente ce dernier dans l’espace de dix-neuf années.
Nous laisserons à la sagacité du lecteur le soin de déterminer quel degré de foi on peut ajouter à un cens chinois, basé sur des relevés reçus en détail de chaque village, où les maisons sont pourvues de ce que l’omap-
l.A CHINE.
2fj ‘
j»clle un men-ptü, ou tabïdUe de pUrte sür laquelle sont inscrits tous les individus de la famille. Les listes passent par tant de mains avant d’arriver à Péking, qu’elles ne sont pas toujours exemptes des falsifications ou des surcharges de ceux qui veulent faire plaisir au souverain. Si l’on admet que la superficie de la Chine a 1 ,200, 000 milles carrés, selon le calcul le plus modéré, on trouve 3 oo habitants paç mille carré, ce qui est plus qu’on n’en a attribué à l’Angleterre ou à la Hollande.
M. Maltlms, sans faire attention à la disproportion qui existe entre le cens de Kang-hi, et celui de Kien-long, parait disposé à croire aux 333 , 000, 000 du conducteur de l’ambassade de Lord Macartney, attendu les encouragements extraordinaires donnés à la propagation de l’espèce humaine. La vérité est que la plus grande augmentation de population qui ait eu lieu depuis la conquête par les Mandchous, a été produite simplement par le retour dans leur pays natal de 'ceux qui l’avaient fui, à l’approche des vainqueurs.
Il est assez généralement reconnu que, de même que les obstacles préventifs restreignent faiblement la surabondance de la population, les obstacles positifs agissent plus puissamment; c’est sons ce rapport que la Chine corrobore 1 ? doctrine dje Malthus.
Nous avons vu que les plus riches se marient indistinctement avec les plus pauvres , par suite de sentiments qui leur ont été inculqués dès leur naissance. Les seuls individus surlcsquelsldsobstacles préventifs agissent, sont les prêtres de Fo, forcés par leurs statuts religieux de garderie célibat, et les esclaves que leurs maîtres empêchent quelquefois de se marier, bien qu’une loi les oblige A faire le contraire. Les obstacles positifs sont les épidémies, la disette et l’infanticide. La salubrité du pays est, en général, fort remarquable. Les gazettes de Péking parlent quelquefois, il est vrai, de ravit ges causés par
a 9 2 LA CÎU.VK.
des maladies dans certains districts ; mais bien souvent ces maladies ne sont que la conséquence des famines produites par les inondations, les sécheresses ou les insectes.
«L’édit sacré avertit le peuple de se précautionner contre ces années, qui arrivent de temps à autre, et durant lesquelles les épidémies et la disette de grains rendent tous les lieux désolés. » . . »■. *
Les greniers publics ne sont que de tristes ressources contre les famines, d’abord à cause des malversations de ceux qui les administrent, et ensuite parce qu’ils mettent le gouvernement en concurrence avec les marchands de blé, qui , guidés par leurs intérêts individuels, sauraient bien mieux que lui égaliser le prix des grains et faire servirl’abondance d’une année à compenser la disette d’une autre. /
Par exemple quand le riz est à bon marché , il leur est défendu d’en acheter et d’en amasser. Qu’arrivo-t-il de là? c’est que le bas prix même du riz fait qu’on en consomme beaucoup plus qu’on ne devrait. C’est exactement la même chose que si l'équipage d’un navire mangeait en un mois ses provisions de soixante jours.
Nous avons expliqué qu’il entre dans la politique du gouvernement de restreindre le commerce des danois aux relations intérieures. Si l’on jette un coup d’œil sur la carte , on verra que des rivières non navigables , à cause de la rapidité de leur courant et qui prennent quelquefois leur source sur de hautes montagnes d’où elles se précipitent avec fracas, entravent les relations commerciales d’une province avec une aube. Celles qui sont situées sur les côtes pourraient sans doute communiquer par mer, mais cette voie leur est iutcrdile.
