‹ La Chine moderneChapitre 27 sur 38 · MACAÛ, HONG KONG, CANTON 2O · texte numérisé non relu

MACAÛ, HONG KONG, CANTON 2O

pièces, aux cours et aux escaliers spacieux, avec leurs sous-sols aux soupiraux grillagés; c'est dans ces barracoons que les coolies attendaient d'être expédiés ou vendus au temps de la traite des jaunes, si active au début de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Elles auront toujours, ces demeures, leurs jardins à belle végétation tropicale, et leurs terrasses ayant vue sur les flots.

Et quand le port intérieur s'embourberait par tout ce qu'apporte à la mer le fleuve de l'Ouest ; quand la rade n'offrirait aux bateaux modernes ni l'abri ni la profondeur que n'exigeaient pas les caravelles du seizième siècle, le noble aspect des casernes qui semblent là comme de petites garnisons de province avec leurs cours d'exercices sans grand mouvement, où n'évoluent pas plus de cinq cents hommes, fantassins, artilleurs, cavaliers, et même Hindous de Goa et Chinois enrégimentés, gens de police de terre et de mer. Européens et hommes de couleur; la vétusté des fortiâcations, la place que tient le clergé sur le terrain et dans la société de la colonie, l'imposante administration diocésaine qui remonte à i58o, les ruines de la cathédrale Saint-Paul bâtie à la un du seizième siècle par des ouvriers japonais pour les Jésuites portugais, brûlée par les Chinois en i835, et dont le portail de granit précédé de son grand escalier atteste encore toute la majesté : jusqu'au vieux nom de « loyal sénat », par lequel on désigne le conseil municipal depuis i583, conseil qui, pendant deux cents ans, décida souverainement alors que le gouverneur n'avait qu'une autorité militaire, tout, sur ce coin de terre, rappellerait encore un passé que l'Europe latine au moins ne peut pas oublier.

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La population de Macao se dispersé; les Chinois augmentent, il n'y a guère que 4000 Portugais contre 75 000 Chinois. Les Portugais émigrent, on en trouve des centaines à Hong Kong et à Changhai, des dizaines à Canton, Foutcheo, Singapoure, Sorabaya, Yokohama, Bangkok; le petit budget local, d'environ 3 millions, dont un tiers fourni par l'opium, un tiers par le jeu de fantan, deux ressources fort compromises, n*est plus très équilibré. Il n'y a point d'autre industrie importante que la cimenterie de l'Ile verte ; tout le reste n'est que pêcheries et petit commerce chinois, le tout dominé par le phare blanc de Nossa Senhora da Guia qui, depuis 1864, le premier sur les côtes chinoises, éclaire à près de 40 kilomètres à l'entour. Mais à supposer même que Macao doive n'avoir bientôt pas plus d'importance que Saint-Jean, l'île voisine et délaissée, ou Lappa, ces deux premiers établissements portugais de la région qui devancèrent Macao d'une quarantaine d'années, et qui, si florissants au début du seizième siècle, sont aujourd'hui bien oubliés; quand Macao, malgré son long passé de prospérité, malgré la souveraineté que lui reconnut le traité de Péking en 1886, quand même Macao, déclaré port franc comme Hong Kong en 1845 et théâtre d'une courageuse résistance en 1849, rappelée par la Porta da Cerco, ne pourrait plus se maintenir devant sa rivale anglaise, ce n'en serait pas moins un symbole dont la place reste importante jusque dans la Chine moderne.

Aujourd'hui la lutte est entre Hong Kong et Canton. Si accaparante que soit la métropole chinoise, à laquelle les autorités de la douane attribuent jusqu'à trois millions d'habitants, l'activité cantonnaise ne peut entre-

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tenir le fol espoir d'absorber Hong Kong, La ville anglaise sur son îlot reste le home distant où se tient chez lui l'Anglais du dehors, l'être du monde le plus jaloux de sa dignité de blanc, le moins accessible aux essais de collaboration ou d'association qui constituent les principes de la politique française à l'égard des indigènes. Hong Kong est une possession de la Couronne, où le Chinois n'est admis qu'à la condition d'accepter les règlements anglais, et où il ne peut jamais espérer faire un jour la loi ou peser seulement de la puissance de sa richesse comme à Macao. Le Chinois n'est plus chez lui à Hong Kong, quand même il envahirait la place, et les deux Chinois du conseil municipal anglais doivent être naturalisés. Les éléments jaune et blanc sont là impénétrables l'un à l'autre. On a pu dire que Hong Kong est le berceau et reste la place maîtresse du commerce anglais; mais il faut ajouter que le Chinois et surtout le Cantonnais tolère impatiemment cette situation qui fait du voisinage et même de toute la Chine commerciale comme une annexe de l'étranger.

Hong Kong est dans le monde un des trois ou quatre grands ports de commerce international, mais à la porte de la Chine, ce n'est ni territoire chinois ni œuvre chinoise. C'est la citadelle de l'étranger, et la colonie est, à la vérité, une position stratégique comme Malte ou Gibraltar, pourvue des batteries les plus modernes et protégée par quatre mille hommes de troupes ivîpériales et plus de quatre mille volontaires. La colonie a sa charte, ses lois, sa cour suprême, son budget et jusqu'à sa monnaie. L'Anglais est là maître chez lui, nullement influencé par le voisinage, c'est plutôt le Chinois qui change de nature en abordant au port,

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comme il change de vêtements. Hong Kong est aussi loin de la Chine que l'Angleterre. Hong Kong est en dehors de la Chine, même moderne.

L'Anglais n'a pris position là en i655 qu'après avoir bombardé La Bogue; et, à l'expiration du monopole que la Compagnie orientale des Indes exerça pendant cent cinquante ans, après l'installation de la factorerie de Canton en 1684, les difficultés éclatèrent, la crise ne se dénoua que par la guerre et la prise de Canton, en 1841, suivies du traité qui céda Hong Kong à l'Angleterre et ouvrit Canton au commerce. L'île alors était presque déserte, l'amiral Napier avait seulement reconnu l'excellence du mouillage et on l'avait occupée pendant la guerre de l'opium, lorsqu'on se retira de Macao à la suite d'une rixe entre Chinois et marins anglais. Les Anglais y firent alors des travaux encore plus considérables que ceux des Allemands à Tsingtau depuis dix ans; ce qui n'empêchait pas de dépenser, en 1860 2 millions à Canton, dont la France payait un cinquième, pour isoler une île du bloc de la ville et aménager la concession de Chamin en remplacement de la factorerie et des bâtiments que les Chinois avaient détruits. La presqu'île de Kaoloung s'ajoutait à Hong Kong et le territoire s'agrandissait encore en 1898 pour atteindre plus d'un millier de kilomètres carrés donnés à bail pour quatre-vingt-dix-neuf ans, comme Weihaiwei, Tsingtau, Kouangtcheo et Port-Arthur.

Parmi ces péripéties, les deux villes se développaient, l'anglaise grâce à la chinoise, sinon à ses dépens; et autant la solidité des firmes, le confortable des intérieurs, la respectabilité extérieure, la richesse générale s'accroissait dans l'île, autant, dans la cité chinoise, le luxe se raffinait, l'agitation devenait nerveuse.

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