‹ La Chine ou Description GeneraleChapitre 20 sur 125 · I.A CIIINE · texte numérisé non relu

I.A CIIINE

de répondre aux demandes qui lui sont faites ; tandis que lorsque les navires étrangers ont la libre pratique , grands et petits se trouvent tous à l’aise.

«Quatrièmement, le peuple vit par le commerce. Un individu qui possède une certaine quantité de marchandises, les vend et se procure ce dont il a besoin. C’est ainsi que les objets passent demain en main, et que, durant leur circulation, ils fournissent aux hommes de la nourriture et des vêtements. Par là le gouvernement est aidé, le peuple enrichi, et tous deux ont des ressources sur lesquelles ils peuvent compter. »

Des considérations de môme nature , contenues dans diverses adresses du gouvernement provincial à la cour de Péking, ont prouvé que les autorités chinoises ne sont nullement indifférentes aux revenus qu’elles tirent du commerce avec les Européens.

Ce fut vers le milieu du xvn<^ siècle que les Portugais s’établirent à Macao, la seule colonie européenne qui ail été, avec un succès très borné , il est vrai , fondée sur la côte de la Chine. Il parait qu’ils ont eu, dès 1Ô37, un abri momentané sur le rivage. A force de présents et de sollicitations, ils obtinrent la permission d’élever des appentis ))our mettie à couvert les marchandises qu’ils avaient introduites sous le titre de tributs. Par degrés ils furent autorisés à se bâtir des maisons; enfin les petits mandarins tolérèrent comme un surcroît de population l’établissement d’un gouvernement interne et l’allluence de prêtres qui cherchaient à convertir lesCliinois (1).

L’histoire d’importants services soi-disant rendus contre les pirates, et un prétendu édit impérial déléguant aux Portugais la souveraineté de Macao , paraissent également

( 1 ) Uiifi compilalion pou voliimiiieiiso de (lÆlnils avérés sur Macao, a été pnldiée eu i85a , par un .Suédois tjiii y a loog-lempa ré.sidé. C'cfl i celle source que nous avons puisé.

flénués de fondement. Un évêque de Macao, il est vrai, écrivait on 1777, que « c’était en payant une redevance territoriale, que les Portugais avaient acquis temporairement de l’Empereur Tusufruit de Macao. Cet impôt territorial, s’élevant à 5 oo taëls par an, est, encore aujourd’hui, régulièrement payé , et des mandarins chinois inspectent à de certaines époques les forts portugais , ainsi que les droits levés sur les bâtiments.» 11 est donc faux de dire que les Portugais possèdent la souveraineté de Macao.

En 1570, les Chinois élevèrent un mur en travers de l’isthme, pour séparer Macao de l’île de Hiang-chan. Un mandarin civil fut nommé dès les premiers temps. Il réside dans la ville, cl la gouverne au nom de l’empereur delà Chine. Cet officier, qu’on appelle un Tso-iâng, surveille attentivement les habitants et adresse des rapports à scs supérieurs. Les Portugais ne peuvent pas bâtir de nouvelles églises ou de nouvelles maisons , sans une permission expresse. Le seul privilège qu’ils possèdent est celui de se gouverner par eux-mêmes, tandis que la population chinoise est placée sous le contrôle des mandarins.

LcsEspagnols, indistinctement avec les Portugais , ont le droit de trafiquer â Macao ; mais le nombre des chargements a été, en 1725, limité, par un ordre de l’empereur, à vingt-cinq, et maintenant il ne dépasse pas de beaucoup la moitié de ce chiffre.

