I.A CHINE
toute la liberté possible à leurs membres. Il consiste l’été en une paire de caleçons de coton et en une chcmise ou blouse flottante qu’ils mettent par-dessus. Dans les grandes chaleurs, ils ne gardent que les caleçons. Un large chapeau de bambou, qui a la forme d’une ombrelle, protège leur tête contre les ardeursdu soleil; l’hiver ils les remplacent par un bonnet de feutre ; dans les temps pluvieux, ils se couvrent d’un manteau de roseaux sur lequel l’eau du ciel coule comme sur ün auvent. La plupart des paysans vont nu-pieds , cependant quelques uns, et surtout ceux qui portent de lourds fardeaux, ont des sandales de paille.
Les habitations chinoises offrent une ressemblance frappante avec celles dont on a découvert les restes sous les cendres et les scories de Pompeï. Elles consistent ordinairement en un rez-de-chaussée , divisé en plusieurs appartements, situés le long du mur de face et éclairés seulement par des croisées qui ont vue sur une cour intérieure. La principale pièce, après celle par laquelle on entre, sert à recevoir les visiteurs; elle sert aussi de salle à manger; derrière sont les appartements particuliers, dont les portes sont des rideaux de soie ou de coton. Près de Péking , la plupart des chambres ont des lits en briques, pourvus d’une couverture de feutre dans laquelle se nichent toujours une multitude de vermine et d’insectes. Par dessous ces lits sont pratiqués des fourneaux , pour les chauffer durant l’hiver.
Toutes les maisons de quelque apparence ont trois portes d’entrée. Celle du milieu ne s’ouvre que dans les grandes occasions ou pour recevoir des hôtes illustres, tandis que les deux autres, plus petites, servent pour tou s les jours. Elles sont ornées des deux côtés de lanternes portantle nom et le titre du propriétaire, de manière qu’on puisse les lire le jour comme la nuit. Nous ne croyons pouvoir mieux faire , pour donner au lecteur lute idée
exacte du sujet que nous traitons, que de citer le passage suivant, extrait de ja relation de sir G. Staunton.
« Ce palais était bâti sur le plan des habitations des mandarins de rang supérieur; il formait un parallélogramme entouré d’un haut mur de briques, dont l’extérieur offrait une surface unie, à l’exception d’un des angles près duquel était placée la porte ouvrant sur une rue étroite, et que l’on franchissait sans se douter qu’elle donnât accès à une, demeure somptueuse. Le mur dans toute sa longueur supportait un toit en pente, dont l’extrémité inférieure reposait sur un autre mur intérieur , parallèle au premier , et abritait une rangée d’appartements destinés aux domestiques. Le reste de l’enceinle était subdivisé en plusieurs coursquadrangulaires, de grandeurs différentes. Dans chaque quadranglo étaient des constructions élevées sur des plates-formes de granit et entourées d’une colonnade. Les colonnes étaient en bois et avaient seize pieds de hauteur, autant de pouces de diamètre dans le bas, et diminuant d’un sixième à l’extrémité supérieure ; elles n’avaient ni Ijase , comme dans les ordres d’architecture grecque , ni chapiteaux, ni entablement; elles étaient unies depuis le bout qui soutenait la corniche jusqu’à celui qui reposait au milieu d’un creux taillé. dans la pierre pour le rece- , voir, et qui formait autour d’eux 'comme une espèce d’anneau, dans le style toscan. Entre les colonnes étaient divers ornements, sculptés sur bois, pouvantservir d’entablement, et dont la couleur différait de celle des colonnes , lesquelles • étalent rouges et supportaient * la partie du toit qui se projetait en saillie , formant une courbe, relevée aux angles. Au moyen de ces colonnades, on pouvait visiter à couvert toutes les parties de ces vastes édilices; le nombre total des piliers n’étaif pas moindre de six cents.
» (’n-bâtiment élevé attenant au principal appartement
Intérieur d'une maison de plaisance.
réservé à l’ambassadeur , servait tout à la fois de théâtre bourgeois et de salle de concert ; il était entouré d’une galerie pour les spectateurs , et derrière se trouvaient plusieurs appartements particuliers. Toutes ces constructions n’avaient qu’un étage , excepté celle où étaient situés les appartements des femmes et qui s’élevait dans le quadrangle le plus central. Le long de la façade régnait une salle haute avec des fenêtres garnies de papier de Corée , au travers duquel les gens du dehors ne pouvaient rien voir de ce qui se passait dans l’intérieur. Derrière cette salle SC trouvait une galerie haute d’environ dix pieds, qui conduisait à diverses petites pièces éclairées seulement par la salle. Les fenêtres intérieures étaient en gaze de soie ornée de fleurs, de fruits, d’oiseaux et d’insectes exécutés à l’aiguille. A cette partie du bâtiment était spécialement affectée une petite cour avec des cuisines.
