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LE FOYER DES RELATIONS COMMERCIALES Î

clubs, hôtels, banques, compagnies de navigation, entrepôts de maisons de commerce, magasins de vente luxueux comparables d'aspect à nos plus grosses maisons de grandes villes. Des tramways sillonnent les rues larges, ce qu'on ne trouve pas à Hankéou, où, d'ailleurs, il n'y en aurait guère besoin, le quartier européen étant beaucoup moins étendu. La ville a un jardin public, et son champ de course.

A deux lieues de là, à Zikawei, petite localité calme, sont installés les écoles des Jésuites et leur bibliothèque; ils y ont élevé en outre un atelier pour les enfants, un observatoire très utile à la navigation et un petit musée.

Changhai est une ville d'affaires et de fièvre, une ville de tourbillons et d'entraînements. Tous les Chinois y viennent pour les besoins de leur négoce, disent-ils, mais surtout pour s'amuser. Il n'y a point de repos, point d'équilibre, c'est la course aux dollars; et si toute la Chine moderne devait être à cette image, on comprend aisément le peu d'empressement que beaucoup de Chinois réfléchis mettent à suivre un tel entraînement. La vie de Changhai pour un Français est assez déconcertante, et n'étaient quelques Lyonnais sûrs, gens de métier, avertis et réfléchis, et quelques hommes d'intelligence posée, on ne saurait avoir là l'impression d'une Chine au travail, laborieuse et méthodique. On songe, malgré soi, aux vieilles paroles impériales : (( Beaucoup de gens se détournent du principal : la production, pour s'appliquer à l'accessoire : le commerce. Les habitudes de vice et de prodigalité croissent chaque jour. Les grands marchands accumulent des bénéfices et amassent des fortunes ; les petits, profitant des besoins des clients, gagnent

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sur tout. Ils ne cultivent pas, leurs femmes ne tissent pas et cependant tous s'habillent élégamment, mangent bien, ont des relations avec les princes et la noblesse; ils sont puissants, ils ont de bonnes voitures, de beaux attelages, des souliers et des habits de soie. » Ce tableau d'il y a deux mille ans reprend toute sa vérité aujourd'hui. Le développement commercial de Changhai avec ses crises, ses malaises, ses faillites chez les Chinois et chez les Européens, l'agitation de cette vie nouvelle ne donne pas en ce moment l'impression de santé et de sécurité. Le marché n'est point ferme, Changhai est devenu une ville de spéculation.

Les plus importantes transactions ont lieu sur ce marché, grosses affaires d'opium, commandes importantes de machines, d'armements pour les gouvernements provinciaux, d'outillages pour tous les services, installations d'entreprises minières, d'éclairage électrique, de services d'eau. Le gaspillage est incroyable, surtout à cause de l'incompétence des Chinois et de l'honnêteté modérée de quelques-uns de leurs fournisseurs. La Chine fait en ce moment, à ses dépens, une terrible expérience commerciale, et Changhai, faute d'organismes appropriés, ne paraît pas préparé à jouer le rôle utile de régulateur. Plus encore que pour l'instruction, la Chine, dans ce domaine, a besoin de conseillers étrangers désintéressés et compétents. Le difficile est de les trouver et de les écouter.

En attendant, deux organismes fournissent dès maintenant les informations les plus précieuses pour le commerce chinois, l'un au point de vue statistique, l'autre au point de vue pratique, les deux avec une

égale sûreté : ce sont les Douanes impériales, et certaines procures de missions. On doit aux publications officielles du service qu'a fondé Sir Robert Hart, tout ce qu'on sait de plus précis sur les affaires qui se font, sur les opérations passées, importations, exportations pays d'origine, destination, quantité, valeur, etc. On doit aux renseignements privés du procureur tout ce qu'on peut savoir de plus certain sur les opérations possibles. C'est le meilleur intermédiaire pour trouver qui peut s'intéresser à une affaire que vous avez en vue et pour vous introduire. Cet homme de longue expérience, connu et estimé, qui n'est pas distrait, qui a vu des genèses et des ans d'affaires, alors qu'en général on ne fait que passer dans le pays, inspire confiance aux Chinois; et il est documenté comme personne à cause de la somme d'appuis qu'il peut recevoir des différentes parties de l'Empire. Il donne des conseils et ils sont gratuits. Il fait des arbitrages sans commissions ; aussi son autorité repose moins sur les capitaux qu'il possède que sur sa puissance morale et sur la valeur de son information.

Le Foyer industriel

Les conditions générales de la grande industrie chinoise. — La Chine industrieuse : la petite industrie (porcelaine, cloisonnés, sel, encre de Chine, industrie familiale). — La Chine industrielle : la grande industrie officielle (monnaies, eau et électricité, arsenaux). — Les grands ateliers : Foutcheo. — ■ Les grandes usines (filage et tissage de la soie et du coton). — La construction des chemins de fer.