Le dernier empereur de la dernière dynastie chinoise envoya chercher à Macao quelques canons et de faibles secours militaires, pour les employer contre lesTartares- Mandchous; mais, en iG 5 i , les habitants de cette colonie furent enrôles comme sujets de la famille Ta-lsing actuelle. En 1809, lorsque les Ladrones, ou pirates indigènes, furent devenus redoutables au gouvernement chinois, Macao, par suite d’une convention, fournil six

LA CIIIKK.

vaisseaux pour leur courir sus, moyennant la somme de Ko,ooo laëls, payables par le gouvernement de la province. Les pirates se virent contraints, par d’autres moyens que ceux de la force, à dissoudre leur confédération, et les Portugais, après avoir réclamé certains privilèges, en récompense de leurs services, furent obligés tle se contenter de leur première condition.

Les avantages que Macao possède sur Canton pourraient être développés efficacement par des commerçants anglais. Les opérations des Portugais ne sont pas assez multipliées pour employer les quelques navires qu’ils possèdent maintenant, et ce qui le démontre, c’est f|uc plusieurs de ces bâtiments sont frétés en partie par des (ibinois pour la péninsule et les lies Malaises.

Le fret d’un vaisseau est beaucoup plus élevé que celui d’une jonque; néanmoins, comme les marchandises y sont plus en sûreté , les Chinois , qui ne connaissent point l’assurance maritime telle qu’elle est établie en Europe, envoient souvent des colis à bord des vaisseaux anglais ilu pays ou de ceux appartenant au commerce indien, car un droit additionnel de lo pour cent est perçu sur les navires portugais dans nos présidences orientales.

Le commerce de Macao est dans une situation très basse. Le revenu total des douanes, qui s’est à peine élevé, en i 83 o,à 70,000 taëls, est insulTisant pour parer aux dépenses. La population portugaise tout entière, en y comprenant les esclaves , n’excède pas cinq mille individus , tandis que les Chinois sont au nombre do plus de trente mille.

11 semble inutile de parler des diverses ambassades que les Portugais ont vainement envoyées à Péking depuis leur débarquement en Chine , et dont la dernière eut lieu en 1 733 ; elles présentent le spectacle ordinaire de l’arrogance d’un côté et de la soumission de l’autre. 11 sera plus intéressant de jeter un coup-d’œil sur les missions

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catholiques qui promettaient, dans le commencement, <le faire des progrès aussi étendus que rapides, mais qui furent dissoutes par suite des dissensions qui éclatèrent entre les divers ordres de prêtres et par suite du zèle in- <liscret que quelques- ecclésiastiques déployèrent contre les vieilles institutions des Chinois.

En 1679, Miguel Ruggiero, jésuite italien, arriva à Canton, et fut rejoint au bout de quelques années par Matthieu Ricci, qui peut, à juste titre, être considéré comme le fondateur de la mission catholique. Les lettrés du pays acceptèrent les préceptes du christianisme qui coïncidaient avec ceuide Confucius; inaisils trouvèrent une pierre d’achoppement dans les doctrines du péché originel, des tourments éternels , do l’incamatiGn, de la trinité , cl dans la prohibition des concubines. Aucune difiicullé cependant ne put décourager Ricci, qui, grèce à sa profonde connaissance des sciences mathématiques et expérunerilales , avait tous les moyens nécessaires pour faire des prosélytes cl des convertis. 11 ne tarda point à quitter larohe des bonzes qu’il avait mal à propos revêtue, pour prendre celle des lettrés. Il vit avec beaucoup d’esprit la folie qu’il y aurait à lutter contre les préjugés des Chinois , qui se rattachaient à des institutions qu’ils considéraient comme sacrées , et qui , on réalité , formaient les bases môme de leur système social. Jtlonlesquieu a soutenu à bon droit, d’après le caractère particulier des mœurs chinoises, qu’il n’était nullement facile d’introduire chez eux des changements matériels , et surtout de substituer à leurs dogmes ceux de la foi catholique romaine. La réunion des femmes dans les églises, leur communication toute privée avec les prêtres, la prohibition des offrandes sur les tombes des parents , étalent à leurs yeux autant d’abominations qu’ils n’auraient pu supporter en aucun temps. Mû par ces diverses considérations, Ricci établit une dlsllncllon entre les

rites civils et les l ites sacrés. Il toléra les premiers chez ses convertis , et particulièrement les cérémonies sur les tombes, aussi les succès qu’il obtint furent-ils immenses,