L’inconvénient d’ur.e pareille prohibition s’est fait sentir parfois si vivement, qu’il y a huit ans, un édit de l’empereur enjoignit aux vice-rois du Fo-kien et du Tchékiang, de se relâcher temporairement de leurs riguburs
i . a cnixr..
on faveur du commerce côtier, et même d’encourager les marchands à importer du grain du Tché-kiang par mer. L’année passée , la moisson de riz dans le Fokien a été tellement mauvaise qu’elle a fait élever le prix du grain d’une manière extraordinairè , tandis que la récolte du Tché-kiang a été comparativement fort abondante.
L’édit de l’empereur ordonnait au vice-roi du Fo-kien d’inviter tous les marchands de sa province qui désiraient importer des grains par mer, de se présenter, afin qu’il leur fût accordé des licences, mais d’avoir de nouveau recours à l’ancien système de restrictions, dès que le prix des grains serait descendu dans le Fo-kien à son taux accoutumé.
Ces entraves apportées au libre commerce, proviennent en par tie de ce que le gouvernement tire ses principaux revenus de l’agriculture. L’impôt prélevé sur les terres a été de tout temps la n*illeurc ressource des Etats.
Le livre de Mencius nous apprend qu’autrefois le gouvernement, au lieu de percevoir comme aujourd’hui un dixième au moins , obtenait en vertu d’une coutume appelée tsou (secours), le neuvième du produit, c’est-àdire environ onze pour cent (1). Un terrain d’une certaine étendue, par exemple, était divisé en neuf parties égales, dont l’une était réservée à l’Etat; les autres étaient données à huit fermiers différents, qui se réunissaient pour cultiver le champ public, commepouracquitter la taxe de leurs diverses portions. Ce système était hautement apprécié parce qu'il était basé sur une égalité parfaite; mais à la longue on ne tarda pas à le reconnaître impraticable, et on lui substitua le mode de taxe appelé kong par lequel on perçoit le dixième du produit de quelques années. «Mais, dit Mencius, quoique dans les années d’abondance la taxe soit minime, cependant dans celles
(1) Chang-meng . chap. V. 1 . i. lui.: :i'r *| P.
h A CJIINE.
où la récolte est mauvaise, le monarque, qui devrait être le père du peuple, en devient le bourreau, s’il perçoit la taxe en raison du produit ordinaire, si
On a long-temps débattu la question de savoir si le propriétaire d’un bien territorial en est investi, sans avoir à subir aucune espèce de contrôle, ou si le souverain est, en réalité, le propriétaire universel et exclusif du sol, et les tenanciers nominaux de simples fermiers, comme les jémindars de l’Inde. Cette question n’a point encore été résolue d’une manière satisfaisante; cependant, comme le remarque le traducteur du Code pénal de la Chine , il est probable que la vérité se trouve au milieu de ces deux extrêmes.
On sait que plusieurs des marchands qui négocient avec les Européens à Canton , possèdent des biens territoriaux considérables, et qu’ils les regardent comme la plus sûre, si ce n’est la plus imporMtnte de leurs propriétés. Les missionnaires résidant à Péking obtinrent des différents empereurs des pièces de terre destinées ô leur entretien. La taxe d’un dixième est d’ailleurs tellement modérée, qu’elle laisse au propriétaire une partie considérable du revenu, après qu’il a payé ses ouvriers... Comme il n’y a point de fonds publics en Chine, les achats de terrains sont le seul moyen de faire fructifier les capitaux.
Malgré ce que nous avons dit des avantages possédés par chaque propriétaire, il faut mettre en ligne de compte un certain degré de contrôle exércé par le gouvernement, et. que les monarchies les plus despotiques de l’Europe n’ont jamais pratiqué. • • • •*• '
La soixante-dix-huitième section du Code parait interdire à tout propriétaire le droit de disposer de ses terres par testament.' 1 •«-.«]. i t • u;baqib
La quatre-vingt-huitième section porto que les héritiers se les partageront en certains lots déterminés.
LA CH!\i:.