L'élément nationaliste du pays qui réclame la Chine aux Chinois^ ceux qui croient à la possibilité d'une

Chine moderne, indépendante et forte, ont une pierre de touche : l'industrie en Chine. Si le pays veut se suffire à lui-même, s'il se refuse à être un champ d'exploitation pour l'étranger, il ne lui faut pas se contenter de boycotter la marchandise étrangère et de créer ainsi au commerce japonais, par exemple, des embarras assez considérables; il faut produire, il faut fabriquer. Or, si industrieuse que soit la Chine, elle n'est point encore une puissance industrielle : elle en reste encore à la petite industrie. Il n'y a que l'Européen qui, pour son compte ou pour le compte de commanditaires ou d'actionnaires indigènes, pratique avec succès la grande industrie.

Ce n'est pas pourtant que les conditions générales soient défavorables à celle-ci. La matière première pour alimenter de grandes usines est à proximité, le fer, la soie, le coton, pour ne parler que des principales; et au lieu de les exporter, au Japon en particulier, il est évident que le pays s'enrichirait bien davantage s'il réussissait à ouvrer ces produits chez lui. La main-d'œuvre ne manque pas; les femmes et les enfants, qu'on emploie déjà dans les filatures et les tissages actuellement en marche, forment une masse de travailleurs importante et à bon marché. Pour la métallurgie et les travaux délicats de la charronnerie, on peut encore trouver des ouvriers du bois ou du fer, la plupart formés par des chefs d'ateliers français à l'arsenal de Foutcheo; ceux-ci, disséminés aujourd'hui dans les différentes entreprisesprovinciales, constituent un noyau d'ouvriers possédant une réelle compétence technique. Les ingénieurs enfin qui dirigent des Chinois ne se plaignent pas de leur défaut d'habileté mais plutôt de leurs exigences d'autant plus grandes qu'ils

sont conscients de leur supériorité. Un ancien ouvrier de Foutcheo trouve un salaire très rémunérateur en n'importe quel point du pays où vient s'installer une grande industrie du fer ou du bois. Le marché est considér^le ; et chose d'autant plus précieuse pour une industrie jeune, encore un peu inexpérimentée et par conséquent sujette aux malfaçons : la clientèle chinoise n'est pas exigeante. Les Japonais, les Américains et les Allemands qui la fournissent lui livrent des produits que nous traitons volontiers de pacotille et qui, en tout cas, ne sont pas de première qualité. Les industriels chinois concurrenceraient donc facilement, dès leurs débuts, des maisons étrangères faisant l'article camelote : quant aux objets de bonne qualité, les Célestes, pour le moment, ne s'en soucient pour ainsi dire pas à cause de leur prix. Pour le producteur indigène, le marché national, à cause de son étendue, serait un marché tout à fait stable et indépendant, et il n'aurait point à craindre le boycottage qui gêne singulièrement de temps en temps le fabricant étranger. Mais en face de ces avantages, l'industrie chinoise trouve des obstacles considérables ; d'abord l'appui financier lui manque : donc pas de soutien pour une « manufacture » naissante. Pour les banques chinoises, pour ces riches corporations du Chansi qui accaparent les affaires financières sur toute la surface du pays, qui sont les gros tenanciers de monts de piété (et on sait combien ces organes sont multipliés et puissants), l'argent n'est point au service des forces économiques en vue de collaborer à la production. Jusqu'ici le capitaliste chinois ne fait pas « travailler » son argent à proprement parler. Le prêt sur gage, qui ne comporte pas le risque ou le rendement éloigné, comme l'indus-

trialisation des capitaux, continue de donner à l'argent un intérêt considérable, 2 et 3 p. 100 par mois, pendant dix mois de l'année. Le travail n'est point comme dans nos civilisations occidentales, suffisamment indépendant pour entrer en contact avec le capital; c'est le principal obstacle et les pratiques administratives chinoises ne sont pas faites pour le lever. En Chine, dès qu'il ne s'agit plus d'affaire individuelle, privée, dès qu'on ne travaille plus avec son propre argent, ^il n'y a pas d'administration : c'est le désordre et le gaspillage le plus éhonté. Les difficultés que rencontrèrent les premières entreprises qui se montèrent avec des fonds chinois, vinrent toutes de cette absence complète d'esprit social dans les sociétés industrielles. La boutique où le marchand est seul maître chez lui, le magasin où les différents patrons sont sur pied d'égalité, chacun contrôlant journellement les affaires de l'association, le régime commercial en un mot, peut s'accommoder de ces mœurs : mais l'industrie qui exige une direction, une subordination à une compétence, une coordination des efforts, l'industrie naît et prospère difficilement sous un pareil régime. La Chine est le pays du petit individualisme ou delà grande association entre égaux : or, la grande industrie moderne exige ou bien des individus de grande envergure et de grands moyens, ou bien des associations dans lesquelles la discipline et la subordination sont très rigoureusement observées.

