L ARRIERE-PAYS D EMPIRE
donner au Kansou et au Yunnan particulièrement, une physionomie originale qui manque dans le reste de la Chine.
Enfin, on pourrait dire que toute cette contrée est le magasin de réserve de l'Empire. De même qu'après la prise de Péking en 1900 on découvrit, dans le palais impérial, des coffres immenses renfermant tous les tributs en nature et tous les achats des eunuques pour les besoins de la cour : plumes étincelantes, fourrures légères et fournies, perles précieuses, jades rares, soies brillantes et souples, toutes les parures du luxe impérial le plus ancien; de même, dans le vaste hinterland, sont accumulées toutes les richesses encore inexploitées qui assureront la fortune de l'Empire : étain, plomxb, fer, cuivre, or et argent, métaux précieux et denrées de qualité, sel, sucre, soie, ramie, — sorte d'ortie dont on tisse les étoffes les plus légères, — ambre, cire, tabac, thé, riz, musc, rhubarbe, enfin des fruits délicieux, fraises et myrtilles, jujubes et abricots, ainsi que toutes ces simples des hauteurs sauvages dont Hankeou assure la distribution par tout l'Empire. La région occidentale est donc une réserve presque intacte et abondamment fournie où se peuvent alimenter les forces vives du pays ; nul endroit en Chine n'est encore aussi vierge.
Nulle région, non plus, n'est encore aussi peu connue. Ce n'est pas seulement un terrain d'expériences pour les Chinois obligés de remplacer aujourd'hui la culture de l'opium, c'est aussi un champ infini d'études pour l'Européen. Malgré les tournées dans les districts de production, malgré les enquêtes techniques menées par des spécialistes désignés par nos Chambres de commerce et qui formèrent il y a quinze ans la
Mission lyonnaise, les provinces du Yunnan, du Koeitcheo et du Sseu tchoan, théâtres de cette exploration industrielle et commerciale, auront encore énormément à nous révéler quand les communications auront rendu la pénétration plus facile. La seule région du Sseu tchoan jusqu'ici, a ouvert aux relations internationales un port de quelque importance, Tchongking, dont l'accès n'est encore possible que parla route périlleuse et lente des gorges du Yangtse; les ports ouverts du Yunnan, Mongtze, Sseumao, Tengyué ont un trafic très faible; et ni le Koeitcheo ni le Kansou n'ont ouvert de ville au commerce général.
Les chemins de fer feront-ils évoluer cette masse encore compacte ? Depuis le i" avril 1910, les 85/ kilomètres qui séparent Yunnansen du golfe du Tonkin peuvent être parcourus en chemin de fer en trois jours : sur ce trajet, 468 kilomètres sont en territoire chinois. Pour compléter et concurrencer cette ligne, les voies ferrées birmanes venant du Sud-Ouest sont déjà aux portes de l'empire; et, à la frontière orientale du Sseu tchoan, la locomotive qui doit gagner Tchentou circule déjàsur quelques kilomètres à partir d'Itchang, sur le Yang-Tsé. Enfin une entente est intervenue entre les pays prêteurs et la Chine pour la construction de la ligne qui doit non accaparer mais augmenter le trafic opéré jusqu'ici par le Fleuve Bleu, mais si malaisément qu'il fallait s'attendre à perdre une jonque sur dix.
La réalisation des espérances que ces nouveaux moyens permettent de fonder doit être échelonnée à plus ou moins longue échéance, selon l'état actuel des territoires desservis. On ne peut pas attendre du rail
qu'il enrichisse tout d'un coup le Yunnan ; ce n*est que lentement que les habitants, clairsemés d'ailleurs, de ces terres pauvres arriveront à produire des marchandises pour alimenter un trafic comparable à celui que recueillit, dès les premiers jours de sa construction, le chemin de fer de Péking-Hankeou traversant les plaines honanaises, riches, fertiles et bien cultivées déjà. Peu à peu toutefois, le maïs pousse où poussait l'opium : d'autres cultures sont introduites et pourront prospérer dans une région qui pourtant n'est pas, à proprement parler, agricole. Mais en Chine comme ailleurs, il faut du temps pour faire céder la routine. Quant à importer dans le pays des produits étrangers, l'habitant n'a guère les moyens de les acheter : et jusqu'ici, sauf le Sseu tchoan qui précisément vient en aide au point de vue financier à ses trois pauvres voisins, aucun de ces pays ne peut guère se suffire, ni le Koeitcheo, ni le Yunnan, ni le Kansou.
