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russe. Déjà les dégustateurs de feuilles de qualité ne considèrent plusKioukiang comme un centre et tout le thé est (( goûté » à la saison en mai et juin à Hankéou même; et l'action des Russes sur la première de ces places, un moment considérable, diminue beaucoup. En outre, si la culture du thé donne d'aussi bons résultats en Russie qu'elle en donne déjà aux Indes et au Japon, bientôt le thé, dans le commerce de Hankéou, perdra aussi vite qu'il l'avait prise la place énorme qu'il tient encore, et l'influence russe, un peu inattendue là, disparaîtra. L'avenir de cette action commerciale de la Russie au centre de la Chine dépend des chances de la récolte au Caucase, ou des soins apportés à la production en Chine.
L'influence française n'est pas très considérable à Hankéou; nous n'avons point comme l'Allemagne de fonctionnaires remuants et insinuants, et soutenant les efforts de grosses maisons d'exportation ou d'importation. Nous agissons isolément, chacun à ses risques et périls. Des commissionnaires actifs comme les Bouchard et Simonin payent de leur personne infiniment plus que les Anglais, autant que les Allemands même et font infiniment moins d'affaires parce que leur esprit d'entreprise n'a point derrière lui l'appui solide qui permet d'aller de l'avant. Pourtant, avec des hommes de cette trempe, le commerce français pourrait avoir une part considérable sur la place d'Hankéou et les consuls aussi bien que la banque auraient de la considération pour de pareils représentants. Or, aujourd'hui, nous n'y sommes représentés que par quelques maisons, succursales d'affaires de Changhai pour la plupart, exportant des peaux, de l'albumine, du jaune d'œuf, des soies de porc, du sésame, de la ramie, des
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suifs végétal et animal. Malgré la très belle mission d'exploration commerciale qu'avait organisée en Chine en 1 895- 1897 la Chambre de commerce de Lyon, malgré l'importance énorme comme centre de distribution et de rayonnement de Hankéou, nous ne sommes point une force sur la place.
Nos affaires pourraient grandir cependant : l'attaché commercial de France en Chine, relèvera-t-il la situation ? Persuadera-t-il les Chambres de commerce, qui ont déjà fait un effort, de l'influence qu'aurait à Tchifou par exemple ou à Ningpo, un peu à l'abri du tumulte des grands centres, la formation d'une école de commerce française 011 fréquenteraient des jeunes gens déjà un peu au courant d'une spécialité avant de quitter la France ? Il leur suffirait de deux ans au plus pour apprendre la langue et les usages chinois et, nantis de la confiance de maisons solides de la métropole qui, au besoin, les feraient inspecter et les dirigeraient sur place, ils remplaceraient rapidement des intermédiaires étrangers auxquels nous avons recours aujourd'hui ; notre argent fructifiant au service de notre énergie, accroîtrait l'influence française.
Grâce aux missionnaires, nous avons des points d'attache partout ; mais, par suite de la spécialisation définie des fonctions consulaires et des opérations bancaires, l'effort de nos compatriotes n'est pas toujours encouragé à profiter de cet avantage, et l'activité française qui se porte là-bas ne rend pas tout ce qu'on pourrait en attendre. Nous allons répétant : parlez anglais en Chine, alors qu'il est aussi facile et bien plus simple d'y parler chinois, et nous payons tribut aux Anglais, voire aux Allemands parlant anglais ou chinois, alors que nos jeunes gens, grâce à nos merveilleuses qualités
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d'endurance, d'énergie et d'entrain pourraient jeter leurs filets sur la Chine avec autant de profit matériel que le font nos missionnaires pour la religion. Après un an de séjour et d'études à Nanking ou à Hankéou, et un an de voyage pour acquérir de l'expérience, une vingtaine de jeunes Français suffiraient à montrer que la vallée du Yangtse peut être aussi bien un champ d'action française qu'anglaise.