Lorsqu’il eut passé environ dix-sept ans dans le pays, il se rendit à Péking. Par la protection d’un des eunuques du palais, il se fit connaître de l’empereur; ses présents furent agréés et on lui désigna un lieu pour qu’il y fixât sa résidence. D’autres jésuites se réunirent à la mission et s’établirent dans divers endroits sur la route de Canton à Péking; ils se conduisirent paisiblement et leurs succès furent grands tant qu’ils ne s’abandonnèrent point aux écarts du zèle ardent et indiscret des différents ordre.s de moines qui , par leur promptitude à attaquer les préjugés chinois, assurèrent eux-mèmes leur défaite.

Le jésuite le plus distingué par ses talents et son érudition , fut le père Adam Schall , Allemand de naissance. Il aiTiva à Péking dans le temps où la dernière dynastie chinoise des Ming était sur le point d’être renversée du trône par les Tarlares- Mandchous. Au moyen de l’influence exercée par un chrétien chinois, du nom de Paul Siu , qui était colao , ou premier ministre , et de ses vastes connaissances dans les sciences physiques, Schall s’acquit l’estime générale à la cour, 11 conserva l’emploi qu’il y remplissait, môme après que les Tartares se furent rendus maître de l’empire. Le premier empereur mandchou (Chun-tchi), auquel il démontra facilement l’ignorance des mathématiciens arabes, l’éleva à la dignité do président du conseil astronomique , et son mérite personnel justifia amplement cette faveur, sans qu’il fût besoin du prétendu miracle dontle père Duhalde n’a pas eu honte de défigurer son ouvrage. Selon lui, Adam Schall étant condamné à mort peu de temps après la conquête tartare , « cette sentence fut soumise aux princes du sang et au régent pour qu’ils la confirmassent; mais, toutes les fois qu’ils essayèrent de la lire, un affreux

tremblement de terre dispersa l’assemblée. La consternation fut si grande qu’ils accordèrent un pardon général. Tous les prisonniers furent donc relâcliés, à l’exception du père Adam, qui ne recouvra la liberté qu’un mois après, lorsque le palais royal fut consumé par les flammes. »

On autorisa les jésuites à bûtir deux églises à Péking, et de nouveaux missionnaires curent la permission d’entrer dans le pays. Panni ces derniers, Ferdinand Verbiest, autre jésuite allemand, et homme d’une science remarquable, devint le coadjuteur d’Adam Schall. A l’accession de Rhang-lii, qui n’avait alors que huit ou neuf ans, et qui était sous la tutelle de quatre Tarlares, les disputes qui s’élevèrent avec les intolérants dominicains produisirent une impression fâcheuse sur l’esprit des gouvernants de la Chine. On porta des accusations contre h;s missionnaires, et leur zèle à faire des convertis fut condamné comme dangereux. Schall mourut de chagrin , dit-on, et Verhiest fut obligé de demeurer caché pendant quelque temps. Cependant, lorsque Khang-hi, qui fut un monarque llhéral et éclairé, exerça personnellement le pouvoir, Verhiest devint président des astronomes, et, par son influence, les missionnaires chassés obtinrent la permission de retourner à leurs églises. Aidé de Verhiest, l’empereur se trouva bientôt à même de fondre des canons et de composer un ouvrage de mathématiques avec des tables de logarithmes.

Durant le règne de ce prince , et bien qu’il ne se convertit point, la situation du christianisme en Chine fut infiniment plus prospère qu’elle ne l’est aujourd’hui, après un siècle et demi. En effet, le christianisme fut traité par Khang-hi sur le même pied de tolérance que le mahométisme et le bouddhisme. Dans les itinéraires de Lecomte et d’autres jésuites, il est question, presque à chaque ville , d’égli.ses desservies par des prêtres euro-

L\ CHINK.

péens. En décrivant Fo-Chan , située à environ quatre lieues au-dessus de Canton , le Père Bouvet parle d’un jésuite milanais qui était à la tête d’une église et d’un troupeau de dix mille âmes. Actuellement , il est probable qu’il n’existe pas un seul individu dans ce même endroit.

