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LE FOYER INTELLECTUEL

deur en ce sens des représentants des nations protestantes furent considérables : considérables aussi les dépenses d'énergie et de capitaux des missionnaires aidés diplomatiquement par leurs gouvernements. Le gouvernement chinois ne s'est jamais départi, en faveur des uns ou des autres, de ce qu'on pourrait appeler son monopole d'Etat. Il ne reconnaît pas, il n'agrée ni n'agrège les écoles des étrangers.

Pourtant l'enseignement nouveau donné jusqu'ici par des Chinois semble affaiblir la force de la tradition intellectuelle chinoise et il est encore loin de faire ses preuves comme enseignement scientifique fécond en applications ou en inventions. Si la jeune Chine instruite, ballottée aujourd'hui entre la violence et l'indolence, pouvait être enfin saisie par la vigoureuse emprise de l'éducation disciplinée par l'étranger, elle se reprendrait certainement. Dans l'ordre intellectuel, comme dans les autres, la question se pose toujours : la Chine agira-t-elle toute seule?

Mal venue, la réforme intellectuelle germée au foyer universitaire de Wout'chang n'a point encore porté de fruits excellents dans l'enseignement. Mais le plan de Tchang tche tong comportait, à côté du principe, des applications, et dans celles-ci du moins, il a été un initiateur heureux. Il prévoyait l'amélioration de l'agriculture, de l'industrie et du commerce; et, pour y atteindre, il construisit, en outre des écoles, des usines, filatures de soie, de chanvre, de ramie, de coton, une verrerie, une tannerie. L'opération financière ne fut pas toujours excellente à cause des dilapidations mandarinales, mais du moins ce furent des usines modèles en ce qu'elles donnèrent l'exemple.

De même pour l'armée : non seulement il créa des écoles militaires, mais il installa des troupes de toutes les armes à Wout'chang, construisit un arsenal à Hanyang et donna toute sa confiance à un homme d'énergie, sinon de grand savoir, le général Tchangpiao qui organisa l'armée nouvelle.

Son œuvre s'étendit aussi à la question minière; bien avant d'inaugurer Técole modeste où ces matières devaient être enseignées, il favorisa la pratique en encourageant la société qui, avec le fer de Tayé et le charbon venu du Kiangsi par le Hounan, exploite maintenant, avec tant de succès déjà, les aciéries d'Hanyang. Il s'occupa enfin des chemins de fer et en octobre 1908, il était directeur général à Péking du chemin de fer Canton-Hankeou.

Nous verrons quels ont été, surtout à Changhai et sur le Yangtsé, le résultat de ses efforts au point de vue de l'industrie. Le mouvement dont il fut l'initiateur n'est peut-être que la contre-partie de l'invasion de la Chine par les Européens. Il eut du moins le mérite de comprendre ce courant de l'opinion, de l'analyser et d'essayer de le maîtriser et de l'orienter selon la tradition de son pays. Il a voulu éviter que l'étranger fût maître en Chine. Il sut être moderne tout en restant lettré, et c'est en étant moderne qu'il fut le plus grand lettré de son temps.

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