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les cercles cantonnais : aucun où les initiatives soient plus hardies, les volontés aussi décisives que confiantes en elles-mêmes, les entreprises aussi importantes et les résultats aussi grands qu'à Hong Kong.
Il n'est pas jusqu'à la paisible et antique fondation portugaise qui ne ressente cette fièvre de vie moderne : une bonne partie de l'année 1909 ne fut-elle pas troublée par des bruits de guerre prochaine, par des escarmouches, des réclamations violentes, des discussions intransigeantes à la Commission de délimitation de Macao qui, pendant quatre mois, tint neuf séances à Hong Kong sans arriver à conclure et finalement se sépara après que le délégué portugais, se rendant à Péking, eut proposé de soumettre la question en litige à l'arbitrage du tribunal de La Haye. Dans les préoccupations de la Cour au'[sujet de la politique étrangère, la question de Macao n'avait pas moins d'importance que celle de Mandchourie; et les émeutes, les mutineries qui éclatent constamment dans cette capitale méridionale, l'assassinat en avril 191 1 du maréchal tartare, la première autorité de la province, les coups de feu, les incendies, l'essai de révolte tenté par les révolutionnaires vingt jours après et dont la décision d'un jeune vice-roi de trente-sept ans vint seule à bout, tout cela donne au groupement méridional une importance de premier ordre dans la Chine moderne.
Aussi bien cette partie de la côte est de beaucoup la plus fertile. Le delta du Fleuve de l'Ouest, riche terre d'alluvions, et bien travaillé, très peuplé, est tout à fait comparable au delta tonkinois; encore le port d'Haiphong, un peu à l'écart de la grande route au fond du golfe duTonkin, et le centre administratif
de Hanoï ne sont-ils pas près de jouer le rôle de Canton et de Hong Kong au débouché de la plaine, à moins que des capitaux aussi importants que ceux qui furent engagés sur le roc de Hong Kong, ne développent bientôt toutes les richesses de notre colonie.
Dans la Chine moderne, quelle est la part respective de chacune des trois villes? Le rôle de Macao est-il fini, et n'est-ce plus qu'une survivance d'un passé glorieux? Ne compte-t-elle plus que des énergies usées, se dissolvant dans les plaisirs de l'existence et dans le jeu qui constituent une grande occupation de la population de Macao et de la race spéciale des Macaïstes, répandus aujourd'hui par toute la côte asiatique comme employés dans les maisons de commerce des grandes nations, mais sans comptoirs propres? Quand, un moment, la France songea à racheter Macao, sans doute les auteurs du projet croyaient-ils à un renouveau possible de vitalité dans l'ancien cadre, et les Anglais de Hong Kong n'étaient pas sans s'en inquiéter.
Macao fut aussi convoité des Chinois de Canton ; n'ayant pu l'obtenir, ils ont rêvé de créer de toutes pièces une ville et un port sur la même presqu'île, à quatre lieues seulement, à Heungtcheo, sans même réfléchir d'ailleurs que Kengsingmoon, un peu plus loin mais mieux abrité et plus profond, eût pu être un meilleur choix. Le rêve n'est pas sans fondement sérieux et il ne manque pas de Chinois ayant acquis fortune et expérience à l'étranger, capables de le faire aboutir. D'abord par souci patriotique de doter leur pays d'un organe essentiel de grand rapport, dont l'utilité est incontestable dans ces parages, et dont le succès peut être assuré par des commerçants qui savent
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pr9.tiquer avec une si parfaite entente le boycottage le plus rigoureux : et peut-être aussi par désir égoïste de se créer, non loin du pays natal dont ils ne s'accommodent plus, une ville confortable, organisée et administrée à leur gré, avec la lumière électrique, des tramways, des jardins publics, de l'espace, de l'eau, tout ce qu'on ne peut que malaisément introduire dans les vieilles villes chinoises. Le jeu et l'opium seraient interdits; ce serait la vie moderne active et méthodique avec ses services de police, de bienfaisance, ses postes d'incendie et d'électricité. Toutefois, il n'y a encore que quelques constructions modernes élevées le long des rues larges et rectilignes et des emplacements réservés, soit pour les docks, soit pour les administrations. Rien n'est encore terminé, mais le projet prouve au moins que le Chinois a senti tout ce qui manque au point de vue moderne à Macao et cherche à y remédier. Macao pourrait être une des villes de plaisir de l'Extrême-Orient, le Monaco de cette côte orientale. Jour et nuit, des centaines de maisons restent ouvertes, brillamment illuminées dès que l'obscurité tombe, oij la clientèle des petits joueurs ne cesse de fréquenter. Il y en a autour de la table, au-dessus, dans les galeries d'oii ils font descendre leurs mises au croupier par de petits paniers suspendus à des ficelles; pendant les vingt-quatre heures de la journée les tenanciers de ces tripots comptent les sapèques quatre par quatre et payent le double de leurs enjeux aux gagnants calmes, mais tenaces, qui s'acharnent à la fortune. On y vient de Hong Kong, les Chinois surtout, mais aussi les Européens, le dimanche, de Canton, de tous les points de la côte où il y a de la richesse; les promeneurs vont là comme de Changhaj
on prend le bateau pour l'île de Poudou, comme nous allons au bord de la mer pendant la saison.
Sur le versant chinois, une fois traversé le quartier des maisons basses qui longe le port et où demeurent tous ceux qui vivent du trafic des jonques, au fur et à mesure qu'on escalade la colline, on rencontre des habitations moins sales, des maisons à patio, fermées par une grille en bois travaillé, des demeures d'apparence bourgeoise qui ne seraient pas déplacées dans certains coins de la péninsule ibérique; dans ces nids de repos et de nonchalance asiatique, l'homme d'affaires goûte le farniente.
Il y avait aussi jusqu'ici de nombreuses fumeries d'opium, une bouillerie énorme exploitée par un Chinois qui payait au gouvernement portugais pour ce monopole près d'un million de droits annuels. Mais les menées du comité politique de Canton semblent devoir changer beaucoup la situation aussi bien que les ressources de Macao, tant au point de vue du jeu qu'à celui de l'opium. Il ne restera plus alors à cette extrémité de la péninsule que la jolie promenade de la Praia Grande: animée] par les brises du sud-ouest, baignée par la marée déferlant au pied des vieux arbres, furieusement parfois quand le typhon fait rage, mais le plus souvent harmonieusement, ainsi que sur une jolie plage de la Manche, avec les voiles des jonques et la fumée des vapeurs comme fond de tableau; l'avenue Vasco-de-Gama, le jardin délicieux et paisible de Camoens, les boulevards bien construits et bien entretenus, les rues pittoresques cimentées et caillouteuses montant vers les églises ou les monastères, désertes le plus souvent, paisibles, reposantes. Il restera toujours ces vieilles et immenses maisons anciennes aux vastes
A l'arrivée d'un bateau : les porteurs et leurs brcxuettesi.