MACAO, HONG KONG, CANTON SOQ
autant s'exacerbait tout ce qu'il y a d'instable dans la nature chinoise quand elle n'est point domptée par sa civilisation classique. A mesure que grandit Hong Kong, monte à Canton la fièvre et l'effervescence, le déséquilibre, le désordre et cet étrange mélange d'agitation et de légèreté dont la richesse favorise les excès, mais qui, pour être provoqué peut-être par le voisinage cosmopolite de Hong Kong, n'en est pas moins tout le contraire de l'esprit anglais, même hors de l'Angleterre, de cet esprit de mesure et de sûreté.
L'immense quai de Canton devant lequel le jardin de Chamin semble un jouet, ses énormes constructions nouvelles en briques peuvent imiter le quai de granit de Hong Kong, mais Canton ne reste pas moins tributaire de Hong Kong, puisque les bateaux calant 6 m. 90 ne peuvent remonter la rivière de la Perle que jusqu'à Wangpou, à 14 kilomètres de Canton, et que ceux-là seulement peuvent atteindre Canton dont le tirant d'eau n'est pas supérieur à 3 mètres. Derrière cette façade à l'européenne, il n'y a que des rues étroites, obscures, sales, puantes et des gens énervés qui semblent des dégénérés sans force ni santé, des maladifs privés d'air et qui n'en goûtent un peu le soir que sur le bateaux restaurants où ils viennent festoyer quand la trop grande chaleur les empêche de dormir. Le Chinois à la face épanouie est un type rare à Canton; il disparaît devant le type sec, maigre, anguleux, pince-sans-rire, au moins chez les hommes qui circulent, sinon chez les femmes qui ne prennent pas d'exercice. Les écoles modernes, la fréquentation des étrangers, les nouvelles institutions de justice ou de politique introduites à Canton, n'ont point donné d'assiette à ces mœurs agitées. Les troupes, au lieu d'assurer l'ordre
dans la rue l'ont troublé ; les révoltes, les mutineries sont constantes ; il n'y a plus de respect à Canton, c'est l'indiscipline.
Cette ville qui, en face de Hong Kong, apparaît sans principes, cette ville maudite est pleine de richesses et de séductions. C'est une sorte d'immense bazar où les rues forment comme des quartiers, des rayons de vente ayant chacun leur article : rue de la Laque, rue des Peintures, rue des Éventails, rue des Pierres précieuses, rue des Meubles, rue des Poteries, rue des Soies, des Lainages, des Bibelots, de l'Ivoire, du Bois travaillé, de la Joaillerie; il n'est pas d'objet de luxe qui n'ait de boutiques dorées où on le débite à l'exclusion des autres ; et l'on se demande où se trouve la clientèle pour toute cette pacotille souvent japonaise.
D'autre part, V Impérial Cément and Brick Works produit 1 5 ooobriques par jour et est outillée pour en fournir bientôt 5oooo; 200 barils sortent déjà quotidiennement de la cimenterie ouverte en mai 1909, et l'on a prévu une production de 5oo barils pour concurrencer la fabrique de l'Ile verte à Hong Kong. Des canalisations d'eau existent sur une centaine de kilomètres. Le commerce général dépasse 100 millions de taels, dont presque la moitié en exportation et plus du quart en exportation de soie. Le téléphone fonctionne depuis 1905, et il y a une compagnie d'électricité chinoise. Chaque jour, deux fois pour Hong Kong, de jour et de nuit, des bateaux ou des chaloupes partent pour tous les ports voisins ; des trains, dans trois directions, circulent déjà régulièrement et toute la richesse ainsi concentrée et distribuée fait de Canton l'organe indigène essentiel de Hong Kong.
A ses débuts, peut-être, la croissance de Hong Kong