Sans doute, la part des Anglais est considérable à Hankéou. En cinquante ans, ils ont pris place solidement dans le pays, merveilleusement aidés en cela par leurs consuls, qui restent longtemps dans le même poste et ne disent pas, comme les nôtres, que leurs compatriotes ne sont pas des négociants. Obstinés et confiants, sans grand travail, ils mènent grande vie, soit au club, soit chez eux; sans s'user, ils réussissent. Leurs cotonnades sont distribuées par les Chinois dans tout l'empire, et encore que l'Inde, le Japon, l'Amérique, voire l'Allemagne et l'Italie s'acharnent pour détourner la clientèle établie, l'Anglais reste encore prépondérant : peinant peu, il se maintient pourtant, grâce à ses capitaux, maître de la situation commerciale. Homme de bonne compagnie, bon camarade, très allant en affaires, quittant d'ailleurs facilement le bureau pour le champ de courses ou toute espèce de sport : c'est lui, bien plus que l'Allemand ou le Belge, si appliqués que soient l'un et l'autre, que doit se proposer comme modèle le jeune commerçant français en Chine. Sans doute, le gros avantage de l'Anglais, c'est que le Chinois parle sa langue; et tout Chinois qui veut faire des affaires avec l'étranger et qui a de l'argent à mettre dans des entreprises où sont des étrangers, tout capitaliste chinois.
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parlant anglais, se met en rapport avec des Anglais* Récemment, le secrétaire de V United Universities Scheme visita Hankéou pour y étudier la fondation, ainsi qu'à Wout'chang, d'universités comme Oxford et Cambridge; la dépense prévue est de 6 millions; une partie en est déjà souscrite, et quelques professeurs sont déjà arrivés au Houpé pour étudier le chinois. Toutes les écoles de sociétés protestantes, en répandant la langue et les usages étrangers, ont rendu un service considérable au commerce d'Amérique ou d'Angleterre. Puisque nous ne donnons encore aucun enseignement en Chine comparable à ce que font les Allemands au Chantong et les Anglais à Hong Kong et partout, il faudrait tout au moins que nous ne perdions plus et que nous reprenions un peu de notre influence morale d'il y a cinquante ans, en apprenant le chinois.
En amont de Hankéou, Chache, Itchang, et Tchongking dans le Sseu tchoan, sont ouverts au commerce étranger ; en aval, Kioukiang, Ouhou, Nanking, Tchenkiang et près de la mer, Changhai, Soutcheo, Hangtcheo, Ningpo. Une quarantaine de traités, négociés depuis 1843, entre la Chine et une quinzaine de puissances, autorisent les étrangers à s'installer et à commercer en certains points déterminés, leur accordant même parfois des concessions territoriales où ils ont pleine autorité sur la vie publique et l'administration de la police municipale. Il en est ainsi à Changhai, Hankéou, Tientsin, Canton, Kioukiang, Tchenkiang, Soutcheo, Hangtcheo, Amoy et Nioutchang. Ce régime des concessions est sans doute fini, car les Chinois ne sont plus disposés à admettre qu'on leur interdise sur leur
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propre terre l'accès d'une allée au bord de l'eau, comme sur le bund à Hankéou, ou l'entrée au Jardin public, comme à Changhai ; et un vice-roi supporte impatiemment que la petite escorte militaire qui suit son palanquin, ne puisse traverser une concession étrangère sans avoir prévenu le consul au moins vingt-quatre heures à l'avance, sous prétexte qu'une troupe d'hommes en armes ne peut pénétrer autrement en terrain européen. La fierté chinoise est fort blessée à lire des écriteaux portant : chiens et Chinois ne sont pas admis ici. Aussi à l'avenir, les commerçants résidents n'auront plus de ces privilèges dont ils abusèrent à la légère, provoquant des représailles qui ne facilitent point le contact des blancs et des jaunes.
Hankéou sert d'entrepôt aux produits du Sseutchoan. Ce point mérite d'attirer l'attention : en effet, le port ouvert de Tchongking sur le Yangtse, a un commerce annuel de plus d'un demi-millard et les représentants des maisons chinoises qui se livrent à ce gros trafic, sont à Itchang, oii la navigation par jonques commence, et à Hankéou où aboutissent et d'oii partent les lignes de navigation à vapeur. Tous les objets d'usage courant, quincaillerie, verrerie, soieries de Lyon trouvent là un écoulement facile. D'autre part, le musc du Tibet, la rhubarbe, ces bases de la parfumerie et de la pharmacie, les soies de porc, la noix de galle, les peaux de moutons, de chèvres, celles des bœufs employés aux salines de Tselioutsin, tous ces produits, dont la France achète une bonne part, sont en transit à Hankéou. Nous avons donc une belle place à prendre dans cette très riche province, encore que déjà quelques Français et la Compagnie des Indes et d'Extrême-Orient y soient installés.
