‹ La Chine moderneChapitre 17 sur 38 · UN RACCOURCI DE LA CHINE D'AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

UN RACCOURCI DE LA CHINE D'AUJOURD'HUI

Le Chantong

Situation exceptionnelle du Chantong. — Le double enseignement du passé et du présent.

Au point de vue de la géographie physique, on peut définir la Chine : un pays de plaine au bord de la mer, ceinturé d'un pays de montagne. Nous avons déjà visité la plaine ; plus tard nous verrons les monts. La province du Chantong présente aussi ce double caractère : c'est un îlot rocheux au milieu d'une plaine. Comme l'ensemble de la Chine, elle a une population nombreuse mais pas très riche, des moyens de communication naturels et artificiels abondants, une terre assez fertile mais facilement inondée, des richesses minières considérables, mais à peine exploitées. Tout son glorieux passé survit, manifesté par ses vieux monuments. L'occupation allemande, depuis une dizaine | d'années, accélère dans la province le mouvement de i transformation moderne que subit le pays entier. \ Comme tout l'Empire, le Chantong d'aujourd'hui com- i

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prend à la fois le pays historique avec ses souvenirs et ses traditions et le domaine des expériences nouvelles.

Le dernier recensement chinois attribue à cette province un nombre d'habitants au moins égal à celui de la France ; le P. Richard dans sa Géographie de la Chine donne le même chiffre ; Tenney, pourtant, dans sa Géographie de V Asie ne l'estime qu'à 28 millions. La densité de la population est, en tout cas, beaucoup plus grande qu'en France, 264 au kilomètre carré. C'est une province côtière d'accès facile, encore que ses ports ne soient pas desservis par les paquebots des grandes lignes asiatiques, qui, de Changhai, filent droit au Japon. Le réseau de ses voies ferrées est déjà presque plus développé qu'en aucune autre province, et, d'ici peu, grâce à l'effort allemand, ce sera une des régions les plus favorisées pour les communications par chemin de fer.

D'est en ouest, la ligne Tsingtau-Tsinan sera reliée sans doute à la ligne du Chansi qui fournira à la plaine les riches produits miniers de la province montagneuse, et aux lignes du Honan, cela plus ou moins tôt selon que prédominera l'influence française ou l'influence belge. Du nord au sud, la ligne Tientsin- Poukeo dessert la province en doublant le service du Grand Canal; et au sud, récemment encore, on étudiait le projet d'un embranchement vers la mer par Itcheo; sans compter l'embranchement Weishien-Tchifou que les Chinois patriotes considèrent comme essentiel pour rendre au port de Tchifou le trafic accaparé par le port allemand de Tsingtau.

Le Chantong, d'autre part, est le lieu d'origine de la soie jaune, dès la plus haute antiquité; c'est le pays

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OÙ naquit Confucius, celui où s'élève son temple, le plus beau de l'Empire : et, non loin du sien, celui de ses deux plus grands disciples Yentze et Mongtze. La province possède une des cinq montagnes sacrées de la Chine, le Taichan ; elle est traversée non seulement par le fleuve Jaune, mais par le Grand Canal qui représente un effort gigantesque de l'homme. Elle a des plaines assez fertiles et des montagnes riches en minerais de charbon et d'or déjà exploités, de fer, de cuivre et d'étain déjà connus et autrefois travaillés. Ce promontoire rocheux est dans l'Empire, plus encore que Port-Arthur, une situation stratégique de premier ordre; depuis 1892, Anglais et Allemands y sont installés et l'on trouve dans le Sud des marchés où prospèrent de gros et puissants centres musulmans.

Tout cela n'autorise-t-il pas à faire du Chantong comme un microcosme chinois, un petit monde en raccourci de tout l'Empire? Qu'on accepte ou non la théorie allemande qui ferait de cette contrée une sorte d'îlot géologiquement indépendant, avec une flore et une faune spéciales, on peut, au moins pour l'étudier, détacher cette partie du reste de l'Empire et en dégager d'abord une leçon d'histoire ancienne offerte par les pierres et les monuments de la province, grâce aux découvertes de l'archéologie et aux trouvailles que l'on ne cessera de faire dans les plaines semées de tombeaux.

C'est encore une leçon du passé, moins exprimée, mais aussi réelle, qui s'impose à l'esprit en face des travaux hydrauliques qui maintiennent le cours des fleuves entre des digues à plusieurs mètres au-dessus du niveau de la plaine, devant les temples qui servent

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de modèle selon les rites à ceux de tout l'Empire et devant les inscriptions du Taichan, lieu de pèlerinage fréquenté depuis que l'empereur Choun y sacrifia 2000 ans avant notre ère. On en peut dégager aussi une leçon d'histoire moderne selon qu'on considérera l'emprise étrangère (allemande surtout, mais aussi anglaise par les écoles) sur la province au triple point de vue politique, économique et religieux; selon qu'on examinera la transformation opérée ces dernières années par la Chine elle-même dans l'armée, dans les écoles, dans la police, sans le secours de l'étranger, et même pour s'opposer à ses empiétements. Un pays qui offre tant d'enseignements vaut bien qu'on y passe et repasse et qu'on s'y arrête.

Le Chantong antique

Le pays de Tsi et la soie antique. — L'état de Lou et Confucius. — Le Taichan. — L'archéologie. — Les collections privées.

Dès la plus haute antiquité, au centre presque de la province du Chantong, le pays de Tsi était le merveilleux pays de la soie et il s'agissait alors de la soie de la région, produit de certain ver qui se nourrit de feuilles de chêne et non pas de feuilles de mûrier. Ce n'étaient pas sans doute les riches pièces de soie qu'on fabrique aujourd'hui à Canton et au Tchekiang, voire au Sseu tchoan, ce n'étaient ni damas, ni brocarts, ni taffetas, ni satins, ni crêpons, ni velours, toutes les variétés d'aujourd'hui ; c'était simplement l'étoffe

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