Il y a bien les mines ! En effet, presque tout le cuivre de l'Empire vient du Koeitcheo, comme la presque totalité de l'étain manufacturé à Hong Kong par les Chinois provient du Yunnan : en outre des ingénieurs belges sont au service du gouverneur de Kansou pour l'exploitation ou le relevé, tout au moins, des gisements et amas métallifères. Mais dans les conditions actuelles de la Chine, sauf exception, la mise en valeur des mines selon les procédés européens, partant avec un minimum de personnel européen, au moins dans les débuts, n'est point près d'être acceptée, surtout dans ces régions. Malgré leurs richesses ou peutêtre à cause de cela, elles ne seront vraisemblablement pas les premières à s'affranchir de la méfiance que toute la Chine témoigne aujourd'hui à l'égard de
"étranger, et à accueillir des procédés techniques dont les anciens s'étaient bien passés.
Ce n'est pas sur la frontière, loin des endroits où la nouveauté ne s'acclimate que peu à peu, qu'on peut s'attendre tout d'un coup à une évolution. Au Sseu tchoan par exemple, les salines de Tselioutsin, si prospères depuis des milliers d'années, sont toujours exploitées avec les mêmes procédés primitifs : on met des années à creuser un puits; malgré les épidémies, on utilise toujours les bœufs pour les treuils. Et pourtant on connaît les pompes : il y en eut même d'installées, mais les novateurs n'ont point continué à se servir d'un procédé de rendement excellent pour eux, mais qui avait le tort de faire aussi également baisser le niveau chez les voisins, et, devant les complications imprévues nées de l'excellence même du progrès, on en est revenu et resté aux moyens primitifs. L'utilisation des systèmes mécaniques propres à renouveler, par la mise en valeur du sous-sol, ces régions aujourd'hui désolées et déshéritées, ne semble pas s'acclimater de sitôt dans un pays oii l'Européen n'est guère connu et ne semble pas devoir être toléré, si l'on en juge par les procédés des autorités elles-mêmes dans le Yunnan à l'égard des sociétés minières.
Les nouvelles voies ferrées faciliteront sans doute les transports locaux : et, de gare à gare, circuleront plus facilement que d'étape à étape, les produits de construction comme le bois, la chaux, les briques, tout le petit trafic que font, par exemple, les bateaux des fjords norvégiens desservant des régions du même genre. En outre les denrées d'alimentation, sel, grains, sucre, constituent peu à peu un fret dont l'importance croît en même temps que l'amélioration de la situation
l'arrière-pays d'empire 229
des indigènes; c'est déjà beaucoup qu'un chemin de fer, construit primitivement dans un but stratégique, commence déjà à obtenir des résultats au point de vue économique.
La situation n'est pas la même pour le Sseu tchoan, pays riche, le grenier de l'empire, dit-on. C'est une contrée où, dès maintenant, l'entrée et la sortie des marchandises constituent un trafic réel, qui ne peut être que multiplié par la facilité des communications; en outre l'argent y est assez abondant pour que le pays constitue un marché intéressant.
Il y a quelques années, le Sseu tchoan apparaissait comme un Eldorado qui devait être l'objet de toutes les convoitises, d'autant plus que son climat est le meilleur de Chine pour le tempérament européen. De l'importante mission lyonnaise, qu'est-il résulté? L'installation d'un consul général à Tchentou, mais point de maison française comparable à celles de Changhai ou de Canton ; dans cette dernière ville d'ailleurs nous avons seulement un consul, et une bonne part des affaires de soie pour la France sont traitées par des maisons anglaises. Même après l'ouverture de Tchongking et malgré les 32 millions de taels (à 3 fr. 28) de commerce général accusés par les douanes de ce port, dont la moitié presque en exportations, le principal des affaires sseutchoannaises avec le pays ou avec l'étranger n'a cessé de se traiter toujours à Hankéou. L'endroit est, en effet, non seulement le centre de distribution des marchandises pour toute cette région occidentale, mais aussi le centre de réception. C'est d'ailleurs à Hankéou que le spécialiste en matières grasses de la Mission lyonnaise a établi son usine. En
23o LA CHINE OCCIDENTALE
outre, c'est le grand marché pour les peaux dont beaucoup viennent des régions limitrophes du Tibet.