Les Chinois ont toujours refusé, par mesure de protection, pour défendre l'accès de leur hinterland, d'améliorer la navigation du fleuve jusqu'à Tchongking; mais déjà des vapeurs chinois commencent à remonter comme nos canonnières et quand le chemin de fer de Hankéou à Tchengtou sera terminé, ouvrant ainsi le pays, on ne fera sans doute plus de difficultés à aménager le fleuve. De jeunes Français, au courant des affaires de Chine, peuvent encore, d'ici quelques années, prendre position au Sseutchoan et maintenir notre situation un moment privilégiée. Quoi qu'on pense du prolongement du chemin de fer du Yunnan, on peut, à Hankéou, se rendre compte des ressources qu'offrira encore à des Français le Far West chinois-, quand, dans quelques années, le chemin de fer le modernisera.
Comme Kioukiang envoie tout son thé à Hankéou, à moins de s'intéresser particulièrement à l'argenterie finement ciselée ou à la porcelaine (et, dans ce cas, c'est à Kingtetchen même, remarquable ville industrielle d'un million d'ouvriers, à l'est de la province du Kiangsi, qu'il faut aller suivre le travail des fours alimentant la cour et le pays entierj, le commerçant n'a que faire dans ce petit port de ôocxDO âmes.
Depuis une dizaine d'années, on a pris l'habitude d'aller passer sur la montagne du Louchan, à Kouling, les mois de chaleur humide qui accablent la vallée et l'endroit est assez pittoresque pour qu'on y fasse visite en passant. Wouhou est un gros marché de riz et de haricots, comme Nanking est un gros marché d'encre de Chine, mais ces productions indigènes sont toutes entre les mains des Chinois et pas un commerçant européen n'est installé même à Wouhou, ville ouverte pourtant depuis trente-cinq ans.
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Nanking, ancienne capitale, est le point terminus de la ligne de 260 kilomètres qui, par Tchenkiang, Ousi et Soutcheo conduit à Changhai, et de celle, longue de 900 kilomètres, qui, par Poukeo et Tsinan, gagne Tientsin; c'est aussi, pour le commerçant, le lieu mémorable de la première grande exposition chinoise de 1910. C'est là où furent données les plus grandes fêtes en l'honneur de la mission commerciale américaine. Les business men américains, vingt-quatre délégués des diverses corporations de négociants des Etats-Unis qui visitèrent la vallée du Yangtse avec leurs femmes, furent reçus en audience impériale à Péking et entrèrent en contact avec les Chambres de commerce chinoises; ces hommes, en qui beaucoup de Chinois plaçaient le meilleur de leurs espoirs, parcoururent triomphalement Nanking, en septembre 1910.
La Chine semble avoir mis sa coquetterie à ne point donner à Changhai, création étrangère, mais à Nanking, sa première manifestation imposante de vie moderne; etpourtant Nanking donne bien l'impression d'une ville morte. Plus spacieuse que Péking, presque aussi étendue que Paris, elle n'est guère peuplée que de 40 000 habitants; au sud-est, une cité chinoise moderne, avec des rues commerçantes étroites et encombrées, uniformément grouillantes, obscures et en même temps étincelantcs de tout l'or plaqué sur les longues enseignes verticales qui cachent le ciel en pendant devant l'entrée des riches boutiques; à l'est, une ville tartare où habitent quelques milliers de Mandchous auprès de leur maréchal; au centre, une ville rouge, la ville impériale ou interdite, ruinée depuis la révolte des Tchangmao, en 1864, et en plein cœur de la cité, des champs de riz, des bambous et toutes espèces de cultures maraîchères.
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Il fallut la visite des délégués américains pour que cette nécropole s'animât sous les drapeaux étoiles qui flottaient jusque sur les tombes impériales des Ming. Les modernes enseignes en anglais des cordonniers, des tailleurs, des charpentiers, des peintres eurent alors des lecteurs, et dans ces rues si souvent désertes, à l'intérieur de ces murailles défendues par de larges barbacanes, l'invasion des hommes du Nouveau Monde apporta une vie inaccoutumée.