Il y a donc en Chine de la matière première et un marché très favorable à la grande industrie. Il y a même une classe ouvrière comprenant un double personnel : d'une part, des travailleurs à bon marché,

enfants et femmes qui, à condition de ne pas travailler la nuit, comme cela s'est pratiqué à certains moments dans les usines changhaïennes, ne sabotent point trop l'ouvrage; d'autre part, des ouvriers qualifiés dont les grèves dites de dignité sont plus à redouter que les grèves pour augmentation de salaire. Mais il n'y a point encore de personnel directeur ou administratif : le premier est incompétent et le mieux qu'on puisse dire du second, c'est qu'il n'a aucune idée des conditions de vie et de la gestion financière des sociétés industrielles. A cause de cette insécurité, comme le capital n'est pas garanti, et comme on n'a pas l'habitude de ces opérations qui exigent prévoyance et obéissance à un plan déterminé, l'argent manque.

Enfin, comme le nationalisme et la fierté chinoise se plient impatiemment à l'expérience étrangère, comme les entreprises chinoises n'admettent pas sans regret l'achat de machinisme européen ou américain, que d'ailleurs ils entretiennent mal, comme elles donnent souvent la préférence à un petit outillage fabriqué au Japon qui n'a d'autre avantage que de coûter peu, dans ces conditions, l'avenir de l'industrie chinoise est fort incertain. A moins que les banques européennes ne fassent changer ces conditions, la grande industrie proprement chinoise n'est pas près de réussir.

Mais il suffirait, pour que la situation change, que des banques de capitaux ou des banques d'affaires, cherchant des bénéfices industriels et ne poursuivant plus uniquement le change, viennent s'installer surplace, à côté des anciens établissements. Quand des Européens auront leur part dans l'administration d'une affaire chinoise, travaillant avec des capitaux européens, il sera difficile par exemple à un administrateur

chinois de retenir pour son compte la prime d'assurance contre l'incendie : de pareils procédés, entraînant la ruine de la société au moment du sinistre, ne se produiront plus aisément et les mandarins, membres du conseil d'administration ou de direction, n'auront plus toute facilité pour dilapider jusqu'au capital à défaut de revenus, comme cela se produisait dans les usines fondées par Tchang tche tong.

Par contre, la petite industrie est remarquable. Il y a des centres porcelainiers très actifs fabriquant des produits communs ou recherchés, bols à nz comme à Pochan au Chantong, ou objets de fantaisie comme à Kmgtetchen. Près d'un million de porcelainiers habitent ce bourg énorme du Kiangsi oriental, à la source même de la matière première, petunseu et kaolin. Le pays est un groupement d'ateliers familiaux; femmes et filles travaillent à la maison comme les hommes, mais plus particulièrement occupées à peindre; les enfants et les vieux broient la couleur pour l'émail ; les hommes font la pâte, travaillent au tour ou au four, transportent les briques blanches de matière première ou les objets façonnes prêts pour la cuisson : les plus nombreux déchargent du bois scié et fendu très un qui arrive par la rivière et qu'on porte du quai aux centaines de fours répartis par la ville, en empruntant des ruelles déterminées dans lesquelles se fait le contrôle des charges. Tous les travailleurs sont organisés en corporation.

Kingtetchen a en outre une usine impériale qui expose dans son magasin de fort belles pièces, mais elle travaille presque uniquement pour la cour, reproduisant des modèles de vases de sacrifices ou des services de diverses époques; d'ailleurs les dépenses de

cette affaire à gestion mandarinale sont considérables. Beaucoup d'ateliers enfin travaillent pour le marché cantonnais et fabriquent déjà des objets de fantaisie ou d'usage occidental comme les buffles, les personnages légendaires, les assiettes, les services à café, tous bibelots qui n'ont pas grand cachet original.

Les salines de Tselioutsin au Sseu tchoan constituent un centre du même genre : agglomération d'ateliers familiaux de petite industrie, mais aucune organisation en grand; quantité de puits, mais chacun travaillant pour soi. Les huileries, les sucreries, les fabriques de papier sont constituées de pareille manière soit au Sseu tchoan, soit au Kouangtong. Il en va de même au Nganhoei où se trouvent une multitude de fabriques d'encre de Chine : celle-ci est à base d'un noir de fumée produit par la combustion d'une huile locale. Il n'y a point de grandes fabriques de meubles au Tchekiang, quelque considérable que soit l'ébénisteric produite à Ningpo; et malgré les efforts des Allemands et des Japonais pour installer des scieries ou des usines de camphre à Foutcheo, on n'est pas sorti de la petite industrie. Les ateliers de cloisonnées de Péking ont de la réputation, mais chacun est le rival de l'autre, et il n'y a pas plus entente ou fusion que chez les petits producteurs de laque de Foutcheo dont un seulement, d'ailleurs, a conservé et exploite un vieux secret de famille. Tout ce qui est chinois reste du domaine de la Chine industrieuse.

