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souple et serrée dont les Parthes monopolisaient le commerce et qu'ils vendaient aux Romains contre des pierres précieuses, du corail, de la verroterie, des parfums et du tissu d'amiante. Le terminus de la caravane était à Balkh et les entrepôts sur le Tigre à Ctésiphon et à Séleucie. C'est cette soie sauvage dont une centaine de tonnes, d'une valeur de 20 millions, sortent encore chaque année de la province à destination de la France, du Japon et des États-Unis; ce sont les pongées du Chantong achetés par l'Angleterre et par la France. Cette richesse de la Chine recherchée dans le monde entier est originaire du Chantong.
Un peu au sud du pays de Tsi était l'Etat de Lou dont la capitale Kiufou vit naître Confucius, en 55 1 avant Jésus-Christ. C'est dans cette cité, petite ville de province aujourd'hui, que s'élève le plus beau temple que l'Empire ait consacré au Sage. Tous les centres administratifs, capitales de province, préfectures ou simples sous-préfectures ont un temple officiel de la littérature consacré à Confucius; mais à Kiufou seulement est la merveille d'architecture aux proportions harmonieuses qui abrite la statue même de Confucius et non pas seulement, selon l'usage, la tablette funéraire qui sert de support à son âme. A quelque distance de ce monument imposant élevé à l'endroit où il naquit, et contrastant avec toute cette magnificence, une simple butte de terre non remuée recouvre son corps ; on y accède par une longue et majestueuse avenue de cèdres, de cyprès et de cryptomérias toujours verts. A chaque avènement nouveau, une ambassade spéciale se rend dans ce lieu isolé pour avertir Confucius de la part de l'empereur du change-
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ment de règne. Les grands mandarins à la tête des provinces ou les lettrés les plus célèbres de l'Empire vont là en pèlerinage, comme ils vont aux tombeaux impériaux en signe de déférence pour les maîtres du passé. C'est le culte du souvenir auquel tout personnage en Chine manifeste sa fidélité. L'herbe pousse entre les dalles, les plafonds aux caissons laqués et dorés sont troués, les belles tuiles jaunes vernissées, réservées aux constructions impériales, tombent et ne sont pas remplacées, de lamentables gardiens pouilleux se disputent sans vergogne le pourboire du visiteur; et malgré toutes ces misères, la dignité du lieu, la gravité de ces bâtisses impose le recueillement même à l'étranger. C'est un sanctuaire de la Chine éternelle; ni la déesse Kouanyin, ni Bouddha, ni Laotze ne possèdent en Chine un lieu de vénération plus imposant.
Voisine de là est la montagne sacrée du Taichan, un autre pèlerinage antique. Dès les premiers temps historiques, les empereurs rassemblaient leurs feudataires au pied des plus hautes montagnes, et à chaque inspection, après avoir accompli les sacrifices, ils leur faisaient part de leurs décisions, réglaient les affaires et unifiaient les usages sur leurs domaines. Cette coutume a disparu aujourd'hui, mais la fête du Tchongyangtsié, la visite des montagnes se célèbre toujours en automne, le 9^ jour de la 9' lune; à cette époque, étudiants et lettrés, tous ceux qui en ont le loisir, ne manquent pas d'escalader les hauteurs en compagnie et d'aller admirer le paysage : comme les Japonais, au printemps, quand paraissent les fleurs de cerisiers et de pêchers, s'en vont de concert composer des poésies sur le renouveau de la nature.
