‹ La Chine moderneChapitre 21 sur 38 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Une côte, une frontière et un groupe de centres urbains.

Le sud de la Chine comprend essentiellement la côte et la frontière, deux éléments qui existent à peine au nord, où l'importance est toute concentrée dans la masse et non point aux extrémités. Dans la Chine méridionale, faute d'un centre d'attraction autour duquel se groupent les parties éloignées, celles-ci doivent être étudiées en elles-mêmes. Elles offrent, d'ailleurs, chacune un intérêt particulier qui manque au nord : le rivage de la mer, par suite de la configuration spéciale des côtes qui non seulement sont excellentes et si dissemblables des grèves plates, basses et à peine découpées de la plaine du Nord, sans refuges contre le mauvais temps qui y est fréquent, mais encore sont pourvues de grandes villes que la venue des étrangers y a développées, Foutcheo, Amoy, Soateo surtout; la frontière, par suite du voisinage du Tonkinet des troupes européennes que nous entretenons là. En aucun autre point du territoire, la

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Chine n'est ainsi en contact immédiat avec une armée toute proche organisée, outillée, commandée à l'européenne, sinon toute composée d'Européens. Cela constitue, dans les préoccupations chinoises plus encore que dans la réalité, un voisinage d'un ordre spécial qui nuit sans doute à la bonne entente qui semblerait naturelle entre la France et la Chine. Irritables à l'excès, les journaux du Sud entretiennent dans les populations de la région frontière un état d'agitation et de fermentation dont la sécurité et le calme de notre possession du Tonkin ne sont point sans souffrir.

Entre la côte et la frontière il y a un point de jonction : c'est précisément l'endroit où le fleuve de l'Ouest, après avoir longtemps coulé au delà des monts parallèlement à la frontière, vient se jeter dans la mer près de Canton, situé au fond de l'estuaire en entonnoir, de la rivière delà Perle; sur la mer, sont Macao sur le continent, et sa remplaçante moderne Victoria dans l'île de Hongkong, en face de Kaolong, tête de ligne du prochain transchinois Canton-Péking par Wout'chang.

La côte, la frontière, et, entre les deux, ce nœud de relations constitué par les centres urbains de Canton, Hongkong et Macao qui tendent à s'unifler, voilà la triple base de la Chine méridionale et les éléments qui lui sont propres et caractéristiques dans tout le reste de l'Empire. Ce ne sont pas les parties les moins agissantes dans la Chine moderne. Ce sont les moins unies à la masse.

La Côte chinoise

Double aspect de la côte au nord et au sud de l'archipel des Tchousan. — Le rivage intenable : manque d'abri contre le gros temps ou piraterie. — Les qualités nautiques du Chinois relèvent plus de la batellerie que de la marine. — Les vallées isolées. — Les ports avec bateaux à vapeur. — Les projets de voies ferrées d'intérêt local.

Du golfe du Petchili au golfe du Tonkin, on compte près de i ooo lieues de côtes et le chiffre doit être doublé si l'on y ajoute les multiples anfractuosités du rivage méridional à partir de la baie de Hangtcheo.

Au nord, jusqu'à l'archipel des Tchousan qui ne renferme pas moins de 80 îles barrant l'entrée des baies du Tchekiang, la plaine du fleuve Jaune, avec ses cultures de grains, et celle du fleuve Bleu, avec son coton, viennent mourir à la mer sur de vastes étendues d'alluvions et de sables apportés par les fleuves limoneux; et le rivage découvert, protégé par des digues et drainé par des canaux barrés d'écluses, gagne constamment sur la mer. Peu à peu, les golfes se comblent, la terre avance et Changhai, autrefois sur le rivage marin, est aujourd'hui à 18 kilomètres de Ousong oti s'arrêtent les paquebots et les gros bateaux de guerre, et à 70 de la mer. Les côtes du Chantong exceptées, le rivage n'est jamais accore comme nous le trouverons au sud; la darse méditerranéenne ou le bassin sont inconnus; il n'y a pas d'atterrage ferme. Ces plaines de vase, ces golfes marécageux n'offrent point d'abri aux bateaux secoués par la grosse mer, fréquente dans ces parages; encore toutes ces lagunes ne sont-elles

Là côte chinoise iSS

pas cultivées et riches comme le polder hollandais; à peine quelques salines sont-elles exploitées. Certains ports sont gelés l'hiver et la mer est en toute saison mauvaise. Les grandes malles asiatiques ne fréquentent pas ces parages, et de Changhai gagnent directement le Japon. Cette côte inhospitalière est seulement desservie par des compagnies locales qui touchent, les allemandes à Tsingtau, les autres à Tchifou, avant de gagner Tientsin soit par l'embouchure sablonneuse et la barre du Pého quand ses eaux ne sont pas prises par la glace, soit par Tsingwangtao accessible toute l'année.

Au sud de l'archipel des Tchousan, après la baie de la rivière de Ningpo, l'aspect de la côte change entièrement. Elle devient granitique avec des dentelures et des découpures abondantes, des îles nombreuses tout le long du rivage et qui le protègent, des baies bien abritées et souvent profondes. Elle est très fréquentée par de grosses jonques plates sans fond, ce qui leur permet d'aborder sur les quelques grèves qui se rencontrent encore d'occasion et surtout de ne pas s'ouvrir sur les écueils à peine couverts d'eau qui séparent les îles.

Partout des havres et des escales, des relâches possibles : baie de Ningpo, baie de Siangchan, où la marine projette d'établir une station navale; baie de Sanmen, baie de Taitcheo, baie de Wentcheo, rien que sur la côte du Tchekiang. Dans le Foukien, les plus importantes parmi beaucoup d'autres sont celles de Nankoan, Foutcheo, Hinghoa, Tsiuentcheo et Amoy. Enfin, dans la province de Canton, il faut relever les baies de Soateo, Hongkong, territoire anglais, Kouangtcheo, territoire français, Hoihaoi

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dans l'île de Hainan, Lientcheo, avec le port de Packhoi. L'on arrive ensuite à la baie d'Along si réputée, sur la côte tonkinoise.

Au fond de beaucoup de ces baies se déverse une rivière dans laquelle chaque jour, ainsi que dans les canaux, la marée monte à 3o, 40, 5o kilomètres et quelquefois davantage : sous ce double mouvement du flux et du jusant, la batellerie s'est très développée. Le poisson remonte avec la marée et des barrages de bambous en travers de la rivière le retiennent, sans toutefois entraver la navigation, les tiges pliant au passage des barques ou des petits vapeurs pour se redresser ensuite.

Toute la mer, intenable à cause du vent, des typhons, du mauvais temps général et des brumes fréquentes, l'était encore, plus particulièrement dans sa partie méridionale, à cause des pirates. Sur les îlots multiples, au fond des baies sûres, mais gardées par des labyrinthes de passages dangereux et mal connus, les pillards pouvaient à leur aise exercer leur métier, auquel ils n'ont renoncé que devant les vapeurs. Inattaquables, une fois nichés dans leurs repaires, ils défiaient les autorités mandarinales et leur destruction ne commença guère à être effective qu'en iSS/, époque à laquelle le commandant Collier de la marine française arrête à Ningpo la lutte que les pirates cantonnais, montés sur leur flottille de sauterelles (}^OTCidLngting), livraient aux lorchas portugaises qui convoyaient alors et protégeaient les marchandises.

Le développement de la marine à vapeur donna le dernier coup à ces écumeurs de mer d'autant plus redoutables et audacieux qu'ils luttaient pour leur vie même : quand ils n'arrivaient pas à faire pousser

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