Jeune hyson
Le hvankay a toujours formé la plus grande partie des importations de thé , attendu qu’en Angleterre on le mêle avec les qualités supérieures. La feuille est plus vieille et n’est pas aussi roulée que celle des tbés chers. On peut , à vrai dire, le considérer comme le bohea des thés verts, et la quantité qu’on en a importée en Angleterre a égalé les trois quarts de l’importation totale du thé vert.
La peau de hyson est ainsi nommée du terme original chinois dans lequel peau signifie rebut, par allusion peutêtre à la pellicule des fruits.
En préparant le thé fin appelé hyson , on met à part comme rebut toutes les feuilles qui sont rudes, plus jaunes et moins plissés que les autres, et on les vend, sous le nom de peau de thé, peau de hyson, à un prix très inférieur. La quantité que l’on en fabrique est donc proportionnée à celle du hyson ; il est rare cependant qu’elle excède en tout deux ou trois mille caisses.
JJyson est la corruption du mot chinois qui signifie «printemps florissant, » parce que c’est au commencement de cette saison que l’on cueille ce thé; toutes les feuilles, séparées, sont roulées une à une, et c’est à cause du soin extrême qu’il demande qu’il est si difficile de s’en procurer et qu’il revient Si cher.
Pour l’empêcher de dégénérer, la compagnie deslndcs- Orientales avait coutume de donner une prime pouf les
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deux mcilleurslots qui seraient présentés à son choix chaque année.
La poudre à ration n’est qu’un hvson plus soigneusement cueilli, consistant dans les feuilles les meilleures et les plus rondes, ce qui lui donne une forme de grain qui lui a valu son nom. Les Chinois l’appellent teliou-lclia « thé-perle. »
Le jeune hyson, avant que les demandes considérables des Américains ne l’eussent gâté, était une feuille jeune et délicate, appelée en chinois yu-tsien, c’est-à-dire « avant les pluies , » parce qu’on la cueillait au commencement du printemps. Les Chinois, ne pouvant en avoir assez pour répondre aux demandes des Américains, se sont imaginés d’y mêler d’autres feuilles taillées de la même grandeur; mais lorsque les inspecteurs delà compagnie eurent découvert la supercherie , ils n’envoyèrent plus de ce thé à Londres. La fraude ne tarda pas à procéder sur une plus grande échelle ; on finit par tailler les feuilles grossières du thé noir, et à les tremper dans une décoction qui leur donnait la couleur du thé Vert.
Rien n’est plus mal fondé que l’idée que l’on se formait autrefois dans ce pays sur la nature de la couleur du thé vert, couleur que l’on croyait provenir des plats de cuivre sur lesquels on faisait sécher les feuilles.
La vérité est que les casseroles dont les Chinois se servent pour le thé sont de fonte et scellées sur un petit fourneau. Les feuilles fraîches que l’on y jette en minime quantité, sont remuées rapidement avec la main pour les exposer à l’action de la chaleur et les empêcher de brûler. Lorsqu’elles se sont crispées durant celte opération, on les ôte de la casserole et on les roule une à une, plus ou moins long-temps, suivant la qualité du thé. Pour les thés verts, c’est la main qui fait tout, et pour les thés noirs c’est le feu.
Quand on prépare les thés superfins , on choisit avec
Dit
. ï* CHINE.
soin les meilleures feuilles après les avoir séchées, et l’on séparé, avec non moins d’attention , le hyson de sa peau ou de son rebut, occupation qui est ordinairement dévolue aux femmes et aux enfants.
Lorsque le thé est préparé, on commence par le mettre dans des paniers; plus lard, on le place dans des caisses et des canislers (i). On enfonce les thés noirs avec les pieds pour en faire entrer une plus grande quantité dans les caisses; mais pour les feuilles de thé vert, qui se réduiraient en poudre si on les traitait aussi rudement, on se contente de les secouer dans les caisses.
Il est une question dont la solution est assez importante, c est celle de décider jusqu’à quel point une augmentation subite de demandes de thé à Canton peut influer sur la qualité des feuilles.
Les services éminents rendus à la compagnie anglaise des Indes-Orientales par les inspecteurs qu’une longue expérience seule a mis à même de découvrir les moindres traces de fraude et de falsification dans les thés, démontrent combien ces inspecteurs sont utiles et combien il importe de les conserver. L’un d’eux, M. Reeves jeune, informa l’auteur de cet ouvrage, vers la fin de i855, qu’il avait découvert des thés falsifiés qu’on avait cherché à faire passer avec des thés noirs.
La plus grande partie d’une espèce de thé que l’on appelait aul,oi était composée de feuilles nuisibles, appartenant à des plantes ou à des arbres inconnus. Les unes sont épaisses, très douces et d’uti vert foncé; les autres sont pâles et ont des veines fortement marquées. On ne reconnaît les premières qu 'après les avoir laissé infuser, attendu qu elles ne communiquent aucune odeur au thé; il n en est pas de même des autres, car elles lui donnent une odeur et un petit goût « faible et étrange. » .
(0 Nom donné CI1 auglaia aux bolles à tlié.
Mais ceci n’est encore rien auprès de l’effronterie dont les Cliinois ont fait preuve en fabriquant du thé vert avec les feuilles endommagées du tlit noir, dans un village ou taubourg appelé Ho-nan, et situé en face des factoreries européennes, dont il est séparé par la rivière.