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Les montagnes de Chine et le Taichan particulièrement, sont aménagées pour ces ascensions littéraires. On y vient chaque année par milliers de toutes les parties de l'Empire. Le dieu de cette montagne est une divinité dont on recherche la faveur : on lui rend un culte officiel et populaire; et le Taichan a exercé dans la civilisation chinoise un attrait comparable à celui de l'Olympe ou du Sinaï. Chaque ville du Nord a élevé un temple à la divinité du pic majestueux, comme les lettrés en ont élevé un par tout l'Empire en l'honneur de Confucius. Des noms rituels ont été donnés à tous les sites de cette montée difficile qui commence à la (( première porte du ciel » et aboutit à la ((terrasse du sage », à la (( haute vallée des pêchers », aux terrasses d'oià l'on contemple le soleil ou la lune, c'est -à-dire l'est ou l'ouest ; on parcourt les (( trois li (mesure de distance de 5oo mètres environ), pleins d'agrément ». On traverse <( le pont qui franchit l'arc en ciel », celui (( des fleurs de neige », la (( grotte des nuages blancs » et enfin (( l'arc de triomphe d'oii l'on s'élève à l'immortalité », au pied d'un escalier à pic. On passe le (( pavillon où l'on change de vêtements » puis « le grand temple de la Princesse des nuages dorés » 011, chaque année, un envoyé impérial apporte les offrandes du trône. On franchit « l'escarpement où l'on tient à la vie » et il est interdit de s'y suicider; on côtoie la (( roche qui cherche à voir la mer » et on atteint enfin le sommet du pic où s'élève un temple taoïste consacré à « l'empereur de jade ».
Pèlerinage officiel au début, la visite au Taichan est devenue un pèlerinage religieux populaire avec des représentations effrayantes de l'enfer; les femmes, elles-mêmes, escaladent ces i 545 mètres pour im-
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plorer la déesse de l'Aurore et lui demander des bébés ou la santé de leurs enfants. En tout cas, la croyance à la puissance magique, dont témoigne le culte du Taichan, n'est pas un élément moins important dans la formation primitive et tenace de l'esprit chinois, que la vénération persistante des lettrés pour les lieux où vécut leur maître Confucius.
De même que l'on trouve au Chantong comme les racines de l'âme chinoise, on y rencontre aussi les plus vieilles pierres, les plus vieux monuments archéologiques. Ce ne sont point des témoignages aussi antiques que les pièces de nos musées sur les civilisations assyrienne ou chaldéenne, égyptienne ou grecque ; en Chine, les pierres sculptées de l'époque des Han datent seulement du deuxième siècle après notre ère. Encore n'est-ce point là l'origine d'une série ininterrompue et avons-nous des lacunes à combler entre le deuxième et le cinquième siècle. C'est à un jour et demi de marche de la capitale du Chantong qu'a été retrouvé et qu'est conservé le groupe dit du Siaotangchan, les huit dalles de la chambre ou de la châsse funéraire, qu'on a cru être celle de M. Kouokiu, avec des bas-reliefs représentant sans doute les événements de la vie du mort. Toute cette antiquité est dans un état de conservation aussi lamentable que les restes de l'architecture maure au sud de l'Espagne ; l'incurie des fonctionnaires, la violence des révolutionnaires qui ne respectent rien, la pauvreté des habitants qui ne laissent pierre sur pierre et utilisent pour d'autres usages tout ce qui perd sa destination primitive, l'indifférence générale expliquent qu'il n'y ait point en Chine davantage de souvenirs mémorables conservés.
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Pourtant le Chantong en possède encore un autre groupement au sud, à Kiasiangshien : il y a là une quarantaine de pierres de la même époque minutieusement décrites par M. Chavannes. Ailleurs, à Liangtchoung, petit village près de Tsining, les murs des pagodes sont ornés de vieilles pierres sculptées du même genre encastrées dans la base et j'ai déblayé une sépulture souterraine au flanc de la montagne, non loin de la vaste plaine des tombeaux où l'histoire primitive de la Chine ne manquerait pas d'être éclairée.
Dans quelques vieilles villes riches comme Weishien, de puissantes familles, dont les membres ont exercé des fonctions importantes, conservent des collections de peintures, de poteries, de bronzes, de livres qui, pour n'être pas aussi abondamment fournies que celles de Tuanfang peut-être, ou que le musée impérial de Moukden (le seul établissement de ce genre en Chine, mais à peine connu), ne font pas moins du Chantong une terre tout à fait privilégiée pour les épigraphistes et les archéologues : tous les pays du Sud jusqu'au Yangtse et à la merveilleuse tour de porcelaine de Nanking, ont été mis à sac par les révoltés de toutes les époques; les contrées de l'Ouest ont subi le même sort malheureux et le Sseu tchoan lui-même n'a point encore montré de trésors comparables à ceux qu'on connaît au Chantong.