Quelques Français voyagent ou sont installés dans des pays aussi perdus qu'Atentze ou Tatsienlou, pour le commerce du musc ; quoiqu'ils fassent affaire directement avec les chasseurs ou les roitelets qui payent leur tribut avec cette marchandise, ils ne sont d'ailleurs pas pour cela plus à l'abri de la fraude et reçoivent aussi bien des poches truquées avec du sang; leur vie est plus pénible et ils n'ont pas plus de garanties et de recours que les acheteurs européens de musc qui traitent à Changhai avec les courtiers chinois.
Il en est de même pour la rhubarbe, dont le séchage est souvent mal pratiqué sur place, et qui, faute d'être emballée dans de bonnes conditions, risque d'arriver moisie à destination : autant faire le marché à Changhai sur une marchandise éprouvée, laissant les premiers risques au courtier indigène.
Quand le chemin de fer gagnera-t-il ces régions-là? Le dernier emprunt de 2S0 millions applicable aux voies ferrées, conduira seulement le rail sur une longueur de 322 kilomètres d'Itchang aux frontières du Houpé et du Sseu tchoan, sous la direction d'un ingénieur américain. Un autre tronçon, de 644 kilomètres, sous la direction d'un ingénieur allemand, rejoindra Itchang au Péking-Hankéou. Un troisième enûn, long de 965 kilomètres, sous la direction d'un ingénieur anglais, partant de Wout'chang et passant par Yeotcheo et Tchangcha atteindra le sud du Hounan. Quant à la partie proprement sseutchoannaise, aux 644 kilomètres de voie qui doivent être confi.es à la direction d'un ingénieur français à partir de Tchengtou, ils ne paraissent pas encore compris dans
l'arrière-pays d'empire 23i
l'emprunt du 20 mai 191 1 conclu entre les quatre groupes étrangers unis et la Chine.
Après l'expérience faite au Yunnan, le Gouvernement pékinois de qui relève, depuis le décret du 9 mai 191 1, la construction de toutes les grandes lignes, ne paraît pas pressé d'ouvrir encore au rail une seconde des provinces de son Far-West : d'autant que c'est la plus belle. Les usages du commerce local, le prmcipe national de ce peuple essentiellement commerçant qui consiste à user d'intermédiaires en toutes circonstances de la vie, pour le mariage comme pour les affaires, l'éloignement enfin retarderont sans doute pour longtemps encore le moment d'un commerce important et fructueux avec ces régions.
Tcute cette région n'est, d'ailleurs, après tout qu'un hinterland et maintenant que la civilisation ne tourne plus le dos à la mer comme l'ancienne Chine, dont les relations étaient presque exclusivement continentales, il est normal que son développement ne vienne qu'après celu: des régions dont la situation répond mieux aux besoins modernes et sur lesquelles peut s'exercer l'action directe de l'étranger. Ces pays sont passés à l'arrière-plan, à partir du moment 011 l'Empire fit front sur la mer : et, dans l'ensemble, on peut les considérer comme les parties arriérées de la Chine moderne. La curiosité de la nouveauté ne circule pas encore à l'inténeur de cette masse pour la remuer et la transformer. Le chemin de fer même, opérant plus rapidement que n'a pu le faire le fleuve, ne produira ses effets qu'avec e temps; encore faudra-t-il pour cela que d'autres transformations dans les rouages administratifs et dans l'instruction viennent appuyer ces transformations économiques.
Un inventaire des possibilités, un état de la situation : voilà tout ce que comportent ces régions lointaines. Mais il ne saurait être question maintenant d^une utilisation ou d'une nouvelle organisation méthodique de ces éléments.