L abolition des droits sur le thé aux États-Unis occasionna, dans les années 1802 et i855, une demande de thé vert à laquelle les arrivages des provinces ne purent faire lace a Canton. Cependant les Américains finirent par s embarquer avec leur chargement, car ils étaient déterminés à avoir une cargaison de thé vert, et les Chinois de leur côté n’étaient pas moins décidés à les approvisionner.
L’auteur ayant entendu parler de celte manufacture de hyson factice, fut curieux de lavoir; en y pénétrant accompagné d’un marchand hong qui lui avait servi de guide, il fut témoin d’un singulier spectacle.
Des masses de thé gâté par les pluies de l'automne précédent (1) séchaient dans des paniers qui avaient un tamis pour fond, et qui étaient placés sur des casseroles de charbon. Les feuilles sèches étaient alors transférées, en portions de quelques livres chacune, dans plusieurs casseroles de fonte, scellées avec du mortier sur des fourneaux. Devant chacune de ces casseroles, un ouvrier remuait rapidement le thé avec la main, après y avoir ajouté une petite quantité de turinérique en poudre, laquelle donnait aux leuillcs une teinte orange ou jaunâtre ; pour les rendre vertes, d’autres ouvriers y mêlèrent quelques grains d un beau bleu et une substance blanche en poudre ; c’étaient du bleu de prusse et du gypse (2).
Ils triturèrent le tout avec un petit pilon , y ajoutèrent une cuillerée de poudre et le remuèrent encore jusqu’à
(1) Voyez rhapitre XI.
(2) Du pruwiatc de fer el du sulfate de chaux.
ce que le thé eût pris la couleur et presque l’odeur du hyson. On n’a pu se tromper sur les substances employées, attendu qu’on a eu soin d’en emporter des échantillons, ainsi que diverses feuilles qui avaient passé par tous les degrés de l’opération.
Les ouvriers portaient ensuite ce thé, dans de larges paniers, à des femmes et à des enfants qui épluchaient les feuilles grossières ou mal roulées, et les passaient après dans des tamis de différentes grosseurs.
La première criblure portait le nom de peau de hyson, et la sccondo celui de jeune hyson; comme nous ne pûmes assister au procédé du triage et du tamisage, nous présumons, sans pouvoir l’affirmer, que l’on diminuait les feuilles, en les taillant avec des ciseaux.
Si ce thé n’est pas plus nuisible, c’est assurément parce que la matière colorante n’existe sur les feuilles qu’en très petite quantité ( 1 ). Les Chinois savent parfaitement ce qu’ils font, car lorsque nous voulûmes pénétrer dans d’autres lieux où le môme procédé était en usage , on nous ferma la porte au nez.
11 est très important de savoir si ce pernicieux système est appliqué aux thés verts importés en Angleterre. M. Brande, dans l’analyse minutieuse qu’il a faite des thés verts et des thés noirs, il y a quinze ans environ, a Ycconnu la présence d’une substance colorante dans les échantillons de thés verts sur lesquels il a opéré. Ce fait est une preuve positive, et déjà on en a trouvé une autre dans l'influence nuisible que le thé vert exerce ordinairement sur le système nerveux. I n fait certain , incontestable , c’est que les Chinois ne consomment point les espèces de thé vert qu’ils préparent pour l’exportation.
(i) Le turmérùfue et le gyp ae sont parfaitement iu offensifs ; mais lu bleu do Prusse , combinaison d'acide prusshpic et do fer, est un poison.
Le yu-lsien , déjà mentionné , et le pékoe , tiré de lu plante du thé vert , ont une couleur plus jaune , plus naturelle, que le vert bleuâtre qui distingue les thés falsifiés que nous importons.
Sur les trente et un millions cinq cent mille livres de thé qui ont été importées en Angleterre . durant les quatre dernières années qui viennent de s’écouler, la proportion du vert au r.oir a été environ celle de un à cinq.
Diverses raisons tendent à faire préférer le noir par la plupart des consommateurs ; d’abord il est à meilleur marché que le vert, et ensuite il est plus fort et se conserve plus long-temps. A l’exception du pékoe, on se doute bien qu’un long voyage durant lequel on passe deux fois l’équateur sur des flots qui ont souvent une chaleur de 80 à 90°, a de fâcheux effets sur le thé; effectivement , la chaleur ne produit point de décomposition tant qu’il ne s’y joint aucune espèce d’humidité; mais il serait superflu de démontrer que l’intérieur d’un bâtiment ne peut jamais être parfaitement sec; de là vient la difficulté d’importer des Indes divers articles que la moindre humidité détériore. Le thé noir court moins de risques que le thé vert; en général, il est soumis beaucoup plus long-temps à l’action du feu pour être séché, et a, en outre, une saveur moins délicate (1). On en a conservé pendant dix années entières sans qu’il se fût visiblement altéré. Les Chinois eux-mêmes préfèrent l’employer un an après l’avoir préparé. C’est encore en vertu de la raison que nous venons d’expliquer que le thé arrive meilleur en Russie que chez nous, parce qu'il traverse des contrées froides, il est vrai, mais nullement
humides f«).
(1) Quelques nns des plus beaux thés hysous do la compagnie anglaise des Indes-Orientales étaient eu fermés dans des doubles de bois outre les eanisters. .
(a) Il revient aussi plus cher, car le plus bas prix , à Saint-POlers-