La Chine des premiers temps, la Chine dont l'esprit dure toujours, survit au Chantong plus manifestement qu'en aucune autre province et pourtant aucune non plus n'a été convoitée avec autant d'ardeur par l'étranger.
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L'œuvre allemande : énorme travail de Tsingtau. — Développement technique : voies ferrées, houille, or. — Les missions catholiques. — L^influence germanique. — L'œuvre chinoise : des mots et des projets en l'air, — L'esprit militaire. — Les émigrants. — Les (( bordeaux chinois )). — L'avenir incertain.
Ce qu'il y a de nouveau au Chantong, c'est en grande partie à l'étranger que la province le doit. Tsingtau a la même importance pour le Chantong, que Changhai pour la Chine entière.
A la suite du meurtre de deux missionnaires allemands, en 1897, la baie de Kiaotcheo fut occupée par les troupes de l'empereur Guillaume. Un territoire de protectorat fut loué pour quatre-vingt-dix-neuf ans avec Tsingtau comme capitale et une zone d'influence de 5o kilomètres à la ronde fut concédée, dans laquelle la Chine ne peut rien entreprendre sans le consentement de l'Allemagne. C'était le point de départ d'un Chantong nouveau.
Tsingtau se dévelopjpa rapidement : des rues furent taillées dans le roc, des bâtiments construits pour les administrations, des arbres plantés partout, les services d'eau et d'électricité organisés. Le port surtout fut installé grandiosement, comme les Russes faisaient à Dalny. On commença les travaux dès 1899 et la première jetée était inaugurée en 1904; les plus grands bâtiments peuvent maintenant être reçus à
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quai, chargés et déchargés avec un minimum de manutention, grâce au rail qui pénètre partout dans le port. Depuis octobre igoS, une grande cale sèche est ouverte. L'organisation est ambitieuse, mais de premier ordre : 52/ navires jaugeant 706017 tonneaux sont entrés dans le port en 1909, dont 205 allemands, 112 anglais, 71 japonais, 43 chinois, ceux-ci ayant augmenté du double en une année. Les dépenses sont d'ailleurs considérables : les revenus de la colonie n'étant que de 2 millions à peine, le Trésor de la métropole contribue annellement pour i5 millions de francs. Il est vrai que de 1898 à i9o5, le commerce de Tsingtau a monté de 2 à 22 millions de taels; il atteignait 3o millions en 1906; par suite de la dépression générale, il a un peu baissé en 1907, mais en 1908, il dépasse 3i millions et en 1909 atteint presque 40 millions de taels, soit environ 1 3o millions de francs. Grand rival du port chinois de Tchifou au nord, dont le commerce baisse d'année en année, le port de Tsingtau est aujourd'hui le plus important débouché de la province. La culture de l'orge, du blé, du maïs, du millet augmente; les collines se reboisent. L'acacia qui n'existait plus que solitaire sur le Taichan, se multiplie, grâce aux Allemands, jusqu'au Chansi, dans le voisinage des mines. Toutes sortes d'usines s'installent : brasserie, savonnerie, tannerie, fabrique d'eaux gazeuses, usine pour la préparation de l'albumine montée à l'automne 1910; le commerce de la paille tressée et de la soie grège sauvage, des tussors devient aussi actif à Tsingtau qu'à Tchifou. La ville même, située en bon air avec tout le confortable moderne, parée de verdure et de chalets coquets, commence déjà à être une station d'été, une sorte de
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ville d'eau pour les commerçants de Changhai qui étouffent aux premières chaleurs.