Aux termes, de la quatre-vingt-dixième section , les terres dont les propriétaires ne déclarent pas la possession aux percepteurs du gouvernement, sont confisquées, attendu que lesdits propriétaires se reconnaissent responsables du paiement des taxes levées sur elles. Les terrains inscrits sur les registres publics pour être sujets à l’impôt territorial sont aussi, dans quelques cas, soumis ■\ la confiscation (1), principalement lorsqu’ils ne sont pas cultivés ainsi qu’ils devraient l’être , sans cause, telle qu’une inondation , une sécheresse ou autre calamité.
En vertu de la quatre-vingt-quinzième section , aucune hypothèque n’est légale, à moins que celui au profit duquel elle est consentie, n’entre en possession des terres, en touche le revenu, et se rende personnellement responsable du paiement de toutes les taxes jusqu’au rachat desdites terres par leur propriétaire (2) . Les Chinois possèdent donc des registres publies, ou soûl inscrites toutes les propriétés réelles.
Yong-tching , second empereur de la dynastie tartare, • pour éviter les embarras et l’incertitude qui accompagnaient la perception des taxes territoriales sur les tenanciers, ordonna qu’elles fussent levées à 1 avenir sui les propriétaires eux-mêmes.
Pour que l’on puisse se former une idée bien nette des revenus de la Chine, nous ferons remarquer que le trésorier de chaque province déduit les dépenses civiles, militaires et autres , telles que celles des travaux publics , etc. , et envoie le surplus à Péking , soit en argent, soit en nature. La difficulté de connaître les dépenses réelles de l’administration de tout l’empire vient, dabord , de ce que l’on n’a pu déterminer clairement que
(t) Nous avons vu cependant que l'on donnait quclquefbi» dèk terrains francs d’impôts , cl sans autre condition que celle tic les cultive! : (a) Appcud. do Ltu-ltt, pi. 5al». . « .1 ?
LA CmXE.
cet excédant, et ensuite de ce qu’une partie considérable de la taxe est levée en objets, tels que du grain , du sel , de la soie , etc. Les gages des domestiques , principalement à Péking, les honoraires des courtisans, ainsi que les pensions des parents de l’empereur, sont payés en grande partie sous la forme de rations et d’ approvisionnements.
Sans posséder les moyens de faire un calcul exact, Duhalde dit que les dépenses totales du gouvernement impérial dans tout l’empire, doivent être de deux cents millions de taëls, ou environ soixante millions sterling, dont douze millions seulement sont envoyés à Péking. L exactitude de ce chiffre parait être à peu près confirmée par un article de la (lazette de Péking, de novembre 1 855. In fonctionnaire tartare y dit que les recettes totales des biens territoriaux, du monopole du sel, des douanes, etc., n’excèdent pas quarante millions de taëls, c’est-à-dire douze à treize millions sterling, ce qui ne se rapporte sans doute qu’au revenu envoyé à Péking, après déduction faite des dépenses locales; car, bien certainement, ce n’est pas avec une pareille somme que l’on pourrait gouverner un pays huit fois plus grand que la France.
Le docteur Morrison parle du revenu envoyé à Péking par deux provinces , lequel se montait à cinq millions de taëls, ce qui donnerait quarante-cinq millions pour les dix-huit provinces; mais, comme il y en a une ou deux qui ne produisent pas autant que les autres, le véritable total serait donc de quarante millions comme ci-dessus.
Relativement aux grains qui sont envoyés à la capitale, le père Serra nous apprend qu’on les charge dans près de dix mille bateaux , portant chacun onze cents sacs. Le grand canal lut en partie construit pour assurer cet approvisionnement, ce qui est prouvé par l’un de scs noms, « Fleuve qui apporte les grains» (Yun-liang-
Il cm. NK 1 .
ho). Un relevé du conseil des révenus confirme d’ailleurs l’assertion du père Serra , car le nombre actuel des jonques à grains s’élève à io,455. Lorsque nous quittâmes Tien-tsin en 1816 pour nous rendre à Péking, la multitude vraiment incroyable de ces vaisseaux attira notre attention. Depuis environ midi jusqu’au soir fort tani, nous voguâmes rapidement le long de la ligne non interrompue qu’ils formaient ; ils étaient ancrés régulièrement, la proue tournée vers lé rivage et serrés l’un contée l’autre. Chacun était, dit-on, du port d’environ cent tonneaux. Ce chiffre doit avoir été exagéré, car il donnerait l’énorme total de plus d’un million de tonneaux de grains. 11 est probable que beaucoup do ces tonneaux ne contenaient pas exclusivement du grain, mais aussi des soies, du thé et d’autres tributs des provinces.