En temps ordinaire, Nanking n'a rien d'une ville moderne; elle n'est ouverte effectivement à l'étranger que depuis douze ans, encore qu'il y ait déjà presque cinquante ans que la France ait acquis le droit d'y installer ses nationaux. Ce fut là pourtant qu'on organisa non point un de ces musées locaux, une de ces foires temporaires comme le Musée industriel de Péking qui fut brûlé, ou la foire du printemps de Tchengtou, ou l'exposition industrielle de Changhai en 1910 : mais une manifestation grandiose, une exposition nationale où les incrustations d'os et de nacre de Ningpo, les meubles si artistiquement travaillés dans la capitale du Tchekiang, se rencontraient avec les bambous tissés, les broderies du Nganhoei et du Kiangsou, les poteries du Kiangsi, les nacres et les ivoires de Canton, les sculptures en terre cuite et vernissée du Foukien, les émaux et les cloisonnés de Péking, les laques de Foutcheo, les fourrures des monts, les plumes d'oiseaux les plus brillantes de la région, les plus précieux jades verts ou laiteux du Yunnan et du Koeitcheo, les cercueils en bois odorant et incorruptible du Foukien.
Les hommes d'affaires américains furent reçus au milieu de toutes ces richesses de l'Empire; on les .chargea de cadeaux, de soieries épaisses et moelleuses,
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on les fêta comme on avait fêté leurs marins à Amoy, quand l'escadre américaine y toucha; on forma le projet d'une ligne de navigation entre la Chine et l'Amérique, à frais commun, sous pavillon chinois ; de musées commerciaux ; de banque sino-américaine au capital de vingt millions ; d'une union des Chambres de commerce chinoises ; tous beaux rêves qui ne sont point encore réalisés, mais qui témoignent de la vivacité des enthousiasmes à ce moment-là et de l'ardeur patriotique du Chinois à songer à la grandeur et à l'expansion de son pays. Les Américains louèrent beaucoup; ils dirent combien ils se souviendraient, combien ils avaient appris en Chine : la satisfaction des Célestes était au comble.
Tchengkiang, Ousi , Soutcheo reçurent aussi la visite des Américains; ce sont de grands entrepôts locaux, et les soieries de Soutcheo sont réputées par tout l'Empire. On fit admirer aux nobles visiteurs le mascaret de Hangtcheo; on les promena en chemin de fer de capitale en capitale, devant les merveilles du lac de l'ouest au Tchekiang et les sites magnifiques des deux plus belles villes d'autrefois ruinées par les Taiping, comme d'ailleurs toute cette admirable région. Certainement Changhai, même pour des hommes d'affaires en mission, devait avoir beaucoup moins d'attrait que Hangtcheo, Soutcheo ou Nanking, si désolés que soient aujourd'hui ces anciens lieux de luxe.
Changhai, qu'on y arrive par chemin de fer ou par bateau, avec toutes ses cheminées et ses usines de tous côtés, Changhai malgré tous les vapeurs du port européen et toutes les jonques et les steam-launchs du port chinois, Changhai, malgré sa réputation de centre du
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commerce de toute la Chine, Changhai apparaît autant comme une cité industrielle que comme un centre commercial. C'est le pendant d'Hankéou qui offre aussi les deux caractères, si Ton joint au trafic de ses quais la production des usines de Wout'chang et de Hanyang. En 1909, les deux villes ont, à elles deux, fait presque un milliard d'affaires : Changhai, 160 millions de taels (à 3 fr. 28 le tael), Hankéou, 107, soit le cinquième du commerce total de la Chine.
La population étrangère de Changhai comprenait en 1910 : dans la concession française, environ 700 hommes, 420 femmes, soit en tout avec les enfants, près de I 5oo individus, dont 440 Français seulement, plus de 3oo Anglais, près de i5o Allemands et une centaine de Japonais; dans la concession internationale, 5 700 hommes, 4i5o femmes, avec les enfants i3 55o personnes dont 4450 Anglais, 3 35o Japonais, i 5oo Portugais, 950 Américains, 800 Allemands, 35o Français, 3oo Russes. En 1905, il n*y avait que 11 497 étrangers; en 1900, 6774; en 1895, 4684; en i885, 3673.
La population indigène s*élève, sur la concession française, à 102000 âmes; sur la concession internationale, à 488000. En 1905, il y en avait 45 3 000; en 1900, 345000; en 1895, 241000; en i885, 126000.
Changhai est ouvert au commerce étranger depuis le 17 novembre 1843, et fut occupé dix-huit mois auparavant. A cette époque, Ningpo paraissait au consul anglais une situation préférable à cette immense plaine de marécages qu'ont transformée les efforts considérables et persévérants des municipalités. Aujourd'hui, la population chinoise a quadruplé en vingt-cinq ans et la ville est devenue ce qu'on la voit : un amas de hautes et riches maisons aux façades importantes,