Sous l'impulsion allemande, les chemins de fer ont pris une extension considérable et il faut reconnaître qu'ils ont un personnel supérieur de premier ordre, chefs de sections et conducteurs. Lors de son voyage en octobre 1899, le prince Henri de Prusse coupa la première tranchée et le i" juin 1904, on inaugura l'arrivée du rail à Tsinan,Jla capitale, à 455 kilomètres ; on a ouvert un embranchement de 43 kilomètres vers les poteries considérables de Pochan, en passant par les mines de Tsetchuan. Si les Allemands ne favorisent point du tout le projet chinois de Weishienà Tchifou, qui déchargerait la ligne de Tsingtau, en revanche ils n'ont point abandonné leur projet primitif de relier Weishien ou Kiaotcheo à Itcheo au sud, et ils ont presque réalisé la jonction de Tsinan avec Tientsin au nord (325 kilomètres); en outre, un emprunt de 1/5 millions de francs assure la jonction au sud avec le Yangtse à Poukeo. Un projet de Yentcheo à Kaifong donnant la communication à l'ouest avec les mines du Honan est envisagé favorablement et ne rencontre pas les grosses difficultés techniques auxquelles se heurtent les projets dits stratégiques qui rejoindraient Haicheo dans le Kiangsou à Singan dans le Chensi, par Sutcheo et Kaifong, à travers un pays chaque année inondé.
L'activité de l'homme à la côte et même loin du point de débarquement, et particulièrement l'activité allemande, est considérable dans toute cette région qui semblait le domaine du passé. Là où la Chine a fait abandon de l'exercice de sa souveraineté politique,
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la transformation est colossale. La locomotive qui nous introduit en pays chinois amène avec elle une rénovation : sur tout le réseau, l'influence allemande apparaît, style allemand des gares en briques et crénelées, à tours d'angle chaperonnées, communications au public en langue allemande ; et quoique les bureaux de la poste et de la police aient été repris par la Chine, la trace germanique n'a pas entièrement disparu. Peu importe que la Chine mette sa fierté impatiente à faire siennes les créations de l'étranger sur sonsol ; le travail étranger racheté, l'esprit de l'étranger ne disparaît pas du même coup. Tout le long de la ligne, non seulement l'Allemand a des droits à faire valoir sur le terrain, à droite et à gauche, sur une bande de 3o lis de large pour la mise en valeur, mais surtout l'autorité germanique est installée.
La manière allemande et les résultats qu'elle obtient sont manifestes, surtout à Fongtze. C'est la grosse exploitation de charbon de la Société minière de Tsingtau, au capital de 12 millions de marks. Là le Chinois est sous terre. A la surface on n'en voit pas; et pourtant 3 000 coolies travaillent au fond. C'est qu'ici, comme aux mines de Pinsiang dans le Kiangsi, qui alimentent Hanyang de charbon, et même de façon encore plus caractéristique, les mineurs chinois sont parqués dans des villages assez distants, à peine visibles du groupement européen. Celui-ci a des maisons relativement confortables, de larges allées spacieuses et plantées d'arbres, un casino central qui sert d'hôtel pour les visiteurs et de cercle pour la centaine d'Allemands qui logent là; le soir, les hommes jouent aux quilles bruyamment et boivent de la bière cordialement ; à la
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fin des réunions, les murs aux peintures et aux dessins modern-style, de couleurs claires et mourantes, entendent les touchants épanchements de la camaraderie teutone; et, une fois la semaine, la salle de musique, à l'acoustique excellente, accueille les femmes et retentit d'effusions encore plus émues. Tout ce luxe de société est d'un bon marché rare en Extrême-Orient, mais familier à l'économie allemande; par là, le travailleur allemand se retrouve chez lui. Le jour régnent la discipline et l'obéissance, tempérées sans doute par une certaine liberté, mais avant tout reparaît chez eux le sens de la subordination, de la place de chacun à son ouvrage.
Une trentaine d'Allemands, sur la centaine qui travaillent là, étant catholiques, ils ont obtenu de la mission qu'un moine allemand, en bure brune, leur soit spécialement donné comme chapelain et précepteur de leurs enfants. Ils l'ont installé dans un coquet petit chalet de bois : les sœurs lui apportent ses repas tout cuits et, sans préoccupations de propagande auprès de l'indigène, le franciscain en costume mène une vie intellectuelle imprévue dans ce groupement industriel oii le travail matériel est intense. Naturellement le portrait de Guillaume est partout au milieu des drapeaux et des draperies romantiques, dans les lieux de réunion et chez beaucoup de particuliers.