Comme Tien-tsin n’est qu’à 5o milles de la mer, l’ennemi qui s’en emparerait pourrait facilement détruire toutes les jonques et affamer la capitale.
La règle est, sur le canal, que tous les bâtiments particuliers doivent céder le passage aux jonques de grains , privilège dont les équipages ont quelquefois abusé. L’empereur fut môme contraint, en 1824» de rendre un édit pour les mettre à l’ordre.
« Que le capitaine de chaque vaisseau (était-il enjoint dans cet édit) soit responsable et qu’il soit tenu de fournir le dénombrement des gens formant son équipage; que ce dénombrement contienne l’âge , ainsi que le signalement de chaque individu et des particularités qui le concernent. Enfin, que chacun desdits individus ait un signe ou une marque autour (lu corps, afin que l’on puisse l’enregistrec, lorsque le ■ Jàvire jette l’ancre quelque part. »
Une partie de l’impôt territorial en grain est mise en réserve dans chaque province pour l’approvisionnement
LA CHINli.
tics greniers publics, alin de vendre ce grain au rabais dans, les temps de diselle. .1,
Une autre source importante de revenu en Chine, est le droit sur le sel qui produit des sommes considérables, attendu l’énorme consommation qu’il s’en fait pour conserver le poisson.
Le gouvernement monopolise le commerce du sel qui est affermé par un certain nombre de marchands, munis de licences expresses, et qui, sous le rapport de l’opulence, peuvent rivaliser avec les marchands hong de Canton. Les provinces do l’Est et du Midi se procurent sur les côtescette première nécessité de la vie, bien que les mômes provinces paraissent posséder des mines de sel de roebe et des sources salées.
Les rangées de sacs ou plutôt les collines de sel observées par nos ambassades à Tien-lsin, contenaient selon M. Barrovv 600,000,000 livres, et occupaient le côténord de la rivière ou celui vis-à-vis des jonques de grain qui stationnent au-dessus de la ville, tandis que ces monceaux de sacs de sel sont au-dessous. Marco-Polo nous apprend que les empereurs Mongols tiraient les mômes revenus du sel (1).
En Chine on ne peut, sans une permission spéciale, transporter une grande quantité de sel d’un lieu dans
(1) l.c nombre des rangées entières élail de 222, outre plusieurs autres incomplètes. Une station transversale , de chaque rangée, contenait 170 sacs. Toutes les autres n’avaient pas moins du 200 piedst quelques nues s’étendaient dans une longueur de Cuo pieds.
En supposant que la moyenne de l’espace occupé par ces rangées de sacs fût de !\no pieds, jèteclle de l'espace occupé par eliaquc sac de 2 pieds, on trouverait dans'cliaquc tas, 200 srctions ou 14,000 sacs, et dans les 222 las rénnis, près de 5 , 000, 000 de sacs de sel , représentant , h raison de 200 livres pesant par sac, 600,000,000 delivres de sol! ., „ . 1 ,
Lt CM 13 K. <vgr)
un autre. Les mêmes restrictions semblent être imposées par le Code pénal au thé et à l’alun ( 1) t ■
« Quiconque se rend coupable de vente clandestine
de ces articles, sera passible des mômes peines que s’il s’était livré à un commerce clandestin de sel (2). »
Le jin-seng est un autre monopole de l’empereur. Cette racine est recueillie dans la Tartaric mandchoue par « les huit bannières, » et chaque division opère sur une portion de territoire. Celui que l’on recueille à Ningkouta, est réservé à l’usage de l’empereur et de sa famille ; le reste est distribué, à titre de récompense, aux officiers et aux courtisans. On délivre des patentes à ceux qui ramassent le jin-seng, et l’on punit sévèrement tous les individus qui se livreraient à celte industrie sans en avoir obtenu la permission. On a forcé les marchands liong à acheter du jin-seng pour 120,000 taëls par an.
