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DEUXIEME PARTIE LE POURTOUR DE L'EMPIRE CHINOIS

L'opposition du Nord et du Centre avec le Sud et l'Ouest population, climat, terrain, tempérament.

Le bloc proprement chinois, comprenant le nord et le centre du pays jusqu'au bassin du Yangtse, avec les terres impériales de Mandchourie qui, en servant aujourd'hui au nord de lieu d'expansion et de colonisation, font que la position de Péking devient plus centrale pour une capitale; toute cette Chine antique, qui n'avait guère subi l'influence de l'étranger et n'était pour ainsi dire pas encore en rapports commerciaux avec lui, il y a seulement cinquante ans, puisque les plus vieilles grandes relations d'affaires avec les Chinois se faisaient effectivement non point par les routes transcontinentales de l'Occident qu'avaient fréquentées les pèlerins, mais bien au sud par mer, et comme à la porte du pays, par Canton, — cette masse chinoise est bordée et comme protégée : au sud, au delà des monts, par les provinces côtières du Foukien et du Koangtong, et par ce qu'on appellerait volontiers la marche du Koangsi, si cette province frontière était un champ d'action militaire au lieu d'un foyer

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révolutionnaire; à l'ouest, par les montagnes presque inviolées et difficilement franchissables du Yunnan, du Sseutchoan et du Kansou.

Ce cadre de montagnes avec derrière elles la mer, l'étranger ou le barbare, voilà la ceinture de l'empire, Chine méridionale ou Chine occidentale ; les deux régions — même à partir du sud du Tchekiang oii se rencontrent des Ikias, des Akkiasqui ne se mêlent pas aux Chinois, — sont peuplées par une quantité incroyable de races à l'ethnographie la plus compliquée et la moins connue, car les annales chinoises ne parlent pas très amplement de ces ennemis; et nous n'avons plus guère de chances d'être renseignés sur l'histoire de ces peuplades que par l'épigraphie, de même que seules des recherches ethnographiques peuvent nous renseigner sur leurs mœurs actuelles. Ikias, Akkias, Miaotze, Lolos, Mossos, Thais, Hoklos, et jusqu'aux aborigènes Sai de l'île de Hainan : autant de populations non chinoises, parmi d'autres, plus ou moins assimilées et plus ou moins indépendantes qui habitent tout ce pourtour.

Ce n'est pas qu'il n'y ait point eu du tout de fusions : l'œil vif et l'intrépidité de tel vice-roi chinois dont l'influence fut bouleversante un moment à Péking, étaient expliqués par le sang de barbare miaotze qu'il aurait dans les veines; mais l'assimilation n'a point formé un conglomérat national comme au nord.

Le climat, d'ailleurs, ne favorise guère l'effort politique tenté pour unifier les deux parties de l'Empire, centre et écorce. L'homme de Canton émigré à Péking ne s'y acclimate pas; rarement, sa famille le suit; il continue, même à grands frais, de se nourrir selon le régime de son pays d'origine, et toujours il s'accoir

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mode mal de l'air rude et vif qui vous glace dans la capitale. Il n'y est guère retenu que par les intrigues mandarinales auxquelles l'oblige son ambition de jouer un rôle prépondérant dans la politique du pays. L'homme du Sud ne veut pas renoncer à ses droits au profit du Nord et c'est la politique qui unit malgré eux ceux que divisent la race et le climat. De même que le trop-plein de la population au Chantong gagne le Nord pour y coloniser, l'excédent des populations maritimes des côtes méridionales se dirige toujours au sud, vers d'autres rivages, même étrangers. Les pêcheurs du Foukien ne vont point exercer leur métier sur les côtes poissonneuses du nord de la Chine, où abondent les petits bateaux japonais; les méridionaux ne font pas d'affaires avec le Nord, ils entendent seulement ne pas être dominés politiquement par lui : ils veulent leur part des honneurs et du gâteau gouvernemental. Il n'en est pas de plus frappant exemple que la récente dépossession des nobles mandchous et l'exploitation de leur domaine par les administrateurs chinois; le Sud se tailla là une part de lion.

Enfin, au point de vue géographique, le lien est mal soudé entre les deux parties. Les rivières du Sud sont indépendantes : elles n'ont ni attache ni centre commun entre elles, sauf précisément le noyau du Nord d'où elles semblent partir pour diverger en éventail vers la mer à la côte convexe; les monts aux sources de ces fleuves entravent les communications entre leurs bassins et empêchent tout rapport avec le bassin limitrophe du Yangtse. C'est la mer qui seule sert de lien à ces pays, la mer que les gens du Nord pratiquaient et goûtaient si peu, que pour la remplacer, ils avaient creusé à l'intérieur des terres le gigantesque Grand

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Canal qui assurait la communication entre Tientsin et Hangtcheo, aux deux pointes extrêmes de leur région. Alors que le Nord est une plaine merveilleusement féconde, arrosée par tout un réseau de rivières et de canaux à l'entretien desquels il suffit de veiller attentivement pour éviter l'inondation ou la famine, le Sud, avec ses quelques vallons, le plus souvent livrés à la culture de l'opium et défendus contre la rigueur des lois d'interdiction par leur inaccessibilité même, le Sud ingrat et mal peuplé rejette ses habitants vers la révolution ou vers l'étranger, au delà des frontières et au delà de la mer même. En dehors de la tradition, en marge de l'empire, le Sud fournit peut-être les plus forts contingents à la Chine nouvelle et à la plus grande Chine, mais c'est cela même qui le distingue de la Chine proprement dite. Même quand les hommes au pouvoir à Péking sont des politiciens comme Kan you wei, originaire de Canton, ainsi que le docteur Sun yat sen, et tous deux chefs de l'école réformiste et révolutionnaire, ou des mandarins comme le farouche vice-roi Tsen, l'accommodant secrétaire d'État Liang et son ami Tang et le riche ministre industriel Tcheng, tous compatriotes méridionaux, l'union est si peu faite entre le Nord et le Sud qu'autour du vieux prince King ou du régent, un noyau de Hounanais, de Honanais, ou d'hommes du Kiangsou, tient toujours tête aux gens du Midi et assure la stabilité du trône par ce régime de bascule,.

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