L'exploitation de Fongtse compte trois puits, dont l'un a 400 mètres de profondeur et les autres plus de 2S0; la ventilation y est fort bien organisée, contrairement à ce qu'on trouve dans telles fosses du Chansi, oii Allemands et Chinois travaillent de concert. On m'a assuré que l'exploitation outillée tout à fait à la moderne revenait à meilleur marché qu'en beaucoup de
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mines allemandes. L'un des puits porte le nom de la femme du gouverneur général de Tsingtau, Annie Trumpel, qui l'a inauguré. C'est la plus belle installation, la plus typique et la plus productive surtout des nombreux groupements allemands de l'intérieur de la Chine. Ceux-ci ne sont guère dépassés que par les Anglais, de beaucoup, il est vrai, surtout là oii, comme à Kaiping, ils ont laissé tout le travail du fond aux Belges. La prospérité de la Shaniung Bergen Gesellschaft lui permettait d'annoncer naguère la construction d'un haut fourneau et d'une usine pour laminer l'acier, ce qui n'existe encore qu'à Hanyang. On assure que gSo tonnes sortent journellement des puits de Fongtse et 700 de ceux de Hongchan, tout près de là, dans la vallée de Pochan.
En 1909, sur 100 000 tonnes expédiées, 3 000 allèrent en Allemagne, 12000 à l'étranger et le reste fut dirigé vers les ports indigènes.
Les Allemands ont aussi, comme les Anglais, près de Weihaiwei, tenté de mettre en valeur la mine d'or de Maochan, mais tant d'argent a été englouti pour un piètre résultat, que les capitalistes allemands ont demandé au gouverneur du Chantong de racheter leurs droits. A quoi le gouvernement répondit qu'à la date du 17 août 1910, les concessionnaires des cinq mines d'or, dont une seule a été exploitée, ont été déchus de leurs droits et qu'il n'y a aujourd'hui qu'à annuler, sans plus, l'accord d'autrefois qui leur donnait des avantages.
Dans le développement économique de l'intérieur par les étrangers, à côté des « techniciens », les missionnaires ont une place. Voici, par exemple, l'impor-
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tante maison de Tsining, où M. Berthelot, lors de sa tournée asiatique, fit la connaissance de Sieliang, à l'époque simple sous-préfet, hier encore vice-roi de Mandchourie. Le procureur, qui circule par la ville en charrette anglaise suspendue et à découvert, a acheté, à quelques kilomètres, à Taikiatchoang, une grande propriété qui est devenue ce qu'il appelle son « économie ». C'était une fort jolie villégiature mandarinale, dans le genre du palais impérial de Tchengtingfou où est installé l'évêché. Le propriétaire mandé àPéking, ayant besoin d'argent liquide pour se présenter à la cour, vendit son bien une trentaine de mille francs. C'est aujourd'hui, pour la meilleure part, une ferme considérable avec des moulins, des vaches, des cochons, des abattoirs ; tout un centre économique dont le rayonnement sur la campagne est fort important. Une autre partie des bâtiments abrite en août et septembre plus de 40 prêtres du vicariat qui font là leur retraite en jouissant de la fraîcheur d'un joli jardin chinois avec un kiosque au milieu d'une pièce d'eau, des grottes à la chinoise : la partie nord du parc renferme le cimetière de la communauté et les tombeaux des compagnons du fondateur, Mgr Anzer, qui mourut en voyage à Rome.
Tout le sud de la province est riche et fait par le canal un gros trafic avec Changhai, d'où arrivent toutes les marchandises de bazar européennes. La mission est dans les meilleurs termes avec les musulmans qui sont les plus influents personnages de la région.
