CHAPITRE
PBEUlknES BELATIOKS DES EUBOPÉENS AVEC LES CHINOIS.
I.a Chine pea conone des anciens. — Ambassadeurs euTuyes p.ar Marc-Anlonin. — Chrélicns nestoriens. — Voyageurs aralies. — Ibn Batnta. — Juifs de la Chine. — Premières missions catholiques en Tartane. — Voyages de Marco Polo. — Première apparition des Portugais à Canton. — Si les relations des Chinois avec les étrangers étaient d'une nature plus libérale , avant l'arrivée des Européens. — Établissement des Portugais à Macao. — Ambassades infractueuscs à Péking. — Missions catholiques. — Querelles des jésnites avec les antres ordres religieux. — Persécutions. — Esp.ignols. -- Les Hollandais s’établissent à Formosc. — Ils en sont chassés par les Chinois. — Ambassades russes.
On s’esl proposé, dans les pages suivantes , de donner une description dos mœurs et des coutumes, des institutions sociales, politiques et religieuses, ainsi que des productions naturelles, des arts , des manufactures et du commerce de la Chine , qui pût paraître intéressante à la généralité des lecteurs. L’introduction la plus convenable à cette estpiisse serait un aperçu rapide de la première connaissance qu’eut le monde occidental du pays dont nous allons bientôt parler, suivi de quelques détails sur les rapports plus modernes des Européens, et particulièrement des Anglais avec les Chinois.
L’antiquité ne nous fournit qu’un petit nombre de no-
lions incertaines sur un empire lellcmenl éloigné des plus extrêmes limites de l’Asie orientale, qu’il n’est jamais entré pour rien dans les projets ambitieux et dominateurs des Macédoniens ni des Romains. Si un conquérant moderne s’arrêtait sur les bords du Gange, en soupirant de n’avoir plus de nations à subjuguer, on regarderait comme une véritable absurdité ce qu’on a tant admiré dans le disciple d’Aristote. Nous pouvons raisonnablement espérer que la science et la civilisation, qui ont déjà reculé si loin les bornes de nos connaissances sur les pays étrangers , en diminuant l’admiration du vulgaire pour ces fléaux de l’humanité (nous parlons des conquérants) , hâtera et facilitera les communications paisibles des pays les plus éloignés les uns avec les autres , et augmentera par là le trésor de connaissances et de prospérité qu’ont amassé les hommes.
Il parait suffisamment clair que les Seres, mentionnés par Horace et par d’autres écrivains latins , n’étaient point l^s Chinois (i). Ce nom a été interprété, avec plus de probabilité, comme se rapportant à un autre peuple de l’Asie qui habitait une contrée située à l’ouest de la Chine; et le tissu appelé par les Romains jcrtcu signifiait, selon toute vraisemblance , une manufacture de colon , plutôt qu’une manufacture de soie, qui était désignée sous le nom de bombyeina. Il paraît prouvé cependant que quelques anciens n’ignoraient nullement l’existence des Chinois.
Arrien parle des Sinæ ou Thinæ établis dans les parties les plus reculées de l’Asie , et par lesquels furent exportées les soies écrues et manufacturées qu’on appor-
(i) Florus l'oin.irquc que dus iiinba$s.idcui's furciil envoyés à I.1 cour d'AtigusIe par les Scrcs ; mais Uoracc parle de ces derniers en lermcs qui font supposer que les Seres n’élaicnl poinl les Chinois, « Nec tolUcitus times qoid Serct et regnata Cjro Bactra parent. »
Li CIIIKE.
lait par la voie de Bactria (Bokhara) vers l’ouest. Ce fut sous la dynastie des Han, qui est peut-être l’époque la plus célèbre de l’histoire de 1a Chine , qu’un député parait avoir été envoyé en l’année q4 de notre ère par le dix-septième empereur de celte môme dynastie , dans le but de chercher à nouer quelques relations avec le monde occidental. Ce ministre, à ce qu’on assure, atteignit l’Arabie , et comme il est certain que Ho-ti , le prince duquel il tenait sa mission, fut le premier souverain de la Chine qui inh'oduisit l’usage des eunuques dans le palais, on peut admettre comme probable qu’il l’emprunta de ce pays.
Les querelles des Chinois avec les Tartares , à cette époque si reculée, fournirent l’occasion au premier de ces peuples d’arriver jusqu’aux bords de la mer Caspienne , du temps que Trajan était empereur de Rome. La consommation toujours croissante , parmi les voluptueux Latins , des belles et précieuses étoffes de soie dont ils étaient approvisionnés par la voie de l’Inde, semble avoir décidé l’empereur Marc-Antonin à envoyer une ambassade dans le pays où se fabriquaient ces étoffes. Les nombreux obstacles qu’offrait un voyage par terre le mirent dans la nécessité de faire partir sa mission par mer, l’an i6i de J.-C. Cette tentative, comme beaucoup d’autres de la même nature , parait avoir entièrement échoué ; les ambassadeurs revinrent donc de Chine sans avoir frayé le chemin à un échange de rapports plus fréquent ou plus intime avec ce pays.
Les jésuites nous ont appris que quelques missionnaires catholiques découvrirent' en l’année i6a5, dans une des principales villes de la province de Chen-si, une inscription en caractères syriaques, relative à la première introduction du christianisme en Chine , l’an 635, par certains évêques nestoriens qui avaient été chassés vers l’Orient par les persécutions auxquelles ils étaient en
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butte dans les provinces romaines. Nous ne sommes cependant pas redevables à ces réfugiés des premières notions que nous avons possédées sur ce pays. Le fait de leur établissement dans la même province de Chen-si, à l’époque où Marco-Polo visita la Chine, est positivement confirmé par ce voyageur, ainsi qu’on peut le voir dans l’édition de Marsden, page 4 o 4 . Pour ceux qui voyageaient par terre depuis la Syrie et les autres pays situés sur les bords de la Méditerranée , cette province était la plus facile à aborder, comme étant le point le plus occidental de l’empire , vers Péking, Les fugitifs furent probablement portés à s’y établir, lorsqu’ils reconnurent qu’elle était l’une des parties les plus peuplées et les plus civilisées de la Chine à cette époque ancienne.
Marco-Polo affirme en outre que, dans une ville des environs de Nanking, sur les rives du Yang-tse-kiang , il y avait «deux églises de chrétiens nestoriens, lesquelles furent bâties en 1274, lorsque l’empereur nomma , pour trois années, unnestorien appelé Mar-Sachis au gouvernement de cotte ville. Ce fut lui qui fit construire ces églises dans un lieu où il n’y en avait jamais eu auparavant ; elles sont encore debout aujourd’hui (1).» L’éditeur observe, avec raison, que l’existence de ces églises, qui ne saurait êti'e mise en doute, est une particularité curieuse de l’histoire des progrès faits par la religion chrétienne dans les parties orientales ou dans d’autres plus reculées de la Chine. « Il est digne de remarque, ajoute-t-il, que de Guignes, en décrivant un édifice religieux situé à peu de distance de cette ville , mentionne une tradition qui vient à l’appui de ce fait, qu’un étabhssement chrétien a été fondé de bonne heure dans cet endroit. Les Chinois racontent qu’un chrétien nommé Kiang-tsi-tai vivait dans
(i) niarsden’s ^farco-Polo , p. Tioi.