COMMERCE
Monnaie tic métal grossier. — Sa dépréciation. — Sa valeur en -argent. — Faux monnayeuis. — Pesée des lingola d’argent eu masse;
— Ancien papier-monnaie. — Prêteurs sur gages. — Intérêt de làrgcut; — Commerce intérieur. — Désavantage de Canton pour le commerce anglais. — Origine des marcliauds Hong. — Droits exorbitants sur le tonnage étranger. — Contrebande. -U Opium.
— Sa consommation. — Loi nouvelle contre I usage ’do l’opiom.
— Importance du commerce anglais. — Description des thés noirs. — Thés verts. — Préparation du thé. — Mode de colorer; le thé. — Accroissement du commerce anglais. — Ports cl havres chinois. — Places favorables an commerce.
Le gouvernement chinois n’émet point d’autre monnaie que le métal grossier appelé tchen, lequel est composé de cuivre, de zinc et, probablement, d’un peu de plomb; mais, en tout cas, bien inférieur en valeur à la dixième partie d’un penny (1). D’un côté, cette monnaie porte le titre de l’empereur régnant, avec deux
(r) Il paraît rjuc les coquilles blanches appelées coivrics . ont été et sont peut-être encore en usage , comme monnaie, dans les provinces limitrophes du royaume d’Ava , particulièrement dans celle du Yunnan. Les Chinois les appellent «graisse de mer» (haï-feï) trois d’entre elles paraissent avoir eu la valeur d’une pièce de cuivre.
mots signifiant « valeur courante, » et sur le revers, une inscription tartare. Dans le centre de chacune de ces pièces est un trou carré, par lequel on les enfile par centaines.
Il y a quelques années , un individu ramassa dans un lieu isolé de la Grande-Bretagne une de ces pièces qui y avait été perdue par hasard; il la porta à un savant antiquaire qui, après avoir écrit une longue dissertation dans laquelle se trouvaient émises toutes les conjectures possibles, hors la seule véritable , la publia dans un ouvrage de haute portée.
Dans le but d’empêcher le renouvellement d’une semblable méprise, nous joignons ici le fac-similé de la monnaie d’un des empereurs mandchous.
En Chine, comme dans d’autres pays , les curieux font collection d’anciennes monnaies, selon l’ordre de succession des règnes sous lesquels elles ont été frappées. On dit qu’il y a des individus qui en fabriquent, do même qu’une foule d’autres antiques. On en a apporte en Angleterre des séries remontant au-delà de l’èrc chrétienne ; si l’on examine un cordon de tchen pris au hasard , on trouvera toujours quelques pièces anciennes parmi les modernes.
Dans les temps reculés , les monnaies chinoises paraissent avoir été fabriquées au moyen d’autres matières que le cuivre ; elles avaient alors une multitude de formes différentes, avec des figures symboliques représentant T. n. 20
LA cause.
divers animaux. La monnaie actuelle de la dynastie régnante a beaucoup baissé de valeur , et il est difficile d’empèoher qu’on ne la contrefasse. La Gazelle de Péking de juin 1824 contient les aveux d'un faux monnayeur qui avait loué une chambre attenant à un temple , et y avait contrefait avec du plomb les icktn usés. Le nombre des pièces qu’il frappa ainsi fut d’environ 7,000.
Dans la même année , parut un document curieux du vice-roi du Fo-kien, relativement à la dépréciation du tchcn courant. 11 demandait que l’on en suspendit momentanément la fabrication pour prévenir une profusion en pure perte. A la Monnaie provinciale (car il y a un hôtel des monnaies dans chaque gouvernement), la moyenne des pièces frappées avait été, pendant dix jours, de 1,200 cordons de tchen (chaque cordon contient 1,000 tchcn ou dix divisions de 100 tchen) ; par conséquent, le monnayage d’une année s’élevait â 43,200 cordons (ou 43 , 200,000 tchcn ) que l’on employait à payer le milieu de la province.
Pour se procurer le cuivre et le zinc nécessaires , il avait fallu envoyer des officiers dans le Yun-nan et le llou-pé, ce qui avait ajouté au prix du métal 1 taël et 261 parties (d’argent) par chaque millier de tchcn.
La valeur de l’argent de bon aloi, en échange de la monnaie, était alors d’un taël pesant seulement, pour 1240 tchen; cette différence, jointe à la déduction des frais ci-dessus , faisait monter la perte totale à plus de cinq cents parties par chaque taël, et la perte annuelle dans la province, à 20,000 taëls.
Pour comprendre ce qui précède , il faut savoir que 1,000 tchen doivent représenter 1 taël d’argent de bon aloi, et qu’il en fallait alors i, 5 oo pour égaler la même valeur, en y comprenant les premiers déboursés du gouvernement pour le métal.