Quand, en décembre 1890, la mission du Chantong méridional s'est soustraite à notre protectorat pour passer sous l'influence de l'Allemagne, Mgr Anzer travailla pour l'expansion de l'empire; le gouvernement
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de Guillaume mit beaucoup de zèle à faire régler les indemnités dues depuis longtemps aux missionnaires, et si la chrétienté, dans ce vicariat, malgré les ressources mises à sa disposition, n'a pas fait des progrès considérables (en 1910, les 60 prêtres allemands, aidés d'une dizaine de prêtres indigènes, ont à peine 60000 chrétiens), pourtant, au point de vue utilitaire, les difficultés qui étaient constantes, se sont plutôt aplanies et l'influence allemande est installée sur des bases solides. Cet établissement en un point du territoire, l'entretien de 3 5oo soldats protégeant un millier de commerçants et d'administrateurs, la menace ainsi perpétuellement en suspens aux portes de Péking, tout cela n'est sans doute pas étranger à la situation privilégiée de l'Allemagne pour les fournitures de matériel de guerre et les installations électriques, qu'elle monopolise par tout l'Empire. Grâce à sa situation au Chantong et malgré des froissements inévitables dans le traitement des affaires avec les fonctionnaires célestes, l'Allemand est mieux préparé qu'aucun autre pays à collaborer économiquement avec le Chinois.
A côté d*un voisin si remuant, qu'est-ce que le Chinois, pour sa part, est disposé à faire? Il paraît lui aussi très empressé, il parle beaucoup, il a des projets de toutes sortes et accepte toutes les propositions de prime abord, mais il n'est point homme à les réaliser, faute de compétence spécialisée. Depuis l'essor du port allemand sur la côte méridionale, les milieux chinois agitent perpétuellement la question de l'aménagement du vieux port chinois de Tchifou, par la construction d'un brise-lames et l'approfondissement des bassins qui permettrait à tous les bateaux d'y accé-
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der; on parle en outre de l'établissement des 272 kilomètres de voie ferrée qui, partant de Weishien, achalanderait le port, mais tout reste en question et rien n'a abouti. On a remarqué que le port allemand reçoit moitié plus de cotonnades à répandre dans l'intérieur du pays que le port chinois (i 400000 pièces pour le premier, 908000 pour le second) et que, pour les faire venir à Chaho, gros bourg à égale distance des deux ports, grâce au chemin de fer allemand, la dépense à partir de Tsingtau était environ un tiers en moins, soit 3 piastres 3o au lieu de 4,80 par ballot de 450 livres anglaises. Et pourtant, quoiqu'on annonce toujours que les 25 millions sont rassemblés pour ce petit chemin de fer, et que le ministère des Communications ait autorisé sa construction, la^situation reste la même. Dans un autre domaine, des ingénieurs allemands avaient proposé d'utiliser les grands vents de la plaine du Nord pour actionner des turbines qui, en faisant monter l'eau, permettraient l'irrigation et la fertilisation du sol; aucune suite n'a été donnée au projet. La capitale de la province n'a rien entrepris non plus pour dégager les rues près des portes de la ville, toujours embarrassées d'une multitude de brouettes chargées et grinçantes.
Dans la capitale, au milieu d'un grand champ spacieux, des constructions de briques se sont élevées et jusqu'à un observatoire ou du moins une terrasse astronomique. C'est l'Université provinciale, mais il y eut des révoltes d'élèves, des rivalités dans le personnel enseignant ou dirigeant, aussi peu discipliné que les étudiants, et quoique les bâtiments à la moderne eussent quelque allure, et que le confort eût été poussé jusqu'à l'établissement d'un bureau de pKDste à l'inté-
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rieur même des locaux universitaires, les résultats ne sont pas notables. Les natifs de Chantong ne sont pas gens d'études : travailleurs, mais batailleurs, bonnes natures de gens un peu grossiers et résistants à la fatigue, mais facilement emportés et querelleurs, ils font plutôt de bons soldats comme leurs voisins honanais. C'est de ces éléments qu'étaient composées les troupes de Yuan-Chikai, alors gouverneur de la province, quand il protégea la région contre le mouvement boxer. Après que l'organisation militaire se fut étendue dans l'empire, ce petit noyau conserva longtemps sa valeur et sa/éputation de discipline, mais là aussi le désordre et l'anarchie qui caractérisent la Chine moderne se sont introduits et ont affaibli la force des régiments cantonnés hors de la muraille, dans les champs vagues qui s'étendent au sud de la ville.
