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CHAPITRE X

VIU.KS, PKKIXC»

Murailles cxléricurcs Je Péking. — Aspect înléricur dç la ville lai (arc. — Encoiülc de la ville impériale. ~ Ville méridionale uu chinoise. — Difficulté de nourrir la population. — Dangers que court rempercur. — Jardins de Yonni-ming-yoncn. — Relation de ce qui s y est passé durant le séjour de la dernière «ambassade. — Dépenses de la cour, — Les Tarlarcs et les Chinois. — Police de Péking. — Efficacité de scs mesures. — Le vaisseau français le Navigateur, — Massacre du capitaine et de Péquipagc à bord d'uuc jonque chinoise. — Châtiment des pirates.

Le Irail le plus frappant des principales villes de la Chine consiste dans les hautes murailles crénelées et de hriqiies bleues qui les environnent et qui prennent leur tjpc dans celle de Péking , la plus haute et la plus épaisse de toutes. Comme l’antique rempart de l’empire , la muraille de Péking a été construite avec des décombres, des pierres de rebut, delà terre et des briques. Sahauteur est d’environ trente pieds; le parapet étroit est crénelé, mais les créneaux n’ont aucune ressemblance avec les embrasures régulières pratiquées en Europe pour les canons. Il est i-are , en elTct , d’y voîr des pièces d’artil-

lerio, quoiqu’il y en ait lolijours près clos portes. L’épaisseur de la muraille à sa base est de près de vingt pieds, mais comme elle va en diminuant, elle n’en a plus cjue douze à son extrémité. Devant chaque porte est une esplanade, enclose d’un mur demi-circulaire, et formant comme une place d’armes, pour la défense et la sécurité des habitants. Au-dessus des deux portes s’élèvent des tours à plusieurs étages , destinées i\ servir de caserne aux soldats qui les défendent. Le mur, de distance en distance (tous les Co yards environ), est flanqué de bastions de la même hauteur, qui forment une saillie de près de trente pieds. La plupart des plans de Péking représentent un fossé plein d’eau quiceintcomplétemcntles côtés de la ville; cependant lorsque l’ambassade la visita, en i8i6, il est certain que la partie nord-est n’avait pas meme un fossé sec, et que plusieurs de nos compatriotes descendirent de voiture, pour détacher des échantillons de brique des crevasses nombreuses que le temps et la négligence avaient produites sur la superficie du mur. La même chose a été remarquée A A'anking, dont l’ancienne enceinte était aussi élevée que celle de Péking. On n’a pas pu y découvrir le moindre vestige de fossé.

L’espace qu’occupait Nanking était encore plus étendu que celui de Péking, mais la plus grande partie ne contient môme pas les ruines des édifices qui la couvraient; et la cité de Kiang-ning-fou , comme on l’appelle aujourd’hui, ji’occupe qu’un coin de sa première enceinte. Péking aussi renferme tant d’espaces vides d’une immense étendue, qu’il est très dillicile, si l’on considère la faible élévation des bâtiments à un seul étage , de concevoir qu’il puisse contenir une population aussi prodigieuse que celle que plusieurs écrivains lui ont assignée. l!ne très grande partie du côté du nord, appelée la ville tartare , est occupée par l’enclos qui enserre les

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palais et les jardins de plaisance de l’empereur ; le reste est parsemé de constructions religieuses ou consacrées au gouvernement, toutes entourées de vastes cours ouvertes. Au sud de la ville chinoise sont des terrains spacieux, couverts de bâtiments détachés. C’est là que l’empereur sacrifie au ciel , et qu’il dirige la charrue chaque année. Outre ces terrains, il y en a d’autres qui sont consacrés à la plantation des légumes nécessaires de la consommation de la ville. Quoi qu’il en soit, la population de Péking, que l’on a dit être le double de celle de Londres, l’excède à peine.

Le père Hyacinthe , qui faisait partie de l’ambassade russe, s’est occupé de ce sujet, ainsi que M. Barrow; ce dernier nous a donné la description de tout ce qu’il a vu de ses propres yeux.

Les rues de Canton et de la plupart des autres villes sont extrêmement étroites ; elle ne peuvent pas recevoir plus de trois ou quatre personnes de front; mais les grandes rues de Péking , qui mènent aux dilTérentes portes, n’ont pas moins de loo pieds de largeur. Elles ne sont pas pavées, sans doute à cause de la difficulté à se procurer de la pierre dans l’immense plaine où est située la capitale. Chaque habitant est obligé de nettoyer le devant de sa maison , et de l’arroser durant les chaleurs. Par les temps pluvieux ces rues se trouvent dans un état déplorable , l’eau ne trouvant point de ruisseau pour s’écouler, attendu que le sol est d’un niveau égal partout.

Si George Staunton décrit ainsi l’aspect de la capitale lorsqu’il la traversa avec l’ambassade pour aller à Youenming-youen : «La première rue s’étend sur uneligne faisant face à l’ouest, ju.‘ qu’à l’endroit où elle est coupée par le mur oriental du palais impérial, appelé le mur Jaune, d’après lacoûleur du petit toit de tuiles vernies qui le surmonte. Divers bâtiments’ publics , que l’on nous dit ap-

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parlenir aussi au souverain , étaient couverts dans le même genre. Ces toits, dont aucune cheminée n’interrompait la régularité, formaient de chaque côté une courbe gracieuse ; ils étaient ornés d’une multitude de figures qui resplendissaient comme l’or sous les rayons du soleil, et donnaient à tout l’ensemble du tableau* un air de grandeur et de magnificence qui frappait l’imagination ; les yeux des Européens sont en effet peu accoutumés à trouver tant de luxe dans cette partie des édifices. Près de la porte nous remarquâmes d’immenses magasins de riz , et à gauche, adossé contre le mur d’enceinte, un bâtiment élevé, que l’on nous assura être un observatoire érigé par l’empereur Yong-lo (de la précédente dynastie) , auquel Péking est redevable de ses principaux embellissements.

