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LA CÔTE CHINOISE

d'histoire maritime; ils n'ont pas de port qui soit le point de départ vers le large; leurs endroits d'embarquement sont ceux où se pratiquait la traite des travailleurs, le racolage des coolies, comme Tchifou, Macao, où se recrute encore aujourd'hui le contingent des émigrants qui, pour une vingtaine de francs, font, empilés dans des bateaux à leur usage, la traversée de Amoy à Bangkok, Singapour ou Pinang.

Tout le long de la côte méridionale. Cantonnais ou Foukiennois, marins réputés, n'ont jamais fait que du cabotage. Leurs pêcheurs ne s'éloignent pas comme nos marins d'Islande ou de Terre-Neuve, et comme les Japonais qui pullulent sur les côtes poissonneuses de la Chine ; le Chinois se contente de tendre ses ûlets quand l'eau salée envahit l'eau douce. Son effort s'applique moins à lutter avec l'élément liquide qu'à l'éviter. On lui connaît peu de littérature maritime, ou de portulans, car ses itinéraires vers l'étrangertraversaient par le continent. Il n'a point le goût des grèves, et ne vient pas au bord de la mer pour l'admirer; il n'a de culte naturiste que pour les monts et les fleuves. C'est tout au plus si, sur les plages que les Européens ont créées comme Peitaho, près de Changhaikoan, au nord du Tcheli, le Trouville de Péking, ou Koulangseu, dans l'île européenne d'Amoy, l'on peut voir quelques Chinois pêcheurs. Quelle différence d'animation avec le spectacle qu'offrent chaque jour le retour des barques sur nos plages de la Manche par exemple.

Autant le Chinois a fait de travaux dans l'intérieur, digues de protection contre l'inondation fluviale, levées dans la plaine du Hoangho aussi considérables que celle de la Loire, creusement de canaux, établissement de lits pour les fleuves, autant il a entrepris

pour maîtriser les cours d'eau, autant il a peu fait pour conquérir la mer! Il s'éloigne de la côte; il faut des misérables manquant de tout et la foi entreprenante des missionnaires catholiques pour construire, comme à Tsu-ko-dié, en face de l'île de Poudou, l'admirable digue de pierres de i 5oo mètres de long sur 3 de haut et 5 de large, qui a repris loooo arpents de rizières sur la mer et rendu de quoi vivre à un millier de familles. Le Chinois de lui-même ne prend pas l'initiative de pareils travaux, pas plus qu'il ne pratique l'élevage : le fromage qu'il mange est fait de soja, et le beurre dont il commence à user vient d'Australie ou de Sibérie. Il connaît depuis longtemps les gats pour descendre au fleuve et certaines de ses rivières, que la crue fait monter de plusieurs mètres en une nuit, ont leurs berges bien pourvues d'escaliers; mais il n'en a pas au bord de la mer, sauf dans l'île des bonzes, la joyeuse et brillante Poudou, dans les Tchousan, où le débarcadère est constitué par des jetées de pierre branlantes, en gradins, le long desquelles les bateaux abordent comme dans un fleuve, au risque d'être rompus dans la poussée des vagues. Je ne connais qu'un quai maritime proprement chinois, c'est la longue digue de Haimen dans la baie de Taitcheo, au Tchekiang, encore est-elle l'œuvre d'un missionnaire qui l'entreprit de concert avec les notables du pays. Dans cette région, cependant, désormais purgée des pirates qui la ruinaient, les vapeurs se sont multipliés : trois pourChanghai, deux pour Xingpo, un pour Wentcheo; ce sont des bateaux pouvant porter 400 passagers, dont 20 à 5o de première classe. D'ailleurs, quelque louable que soit cet effort, il n'aura pas de succès, et l'arrière pays ne peut fournir le fret pour tant de bateaux en concurrence.

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