Pour ce qui est de la Chine proprement industrielle, il y a les entreprises officielles. La plupart des capitales de provinces ont leur monnaie. Si, dans le paysage, à l'arrivée près d'une grande ville, il y a une che-

minée, c'est celle de la fabrique de monnaie d'argent et de billon. Il y a d'ailleurs maints endroits où l'usine ne fonctionne plus, le gouvernement ayant dû mettre un terme aux abus énormes qui en résultèrent; il arrive même, comme à Tchongking que des bâtiments considérables aient été construits et un matériel acheté très cher en Allemagne, sans pourtant que l'autorisation ait jamais été donnée par Péking d'ouvrir l'usine.

Une capitale de province comporte aussi souvent un arsenal où se fabriquent, comme à Hanyang pour les deux Hou, une trentaine de fusils par jour et 20 000 cartouches; mais le prix de revient est si considérable et la direction des affaires si défectueuse, qu'il n'y a pas à faire état de ces entreprises dans une statistique sociale, même quand des techniciens allemands ou japonais sont employés dans ces affaires qui ne marchent pas. Il sufût de les visiter pour avoir une idée du désordre et du gaspillage visibles.

Beaucoup de grandes villes ont aussi ce que les Chinois appellent des <( bureaux d'eau et d'électricité », entreprises souvent chinoises, mais très dépendantes de la maison allemande Siemens et Halske dont relèvent actuellement, en Chine, la plupart des affaires d'électricité, d'éclairage et les téléphones.

En dehors donc de la monnaie, de l'arsenal et plus récemment de l'usine électrique, laquelle n'est pas très proprement chinoise, en dehors de ces trois genres d'établissements quasi officiels dans les capitales provinciales, où trouver le foyer industriel de la Chine?

Il y avait, en 1908, quatre huileries à vapeur en Mandchourie et trois au Kiangsou; une savonnerie au Chantong, deux au Kiangsou, une au Nganhoei; deux fabriques d'allumettes au Yunnan, deux au Kiangsou,

une au Houpé ; une cimenterie au Tcheli ; une tannerie au Chantong, une au Houpé; trois minoteries au Houpé, six fabriques d'albumine, deux de thé; quatre minoteries au Kiangsou, une fabrique de conserves ; une verrerie au Houpé, une à Soutcheo ainsi qu'une fabrique de bougies. Mais outre que les Européens ont la plupart du temps une grande part dans ces affaires, elles sont, au surplus, d'assez moyenne importance.

Restent à considérer les grands ateliers et les grandes usines soit de filage soit de tissage de coton et de soie.

On compte à Changhai une trentaine de filatures de soie dont cinq seulement aux Européens, les autres relevant des Chinois et dirigées par eux. Ces manufactures possèdent environ 8 000 bassines et débitent 1 1 ooo piculs par an (environ 665 ooo kilogrammes) dont le prix varie de 6oo à 8oo taels le picul (le tael vaut 3 fr. 28 et le picul 60 kg. 45). Une des plus vieilles fabriques dirigées par la maison Jardine, date de 1882, compte 5oo bassines, produit ySo piculs l'an et emploie environ un millier de femmes. Les usines chinoises, dont la plus importante est celle de la marque « Croix d'or », qui produit 700 piculs par an en employant 1 000 femmes et 70 hommes, sont toutes sur ce modèle et atteignent à peu près les mêmes chiffres. L'avantage de la maison anglaise, c'est que le dévidage y est très soigné, en sorte que la soie fournie peut être employée aussi bien pour la chaîne que pour la trame. Toutefois, contrairement à ce que fait le Japon, aucune de ces usines n'est outillée pour utiliser les déchets; on ne travaille pas les filés schappes et les filés bourrettes qui sont de la matière première pour les usines de France, voire du Japon.

