‹ La Chine ou Description GeneraleChapitre 29 sur 125 · I.A CHI^E · texte numérisé non relu

I.A CHI^E

visita la Chine. Les circonstances si intéressantes du séjour de ce navire se trouvent exactement relatées dans l’histoire populaire du voyage, et sont d’ailleurs connues de la plupart des lecteurs. Après avoir été radoubé et réparé, le Centurion mit en mer et réussit à capturer l’Acapulco, avec sa précieuse cargaison de trésors; il se dirigea ensuite , pour la seconde fois , vers la rivière de Canton , afin de renouveler ses provisions.

Le commodore, à son arrivée, fut assujetti, comme de coutume , à des délais innombrables autant que vexatoires. On trouve le passage suivant dans la relation manuscrite. — <1 On éleva alors une nouvelle difliculté. M. Anson , étant domicilié chez M. Townsend , devait se rendre d’abord à Macao ; car les marchands bong prétendirent qu’ils se verraient forcés d’être sa caution auprès des mandarins, s’il restait dans la maison après le départ de M. Townsend ; que d’un autre côté , si M. Anson prenait un vaisseau espagnol dans les parages de Macao, ils en seraient responsables et perdraient peut-être leur tête.

M. Anson leur déclara qu’il n’avait besoin de personne pour lui servir de caution, et qu’il ne bougerait pas de Canton , si on ne lui fournissait pas des approvisionnements, attendu que les marins de son vaisseau avaient à

peine du biscuit pour cinq jours Nous convoquâmes

les marchands une troisième fois , pour les engager à obtenir des autorités la livraison de tout ce dont M. Anson avait besoin. Ils nous annoncèrent que les mandarins se formaient une si étrange idée d’un navire qui faisait le tour du monde, en cherchant d'autres navires pour s'en emparer , qu’ils n’avaient pu les ramener à la raison sur ce point. » A la fin, les marchands devinrent tellement inquiets du séjour du commodore à Canton, qu’ils permirent à un pourvoyeur d’embarquer les provisions sans qu’elles fussent soumises à l’examen de la douane.

Vutf Je la rivière de Canluii

La perte de l'Acapulco engagea les Espagnols à équiper, en 1744» plusieurs bâtiments pour entraver notre commerce en Chine. Lorsque , par exemple , U Hardwirke , navire des Indes-Orientales , arriva à la hauteur de la côte , un avis lui fut remis par le moyen d’une barque chinoise. Par suite de cet avis , qui portait que trois vaisseaux espagnols l’attendaient dans les parages de Macao, afin de lui barrer le chemin, il appareilla aussitôt pour Emouy. Là , les mandarins exigèrent qu’il entrât dans le port intérieur sans conditions et qu’il livrât ses armes et ses munitions. Les marchands de la ville ne montraient aucune disposition pour commercer, et, en réalité, il ne paraissait pas qu’il y eût grand’chose à traiter avec eux. Bref, après quinze jours d’inutiles tentatives, le Uardwicke fut obligé de se rendre aux Indes contre tous moussons et sans avoir à bord un seul article de cargaison !

La situation de notre commerce n’était pas plus florissante à Canton ; les exactions augmentaient malgré les représentations des subrécargues. Les marchands hongs firent leur possible pour empêcher les Européens d’avoir accès auprès des olBcicrs du gouvernement, trouvant que , de cette manière , ils pouvaient mettre à contribution les uns et les autres avec plus de facilité et d’impunité. Ils finirent par réussir dans leur tentative; ils alléguèrent aux étrangers que les mandarins étaient les auteurs de toutes les exactions dont le commerce avait souffert, et aux mandarins , que les étrangers étaient d’un caractère si sauvage et si intraitable , qu’il fallait désespérer de leur faire entendre raison. L’histoire remarque que , « depuis cette époque, ils n’ont jamais abandonné leur tactique d’empêcher qu’aucune telation ne s’établit entre les Eu ropéens et les mandarins; ils ont placé le commerce de Canton sur un pied tel , qu’il ne sera plus praticable aux Européens, si l’on n’y apporte remède. »

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LA CHINE. ' 6l

Ce fut dans ces temps épineux que M. Flint, homme d’une habileté et d’un mérite rare, parvint à se rendre maître des difficultés de la langue chinoise ; mais l’ingra^ titude que lui montrèrent ses supérieurs , en échange des efforts et de l’énergie qu’il avait déployés à leur service contribua, selon toute apparence, bien plus qu’aucun autre motif, à décourager ses successeurs et à les détourner d’entreprendre un travail de surérogation aussi pénible, aussi stérile, et même aussi hasardeux. Nous retrouvons M. Flint, comme interprète, en 1747; il joua bientôt après un rôle très important en Chine, ainsi qu’on le verra plus loin.

Les vexations endurées par nos commerçants provoquèrent une plainte, dont les principales causes étaient les délais apportés au déchargement des navires, le pillage des marchandises en rivière , les placards injurieux affichés annuellement par le gouvernement et accusant les étrangers de crimes odieux, dans l’intention de les exposer au mépris du peuple ; les extorsions commises sous de faux prétextes par les officiers inférieur , et la difficulté d’aborder les mandarins. Les vaisseaux restèrent en dehors du port, en 1764, jusqu’à ce que le vice-roi eût promis de faire droit à ces divers griefs; néanmoins on en obtint finalement très peu de chose. Il est à craindre que le défaut de bonne harmonie entre les Européens n’ait eu, comme à l’ordinaire , pour conséquence inévitable, de rendre nuis tous leurs efforts. «Quelques uns de ces messieurs étaient d’avis qu’il nous fallait voir arriver l’événement, et comme plus nous débattions la question plus nous semblions être éloignés de la résoudre, nous nous séparâmes, sans avoir pris de détermination , si ce n’est celle de dire chacun ce qui nous plairait. » Certainement, ce n’était pas là le moyen de réussir auprès des Chinois. L’animosité qui existait entre les Anglais et les Français fut également funeste à ces deux

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