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dans ces vases qu’ils placent les bâtons d’encens, composés principalement de poussière de bois de sandal, et dont ils se servent pour parfumer les appartements et pour honorer les dieux dans leurs temples. Les Cliinois sont friands amateurs de curiosités de toute espèce, et les cabinets de quelques amateurs à Canton sont vrai- ' ment dignes d’ètrc examinés en détail.
Maintenant que nous avons observé hes Chinois chez eux , examinons-les en voyage. Le nombre considérable ' de canaux et de rivières qui traversent le pays en tout sens fait que les bateaux sont le moyen de transport le plus généralement adopté. Dans les localités où il n’y a pas de cours d’eau, ils emploient des chaises à porteurs , et dans la vaste plaine de Péking , un chariot à un cheval. Cc%sortcs de voitures sont fort incommodes ; les roues très grosses reposent sur des essieux trop courts , de sorte qu’elles ne peuvent contenir que deux personnes de front; elles n’ont point de ressorts ni de sièges élevés, et la seule posture que l’on puisse prendre est celle d’avoir les jambes allongées ; car , dès qu’on les ramène sous soi , on se trouve en contact immédiat avec l’essieu. Un domestique (Je l’ambassade qui , â'cause de ses. infirmités , n’avait pas la force d’éviter la violence des secousses, eut une commotion cérébrale. , ‘
Les Chinois voyagent quelquefois à cheval; mais leur moyen de transport par terre est la chaise. On ne saurait rien trouver ailleprs de plus commode. Deux porteurs placent sur leurs épaules les perches, qui sont minces et élastiques, et ils marchent d’un pas mesuré, mais rapide, qui occasionne à peine une secousse au palanquin. Au lieu de panneaux , les côtés et le fond de la chaise sont garnis de drap , ce qui est plus léger; ils sont revêtus à l’extérieur de toile cirée pour garantir de la pluie. Le devant est fermé par une jalousie>de bambou avec une ouverture en gaze , pour voir les passants sans être vus.
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Les Européens de Macao garnissent leurs palanquins, de persiennes.
Les particuliers en Chine ne peuvent avoir que deux porteurs. Les magistrats ordinaires en ont quatre, et les vice-rois huit; l’empereur seul peut en avoir seize. Us divisent le poids en multipliant le nombre de bâtons attachés aux perches , ainsi qu’on le voit dans une vignette de la relation de Staunton. Cette règle s’applique au transport des plus lourds fardeaux.
Il n’est aucun pays de la même étendue où les chevaux soient si peu utilisés qu’en Chine , par suite de la parcimonie avec laquelle les habitants accordent aux animaux leur nourriture ; il est vrai qu’ils sont de petite espèce et qu’ils ont une triste apparence ; quant au caparaçon j il ne vaut pas mieux que la monture. Le cavalier est juché sur une haute selle à la mode orientale, dont toutes les pièces sont aussi lourdes qu’incommodes. Les guides devraient être de soie , mais elles sont souvent de corde, et des houppes de crin rouge sont quelquefois suspendues au poitrail de l’animal. Dans les districts que n’arrose aucun canal , les roules , ou , pour mieux dire , les larges sentiers sont pavés ; cependant l’ambassade n’a rencontré de voitures que dans le pays plat vers Péking,
Les fonctionnaires publics en voyage logent dans des édifices appelés Kong-kouan, ou hôtels du gouvernement, et lorsqu’il ne s’en trouve pas, les prêtres de Bouddha sont obligés de les abriter sous le toit de leur temple. Dans ces sortes de cas , les dieux sont traités tout-à-fait sans façon.
Les Chinois paraissent toujours très surpris du nombreux bagage qu’il faut à un Européen pour voyager, et ils en ont sujet, car ils n’ont besoin , eux , que d’un traversin bien dur, roulé dans un matelas ou un paillasson très mince qu’ils portent sur leur dos; ils en font autant de leur garderobe, à moins qu’ils ne voyagent par eau.
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Dans ce mode de transport, les officiers du gouvernement profitent souvent du privilège qu’ils ont do ne pas laisser visiter leurs elTets , pour faire le commerce de l’opium en contrebande.