Tchifou fut un temps l'un des principaux centres de l'exploitation des coolies chinois; on y recrutait des travailleurs. Aujourd'hui, c'est là que s'embarquent sur de pauvres petits vapeurs de sociétés japonaises en général, le fret humain des émigrants qui, débarqués à Dalny se répandent dans toute la Mandchourie jusqu'aux points les plus septentrionaux de la province d'Heilongkiang, pour coloniser le pays.
Beaucoup passent même de là à Vladivostok et en Sibérie; annuellement plus de looooo individus quittent le Chantong.
L'initiative ne manque pas dans les classes supérieures non plus : la maison chinoise Tchang-yii a des plantations de vigne et 20000 hectolitres de vin en cave, dont le goût rappelle notre bordeaux, mais le produit n'est pas encore dans le commerce et les expériences se continuent sous la direction du vice-consul
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d'Autriche, M. le baron von Babo. Le fondateur, il est vrai, n'est pas un homme du pays, mais un Cantonnais qui passa quarante ans dehors et est aussi un riche propriétaire dans les détroits, à Java et à Sumatra.
Quel avenir est réservé à ce pays pauvre, qui n'est guère riche que d'antiquité? Sans doute, ce ne sont pas les belles collections des familles aisées retirées à Weishien et aux enfants desquelles les missionnaires américains offrent un enseignement moderne sur place, déjà avancé, ce ne sont pas les découvertes archéologiques, épigraphiques et historiques, ce n'est pas ce passé, si grand soit-il, qui a poussé les Allemands à installer Tsingtau si grandiosement, si coûteusement. L'intérieur chinois correspond-il à cette façade étrangère ? Il y a quelques années, M. Fernand Pila, aujourd'hui notre attaché commercial en Extrême-Orient, présentait le Chantong comme (( une province chinoise en progrès ». Depuis ce moment, au moins de la part des Chinois, peu de progrès ont été faits et c'est en cela justement que le Chantong est bien l'image en raccourci de tout l'Empire Céleste : il y a des promesses, des efforts; mais faute d'hommes, et d'esprit de suite il n'y a guère autre chose. L'étranger lui-même ne réussit pas à soulever ce poids mort de la routine, de l'envie et de l'incapacité qui demeure l'essentiel de la masse chinoise, malgré tous les détails contraires que nous nous plaisons à épingler et à mettre en lumière. Au Chantong, si considérable et si intéressée que soit la tentative allemande pour introduire là du nouveau et profiter de ce rajeunissement, la Chine persiste à apparaître comme un vieux pays qui ne bouge encore guère.
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Des hommes de la plus haute valeur ont administré la province; il y eut Yuan-Chi-Kai ; il y eut Souen- Pao Ki, ancien ministre de Chine à Pans et à Berlin. Ce dernier avait toute la confiance du tout-puissant prince King qui n'hésitait pas à lui témoigner son attachement en mariant récemment son fils, un Mandchou, à une fille chinoise de Souen Pao Ki ; et pourtant Tchifou ne se relève pas. Son commerce a baissé d'année en année (36 millions de taels en içoS, 28 en 1907) à peine se relève-t-il un peu aujourd'hui; cependant voilà cinquante ans que les Européens y sont installés. La France eut là au début, comme au Tchekiang^ grâce à notre marine, une brillante situation dont il ne reste plus que des tombes. Tchifou qui tentait encore les Japonais lors de leur guerre avec la Chine, Tchifou aux jolies collines et au climat délicieux au printemps et en automne, Tchifou qui, à deux jours de Changhai eût pu être une aussi agréable station d'été que Tsingtau, Tchifou est abandonné parce que les Chinois n'y ont rien fait et n'y ont même pas toléré une concession. Le port est mieux desservi que celui de Tsingtau où touchent seulement les paquebots allemands; mais il n'y a plus guère maintenant que d'excellentes écoles anglaises et françaises pour les filles et pour les garçons, où beaucoup d'enfants de résidents en Extrême- Orient sont dans les meilleures conditions pour recevoir une bonne instruction; il n'y a plus que des brodeuses à la main qui font les fines dentelles; et le port, par les mauvais temps est tout à fait inabordable ! Les Chinois attendent-ils d'avoir racheté Weihaiwei aux Anglais avant d'aménager Tchifou?