Les fabriques de coton sont moitié moins nombreuses

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et les étrangers s'y trouvent être plus puissants que dans la soie. Le filage et le tissage existent en Chine depuis longtemps, surtout dans les deux grands centres de production : dans les plaines de Houpé où la première filature, plus ou moins officielle, s'éleva en 1891, mais fit de mauvaises affaires à cause du squeeze ou commissions officielles illicites, et dans le delta du Yangtse. Jusqu'au traité japonais de Simonoseki en 1895, les premiers industriels chinois entendaient s'assurer un quasi-monopole ou vendre à des entreprises similaires le droit de s'engager dans la voie où ils avaient été des initiateurs. En 1896, les Chinois faisaient marcher 120000 broches et 85o métiers mécaniques; II fabriques, soit chinoises soit étrangères, s'établirent entre 1896 et 1898 et, en 1908, on comptait 832 5oo broches et 2 5oo métiers. L'usine modèle, YEwo cotton spinning and weaving C° L^j date de 1897 et compte Soooo broches et une machine à égrener pouvant alimenter 25 000 broches. Terrains, locaux et machines, on estime à yS millions l'argent mis dans les cotonnières, et à lotaels (environ 32 francs), le profit par balle. Le tissage mécanique ne s'est pas développé comme le filage, parce que chaque foyer à la campagne ayant un ou plusieurs métiers à la main sur lesquels les femmes travaillent à temps perdu, la concurrence avec une marchandise dont le coût de production est si bas, est impossible ; d'autant plus que le mauvais entretien des machines, mal menées dans les ateliers chinois, fait qu'elles s'usent rapidement.

Parmi les grands ateliers, on compte encore des chantiers de construction pour la marine et des établissements de construction ou de réparation pour les chemins de fer.

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Les fortifications de Tsi-nan-fou.

L'entrée d'une capitale murée.

La Chine eut un moment son arsenal fort bien outillé et qui aurait pu devenir pour elle ce qu'est Wakamatsu pour le Japon. Il était situé à Foutcheo ou plus exactement tout près de la mer, à Mamoi, à l'entrée de la rivière de Foutcheo. Ces ateliers, oii travaillaient encore i 700 ouvriers en 1904, étaient presque déserts quand je les visitai à la fin de 1909. Il faut convenir que nous sommes responsables de cette déplorable situation. L'organisation d'une marine chinoise rétablira-t-elle la situation exceptionnelle qu'eut pendant un temps Foutcheo ? Nous pourrions en tout cas essayer de réparer nos fautes. Ce sont des officiers de la marine française, MM. d'Aiguebelle et Giquel qui, en 1873, mirent sur pied ces ateliers importants où pouvaient être construits des navires avec leurs machines et leurs chaudières; en comptant les contremaîtres il n'y avait pas moins de soixante-quinze Français occupés alors à Mamoi. Il n'en restait plus quand l'amiral Courbet, en août 1884, bombarda l'arsenal ; celui-ci, d'ailleurs, n'en souffrit pas tellement qu'il ne pût lancer, quinze jours après, un croiseur cuirassé d'assez fort tonnage et sorti entièrement des chantiers. En 1896, la Chine engagea une nouvelle mission française sous les ordres d'un ingénieur auquel était adjoint un ancien élève chinois de notre école du génie maritime, le taotai Weihan, aujourd'hui directeur de l'arsenal de Canton. A la suite de désaccords entre les Chinois et les Français à leur service, l'œuvre de la mission fut considérée comme achevée après quelques années, et un seul de ses membres reste encore à l'arsenal, ancien élève, lui aussi, de l'École du génie maritime.

Des cinq ou six ateliers d'autrefois, la forge est encore excellente et bien outillée ; les marteaux-pilons

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perdent un peu de leur force parce que le sol qui n'est pas résistant et n'a pas été affermi par des substructions, se tasse sous le coup; il en est de même pour le terrain de la cale sèche qu'ont construite les Chinois tout seuls, mais qui est fort lourde étant toute en granit. Depuis 1908, l'établissement ne fait plus grand'chose : il a sorti une quarantaine de bateaux, navires en bois, chaloupes, remorqueurs, bateaux de plaisance.

Cette œuvre, qui a un passé notable, qui a, de plus, formé les meilleurs ouvriers qui soient encore en Chine, ne pourrait-elle être réorganisée? De même que des maisons anglaises, comme Armstrong et Vickers, ont fourni leur apport financier et technique pour la constitution de l'aciérie japonaise de Muroran qui s'installe en ce moment pour compléter l'arsenal de Kure, des établissements français comme Saint-Chamond ou le Creusot, surtout si les Chinois se décidaient à faire des canons à Foutcheo, ne pourraient-ils étudier et mener à bien des projets complets de réorganisation? D'ailleurs, des propositions ont déjà été adressées aux Chinois par des groupements allemands ou anglais ayant des ateliers de construction et de réparation considérables à Changhai. Il ne s'agirait pas de créer là une sinécure pour des ingénieurs officiels, mais un poste de travail effectif, où des Français, reprenant la place de leurs aînés, permettraient au gouvernement chinois d'avoir mieux, pour la construction des navires, que son petit dock changhaien de Kaotchangmiao, en amont de la ville indigène, en face de la puissante Changhai Dock and Engineering Company.

