I.A CHINE
recommandait aux gouverneurs d'encourager les populations abattues et de les empêcher de se répandre dans les campagnes par troupes vagabondes.
L’empereur ordonna aussi à la même occasion diverses pratiques religieuses, la construction de plusieurs autels à llé-long-tan (i) et ailleurs.
» Quoiqu’il y ait eu durant ces dix derniers jours (porte l’édit) quelque apparence de pluie, il n’en est point tombé assez pour humecter la terre. Que notre fils aîné Yé-beng se rende respectueusement le septième jour de la présente lune au temple du Ciel pour l’adorer. Que notre impérial parent Mien-kai se rende également avec respect au temple de la Terre pour y offrir des sacrifices, et Mien-hia au temple de l’Année. Que notre fils Yétchao sacrifie pareillement au temple des Vents... Ayant Tait connalti'e notre volonté relativement aux sacrifices qui devront être exécutés par les princes et les principaux ministres le sept de la lune , nous annonçons maintenant que notre intention est de brûler de l’encens en personne le même jour, sur l’autel du dragon noir. » Ce fragment peut donner une idée de la religion de l’Etat en Chine.
Une foule de dangers environnent l’empereur dans sa capitale ; il a à redouter les complots de ceux de ses propres parents qui seraient tentés de le renverser du trône, et les machinations des sociétés secrètes dont nous parlerons tout à l’heure. « Quoique la succession au trône , remarque le père Serra , dépende du choix arbitraire du souverain, cette coutume n’empêche pas toujours les usurpations. On en a un exemple dans la succession de Kang-hi. Le prince nommé était le quatrième ; mais
(i) Ili-long nsi le s.iglialicii ou dragon noir qui rcprésenlc la pi'incipale rivière de la Tarlaric inandclioue, .adorée par la famille régnaiilc. I.c dragon signifie toujours le liquide élément, ou les IleuTcs.
comme il se trouvait en Tartarie au moment de la mort de son père, Yong-tching, wang (ouregulus) privilégié, pénétra dans le palais et s’empara de l’édit de nomination. Devant le chiffre 4 . ü plaça audacieusement le chilfre 10, et fit ainsi croire à tout le monde que lui, le quatorzième prince, avait été élu par l’empereur : il s’empara donc du trône, fit arrêter son frère, et ordonna qu’on le tint enfermé dans un lieu situé à quatre lieues au nord de Péking où on dit qu’il mourut. »
Dans un édit de l’empereur régnant, on trouve les allusions suivantes à plusieurs associations clandestines :
« Dix-huit ans se sont écoulés depuis que , malgré mes faibles mérites, je reçus, avec une profonde vénération, le trône de mon impérial père. J’avais à peine gravi les degrés de l’estrade , que les membres de la secte du Lys blanc fomentèrent l’anarchie dans quatre provinces où le peuple souffrit plus que je ne saurais l’exprimer. J’ordonnai à mes généraux de marcher contre eux; ils le firent et les obligèrent à rentrer dans le devoir. J’espérais alors que mes enfants (le peuple) jouiraient de quelque repos , lorsque le 6' jour de la S' lune , la secte Tien-li (céleste raison) excita de nouveaux troubles. Je commandai au vice-roi Ouen de lever une armée et de l’exterminer. La l'éhellion était alors à cent lieues de Péking ; mais tout-à-coup , le 1 5 ' jour de la 9' lune , elle éclata'sous mon bras; le fléau gagna ma propre habitation. Soixante-dix bandits de la secte Tien-li violèrent la porte prohibée, et pénétrèrent malgré mes gardes jusque dans le palais intérieur. Là , quatre d’entre.eux furent arrêtés et liés; deux autres qui. escaladaient la muraille, un drapeau à la main, furent tués à coups de fusil à mèche par mon second et impérial fils ; mon neveu tua un troisième assaillant qui les suivait. »
LA Clll^£.
A environ huit milles au nord-ouest de Péking , sont l(s jardins ou plutôt le parc de Youen-ming-youen, que M. Barrovv assure avoir douze mille carrés de superficie. Comme de ce côté , le sol commence à s’élever vers la grande muraille , la diversité des collines qui le couvrent prèle beaucoup de facilité aux embellissements. On dit que l’enceinte de ces jardins ne renferme pas moins de trente lieues de résidence pour l’empereur et sa nombreuse suite de ministres, d’eunuques et de serviteurs.
-C’est non loin de là, dans un lieu appelé Ilai-tien,que se passa l’étrange scène qui mit brusquement fin à la mission de 1816.
A son arrivée, vers le point du jour, l’ambassadeur, les commissaires et les autres personnes de sa suite , furent introduits dans une des résidences impériales par le duc Ho , parent du souverain, chargé de la conduite des négociations. Là , ils furent exposés à l’indiscrète curiosité des mandarins et des princes du sang qui venaient les examiner presque sous le nez, sans se gêner le moins du monde ; fatigués de leurs grossières importunité», ils finirent par leur tourner le dos, et se couchèrent pour prendre quelque repos. Le duc Ho ne tarda pas à paraître; il pressa vivement l'ambassadeur de le suivre sur-le-champ à l’audience de l’empereur. Son excellence répondit qu’elle n’était pas en état de se présenter devant le souverain, habillée et fatiguée comme elle l’était. Le duc Ho insista, l’ambassadeur résista; alors le parent de sa majesté s’oublia jusqu’au point de tirer sa seigneurie par le bras et de la secouer violemment. Cette odieuse conduite excita l’indignation de tous les Anglais, et ils résolurent fermement de ne point paraître ce jour-là à l’audience de l’empereur. Il est probable que ce duc llo avait été gagné par les autorités de
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Canton pour faire échouer nos projets. Quoi qu’il en soit, dans l’après-midi du même jour, l’ambassade était en route pour revenir.
L’empereur entretient ses immenses domaines principalement au moyen de la plus-value du revenu en argent et en nature des diverses provinces. Ses parents du premier rang reçoivent annuellement chacun (selon le P. Serra) (i) 10,000 taels du trésor public, plus des provisions de riz et trois cents serviteurs au moins. Comme la multiplication de ces prodigues oisifs pourrait ruiner le gouvernement, leur rang descend d’un degré à chaque génération ; de telle manière qu’après cinq générations leurs héritiers ne jouissent plus d’autre privilège que de celui de porter une ceinture jaune et de toucher une modique pension. 11 y a eu des exceptions à cette règle. Le traitement alloué à un wang du premier rang est d’environ 60,000 taëls (20,000 livres sterling) par an. Ce traitement diminue en proportion des grades, jusqu’aux porteurs de' ceintures jaunes, lesquels ne reçoivent que 3 taëls et deux sacs de riz par mois; mais ils ont 100 taëls lorsqu’ils se marient , et 1 20 pour subvenir aux frais de pompe funèbre dans leur famille , ce qui est cause, dit Serra , que beaucoup d’entre eux maltraitent leurs femmes, afin d’avoir à toucher 120 taëls après leur mort et 100 autres pour le douaire d’une nouvelle épouse qu’ils prennent immédiatement ! Le titre de wang (ou rei'ulus) est le seul que l’empereur donne au roi d’Angleterre.
C’est à Péking que les privilèges dont jouissent les Tartares , à l’exclusion des Chinois , sont surtout marqués. Le gouvernement éclairé des Mandchous a senti que c’était principalement dans les provinces éloignée» qu’il lui fallait être moins partial, attendu la force
'(1) Rayai Atialic Transactions , vol. lit.