L VRE III
LA CHINE OCCIDENTALE L'Arrière - Pays d'Empire
Caractéristiques communes des quatre provinces. — Les anciens points de rencontre des civilisations, aujourd'hui pays désolés, montagnes ou pâturages. — Les réserves. — Les conditions différentes de révélation et de pénétration. — L'avenir lent des voies ferrées et des exploitations minières. — Relevé des richesses du Yunnan et du Sseu tchoan.
La Chine occidentale constitue la contre-partie de la Chine côtière ; et, bien que ce soit par les terres que la Chine ait, dans l'histoire, entretenu des relations avec le restant du monde, aujourd'hui les vastes provinces du Yunnan et du Sseu tchoan, les plus étendues de l'Empire, aussi bien que le Koeitcheo et le Kansou qui, à elles quatre, forment le bloc de la Chine occidentale, loin d'être les plus développées de la Chine moderne sont au contraire, à l'exception du Sseu tchoan, les plus arriérées, les plus pauvres et celles dont la transformation est encore la moins avancée. Aujourd'hui que la rénovation de la Chine se fait par les Yangjen, les hommes de la mer, cette masse chinoise
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la plus éloignée de la mer est la dernière à subir l'influence.
Au quatrième, au sixième, au septième siècle, le Kansou était le point de départ des itinéraires des pèlerins chinois vers l'Asie centrale et l'Indus ; c'était la route pour pénétrer au Turkestan par le nord. Traversant le Yunnan, il y avait au sud la voie de Birmanie, moins facile mais moins longue aussi, qui reliait le Tonkin, alors province chinoise, avec l'Inde; c'est précisément cette ancienne communication que rétablirait la voie ferrée que les Anglais projettent de construire pour prolonger soit le tronçon Mandalay- Lashio-Kounlong, soit plus au nord, — à travers le pays des Katschin qu'ils revendiquent aujourd'hui pour atteindre directement le Sseu tchoan, — leur ligne actuelle de Mandalay-Nahakong-Myitkyina, le long de rirraouaddy. En tout cas, jusqu'à ce que le chemin de fer rende la vie à ces anciens lieux de passage, ils restent caractérisés surtout par leur éloignement du mouvement moderne.
Du nord au sud, c'est une vaste région montagneuse où les hauteurs atteignent de 3 à 6 000 mètres, et forment le cercle difficilement franchissable qui enserre le pays du Milieu. Yunnan, Koeitcheo et Kansou sont des terres pour la plupart sans culture, désolées et ingrates, et c'est d'autant plus sensible aujourd'hui que, jusqu'ici, on avait du moins planté l'opium dans ces régions. Au Sseu tchoan même, où ne manquaient pourtant pas d'autres richesses, les plus beaux champs étaient ceux où fleurissaient les corolles de pavots aux nuances variées et délicates, et il n'y avait de meilleur opium dans toute la Chine que celui des deux provinces du Sud-Ouest. Depuis les interdictions rigou-
reuses et en attendant que d'autres cultures remplacent l'ancienne, il y a dans ces régions un malaise et un désordre qui accentuent encore la désolation.
Ces terres ingrates furent d'ailleurs, il n'y a pas plus d'un demi-siècle, des champs de rébellion cruellement éprouvés. A la suite de la révolte des Taiping ou de celle des Musulmans, les villes furent saccagées ; et les pays dévastés ne se sont pas encore relevés de leurs ruines. Des millions d'habitants périrent, tant la répression fut sanglante. Ce dépeuplement est peutêtre le plus gros obstacle à la colonisation : le Chinois est fâcheusement impressionné en venant s'installer sur les terres dont les premiers occupants furent dépossédés, et il préfère les pays neufs, même s'ils offrent moins de sécurité et un avenir moins nettement dessiné. Les décombres, les vastes espaces où l'herbe pousse à l'intérieur des villes, dont les murailles sont disproportionnées avec la population actuelle, font se ressembler entre eux les différents endroits de cette Chine occidentale si peu peuplée en dehors du Sseu tchoan.
Une autre caractéristique commune à ces régions montagneuses, et qui les différencie tout à fait de l'ensemble du pays chinois, c'est qu'on y fait de l'élevage et qu'il y a des forêts. Les musulmans y ont jadis introduit l'usage de la viande de bœuf, pour remplacer le cochon qui, partout ailleurs dans l'Empire, est l'animal national; sur les pentes paissent moutons et chèvres, qui fournissent des peaux précieuses pour supporter les rudes températures de l'hiver; avec le poil on fabrique même des draps au Kansou. Les petits chevaux vifs et résistants, transportant sur leur bât les minerais dans les régions escarpées, achèvent de
Au Yunnan. — La résidence d'un chef du mouvement musulman.
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Au Yunnan. — Une tribu Miaotze.