Cette compagnie possède : près de Changhai, à Hongkiou, le vieux dock; sur la rive opposée, à Pou-

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tong, trois grands établissements, le nouveau dock, le dock cosmopolite, le dock international; enfin le dock de Tongkadou. A Poutong, ses établissements s'étendant sur une superficie de plus de 4 hectares, comprennent fonderie, forge, scierie mécanique, plusieurs ateliers pour le bois, les machines, les chaudières; ils sont pourvus de tout l'outillage nécessaire à la construction ou à la réparation 'des plus grands navires pouvant entrer dans le port de Changhai. Chacun des docks peut être mis à sec en deux ou trois heures et pourtant les deux plus grands mesurent environ : le Cosniopolitan^ 56o pieds anglais (environ 164 mètres), 79 de large et 24 de hauteur d'eau ; Vlnter national ^ respectivement 540, 79, 23,6. Cette puissante compagnie, qui est un amalgame de sociétés antérieures vieilles de près de cinquante ans, est au capital de 5700000 taels, soit au cours actuel près de 19 millions de francs; depuis mai 1906, sa raison sociale est S.C. Farnham, Boyd and Co.

Les aciéries chinoises de Hanyang qui utilisent le charbon de Pinsiang et le fer de Tayé sont comparables aux plus fortes sociétés étrangères. La Han-ping-yeh Iron and Coal Co, au capital de 5o millions, emploie à Hanyang 22000 coolies dont 6 à 7000 ouvriers d'usine à proprem.ent parler : les chefs d'équipe gagnent de 70 à 100 dollars par mois, soit de 160 à 23o francs; les ouvriers de première catégorie gagnent près de 100 francs, ceux de seconde classe la moitié, les coolies manœuvres une vingtaine de francs. Le directeur général, un Chinois, est assisté de trois ingénieurs et de six chefs d'ateliers, Allemands, Luxembourgeois et Belges. Beaucoup de difficultés ont entravé le déve-

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loppement de l'affaire, mais des remaniements récents semblent devoir en assurer désormais le bon fonctionnement. Lorsque j'y passai, deux hauts fourneaux donnaient chacun 6 coulées par vingt-quatre heures de i5 à 20 tonnes l'une, et l'on préparait l'installation d'un troisième haut fourneau. La fonte obtenue est envoyée dans les mélangeurs, puis au four Martin dont sortent aujourd'hui 400 tonnes d'acier par jour. Tant en rails qu'en fonte brute, Hankéou a exporté, en 1909, 72 000 tonnes : le tiers environ est allé au Japon et plus du dixième aux États-Unis. Après vingt ans de tâtonnements et le malaise des débuts passé, les résultats actuels (125 000 tonnes en 1910, et le double en I9i3, dit-on) promettent une usine d'où sortiront bientôt plaques de blindage, aciers étirés et laminés, conduites et tuyaux. Maintenant que l'affaire a assuré ses capitaux, son alimentation en charbon et en fer, et réduit de 35 p. 100 le prix de revient des fontes, le succès paraît certain.

En résumé, la grande industrie chinoise compte actuellement un foyer sidérurgique remarquable, Hanyang, en plein développement; un foyer manufacturier pour les textiles, Changhai, qui peut se perfectionner, et un foyer d'armement, Foutcheo, qui n'attend que d'être ranimé. Il faut enfin faire une place spéciale aux chemins de fer dont la Chine tire un grand profit.

Elle a racheté depuis 1908 les i 214 kilomètres de Péking à Hankéou (avec les embranchements houillers, 1271); le compte construction de la ligne est arrêté depuis le 12 décembre 1905. Le compte exploitation par les Chinois commença le i" janvier 1909. Les recettes ont été : en 1906, 7 588 021 dollars (le taux du

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dollar varie de 2 fr. 20 à 2 fr. 5o); en 1907, 8262677; en 1908, 9873035; en 1909, 11 02641 1.

La situation financière est des plus brillantes. En 1910, les travaux de réparation et d'entretien furent peu importants : un crédit de 49000 dollars, prévu pour parer aux effets des inondations, n'a pas été dépensé. Un directeur chinois, trois administrateurs également chinois dirigeant chacun une division (exploitation, traction et travaux) et ayant chacun sous leurs ordres un ingénieur en chef, jusqu'ici Français ou Belge, voilà toute la haute administration de la ligne depuis que l'exploitation est chinoise.

Quelle est la valeur du personnel qui travaille actuellement sur les chemins de fer chinois ? On compte quatre ou cinq personnes comme M. Jim, l'ingénieur en chef du Péking-Kalgan (actuellement ingénieur en chef du Sseutchoan-Hankéou) qui peuvent occuper les fonctions d'ingénieur en chef, étant guidés \ mais le restant du personnel est insuffisant et le sera longtemps encore, tant à cause de sa mentalité peu disciplinée et facilement anarchique, que du manque de spécialisation et de technique dans l'instruction qui lui est donnée. On trouve bien des coolies facilement dressables, de bons entrepreneurs et des surveillants passables, comme j'en ai vus sur le chemin de fer de Canton, mais il faut que ces agents soient tenus en main et dirigés par des Européens expérimentés. Sans cela, les malfaçons se multiplient, les travaux languissent, les matériaux payés au prix de la très bonne qualité sont de qualité inférieure : la différence, sous forme de squeeze, prend le chemin de la caisse des associations formées spécialement dans ce but. Car il ne faut pas oublier qu'un Céleste en place est toujours l'homme d'un clan qui le

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soutient, sur lequel il s'appuie, d'où son manque d'autorité sur ceux qu'il commande, parce que ces derniers sont souvent ses associés. Tout cela explique l'échec ou les lenteurs des entreprises de chemins de fer locaux ou régionaux, dits chemins de fer commerciaux, au sud du Yangtsé et particulièrement le long de la côte.