Le vice-roi fait ensuite allusion au désagrément prove-
LA LUI Mi.
nant du gros volume des pièces comparé à leur minime valeur, semblables sous ce rapport à la monnaie de fer de Sparte ; puis à la disproportion toujours croissante entre l'argent et la monnaie de cuivre; et, enfin, à la perte qu’éprouvaient nécessairement les soldats, lorsqu’ils échangeaient leurs pièces contre de l’argent, puisqu’un taël d’argent représentait 1,240 tchen.
Le vice-roi termine en proposant pour remède do fermer momentanément la Monnaie , de suspendre la fabrication et de solder la milice en argent, jusqu’à ce que la valeur relative de l’argent et du tchen soit arrivée presque au pair.
La seule monnaie du pays étant de cuivre , il s’ensuit que toutes les transactions un peu importantes doivent être basées sur un poids d’argent, dont le taël exprime une once chinoise divisée en 1 o maces ( dans le dialecte de Canton), lesquels sont subdivisés en 10 candarins. Ce sont donc autant de noms de poids , mais non pas de pièces, de sorte que 10 tchen de cuivre égalent 1 candarin d’argent, 100 égalent 1 macc , et 1,000 valent 1 taël.
Il a été impossible d’établir une monnaie d’argent en Chine , à cause de la propension irrésistible des habitants à la contrefaire. On a déjà vu qu’ils contrefaisaient même celle de cuivre.
Lors de l’introduction des dollars espagnols dans le commerce, on les trouva d’abord si commodes, qu’on en toléra l’imitation ; mais à présent , quoique cette fabrication soit prohibée, elle est devenue plus considérable que jamais. On fait des dollars avec du plomb ou bien avec du métal inférieur recouvert d’argent.
Les dollars espagnols importés à Canton sont couverts de tant de marques particulières des individus dans les mains desquels ils ont passé , qu’ils n’ont de valeur qu’au poids, et encore les rusés Chinois rendent-ils quelquefois
LA CU1MI
cette valeur illusoire, en introduisant adroitement des morceaux de plomb jusque dans les trous des emportepièce (i).
Les petits paiements dans l’intérieur, lorsqu’ils n’ont pas lieu en ichcn, sont effectués au moyen de lingots d’argent, dont on reconnaît la valeur en les pesant dans une balance d’ivoire.
Les impôts non recevables en nature sont payés au gouvernement en argent de bon aloi, fondu par lingots de 1 et i o laèls pesants, dont 98 parties sur 1 00 doivent être d’argent pur, et l’alliage par conséquent de 2 pour îoo.
Le sysè (comme on l’appelle à Canton), payé en échange contre de l’opium et envoyé ici en quantités considérables, est de la même nature de bullion. A la Banque, lorsqu’on l’a soumis à l’essai , on a reconnu qu’il contenait un mélange d’or que les Chinois n’avaient pas su découvrir ou séparer, ce qui l’a rendu très profitable aux importateurs; aussi la prime sur le sjsé en Chine est-elle de 5 ou 6 pour 100. Avec les moyens imparfaits qui existent là bas pour reconnaître la qualité réelle de la barre d’argent reçue en échange de l’opium, il est surprenant qu’elle soit plutôt au-dessus qu 'au-dessous de la valeur stipulée.
Outre la classe inférieure des prêteurs sur gages , il existe, dans chaqae ville, une autre classe très honorable d’industriels, tenantee qu’on nomme des a boutiques d’argent.» Ces établissements ressemblentbeaucoup à nos banques particulières. Les officiers chargés de la perception des impôts leur déposent le montant des taxes. Lesdroits commerciaux sont bien souvent payés à ces banques par les négociants qui les doivejit. Le banquier, dans ces sortes de cas, délivre au marchand un reçu de la somme , accompagné d’un certificat, portant qu’elle sera payée au gou-
(1) Cliineie commercial Guide, p. 64.
Ôog
vcrnement au bout d'un certain temps. L’argent raffiné est fondu en lingots portant la marque de la maison de banque et la date du raffinage. Si l’on découvrait quelque fraude , même long-temps après , le raffineur serait sévèrement puni.
Ces banques reçoivent des particuliers des dépôts d’argent remboursables à leur volonté, et ne servent aucun intérêt, ou bien en paient un qui ne peut excéder 12 pour 100; dans ce dernier cas , il faut, pour retirer tout ou partie du capital déposé , en donner avis plusieurs jours à l’avance ; en un mot, elles né paraissent pas différer matériellement des établissements de ce genre qui existent en Europe. Il n’y a point de compagnies de banques privilégiées. Le gouvernement a émis autrefois du papier; mais à présent il n’a plus recours à ce moyen (1).