•Plusleurscirconstances, indépendamment de l’arrivée des étrangers, contribuèrent à remplir cette rue si large. Une troupe d’individus , vêtus de blanc et qu’on aurait pu prendre, selon les idées européennes, pour une procession nuptiale , s’avança lentement vers la grande porte. Mais le caractère de cette procession ne tarda pas à se manifester; la douleur que faisaient éclater quelques jeunes gens , bien plus encore que la vue du corps , porté dans une belle botte carrée surmontée d'un dais aux vives couleurs , et précédé d’étendards de soie , annonçait une pompe funèbre. Venaient ensuite des chaises à porteurs en drap blanc, renfermant les parents du défunt. Gomme le blanc est la couleur du deuil en Chine, on évite soigneusement de le faire paraître dans des circonstances opposées à sa destination (i) ; c’est pour cette raisOn qu’il ne figure jamais dans les cérémonies nup-

( i) Les Chinois ont niic aiilipalliic si prononcée pour les mots ilc mauvais augure, qu'ils apprilciit un enterrement «une affaire blahchc. »

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liales. On poiie la fiancée dans une chaise dorée, ornée de guirlandes de fleurs artificielles, et suivie des parents, des amis et des domestiques portant les dons paraphernaux, qui seuls constituent la dot que les parents donnent avec leurs filles. La foule s’augmentait à chaque instant de mandarins toujours suivis d’une multitude do serviteurs, puis de nouveaux allants et venants, des vendeurs de remèdes, des diseurs de bonne aventure, des chanteurs et des faiseurs de tours, lesquels savaient si bien se comporter, qu’ils finissaient par enlever à leurs auditeurs quelques icheii (monnaie de cuivre). Au nombre des diverses histoires qui captivaient l’attention de la populace , le récit de l’arrivée de l’ambassade ne fut certainement pas pour elle l’un des moins intéressants. On lui racontait que les présents destinés à l’empereur comprenaient tout ce que les autres pays renfermaient d’objets rares, précieux ou inconnus. Parmi les animaux, on mentionnait gravement qu’il se trouvait un éléphant de la grosseur d’un singe , mais aussi redoutable qu’un lion, et un coq qui ne se nourrissait que de charbon.

» Dès que les personnes de l’ambassade eurent atteint le côté oriental du mur Jaune, elles le tournèrent à droite, et trouvèrent à son côté septentrional beaucoup moins de bruit et de mouvement que dans la rue qu’elles venaient de quitter. Au lieu de boutiques, on n’y voyait que des maisons particulières, devant chacune desquelles était un mur ou un rideau , afin d’empêcher les passants d’apercevoir l’intérieur de la cour qu’il fallait traverser pour aiTiver à la porte de la rue. On donne à ce mur le nom de « mur de respect. » Nous finies une halte devant les triples portes qui sont presque au centre de ce côté de l’enceinte du palais, qui paraissait renfermer de vastes terrains de surface inégale. Eirectivement on y voit des groupes de collines escarpées entre lesquelles sont dos creux profonds remplis d’eau. Au milieu de ces lacs ar-

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tiriciels, dont les bords sont irréguliers, s’élèvent de petites lies couvertes de constructions de fantaisie, ombrar gées d’arbres délicieux. C’était sur ces collines, de hauteur différente, qu’étaient bâtis les principaux palais de l’empereur. Le tout avait l’apparence d’un lieu enchanté.

Après avoir ainsi, à travers les fentes d’une porte, jeté un coup d’œil sur les jardins impériaux, nous remarquâmes en nous tournant vers le nord, au bout d’une rue qui conduit au mur de la ville , une grande fabrique d’une élévation considérable qui renferme une cloche cylindrique d’une grosseur prodigieuse ; lorsqu’on la frappe extérieurement avec un maillet de bois, le son qu’elle produit s’entend d’une extrémité à l’autre de la capitale. Au-delà, mais plus à Fouest, était une des portes * septentrionales que l’on apercevait de fort loin , grâce à la tour qui la surmontait. A l’ouest , entre le mur Jayne et les édifices septentrionaux, est un lac de plusieurs acres d’étendue qui se trouvait alors (on était en automne) presque entièrement parsemé de feuilles à pér taies du nymphœa neiumbo ou lien-oua des Chinois.

Nous poursui^imes notre marche vers l’occident à travers la ville. On nous montra l’habitation de quelques Russes, et, ce qui était plus singulier , une bibliothèque de manuscrits étrangers parmi lesquels se trouvait, à ce que l’on nous dit, une copie arabe du Coran. Nous aperçûmes plusieurs Mahométans : on les distinguait à leurs bonnets rouges. Parmi les curieux qui se pressaient sur notre passage, nous remarquâmes quelques femmes; on nous apprit que la plupart étaient natives de Tartarie ou de race tartare. Elles n’avaient pas les pieds mutilés comme ceux des Chinoises , et leurs souliers à semelles épaisses de plus d’un pouce, étaient aussi larges que les chaussures de celles-ci étaient petites. Ces femmes, en général, avaient des traits délicats, et étaient assez bien vêtues; un gros paquet de vermillon couvrait le mi- T. I. î3

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