Les Chinois ont à leur service des Japonais et des Anglais qui se font appeler ingénieurs, sont payés de 5oo à I 000 francs par mois, mais se montrent bien au-dessous des conducteurs de travaux français, qui, eux, sont payés de 600 à 900 francs par mois et à qui l'on confie généralement 20 kilomètres de ligne à construire en terrain ordinaire, ou 4 kilomètres en terrain accidenté. Nos nationaux sont chargés du nivellement, des fondations et de la direction des ouvrages d'art, des examens géologiques du terrain, de la détermination du régime des eaux, des recherches à effectuer pour trouver des matériaux — pierre, brique, ballast, sable, chaux, bois — et au besoin de la fabrication sur place de ceux qui manquent ; ils doivent, en outre, tenir les carnets d'attachement et s'occuper de la partie administrative, toutes opérations dont les Chinois sont encore incapables et que mènent difficilement de front les Japonais et les Anglais.

On peut dire, d'une manière générale et sans parti pris, qu'il n'y a que les ingénieurs allemands, suisses et belges qui soient comparables aux ingénieurs français ; et les étrangers en service sur le Canton-Hankéou n'auraient pas construit le chemin de fer du Yunnan, où 35 000 mètres cubes de terrassements en rocher par kilomètre étaient nécessaires, dans les conditions de prix et de temps que nos nationaux parvinrent à réa-

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liser. Le chemin de fer du Chansi, œuvre française également, passe à juste titre pour une ligne merveilleusement établie et défendue.

Les Chinois ont construit seuls (sauf, bien entendu, les études préliminaires auxquelles ils n'ont même pas collaboré) le chemin de fer Péking-Kalgan; mais cette ligne comporte des rampes de 3/ millimètres par mètre. Or, l'expérience prouve que sur une rampe en droite ligne de 5 à 6 millimètres, la charge remorquable se trouve réduite d'environ lo p. loo; sur une rampe de 9 à lo millimètres, d'environ 3o à 35 p. 100; sur une rampe de i3 à i5 millimètres, d'environ 45 à 5o p. 100; et enfin, sur une rampe de 20 à 25 millimètres, de près de 60 à 70 p. 100; sur une rampe de 40 à 5o millimètres par mètre, une machine ordinaire ne peut guère remorquer que son propre poids. Aussi les machines pour fortes rampes, système Mallet, ne peuvent-elles remorquer que trois wagons de 20 tonnes dans les parties du Péking-Kalgan comportant pareilles rampes. La conclusion est qu'on recommencera la construction de certains tronçons de la ligne; pour «sauver la face » ; on dira qu'on fait une variante du tracé.

Chinois, Anglais et Américains construisent beaucoup en ciment, ce qui exige moins de travaux préliminaires; cela s'explique aussi pour les Anglais, parce qu'ils ont à écouler beaucoup de ciment produit dans leurs établissements de Hong Kong et de Tongchan. Ce procédé coûte cher, surtout si, la surveillance se ralentissant, il se produit des solutions de continuité entre les couches. Les Français ne l'emploient guère que lorsqu'ils ne sont pas certains de la résistance des matériaux trouvés sur place, et encore avec des che-

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mises en pierre, moellons ou briques qui tiennent le béton et donnent à la masse plus de cohésion sous un aspect moins grossier.

Les Chinois ne construisent pas à bon marché. Les 42 kilomètres de la ligne des Tombeaux impériaux, dite des Siling, ont coûté 600000 dollars et il est urgent de refaire complètement déjà tous les travaux d'art construits fort mal par les Anglais en 1902. A noter aussi que les 35 kilomètres de la ligne anglaise Kaolou-Canton passent pour avoir coûté l'énorme chiffre de 14 millions de dollars.

Les Chinois emploient, la plupart du temps, la poudre chinoise pour les travaux de mines en rochers; cette poudre, moins brisante que la dynamite, désagrège un plus grand volume, ce qui rend parfois dangereuses les tranchées ouvertes par ce procédé. Mais c'est que les Chinois sont toujours largement approvisionnés de tous les matériaux qu'on peut se procurer par l'intermédiaire de leurs compatriotes, sans savoir exactement s'ils en auront l'emploi : c'est simplement parce que, quand on achète beaucoup, les bénéfices augmentent... pour l'acheteur. Ils se fournissent moins facilement chez les Européens « parce qu'il ne faut employer que des produits chinois » ; traduisez : parce que les maisons européennes ont la « commission » moins facile.