Le décret par lequel Kang-hi autorisa, en 1692, l’exer- • cice de la religion chrétienne, fut abrogé par son successeur Yong-tching, qui chassa des provinces tous les missionnaires. Ces délégués spirituels n’avaient point cessé d’être en collision avec les autorités locales de l’Empire et en contestation entre eux. La juiidiction du territoire qu’ils occupaient devint aussi un sujet de discussion entre les rois de Portugal et les papes ; par suite des disputes qui s’étaient élevées parmi les jésuites et les autres ordres religieux, relativement aux cérémonies et aux rites chinois. Matthieu Ricci avait posé un certain nombre de règles dans lesquelles il considérait les coutumes blâmées comme purement civiles et séculières. Ln moine dominicain, Moralès, les déclara cependant idolâtres, et Innocent X les condamna comme telles. Le jésuite Martinez prouva depuis que ces rites étaient d’une nature civile , et ce fut sous ce nouveau jour qu’Alexandre VII les autorisa. C’est ainsi que l’infaillibilité papale sanctionna deux opinions diamétralement opposées.

Malgré les efforts tentés par les missionnaires les plus modérés et les plus doux pour concilier les différends , un fanatique nommé Carolus Maigrot, soi-disant évêque de quelques provinces chinoises, publia un mandement dans lequel, sans s’inquiéter de la bulle d’Alexandre VII , il décida que Tien signifiait exclusivement le ciel matériel et visible , et que les rites chinois étaient idolâtres. En vain Kang-hi , lui-même , déclara-t-il en 1 700 , dans un édit qui fut transmis au pape, que Tien signifiait le vrai Dieu , et que les coutumes proscrites par le rituel de

la Chine étaient d’une nature politique ; la décision de Maigrot fut appuyée et confirmée par un décret de Clément XI.

Pour terminer des querelles qui avaient nui à la cause du christianisme pendant près d’un siècle, Tournon fut député en Chine comme vicaire apostolique et comme légat. Le choix que l’on fit de cet ecclésiastique ne fut ni sage ni heureux , car Mosheim dépeint Tournon comme un Immme dont les bonnes dispositions étaient sous l'influence d’un esprit étroit et d’une intelligence bornée. Ajant reçu, peu de temps après son amvée, en 170.5, le décret du pape Clément, U publia un mandement portant qu’aucun chrétien chinois ne devait plus désormais pratiquer les coutumes qui avaient été prohibées par l’évêque de Rome! L’empereur Kang-hi, justement offensé de cet empiétement sur sa souveraineté , promulgua un édit par lequel il tolérait les missionnaires qui prêchaient la doctrine de Ricci, et annonçait l’intention de persécuter ceux qui suivaient les opinions de Maigrot.

En 1720, le patriarche Mezzabarba fut envoyé de Rome , comme légat , dans le but d’aplanir les difficultés qui s’étaient élevées sur les points en controverse. Mais trouvant Kang-hi résolu à ne jamais souffrir que le pape exerçât aucune espèce de juridiction sur ses propres sujets, il fit certaines concessions pour sauver à la religion chrétienne la disgrâce d’un bannissement.

A la fin , CCS perturbateurs de la paix publique furent dénoncés formellement par un décret impérial de Yongtching, en 1723. Quelques moines seulement furent tolérés à Péking ; un petit nombre d’autres restèrent cachés dans les provinces ; mais la plupart furent emmenés à Macao , avec l’injonction positive de quitter le pays en s’embarquant à bord du premier navire qui mettrait A la voile.

