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LA CÔTE CHINOISE I

Sur la côte, au delà de Canton, Hoihao, dans l'île de Hainan, semble vouloir changer ses terres incultes en pâturages et se préparer à alimenter Hong Kong d'un autre bétail que le porc, dont il lui fournissait jusqu'ici de grandes quantités; mais le lieu d'ancrage n'est non seulement pas protégé, mais même pas relié à la ville distante de 4 ou 5 kilomètres, par un canal assez profond pour donner accès à de fortes jonques : il faut changer d'embarcation pour faire ces 4 kilomètres à marée basse. Les typhons sont d'ailleurs redoutables dans la région et l'on n'a pas encore trouvé le moyen de les prévoir assez à temps pour protéger la navigation. Celle-ci, entre Haïphong et Hong Kong, est depuis longtemps entre les mains de notre audacieux et tenace compatriote A.-R. Marty. En outre, un riche Chinois de Penang a obtenu le droit d'exploiter les ressources de Hainan et y a découvert un minerai d'étain de 60 p. 100 de teneur; l'île a donc, grâce à la société, au capital de i million de dollars, déjà fondée, de fortes chances d'être développée.

Packhoi, enfin, est proche de la frontière, et des cultivateurs sans travail se sont unis quelquefois aux soldats déserteurs, mais il n'y eut pas de troubles graves. Le pavillon français domine dans le mouvement du port, suivi pourtant à quelque distance par l'allemand. En vertu des conventions de 1898, nous avons le droit de joindre Packhoi à Nanning (200 kilomètres) et Nanning à notre voie de Langson en passant par Longtcheo (160 kilomètres), ce qui nous a fait protester contre le projet chinois de relier Lientcheo à Nanning qui semble d'ailleurs abandonné aujourd'hui. En somme, l'activité des Chinois du Sud et particulièrement de ceux qui sont de retour de Californie,

d'Australie et du Canada, s'applique plus encore sur la côte à développer les chemins de fer qj.ie la navigation. Parmi les projets de voies locales que le décret du 9 mai 191 1 laisse à l'initiative régionale, les plus avancés de ces chemins de fer côtiers sont : d'une part ceux du Tchekiang et peut-être ceux du nord du Foukien devant rattacher Foutcheo par Yenping à la ligne déjà construite de Nantchangà Kioukiang — l'hinterland de cette ligne serait constitué par la majeure partie de la province du Kiangsi — ; d'autre part, les chemins de fer cantonnais dirigés vers le nord, au moins jusqu'à Soateo. Au contraire, il semble bien que les Chinois n'aient point l'intention d'établir la communication avec la frontière tonkinoise. Leur but paraît être de remplacer la voie maritime beaucoup plus que d'alimenter les ports ; et le Chinois, même quand il a voyagé au delà des mers et y a fait fortune, une fois de retour dans son pays natal baigné par la mer, s'intéresse encore plutôt aux nouvelles entreprises de chemin de fer que de navigation; tout au plus, a-t-il tenté la fondation d'une grande compagnie sino-siamoise de Soateo à Bangkok.

Macao. — Hong Kong. — Canton

Attrait pittoresque, historique et moderne du triple centre méridional. — La place de Macao ; grandeur et décadence. — L'opposition entre Hong Kong et Canton. — Manque d'équilibre et richesse de la ville chinoise. — Puissance et fermeté de la colonie anglaise. — Rôle de Canton en Chine.

Aucun endroit en Chine ne réunit plus d'attraits que

MACAO, HONG KONG, CANTON igg

Canton et ses environs, Hong Kong, Macao, Heungtcheo. Ce n'est pas seulement la beauté incomparable de la nature, le charme de l'eau claire qui baigne ces îles multiples; c'est encore l'arrivée à Hong Kong, surtout de nuit, l'impression inaccoutumée de toutes les lumières étagées le long du roc et semblant escalader l'horizon jusqu'aux étoiles. Le jour, au contraire, de la rade où les paquebots sont mouillés, les fenêtres des énormes bâtisses à plusieurs étages renfermant bureaux et magasins, prennent à cette distance l'aspect de trous noirs et mystérieux; on dirait autant d'entrées de cavernes alignées, autant de bouches de galeries d'une industrieuse cité s'enfonçant dans la montagne. Une fois débarqué, on trouve de la verdure, des promenades délicieuses dans les bois avec des échappées de vue sur la mer verte ou sur les masses bleues d'eau de source accumulée dans les lacs réservoirs. Le grave aspect un peu écrasant de la ville vue du port s'oublie vite.

Tout autre est l'arrivée à Macao, après trois ou quatre heures de bateau de Hong Kong. Là, au contraire, l'aspect de la ville est frais, jeune et gai d'apparence : les crépis sont badigeonnés de couleurs claires : crème, mauve, vert d'eau, bleu ciel, rose, jaunâtre, du ton le plus tendre. Les vieux bannians touffus et pleins de pousses montrent une verdeur et une vigueur qui ne laissent point soupçonner leur âge; les ruines de fortifications — quelques masses sombres qu'on distingue à peine sur les hauteurs — ne paraissent pas écraser la ville et peser sur ce lieu de plaisance. Tout ce beau quartier est situé dans une anse battue des flots, et chaque bateau qui entre semble passer la ville en revue avant de tourner le cap

pour aller derrière s'amarrer au ponton du port intérieur, dans le quartier chinois. Situé sur l'autre face de la presqu'île, celui-ci est d'aspect aussi monotone et régulier que Hong Kong, avec la ligne interminable de ses baies étagées, mais plus triste encore, tant ici ces casernes du commerce apparaissent délabrées, désuètes, disproportionnées et comme désaffectées de leur première destination en passant à des occupants qui n'y semblent pas chez eux.

Que de souvenirs historiques s'attachent à ces premières escales ! Ce fut là que relâchèrent et s'installèrent les premiers Occidentaux venus pour entrer en relations avec le monde jaune, les marchands arabes, visiteurs réguliers de ces parages au dixième siècle ; les Portugais y abordèrent au début du seizième, les Hollandais, les Anglais et les Français au dix-septième siècle. Ce fut il y a seulement soixante-dix ans, le théâtre des luttes auxquelles Hong Kong doit sa naissance.

Peu à peu, Canton prenait de l'extension et débordait au delà de ses murs dans les faubourgs de l'est et de l'ouest, tout le long du fleuve de la Perle, jusqu'à former l'immense quai de plusieurs kilomètres qui se construit morceau par morceau et qui reliera bientôt le nouveau quartier militaire, à l'est, le quartier où s'élève la nouvelle Chambre des députés provinciaux, avec le quartier neuf aussi, à l'ouest, d'oii partent les voies ferrées indigènes vers Samshui à l'ouest, vers Yngtak et le Hounan au nord.

C'est aujourd'hui un centre d'affaires, un centre de vie active et moderne qui ne le cède à nul autre, même à Changhai. Aucun endroit en Chine oh l'agitation politique soit plus tumultueuse et remuante que dans

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