‹ La ChineChapitre 77 sur 79 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

idi-MlN-TCIIONG et F VN-SOU.

Pli-MiN-TCHONG.— Tout à l’heure. Fan-sou, après avoir pris ma lettre et le sac d’odeur, est allée de ma part trouver sa jeune maltresse ; mais comme je ne reçois pas de nouvelles, il me semble qu’il y a un siècle qu’elle est partie. Si par hasard elle rencontre des difficultés, que deviendrai-je? Je vais m’appuyer sur cette table et faire semblant de dormir. ( Fan-sou entre dans te cabinet d'étude.) ( Pé-min-tchongse levant et la serrant dans ses bras. ) Mademoiselle , vous voilà donc venue ! Eh bien ! où en est notre affaire?

Fan-sou. — (Elle chante.) « Aujourd’hui la soubrette » vous a rendu un service signalé. »

VNVI.KCTtS.

Pé-min-tchomg. — Mademoiselle a-t-elle daigné recevoir ma lettre ?

Fan-sou, faisant claquer ses doigts. — ( Elle chante.) «J’ai eu recoursà un petit stratagème et j’ai arrangé votre > affaire. »

Pé-min-tchong. — Si vous avez quelque bonne nouvelle, faites-la-inoi connaître?

Fan-sou. — ( Elle chante.) «J’ai un billet de sa main, »où elle a exprimé ses sentiments.»

Pé-min-tchong. — Quel bonheur! une réponse de mademoiselle ! laissez-moi la voir.

Fan-sou , tirant de son sein la lettre sans ta montrer. — [Elle chante.) « Oh ! dans cet endroit personne n’a pu » la voir. »

Pé-min-tchong. — Pourquoi êtes-vous insouciante à ce point? Si je ne puis la voir, ô ciel! je mourrai d’impatience.

Fan-sou. — (Elle chante.) « Lettré stupide, qui n’cnlen- »dez rien aux affaires! Eh bien, votre sort est dans celte » main-là.

Pé-min-tchong. ■ — Hélas! vous me faites mourir de crainte. ( Fan-sou remet la lettre à Pé-min-tchong.) (Pémin-tchong se mettant à genoux pour la recevoir.) C’est une lettre de mademoiselle ! Comment oserais-je la traiter d’une manière irrespectueuse? Attendez que j’allume un réchaud de parfum. Mademoiselle, saluez cette lettre et faites une prière pour moi.

Fan-sou. — Je ne comprends pas.

Pé-min-tchong. — Vous ne voulez pas? je prierai moimême.

Fan-sou. — Mademoiselle n’en ferait pas autant pour vous.

(Elle chante.) « Qu’a donc celte lettre de si extraordi- » naire pour que vous brûliez des parfums en son honneur ?

ANAI.ECTES. /,o5

» Esl-il possible que vous portiez la démence au point » d’adorer un morceau de papier! »

Pé-min-tchong. — Je vais ouvrir cette lettre et la lire. Justement voici des vers.

(Il lit les vers.) « La jeune fille est silencieuse dans sa «chambre solitaire; mais lorsqu’elle pense aux plaisirs «de celle nuit, elle peut encore écrire des vers. Elle est «confuse de songer qu’elle aime le jeune homme qui » est présent à sa vue. Qui pouvait prévoir ce qui arrive «aujourd’hui? Je vous ai causé bien des chagrins. Com- «ment vous en récompenserai-je?»

Fan-sou. — Vous le voyez, je viens de remplir pour vous une mission délicate; je me suis compromise peut-être. J’essaierais en vain de vous raconter tout ce que j’ai fait. •

Pi-MiN-TcjioNG. — Mademoiselle me promet un rendezvous pour cette nuit; mais j’ignore à quel moment elle viendra.

F an-sou. — Elle m’a adressé une recommandation pressante.

(Elle chante.) « Elle a pensé que le jeune homme qui » occupe le cabinet est triste et isolé, et qu’il ressemble à «l’amant qui était placé dans le lointain sur la tour de «Ilong-taï.»

Pfs-MiN-TCHONG. — Comment mademoiselle me traiterat-elle celle nuit?

Fan-sou. — (Elle chante.) « Elle sera avare de sa ten- » dresse dans la crainte d’effacer sa beauté; et cette nuit, » avec vous »

Pi-uiN-TCHONG. — Cette nuit comment se conduirat-elle avec moi?

Fan-sou, l'interrompant. — (Elle chante.) «Le mol était » venu sur le bout de ma langue; véritablement je l’ai » avalé. »

A Ji A LF.CTES.

4oG

Pé-min-tchong. — Comment avez-vous pu l’avaler ? Vile, prononcez ce mot; mettez le comble à ma joie.

Fan-sou ( à part ).- — ( Elle chante.) «Si je ne le dis pas, je » le ferai mourir de chagrin. »

Pé-min-tchong. — Qu’est-ce que mademoiselle vous a recommandé ?

Fan-sou. — (Elle chante.) « Elle m’a ordonné de vous

» dire à voix basse #

Pé-min-tchong. — De me dire quoi?

Fan-sou. — (Ellechanlc.) «Qu’elle vous engage àne pas » dormir, quand la nuit sera avancée. »

Pé-min-tchong Commentpourrais-dormir cette nuit?

Fan-sou.- — Elle vous prie d’attendre.

Pé-min-tchong. — Pourquoi, une seconde fois, ne pas parler clairement? Que veut-elle que j’attende?

Fan-sou. — ( Elle chante.) « Elle vous ordonne d’atten- » dre (ter) jusqu’à demain matin. »

Pé-min-tchong. — Mademoiselle, ne plaisantez pas. Hâtez-vous de parler clairement.

Fan-sou. — (Elle chante.) « Elle veut que de la capitale » on entende vos soupirs; elle veut que vous trouviez votre » oreiller trop large et votre couverture trop froide. » Pé-min-tchong. — La nuit approche; je pense que le soleil va se coucher.

Fan-sou. — (Elle chante.) « Nous sommes justement à » l'heure de midi. — Jamais je n’ai vu un lettré que l’u- »mour ait rendu fou à ce point. »

Pé-min-tcbong. — Mademoiselle, dites-moi sans détours à quelle heure de la nuit elle viendra.

Fan-sou. — (Elle chante.) «Attendez que le tambour «ait annoncé l’arrivée de la nuit; attendez que tout le • monde de ce palais soit plongé dans un profond som- »meil; attendez qu’un bruit qui se prolonge au loin parte »du haut de la tour; que la goutte d’eau tombe sur la

A >’ ALFCTES.

» clepsydre de jade sonore; qu’une brise printanière fasse » frémir l’aigrette du phénix qui dort sur les bananiers ; » que la fleur qui croit dans le palais de la lune abaisse «son ombre sur la cime des arbres; que la jeune beauté » sorte furtivement de sa chambre, d’où s’exhale un doux «parfum; qu’elle quitte ses rideaux brodés; qu’en agitant » sa robe ondoyante , elle franchisse le chemin entouré «d’une balustrade; qu’elle soulève mollement la jalousie «ornée de perles; attendez qu’un léger bruit se fasse en- « tendre de la fenêtre : c’est le moment où elle viendra. »

[Elle sort.)

LA VENGEANCE DE TEOU-NGO (i),

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