Le gouvernement n’a point fondé d’établissements de postes pour faciliter les relations de scs sujets entre eux. Les exprès qu’il envoie changent de chevaux à des relais, mais ces relais ne sont pas publics. On dit que , lorsqu’il est nécessaire d’apporter une grande célérité dans la remise des dépêches, on y joint une plume; on appelle alors l’exprès Feï-ma « cheval fuyant. » Dans ces occasions, le courrier doit faire environ cent milles par jour. On a des exemples qu’une missive de Péking est arrivée à Canton en douze ou quinze jours; la distance qui sépare ces deux villes est cependant de douze cents milles. Les lettres de l’empereur sont portées dans un tube par un officier de haut rang, qui attache ce tube sur son dos.
Les Chinois n’ont point de télégraphes ; mais les mem- "bres de l’ambassade remarquèrent que trois fanaux, en pain de sucre, couronnaient les points les plus élevés pour servir de signaux, le jour ou la nuit, au moyen de sarments allumés , comme dans l’intérieur d’une cheminée.
Il existe un itinéraire imprimé qui indique en lis chinois les distances existantes entre chaque ville. Les porteurs publics sont sousla direction d’un chef qui en est res- . pensable. C’est lui que l’on paye; il vous donne autant de cachets que vous lui avez demandé d’hommes , et lorsque le travail de ceux-ci est exécuté , on leur remet pour solde ces cachets. Le prix ordinaire est de huit deniers anglais par jour ; telle est la fidélité de ces pauvres gens que l’on n’a point connaissance qu’aucun objet appartenant à l’ambassade ait été perdu durant un immense trajet du midi au nord de l’empire. En mettant la célérité de côté, il n’y a peut-être pas de pays où l’on voyage aussi commodément par eau qu’en Chine. L’Arabe Ibn
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Batuta, dont nous avons déjà parlé, dit en décrivant les navires marchands de l’intérieur, qu’ils étaient pourvus « de larges rames que l’on pouvait comparer à des mâts pour la longueur , et qui étaient mises en mouvement par vingt-cinq rameurs. » Il fait évidemment allusion aux énormes rames que l’on voit encore aujourd’hui à l’étambord de leurs vaisseaux.
Comme ces instruments sont posés dans la direction que suit le bâtiment , ils n’obstruent aucunement le passage et ne prennent point de place sur les rivières et les canaux encombrés de navires. C’est un avantage assez important. Leur puissance , en quelque sorte , ressemble à celle de la queue d’un poisson ; on sait que dans les familles aquatiques, la force d’impulsion réside dans la queue , attendu que les nageoires ne font que soutenir les poissons. En faisant aller ces rames à droite et à gauche , le vaisseau s’avance diagonalement en vertu d’une loi bien connue dans les sciences mécaniques, de même que le poisson fend les ondes en agitant sa queue. Bien que les bâtiments chinois soient toujours pourvus d’un gouvernail, la grande rame dont nous parlons peut facilement en tenir lieu : elle a ordinairement 3o pieds de longueur, et le frottement qu’elle occasionne est ingénieusement amorti.
Marco-Polo a décrit ainsi leurs câbles de remorquage :
« Ils ont des cannes longues de i5 pas qu’ils divisent dans toute leur étendue en filaments très minces qu’ils , tordent ensemble , pour former des câbles de 3oo pas de long, si habilement travaillés qu’on les croirait faits de chanvre. On attache à ces sortes de cordages dix ou douze chevaux, et l’on remorque les bâtiments, en suivant le cours des rivières ou en les remontant. » On n’emploie pas aujourd’hui les chevaux pour draguer les bateaux; il y a lieu de croire qu’il en était autrement sous les conquérants mongols.
Un édit de l’empereur assigne à chaque officier un certain nombre de chevaux, suivant son rang. Actuellement, on se sert d’hommes au lieu de chevaux : trois remplacent un seul de ces animaux. Les rames que l’on emploie ne sont pas très longues, mais elles sont fort larges : on les suspend au moyen d’un câble de chaque côté du bâtiment, et elles n’en retardent nullement la marche. Par ce moyen, le pont n’est jamais encombré.
