LE FOYER INTELLECTUEL W
le chemin de fer de Péking aboutit dans la concession française, à Han-kéou ; hors de ces points, on ne rencontre guère d'étrangers. Rarement les fonctionnaires des consulats, pour raisons officielles, ou un financier en quête de placer un emprunt, traversent le grand fleuve Bleu, large, à cet endroit, de i 5oo à i 800 mètres, souvent malaisément franchissable, quand le vent enfle les vagues avec violence. Aussi bien, à Wout'chang, les quartiers du bord de l'eau ressemblent à la basse ville qu'on voit dans presque tous les ports, avec l'aggravation de la saleté chinoise : les rues sont étroites, encombrées, sans soleil et gluantes d'humidité; les odeurs sont infectes, la chaussée, très fréquentée, est détestable ; et comme on ne traverse guère que ce ghetto peu accueillant lorsqu'on visite les autorités, on garde de Wout'chang une impression détestable de ville chinoise sans air, malsaine, sans grandeur.
Et pourtant, derrière ces quartiers grouillants, au pied d'une colline que domine un temple élevé à la gloire de Tchang tche tong, lorsque, en 1907, âgé de soixante-douze ans, il quitta la vice-royauté pour aller au grand secrétariat et au grand conseil à Péking s'étend dans l'espace libre toute une ville nouvelle, aux maisons modernes. Ce sont les casernes de la huitième et de la vingt et unième brigade de l'armée active nouvelle, bien différentes des camps de l'armée auxiliaire de police; c'est la Monnaie; c'est une sorte d'exposition permanente ou de bazar pour les productions de la région; ce sont les travaux de la gare du chemin de fer de Canton et quelques entreprises d'assainissement et de construction d'égouts. Surtout ce sont des écoles sans nombre. Sur la colline, voici une école primaire de bambins; au pied, les anciens bâtiments du
gouverneur de la province abritent une sorte d'école de droit suivie actuellement par 200 étudiants, futurs avocats défenseurs auprès des tribunaux, lorsque le nouveau code sera appliqué dans tout l'Empire. Plus loin, l'Académie des langues, oii de grands garçons de vingt à trente ans, après avoir appris le français, l'allemand, l'anglais, le russe, le japonais, terminent leurs études sous la direction de maîtres étrangers, à raison de un par chaque nationalité. Puis c'est l'Académie militaire qui complète l'instruction des officiers; l'école préparatoire militaire, l'école des mines, l'école des chemins de fer, où professent des Américains; l'école de police, un moment sous une direction japonaise, maintenant fort bien conduite sous la haute autorité d'un taotai de police. On trouve encore une petite école professionnelle d'arts et métiers, une petite école de chimie, et toute voisine, une remarquable école normale, 011 se sont préparés un peu hâtivement des moniteurs en attendant la formation complète de professeurs démérite; puis une merveille d'école des chartes. Ces deux dernières, objet particulier des prédilections de Tchang tche tong. C'est encore, dans un immense terrain et avec des champs d'expériences y attenant, une grande école d'agriculture, où un Américain enseigna un temps le maniement des machines; c'est une école de fi-lles pour laquelle on avait engagé des maîtresses japonaises. C'est un véritable quartier des écoles qui s'anime à la tombée du jour de toutes les conversations des jeunes promeneurs qui déambulent par les rues comme de vrais péripatéticiens. Toutes ces institutions sont proprement chinoises et tout à fait indépendantes des pensions ouvertes par les missions catholiques ou protestantes en ville ou en dehors des murs,