Le Kansou, c'est la réplique du Chansi et du Chensi ; même lœss, même terres sablonneuses, qui pourront porter les plus belles récoltes quand l'humidité leur aura rendu la fertilité. La région de Ningshia ruinée par l'insurrection musulmane se relève : et cette grande plaine admirablement arrosée et canalisée, couverte de villages, ne redoute plus que l'inondation à laquelle elle est exposée comme le Nganhoei. Le maïs, le riz et le blé abondent à Soutcheo, comme la houille à Kongtchang et les fruits partout où il y a quelque fraîcheur. Mais l'essentiel de la production ce sont les peaux, le musc, la rhubarbe, le cinabre, l'or des sables et les queues de yacks.
Au Sseu tchoan, c'est le riz, la soie, le sucre, les vernis, la cire végétale, les simples, le marbre, le tabac de qualité. On exploite des mines de fer : on rencoitre des filons de cuivre : on soupçonne la présence c'or. Des puits de sel sont exploités dans lesquels parfois l'eau mère ne se rencontre qu'à 600 ou i 000 mètres de profondeur. On trouve des nappes souterraines de pétrole. Enfin, la houille affleure en plusieurs points, visible même de la jonque quand on navigue sur le Yangtse. L'irrigation de la plaine de Tchengton est méthodiquement organisée par les digues de Kouanshien; tous les objets en bambou et particulièrement toutes les espèces de papier en fibre de bambou, surtout celui qui sert aux cérémonies funéraires, sont
l'arrière-pays d'empire zS^
fabriqués en abondance et à vil prix. Le pays produit enfin du coton, de l'indigo pour teindre la toile, des légumes variés : il pourrait donc se suffire.
Aux grandes foires périodiques du Yunnan, à Tali, on peut acheter le thé de Poueul, la gomme, l'ambre, le jade, le musc, le cuivre blanc; à 60 kilomètres de Mongtse, les mines d'étain de Kotiou sont en exploitation. Les échanges avec la Birmanie et le Tibet se font à Atentze et à Tengyueh; le coton pousse aussi bien que le blé dans la plaine fertile de Ssemao.
Enfin dans la province du Koeitcheo, dont le nom signifie la précieuse région, l'ironie des choses fait qu'on ne trouve guère, outre les produits courants, que le cinabre dont on tire le mercure, et du mercure même près de Chetsien. Cette petite ville est une agréable station thermale : les Yunnanais veulent en organiser une semblable à Choeitang, à deux heures de chemin de fer de Yunnansen, dans le site du lac Tangche. Sur les montagnes, sous des forêts touffues, les gisements de cuivre, de zinc, de plomb argentifère, de houille, de fer attendent aussi une exploitation rationnelle.
Toute la région ne consomme guère que des produits chinois : porcelaines du Kiangsi, filés de coton du Houpé, médecines du Hounan, pipes de Chache près de Itchang, toiles et éventails de Canton, coton brut du Houpé et du Kiangnan, soie de Soutcheo et de Hangtcheo, poisson salé des deux grands lacs du Centre : le Toungtinget le Poyang et jusqu'aux peaux du Chansi et de Péking. Le reste de l'importation : pétrole, parapluies japonais, mérinos, baguettes de cadre, fil de fer, poivre, canelle, eaux de senteur, tous ces produits de l'étranger n'atteignent pas un gros chiffre.