Sept mines de métaux fournissent aussi des revenus importants. Dans le Yun-nan, il existe un fleuve surnommé Kin-cha • sable d’or; » une partie du produit de ce fleuve revient au gouvernement.
Les taxes prélevées sur le transit des marchandises, les droits de douanes sur les importations et les exportations, fournissent encore des revenus à l’empereur.
Ce qui augmente considérablement le prix des thés que nous exportons de Canton, c’est la multitude de droits perçus par le gouvernement pendant leur transport, depuis le pays où on le récolte jusqu’à ce port, puis les profits des marchands liong et les impôts réguliers et irréguliers, levés par le llcppo ou par le principal commissaire des douanes. Cet officier est toujours un Tartarc favori de l’empereur, choisi dans une des trois tribus
(1} -L'alun est employé comme précipité, pour clarifier l'eau des rivières , afin de la rendre potable.
(2) Code pénal, section cn.i.
la cmxr..
3 oo
de la cour, et plusieurs d'entre eux sont désignés par leur chiffre de succession, au lieu de l’ètre par leurs noms. Le lloppo qui était en place en 1828, était appelé «son Excellence Soixante-quatorte. »
Le lloppo, qui fait en sorte d’amasser en 4 ou S ans une immense fortune, au moyen du négoce européen, est tenu d’envoyer tous les ans à Péking 1,470,000 taëls ou onces chinoises d’argent, et de faire trois présents à l’empereur, le premier lors de la cinquième lune , le second à l’anniversaire de lanaissancede Sa Majesté, elle troisième à la fin de l’année. La valeur de ces présents qui consistent en marchandises d’Europe , représente un total d’environ 800,000 taëls. Or, comme tous ces impôts finissent par tomber à la charge des étrangers , le gouvernement ne se fait aucun scrupule de laisser subsister les exactions. . 1 .
L’ouvrage de statistique (1), dont le docteur Morrison a donné des extraits, présente le tableau des diverses branches de revenus ; puis le budget des dépenses de l’empire. Ce budget commence par les salaires et les pensions en argent, en grains et en soie, aux princes et aux seigneurs de la cour. Nous en avons parlé dans le courant du X' chapitre (2). Les fonctionnaires du gouvernement sont largement payés et approvisionnés. Les émoluments d’un gouverneur de province sont de i 5 ,ooo taëls (soit 5 ,ooo livres sterling) en argent, dont la valeur est plus élevée chez eux que chez nous. Les trésoriers provinciaux ont chacun 9,000 taëls. .. .
Après avoir payé la cour, le service civil et l’armée, le conseil des revenus est obligé d’accorder des indemnités aux localités qui ont souffert par suite de sécheresses, d’inondations, de tremblements de terre, etc.
( 1 ) Tn-ising-lioci tien.
(a) Tome 1"
l.A CHINE.
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Comme les diverses branches du revenu régulier paraisrent insuffisantes pour faire face aux besoins de l’empire, lé gouvernement a quelquefois recours à des honoraires, à des droits non reconnus. * ; :» > ; •
« L’empereur actuel, dit le docteur Morrison, abolit tous ces honoraires en montant sur le trône. Les gouverneurs des provinces pétitionnèrent aussitôt, et lui représentèrent que l’ordre qu’il avait transmis était complètement inexécutable ; alors l’empereur, qui avait agi dans celte circonstance d’après l’avis d’une personne inexpérimentée, révoqua son édit et censura son ministre, i
Nous avons dit que les soldats tartares sont payés en partie par des donations de terrains. Dans la Tartarie occidentale, on voit des bataillons de 800 ou de 1,000 hommes, préposés à la gardé de la population, travailler a défricher des terres incultes , et pourvoir par ce moy en à leur propre subsistance.