Les barques de voyages des mandarins et des riches offrent un degré de comfori qui nous est entièrement inconnu , mais il faut répéter que leur marche n’est nulle-
Barque de voyage.
ment rapide. Le plafond a sept ou huit pieds d’élévation, et les emménagements consistent en une antichambre pour les domestiques, une chambre de réception ver;s le centre du bateau , et une chambre à coucher avec un cabinet sur l’arrière. Il y a des passages en planches de chaque côté du vaisseau , lesquels servent â le diriger le long des berges , au moyen de perches de bambou , et permettent à l’équipage de passer de l’avant à l’arrière sans in-
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commoder les passagers. Les meilleures barques ont des fenêtres garnies de vitres ou de lames très minces de coquilles d’huître ; d’autres ont du papier Iransparenlou de la gaze sur laquelle sont peints des oiseaux, des fleurs, etc.; les panneaux des appartements sont venais et dorés. Sous les planches des cabines, des compartiments carrés renfennent tout le bagage. L’extrême propreté qui règne à bord des barques chinoises présente un étrange contraste avec la saleté de leurs habitations à terre.
Les Européens peuvent aller de IMacao à Canton, et vice versd, dans de grands bateaux chinois de quatrevingts tonneaux; il no faut pas alors qu’ils regardent à la dépende. Ces bateaux, qui servent ordinairement aux décbargementsdes vaisseaux, peuvent, quand on le désire, être transformés en canots de voyage. Mais les retards qu’il faut éprouver, les examens qu’il faut supporter et les vexations que l’on est obligé de subir sont si nombreux et si répétés que, plutôt que de s’y soumettre, les Européens préfèrent arrêter leur passage à bord des chaloupes de leur nation. Par ce moyen ils échappent plus facilement à la rapacité des mandarins.
Rien ne saurait mieux caractériser l’activité commerciale des Chinois dans leur propre empire que le nombre prodigieux 'de bateaux de passage qui naviguent incessammentle long des fleuves et des canaux , surchargés de voyageurs et de marchandises. Le fret à bord de ces bâtiments est appelé assez logiquement choul-kio « jambes aquatiques, » parce qu’il sert, au lieu de ces membi es, à transporter le coqvs. Les individus peu aisés prennent de petits bateaux particuliers, ce qui leur revient bien moins cher. L’avis suivant est ordinairement afliché sur le mât de chaque bateau de passage : kin-chm-ho-pao «prenez garde à vos bourses ! » c’est-à-dire que la compagnie y est singulièrement mêlée. Par ordre de la police, ces bateaux sont obligés de s’arrêter devant une espèce de tra-
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verse siliiéo à peu de dislance des factoreries. On exige toujours l’exliibilion des passeports, et il faut qu’ils soient en règle. Toutes les mesures capables de contribuer au maintien de l’ordre et de la li’anquillilé générale sont prises avec une sollicitude vraiment admirable. La vérité est qu’il existe cbe/. les Chinois une activité infatigable qui les assimile d’une manière frappante aux nations les plus intelligentes de l’Occident , en même temps qu’elle les distingue éminemment aussi de tous les peuples asiatiques. On pourra trouver notre assertion assez étrange , mais nous ne craignons point de dire que , pour tout ce qui entre dans la composition des communautés industrieuses et bien organisées, il y a infiniment moins de différenee entre eux et les Anglais, les Français et les Américains, qu’entre ces peuples elles habitants de l’Espagne et du Portugal, dont les penchants à la bigoterie et à la paresse leur sont sûrement venus des Arabes. La première idée qui frappe un Chinois intelligent auquel on explique les effets de nos machines, est celle des maux qui pourraient fondre sur son pays si ce système , dont il considérerait l'importation comme un véritable fléau, venait 'à y être inopinément introduit. Nous verrons plus loin avec quel art, quelle adresse les Chinois ont su tirer parti delà force des divers éléments ; ils ignorent, il est vrai, la toute-puissance de la vapeur ; cependant ils l’emploient en miniature dans leurs procédés culinaires pour accommoder les légumes.
Le canal et le fleuve Jaune sont une source perpétuelle de dépense pour le gouvernement qui est obligé d’entre- . tenir et de réparer leurs bords, sans cesse croulants sous ■ rimpéluosilè de l’énorme masse d’eau qui les refoule. C’est une raison péremptoire pour qu’il n’adopte jamais les bateaux à vapeur , et pourtant c’est sur des fleuves tels que le Mississipi et le Kiang que l’emploi de la vapeur est particulièrement utile.