A CUISE
bord envoient leurs chaloupes à Macao pour demander un pilote chinois qui , bien souvent, n’arrive que le lendemain matin. Il s’ensuit que si le temps devient mauvais, les bâtiments sont obligés d’aller chercher un abri à Lintin.
Les pilotes ne sont que des pécheurs employés par des gens qui ne s’entendent pas mieux qu’eux à la direction d’un navire. Ils sont munis de diplômes du gouvernement qui les autorisent à exercer le monopole de cette profession en échange de la responsabilité qu’ils encourent; car s’ils échouent le vaisseau qu’ils ont été appelés à piloter, ils sont bamboués.
Aucun navire marchand ne peut franchir les batteries placées à l’entrée de la rivière , sans un pilote indigène. Le pilotage à l’intérieur coûte fio dollars et autant à l’extérieur; en tout 5o livres sterling ou ybo francs.
Lorsqu’on a jeté l’ancre à Whampoa, situé à environ dix milles au-dessous de Canton , deux canots montés par des officiers nommés par les autorités locales s’embossent de chaque côté du vaisseau , avec mission d’espionner l’équipage, afin d’empêcher qu’il ne fasse la contrebande.
On loue ordinairement un comprador ou pourvoyeur; mais, en tout cas, on est obligé de payer un honoraire de •5o dollars, si l’on veut éviter les extorsions des mandarins.
Il est dit dans le Chincse commercial Guide que, lorsqu’un subrécargue ne loue pas une factorerie à Canton . il est conlraintde débourserensusla somme de 96 dollars pour un comprador, payable aux douaniers.
Quelquefois cette somme est avancée par le marchand hong qui se porte responsable, non seulement des droits et impôts dus par le maître du navire , mais encore de la conduite des gens de l’équipage (1).
( 1 ) l'agi- i5.
Il nous reste à parler d’un autre fonctionnaire appelé linguiste ou interprète, et qui parait avoir reçu ce nom plutôt en raison de l’absence que de la possession des connaissances nécessaires pour le justifier. Effectivement les linguistes ne sont nullement capables d’écrire l’anglais , et le parlent d’une manière à peine intelligible. Ils sont obligés, comme les marchands hong, dit le Commercial guide, de payer de grosses sommes pour leur brevet, et restent en butte aux exactions du menu fretin des fonctionnaires , de môme que les marchands hong sont la proie des hauts officiers. Ils éprouvent aussi beaucoup de difficulté à obtenir la permission de se retirer des affaires.
Les marchands hong sont obligés de les cautionner avant qu’ils puissent obtenir leur diplôme.
Les fonctions des linguistes consistent à procurer des permis de chargement ou de déchargement, de négocier toutes affaires avec la douane, et de tenir un compte ouvert des droits perçus au port. Chaque vaisseau est obligé de payer 1 y 3 dollars ou environ 4° livres sterling (i ,000 francs) à son propre linguiste , et lorsqu’il est arrivé à Wliampoa, il est mesuré par les officiers du hoppo, afin que ces derniers puissent déterminer le montant des droits de port qu’il doit acquitter.
Pour un vaisseau de huit cent quatre-vingts tonneaux, ces droits, joints aux divers déboursés que nous venons d’énumérer, font monter le total des sommes payées à près de 5 , 000 dollars, ou entre 800 et »,ooo livres sterling (soit 2 5 , 000).
Il est tout naturel que ces exactions si élevées et qui .sont encore plus exorbitantes pour les navires de moin- , dre dimension, portent leurs équipages à s’y soustraire. C’est à cette cause et à la contrebande de l’opium que Lintin a dû sa prospérité si rapide depuis J822, époque à laquelle il devint l’entrepôt du commerce.