Spng-ta-jin, conducteur de l’ambassade de lord Macartney , conseilla au gouvernement de donner à chaque soldat un champ à perpétuité et transmissible à ses descendants; mais on objecta que les militaires négligeraient le métier des armes poùr améliorer leurs champs.
Les troupes chinoises, campées sur la frontière russe, se livrent en général à l’agriculture. Quelques criminels qui avaient été envoyés sur les bords du fleuve Saghalien, pour travailler à la terre et aider les troupes, se conduisirent si bien que l’empereur Yong-tchin (troisième delà dynastie mandchoue) les gracia et leur accorda même des terrains en disant : «On peut voir par cet exemple que les • criminels auxquels on ouvre une voie au repentir, s’a- » mendcnt et reviennent à la vertu (1). »
Le gouvernement parait avoir dirigé son attention sur le moyen d’augmenter les revenus de l’État. La Gazelle
(l) C/iùirj« Repotttorjr, loinc II, ji. 43o. "
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LA CHISF..
du Pékin" du 1 1 octobre i833 , mentionne que les divers conseils suprêmes s’étaient réunis â cet effet, parce que les dépenses des dernières années avaient excédé de plus de trente millions de taëls la somme des revenus, par suite de deux révoltes des Tartares mahométans, de diverses inondations, etc. , etc. Ces conseils employèrent toute leur sagacité pour mettre en œuvre le grand secret des gouvernements , qui consiste « à prendre le plus d’argent que l’on peut à une grande partie des citoyens pour le donner à une autre partie. »
Le moyen auquel ils ont fini par avoir recours , celui du trafic des places que l’on ne conférait autrefois qu’au vrai mérite, portera peut-être malheur aux maître* actuels de l’empire ; car il est en opposition formelle avec le principe fondamental du système politique chinois. La dignité de kin-jcn, qui n’est ordinairement conférée, selon les lois du pays, qu’aux individus qui l’ont méritée par leur science, vient, tout dernièrement ^ d’ètre vendue comme l’étaient autrefois les offices en France, süüs l’ancien régime. .
Divers autres expédients ont été proposés. Quelques conseillers étaient d’atis d’exploiter do nouvelles mines; un petit nombre demandait que l’on élevât le prix du sel; d’autres voulaient qu’on obligeât les riches marchands et les monopoleurs à tirer le gouvernement d’embarras. Nous avons mentionné précédemment, qu’un ou deux marchands hong fui-cnt décorés do la plume de pao» pour avoir donné à l’État une certaine somme, lors des opérations militaires dirigées contre ies Montagnards indépendants (Miao-tseu). Il est évident que le gouvernement est fort gêné dans ses finances, et que la moindre dépense extraordinaire le ruinerait.
> 'Bien que nous ayons essay é de démontrer que le système gouvernemental des Chinois est infiniment supérieur à celui des autres nations asiatiques, ce système a
aussi ses inconvénients. L’empereur, qui est, en théorie, le père de ses sujets , a quelquefois beaucoup de peine à en obtenir de l’argent, en proportion de ses besoins, et son pouvoir, tout absolu qu’il est, doit cependant s’arrêter devant la barrière que lui oppose le mécontentement du peuple. Certainement, dans notre pays si peu étendu, où des impôts très forts ont été levés par les représentants de la nation, la Chambre des communes a lait bien plus que l’Empereur de la Chine ne pourrait même, selon toutes les probabilités, oser, sans de grands périls. 11 s’ensuit qu’il est souvent obligé de forcer les fonctionnaires à payer eux-mêmes , système d’impôts assurément fort mauvais.
Les sommes réelles obtenues de celte manière sont beaucoup plus fortes que les sommes nominales , et elles sont le prétexte ou la cause d’excès qui auraient été évités, si l’on avait eu recours au moyen le plus direct cl le plus convenable. Relativement à ce système et à ses funestes conséquences , les Chinois ont un proverbe qui dit que : « Les grands poissons mangent les petits , les petits mangent les crevettes, et les crevettes sonlobligées de manger de la fangç.»
11 est à présumer que le seul remède ù ces maux est l’expulsion des Tartares. i