On ne peut facilement prévoir, et encore moins préparer l'avenir de ces régions. Elles sont si lointaines que, pour le Chinois aussi bien que pour l'étranger, elles restent bien plus encore pays d'exploration que d'exploitation. Non seulement les marchandises européennes ne montent guère vers ces montagnes, mais la marée des idées modernes elles-mêmes ne remonte pas si haut dans l'intérieur. On n'y fait guère encore d'expériences ou d'applications du régime nouveau ; les notables et les mandarins se partagent toute l'autorité, ou consentent à la partager avec les brigands ou les aborigènes encore mal assimilés ou si peu soumis que beaucoup sont indépendants. Personne n'a guère mieux à faire que de chercher à connaître davantage le pays, sans plus. Consuls, médecins, officiers, même des missionnaires ont pris ce rôle d'exploration et s'appliquent seulement au relevé du terrain, à l'étude des usages ou des monuments archéologiques, à la recherche des biefs navigables. Tous les étrangers à demeure dans le pays se font géographes, hydrographes, anthropologistes, épigraphistes, hôtes et guides des touristes que les fatigues de la route ne rebutent pas. Ces hautes régions merveilleuses assez accessibles, somme toute, méritent, après l'Inde et le Japon qui, confortablement aménagés, sont devenus des pays d'excursion, d'attirer aussi les grands touristes. Les uns, comme la mission d'Ollone, traversent les domaines des (( derniers barbares », infranchissables pour les Chinois; les autres démontrent les premiers la possibilité de la navigation sur le Yalong, ou vont sympathiser avec les habitants des « marches tibétaines » ou du Kientchang et de la Lolotie. D'autres encore nous redisent simplement le charme prenant
de l'eau calme sur laquelle, après les émotions des rapides, il fait si beau glisser, dans les gorges du Yangtse, ou le pittoresque sans pareil de la sainte montagne Omi, en temps de pèlerinage. Ils nous racontent leurs excursions en pays chans, les stations aux bonzeries, la solennelle cérémonie du Chao Kiang, SI impressionnante, pendant laquelle on pose sur le devant de la tête des jeunes bonzes de petites boules d'armoise que l'on allume ensuite, pendant que les parrains frottent les tempes du novice qui subit l'épreuve et qui achève sa retraite par ces brûlures méritoires appliquées par série de trois.
Certains, plus modestement, nous conduisent parmi des centaines de distilleries, dont les alambics produisent cette eau-de-vie de sorgho à fort goût d'huile essentielle, exportée sur tous les cours d'eau. Ils nous enseignent que le pied de commerce a 33 centimètres, que le pied du tailleur d'habits en mesure 36 ou 38, celui du tailleur de pierre 3o seulement, celui du menuisier et du maçon 33; que les mahométans sont les seuls à traire les bêtes et à vendre le lait, mais seulement en ville; que c'est un privilège de l'Islam de tuer les bœufs, mais en certains centres déterminés, pour éviter que les voleurs prenant les bêtes, la nuit, ne les vendent et fassent ainsi tort aux travaux de l'agriculture. Ils nous rapportent que les pauvres ne se chauffent guère qu'avec leurs vieilles sandales de paille tressée, du sorgho, du maïs, de l'herbe ou de la bouse de bœuf séchées, et rarement un peu de menu bois que le vendeur plonge dans l'eau pour qu'il pèse davantage; que le riche est seul à utiliser le charbon de terre.
Nous apprenons par d'autres que le lin est cultivé
sur les plateaux, mais que les Chinois en ramassent la graine et en brûlent la fibre, ne pouvant croire que par le rouissage ils parviendraient à l'extraire de la tige ; que les banques, dont les patrons sont du Chansi, ont, dans chaque grand marché, un caissier qui recrute le personnel, paye et émet les chèques, reçoit et prête aux commerçants et chaque mois envoie le relevé des comptes et des opérations au patron; que même l'argent officiel des mandarins est reçu par ces établissements au faible taux de 3 ou 4 p. i 000, et que, dans les provinces éloignées, ces banques ont des succursales ou maisons de correspondance nombreuses auxquelles les chèques émis sont adressés et oià ils peuvent être touchés.
Tous les usages locaux qui ne portent pas l'empreinte de la civilisation chinoise, ne peuvent nous être révélés que par de nombreux voyages, car sur ces espaces immenses, beaucoup d'endroits demeurent inaccessibles aux maîtres même du pays dont le pouvoir n'est que nominal, et qui ignorent les mœurs originales des habitants. Grâce aux missionnaires, tous français dans ces régions, sauf au Kansou qui relève apostoliquement d'une congrégation belge, nos compatriotes ne se trouvent point isolés ; et nos intrépides touristes, tentés seulement par la nouveauté et les obstacles, ont commencé d'y être des devanciers. Un vaste champ est ouvert aux activités désintéressées; la Chine occidentale réclame avant tout des éclaireurs.
Notre ligne du Yunnan, de longtemps encore la meilleure voie d'accès, profitera par surcroît de ces fourriers.