«Dans l’un des quadrangles extérieurs était une pièce d’eau au milieu de laquelle s’élevait une chambre de pierre qui avait exactement la forme d’une des barques couvertes du pays. Dans d’autres quadrangles, on voyait des plantations d’arbres , et dans le plus grand , un amas de rochers amonêelés d’une manière pittoresque; puis, un peu plus loin, un jardin en miniature qui ne paraissait pas avoir été fini. »
Les meilleures maisons chinoises ont rarement d’au- * très marches que celles qui les élèvent au-dessus du niveau du sol. Les fondations sont extrêmement solides. Dans les environs de Canton , elles sont ordinairement en granit. Les murs sont de brique bleue. Les ouvrages en stuc représentant des animaux, des fleurs ou des fruits sont très communs. Leur manière de couvrir les toits est évidemment dérivée de l’emploi que l’on fait des lattes de bambou pour le même objet; la section transversale des tuiles forme un pei) le demi-cercle ; on les pose' sur le toit avec leurs côtés concaves tournés en haut pour
Digifaed hy Goi
servir de gouttières. Les bords de chaque rangée sont, contigus ; mais comme la pluie pourrait se glisser à travers les interstices , ils placent par-dessus d’autres tuiles dans une position contraire, et cimentent le tout avec du mortier.
Au sein des villes, où l’espace est toujours précieux, les maisons et les boutiques de la plupart des habitants ont un étage au-dessus du rez-de-chaussée, et souvent, sur le toit, une plate-forme en bois destinée, soit à faire sécher des marchandises, soit à tenir lieu de terrasse pour prendre le frais dans les soirées chaudes. Cette coutume contribue à la propagation des immondices. Rien n’étonne plus les Chinois que la description de nos maisons à cinq et six étages; l’empereur lui-même demanda une fois si c’était le peu d’étendue de leur territoire qui ohligeait les Européens à élire domicile si près des nuages.
Ils sont imbus des préjugés les plus absurdes relativement à la hauteur des habitations; ils s’imaginent qu’il peut leur arriver malheur de dépasser une certaine élévation. De même que chez nous au moyen âge, un fer à cheval , cloué contre la porte , était un préserv atif infaillible contre les maléfices des sorciers et des sorcières, une tête de dragon, avec sa gueule béante, en face du toit «malheureux , » avale tout le nio-kiou » la mauvaise influence. »
On apprécie la magnificence des habitations, en raison de la superficie du terrain (pi’elles couvrent et du nombre des cours et des édifices qu'elles renferment. Bien souvent ils ont recours à d’ingénieux stratagèmes, pour faire paraître l’enclos plus vaste qu’il ne l’est réellement. Dans ce dessein , ils pratiquent une foule de passages tortueux ou de galeries formées de treillis , du meilleur goût qu’il soit possible d’imaginer. Les murs sont souvent revêtus de tuiles à sujets. Toutes les maisons de campagne sont pourvues d’immenses étangs remplis de carpes dorées, d’autfes poissons, ainsi que de nelum-
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bium ou lotus sacré. On voit s’élever du sein de l’eau ou du sol, des masses de rochers artificiels de l'elTelle plus pittoresque. La description que sir William Chambers a donnée des jardins chinois n’est qu’un ouvrage d’imagination. Il faut reconnaître que les Chinois n’ont pas sur ce point un goût fort épuré , et que lorsqu’ils veulent embellir la nature , ils le font à la manière dont ils perfectionnent les pieds de leurs femmes. Pour être juste , nous devons dire que les jardins, ou plutôt les parcs de l’empereur à Youen-ming-youen , font exception à celte règle.
Les appartements chinois sont loin d’ôtre aussi meublés que les nôtres en Angleterre. Les Chinois sont peutêtre le seul peuple de l’Asie qui fasse usage de chaises; ils les fabriquent lourdes et massives, comme celles dont parle Covvpcr, et qui étaient de mode en Europe il y a un siècle.
Les femmes chinoises se servent souvent de coussins de soie ou de laine anglaise , de couleur rouge. A côté des chaises,. on place ordinairement ces meubles appelés par les Portugais ou crachoirs; l’habitude de
fumeries rend indispensables. Le bruit que font les Chinois pour se débarrasser la gorge est vraiment insupportable ; ils ressemblent complètement sous ce rapport aux Américains des Etats-Unis.
Au nombre des principaux ornements , on remarque diverses lanternes de soie, de corne, etc., suspendues au plafond ; mais elles produisent plus de fumée que de clarté. Aussi , lorsqu’on assiste à une réjouissance chinoise , on se rappelle toujours l’éclairage d’une fête romaine,
• .SortJiclutn llainniæ l'ülanlvü vci liev ruinutii. •
La grande variété et (aux yeux des Chinois) la beauté