Les jésuites, plus éclairés et doués de plus de lad, avaient agi avec une grande modération ; aussi l’influence de leurs protecteurs les réconcilia-t-elle avec la cour. Ignatius Kœgler fut nommé par l’empereur président du conseil des astronomes, avec un titre honorifique. A l’accession de Kien-long, en i ySfi, la haine que ce prince avait conçue pour les mauvais prêtres qui travaillaient en secret à la ruine de son autorité, le conduisit à les rechercher avec une extrême vigilance. Dans presque toutes les provinces, plusieurs d’entre eux étaient restés cachés sous des déguisements. Ils furent emprisonnés et leurs prosélytes prirent la fuite ou rentrèrent dans le devoir.

Pour mitiger la rigueur de ces persécutions, les jésuites de Péking n’épargnèrent ni les prières, ni les présents J mais ce fut sans beaucoup d’effet , jusqu’à ce que le décret de 1785, qui fut publié environ cinquante ans après l’élévation de Kien-long au trône impérial, rendit la liberté aux moines emprisonnés, et les autorisa, soit à rejoindre leurs frères à Péking , soit à retourner en Europe.

Depuis cette époque jusqu’à ce jour, la mission catho- Uque romaine a été en déclinant et a eu à souffrir plusieurs persécutions. Selon le relevé fait par le Père Marchini, procurateur delà Mission de la Propagande à Macao, le nombre des ecclésiastiques européens, en Chine, s’élevait, en i 8 io, à vingt-neuf, et celui des chrétiens indigènes à environ deux cents mille. Depuis celte année , le dernier des Européens a été renvoyé de Péking ; mais quelques autres continuent à rester cachés dans les provinces.

Les Espagnols, quoiqu’ils jouissent du privilège de trafiquer à Macao et à Canton , aussi bien qu’à Emouy , ont tiré moins d'avantages de leurs relations avec la Chine que la plupart des autres Européens. Ils possèdent d’immenses ressources dans leurs établissements de Manille et des lies Philippines, situées à très peu de journées de mer de la Chine et abordables par tous les mous-

LA CUIKE.

sons. On a insinué que si des magasins unis et un système de rabais sur la réexportation avaient été institués à Manille , la moitié du commerce de la Chine aurait pu y être concentrée aujourd’hui. Les charges pesantes et la conduite tyrannique du gouvernement chinois, jointes aumonopulcdes marchands Hong auraient certainement détourné de Canton plus d’un vaisseau , s’il avait existé dans le voisinage un port pourvu de marchandises en cas de besoin. Maintenant, les navires américains et anglais trouvent souvent commode de relâcher à Manille pour y prendre une cargaison de riz qu’ils importent ensuite à Canton. Par ce moyen , ils évitent les fortes taxes de port. Mais le gouvernement espagnol est dans une ignorance telle des principes les plus ordinaires de l’économie politique, qu’il a prohibé l’exportation du riz provenant de Luconia, lorsque le prix de cette denrée dépasse une certaine limite.

Les Hollandais eurent peu de succès dans leurs tentatives pour entamer des négociations commerciales avec la Chine. Ce ne fut qu’en 1624 qu’ils parvinrent à former à Batavia un établissement du côté ouest de Foriuose. La proximité de cette colonie de Manille et de Macao excita la jalousie des Espagnols et des Portugais, et même celle du gouvernement chinois. La liberté de commercer avec les habitants de l’empire leur fut d’abord refusée ; mais ils inquiétèrent les côtes avec leurs vaisseaux jusqu’à ce qu’il fût convenu qu’en évacuant les Pescadores, petites lies peu nombreuses situées entre le continent et Formose, et en se renfermant dans cette dernière, ils jouiraient de la faculté de trafiquer.