On a assez critiqué de parti pris la ligne de Péking Hankéou, malgré les résultats financiers indiqués plus haut. La vérité est que cette ligne, quoi qu'on en dise, pourrait servir de modèle à beaucoup d'autres. On a oublié que, traversant le pays toujours parallèlement aux montagnes, il était impossible, à moins de l'établir entièrement en viaduc, qu'elle n'eût pas des tron-

çons enlevés par les eaux; et qu*on ne pouvait rien prévoir de certain dans un pays où le régime des eaux est insuffisamment connu, et où les catastrophes surviennent en des points sur lesquels raisonnablement on ne pouvait les attendre. On m'a cité une région où pendant dix mois de l'année, il faut faire des sondages de I mètre pour trouver trace d'humidité : or, en vingt-quatre heures, les eaux se sont élevées à 5 mètres au-dessus du sol, déterminant des affouillements de 4m. 80 et charriant à 210 mètres de la ligne une travée métallique de 20 mètres !

Au point de vue des chemins de fer, les Français ont fait en Chine œuvre considérable : celle-ci pourrait être continuée, au plus grand bénéfice des indigènes, si nos compatriotes montraient plus de solidarité et se soutenaient, en faisant abstraction de toute question de personne. Que nos ministres à Péking, bien documentés sur nos nationaux, présentent un personnel irréprochable, disposé tout à la fois à soutenir les intérêts français au moyen de commandes de matériel, et à sauvegarder les intérêts chinois en entretenant judicieusement ce matériel, et l'industrie des chemins de fer progressera rapidement ! Encore faut-il que le Chinois sache reconnaître la valeur de l'outillage selon la provenance ; c'est ainsi que des locomotives compound sorties de la Société alsacienne de Belfort ou du Creusot ont fait quatre ans d'usage sans le moindre accident. Celles de Cockerill au bout d'un an demandaient réparation.

Malgré tous ces avantages en faveur de notre pays, les ateliers de Changsintien près Péking pour la ligne de Hankéou, ou ceux de Cheukiatchoang sur la ligne du Chansi, sous direction française l'un et l'autre, ne

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paraissent pas devoir prendre l'importance que les Chinois attribuent à ceux établis à Tongchan par les Anglais, pour la ligne Péking-Moukden. Ces ateliers de Tongchan sont outillés pour faire les plus grosses réparations de chaudières ou de machines, voire même pour la construction, sauf les roues, les axes et les essieux. La menuiserie et la peinture ne laissent rien à désirer et l'on a construit une grande partie des wagons de marchandises avec les bois venus de rOrégon. A côté se trouve la plus importante école de chemin de fer : elle compte cent trente-quatre élèves et pas plus qu'à celle de Wout'chang il n'y a de professeurs français. Sans doute des Chinois font leurs études et leur apprentissage à Paris à l'École des travaux publics, et une quinzaine sont en Belgique dans le même but, mais qu'est cela auprès des cent cinquante étudiants envoyés chaque année en Amérique particulièment pour des fins industrielles?

Comme la Russie, la Chine est un vaste champ oii le travail doit produire beaucoup ; mais avec une population en grande partie paysanne, elle ne peut exploiter ses ressources qu'avec l'aide de l'étranger. Manquant encore de préparation technique et de connaissances économiques coordonnées, les Chinois, sans le secours d'ingénieurs ou d'industriels étrangers, ne peuvent espérer tirer parti de leurs matières premières. Encore faut-il que les irrégularités financières, coutumières dans ce pays, n'entravent pas la naissance et le rendement des entreprises naissantes ! Il y a quarante ans, il semblait que l'arsenal de Foutcheo eût l'avenir le plus brillant ; or, à la même époque déjà, cent cinquante jeunes Chinois étudiaient en Amérique

LE FOYER INDUSTRIEL iSg

le droit, le génie civil, les constructions navales, etc. Quel est aujourd'hui le résultat?

Le désordre et la confusion orientale retarderont peut-être encore longtemps l'acclimatation des formes de la civilisation occidentale qui exigent du calcul, de l'esprit de suite, du travail soutenu et une richesse moyenne de la population, toutes conditions qui ne sont encore guère réalisées dans l'Empire du Milieu. En dépit de quelques réussites, la Chine, à moins de se laisser guider par des conseillers étrangers, et à condition de les savoir choisir compétents et méthodiques, la Chine industrielle rêvée par Tchang tche tong a encore de longues expériences à faire; et il ne faut pas, pour réussir, qu'elle reste xénophobe !

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