Dans le premier volume , nous avons fait mention du papier-monnaie émis par les conquérants mongols de la Chine (2) ; Marco-Polo en parle ainsi qu’il suit :
« Dans la ville de Khan-balikh est la Monnaie du grand » khan , qui pourrait passer pour posséder le secret des «alchimistes, car il a l’art de produire de l’argent au » moyen du procédé suivant II fait enlever l’écorce des » mûriers avec les feuilles desquels se nourrissent les vers » à soie. On en prend la partie intérieure , celle qui tou- » elle le tronc de l’arbre , et on la pile dans un mortier ,
• jusqu’à ce qu’elle soit réduite en une pâte dont on » forme du papier semblable à celui que l’on obtient du » coton , mais plus foncé. Quand il est tout préparé , on
• le coupe par morceaux de différentes grandeurs, car- » rés , mais plus longs que larges, et qui sont censés valoir, «les uns un denier tournois, les autres un gros de Ve-
( 1 ) Chinese commercial Guide , p 65.
(a) Chapitre l* r .
• nise, d’autres enfin , a, 5 et îu gros, jusqu’à 10 pesants » d’nr.
»Ce papier se fabrique avec autant de cérémonie que *> si c’était de la monnaie d’or ou d’argent ; les divers of- » ficiers préposés 'à cet efTet ont soin d’apposer dessus
• leurs noms, leur cachet, et, finalement, le garde du
• sceau royal trempe dans du vermillon (i) le scel qui
• lui est confié , et en marque tous les morceaux de pa-
• pier pour achever de leur donner un caractère authen- » tique. Quiconque contrefait la marque de ce sceau est » puni de mort.
» Ce papier est ensuite répandu dans tous les domaines » de sa majesté , et personne n’ose , sous peine de la vie ,
• refuser de le recevoir en paiement. Les individus qui ont
• en leur possession du papier-monnaie détérioré par » suite d’un long usage , n’ont qu’à le porter à la Mon- »naie, où, moyennant un léger droit de 3 pour îoo, on » leur en remet de neuf en échange.
i Si quelqu’un désire avoir de l’argent ou même de l’or » pour fabriquer des tasses, des ceintures, etc. , il n’a égale- » ment qu’à se rendre à la Monnaie, où on lui en donne la » quantité qu’il désire contre du papier. Toutes lés ar- » mées de sa majesté sont payées en papier semblable, et » elles le considèrent comme d’égale valeur à l’or ou à
• l’argent. Aussi peut-on dire que le grand khan possède » de cette manière un trésor beaucoup plus considérable » que celui de tout autre souverain de l’univers (a).»
Lorsque Marco-Polo écrivit ces lignes, il est probable que les abus du système n’étaient point encore devenus évidents.
Les boutiques des prêteurs sur gages sont aujourd’hui
(î) G’oêl lu méthode <|ui est encore observée aujourd'hui noue sceller les documents officiels.
(a} Edition de Marsden , p. 353.
fort nombreuses en Chine, mais elles sont soumises à des
règlements très sévères, et celui qui exercerait la profession de prêteur, sans en avoir le brevet, serait passible de peines extrêmement rigoureuses. Le temps fixé pour le retrait des objets mis en gage est ordinairement de trois ans.
Le taux légal de l’intérêt perçu sur les dépôts est de 3 pour îoo par mois , cependant en hiver ce taux ne peut être au-dessus de 2 pour 100, afin que les indigents puissent plus facilement racheter les objets que la misère les a forcés d’engager.
Les Européens prudents ne prennent à leur service que des indigènes qui ont pour répondants solidaires quelque personne honorable. Dans un pays où la responsabilité est portée à un degré d’étendue qu’on chercherait vainement ailleurs, cette précaution paraît toute naturelle.
Ainsi que nous venons de le dire , l’intérêt légal est de 5 pour ioo par mois, et de 5 o pour îoo par an; mais
11 est rare que l’on paie aucune somme sur ce pied, à moins que ce ne soit pour racheter des effets depuis long-temps engagés.
Quel que soit le nombre d’années qui s’est écoulé , le gouvernement ne permet jamais que les intérêts accumulés dépassent le capital , ou , pour nous servir de l’expression chinoise, que « le rejeton devienne plus grand que la mère (i). » Tout intérêt composé est donc illicite.
Le taux ordinaire de l'intérêt, à Canton, est de
12 à 1 5 pour ioo,taux bien élevé et qu’il faut attribuer à la rareté des grands capitalistes dans un pays où la subdivision des propriétés est portée si loin. Lorsque le crédit particulier n’est pas bon , alors le système de prêt
(i) Celte idée n’rsl pas particulière à la Chine. « Que de filles , fi Dieu! nos pièces de monnaie ont produites ! Voyca, la plupart sont déjà aussi grandes que leurs mères! »