Une citadelle fut bâtie dans le principal port , au sudouest de Plie : on le nomma Fort Zélande et on prit des mesures pour civiliser et utiliser les indigènes. Dans le même temps, Péking tomba au pouvoir des Tartares mandchous, en i 644 . ot toutes les provinces septentrio-

Digili-rrd h. Googk

LA CaiNL.

nales, ainsi que la plupart de celles du midi, reconnurent bientôt la domination étxangère. Plusieurs milliers de familles chinoises abandonnèrent leur pays durant le cours de la lutte, et sé.ooo d’entre elles, au moins, se transportèrent, dit- on, à Formose. Cette émigration contribua beaucoup à l’amélioration de la nouvelle colonie et fut d’abord encouragée par les Hollandais; mais, dans la suite, lorsqu’ils virent le nombre des émigrants s’augmenter sans cesse, ils conçurent des craintes sérieuses qui ne se justifièrent que trop, car l’une des principales causes de leur expulsion de Formose fut l’affluence des Chinois dans l’ile. Cet événement forme, dans l’histoire des rapports des Européens avec la Chine, un épisode qui mérite une mention particulière. Nous en donnerons donc le récit, à peu près comme on le trouve, en abrégé, dans le second volume du Chine.se- Uepository (i).

Ln Chinois, qui avait servi quelque temps les Portugais à Macao, et qui avait été baptisé sous le nom de Nicolas, devint, grâce au commerce extérieur, le plus riche négociant du pays; aussi, lorsque les Mandchous envahirent l’empire , équipa-t-il à scs propres frais une petite escadre contre les Tartares. Les avantages qu’il remporta lui attirèrent un grand nombre de bâtiments , et, à la lin, il SC vit commandant d’une flotte vraiment formidable.

Après plusieurs combats, il fut invité par le chef larlare à se rendre à Péklng et reçut l’oflre d’un très haut titre qu’il accepta, laissant le commandement de sa flotte à son fils Kouo-chlng, nommé, selon l’orthographe portugaise , Kochinga. On ne permit point au père de revenir ; mais le fils resta fidèle à la cause chinoise et opposé aux ennemis de sa patrie; cependant, au bout de deux ou trois années, les Tartares, à force de corruptions, réus-

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sirenl à lui faire quitter la côte pour se diriger vers les noinbreuses lies du voisinage. Ce fut alors que l’immense et fertile pays de Formosc , habité à cette époque par une multitude de Chinois, devint le but de ses espérances.

Les Hollandais, infoimés que les agents secrets de Kochinga entretenaient une correspondance avec leâ résidents chinois , et prévoyant le danger dont ils étaient menacés, renforcèrent, en i 65 o , la garnison du fort Zélande. Ils demeurèrent pourtant tranquilles pendant un certain intervalle, jusqu’au moment où le chefexilé, défait devant Nanking, n’eût plus d’autre refuge que Formose pour lui-mêmeetses nombreux partisans. Surlademande de Coyet, gouverneur de l’établissement, douze vaisseaux lurent envoyés de Batavia, en 1660, avec l’ordre, si l’alarme était vaine , de se porter sur Macao. La garnison consistait alors en i 5 oo hommes. Les Hollandais demandèrent à Kochinga s’il était pour la paix ou pour la guerre. Ce dernier, dans la lettre qu’il leur écrivit en réponse, affecta les dispositions les plus amicales, et, afin de tromper plus sûrement, il envoya quelques navires marchands à Formose. Les soupçons du gouverneur ne se dissijîèrent cependant pas, attendu que Kochinga continuait toujours ses préparatifs à Emouy ; mais la majorité du conseil étant d’opinion qu’il n’y avait aucun danger présent, tous les vaisseaux furent renvoyés à leur destination respective. L’amiral , à son retour à Batavia , accusa le gouvernement d’ètre trop méticuleux, et le conseil, las des dépenses et de ce qu’il considérait comme de vaines appréhensions, suspendit le gouverneur de ses fonctions et l’envoya à Batavia pour s’y défendre. Son successeur, M. Clenk, mit à la voile pour Formose, au mois de juin 1661,

Pendant ce temps, les événements qui se passaient dans l’ile justifiaient les pressentiments de Coyet. Peu de

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