CHAPITRE Xli
BEI.ATIOKS DES ANGLAIS AVEC LES CHINOIS. (<Su((e. )
Ôbjst et résultat de ratnkassndc de i^gS. — Affaire du schoonct^ ta Providence. — Le paTÎllon américaiu arboré pour la première fois à Canton , en i8oi ; amené en i83a. — Première expédition » Macao, — Mission en Cochiiichinc. — L’amiral Linois repoussé par la flotte de Cbiuc. — Les Ijadronet ou pirates ebinois. — Un Chinois tué par un matelot. — Seconde expédition à Macao. — TcutatiTcs infructueuses de l'amiral Drurj. — Interdit contre M. Roberts, à Canton. — Emprisounement d"un interprète. — Le vaisseau de S. M. le Dorit, — Suspension du commerce par ordre du comité. — Mission de lord Amhcrst. — Question du Ko-teou. — Forts réduits au sileuée par la frégate l'Alceste. — Cas d'homi» cides en i8lo et 1831. — Le vaisseau de S. M. la Topaze. — Reprise du commerce. — Incendie de Canton. — Faillite des marchands liong. — Discussions avec les Chinois. — Invasion de 1.1 factorerie par le Fou-youeh. — Lettre du gouverneur-général an vice-roi. — Voyage de l’Amhenl. — Combat entre les vaisseaux contrebandiers et les chinois. — Expiration de la charte de la compagnie.
L’un des principaux objets de la mission de lord Ma-^ cartney à Péking était d’obtenir, s’il était possible, de l’empereur, la permission de commercer à Ning-po, à Cbusanv à Tien-tsih et à d’autres endroits, outre Canton. Toute discussion sur ce point, et en réalité tout ce qui touchait aux affaires, fut soigneusement éludé par les ministres chinois et les mandarins, durant le séjour de
i.A rniNK.
l’ambassade à Péking. Cependant, dans sa lettre au roi d’Angleterre , l’empereur n’omit pas d’établir nettement que le commerce anglais devait être strictement limité au port de Canton. « Vousnepourrcz pas vous plaindre, ajoute-t-il, que je ne vous ai point averti clairement. Vivons donc en paix et en amitié et n’écoutez pas légèrement mes paroles. »
S’il fallaiten juger, d’après l’essai de trafic qui eut lieu la même année à Chusan , avec la permission de l’empereur , le privilège accordé ne paraîtrait pas fort précieux. Le capitaine Mackintosh, commandant le vaisseau de la compagnie C II indostan , qui avait suivi dans la mer Jaune le vaisseau de S. M. te Lion, obtint l’autorisation (pour cette fois) de négocier à Chusan, s’il le trouvait bon ; de plus, son vaisseau fut déclaré exempt de droits de port, comme appartenant à l’ambassade.
Le capitaine Mackintosh se rendit donc à Chusan ( i ) , «il y trouva les mandarins et les habitants tout-à-fait disposés à se conformer aux ordres de l’empereur, touchant les privilèges dont il devait jouir, lui et ses officiers, poui’ l’achat d’une cai^aison. Le thé et la soie étaient moins chers qu’ailleurs; mais les négociants n’étaient point préparés à une demande aussi considérable que celle d’une cargaison entière de marchandises de débit européen, pour remplir un vaisseau de la grandeur de l'IIindoitan (il jaugeait i ,200 tonneaux) , ni à l’achat des marchandises d’Europe qu’il avait à bord, et qui, attendu leur quantité , auraient mieux convenu à une plus grande viUe. Par ces divers motifs, ils voulaient être payés argent comptant de la plupart des articles qu’ils auraient fournis à l’IIindottan. Or, le commandant ne s’attendait nullement à cette exigence, et il fut obligé de se rendre à Canton. »
(i) S(aun/on’i Eiiiôasfy, vol. II, p. 5'jô.
LA CmXE.
Comme on espérait que l’ambassade avait produit son effet, en gagnant au commerce anglais la bienveillance du gouvernement chinois, on résolut peu après de la faire suivre de présents et d’une lettre de S. M. à l’empereur. Cet envoi arriva à Canton au mois de janvier 1 796 avec des lettres et des présents des agents supérieurs et du président de la compagnie des Indes orientales pour le vice-roi. Le tout fut transporté dans la ville parle chef de la factorerie anglaise.
L'empenur Kien-long.
Le vice-roi reçut l’adresse pour l’empereur avec une satisfaction marquée, et l’envoya, ainsi que les présents, à Péking, d’où revinrent une réponse et des présents
l.\ CHINE.
analogues, La cour ne voulutpoint, toutefois, accepter les lettres et les dons destinés au chef du gouvernement de Canton » par le motif qu’il n’était pas permis aux ministres chinois d’entretenir une correspondance avec les officiers d’un gouvernement étranger. On rapporta , à celte occasion, ainsi que dans une autre qui se présenta en i8o5 , qu’un tribut avait été envoyé par le roi d’Angleterre au «Fils du Ciel, » et le fait fut mentionné, il n’y a pas long-temps, dans un document officiel adressé à l’auteur du piésent ouvrage , en sa qualité de président du comité en Chine ; il s’empressa d’expliquer qu’on avait envoyé desprrsenti , mais non point un tribut.
Pendant plusieurs années, après cette ambassade, aucun événement he vint troubler les paisibles progrès des opérations commerciales à Canton. La conduite des mandarins vis-à-vis des raarchtmds s’était améliorée , et ils avaient, depuis quelque temps , renoncé à leur indigne mesure de Suspendre le cours des affaires pour la cause la plus insignifiante. 11 est vrai que diverses charges pesaient toujours sur le commerce européen; mais ces charges profitaient trop au gouvernement local et aux marchands hong , pour que ceux-ci fussent disposés à en faire l’abandon. Les plus désagréables étaient d’abord le fonds Consou , provenant d’une taxe que les Hong avaient la faculté de lever sur le commerce étranger, afin d’ètre en état de satisfaire aux énormes contributions que le gouvernement percevait sur eux; et ensuite l’élévation exagérée des taxes et droits de port.
L’n événement malheureux faillit , en i8oo; comprotneltre gravement la position des Anglais à Canton , bien qu’il ne résultât uniquement (comme c’était l’ordinaire en pareil cas) que de la faute même des indigènes. Tandis que le sebooner de S. M. (a Proi'idence était mouillé à W'bampoa, quelques Chinois montés dans un petit bateau essayèrent, une nuit, de couper le câble du bâti-
ment. Gomme ils ne répondirent rien, lorsqu’on les héla, pn coup de £eu dirigé sur la barque blessa l’un d’entre eux; un autre, qui, dans un premier mouvement d’effroi, s’était jeté à l’eau, se noya.
■ Selon sa coutume, le gouvernement demanda la remise immédiate de l’individu qui avait déchargé le mousquet ; mais le capitaine Dilker , qui était alors en Chine , nù il commandait le vaisseau de S. M. Britannique le Mar dras , demanda de son côté la punition des Chinois qui montaient le bateau, à cause du délit dont ils s’étaient rendus coupables ; il refusa en même temps de livrer le marin ou même de souffrir qu’il fût interrogé , à moins que ce ne fût en sa présence.
Le Chinois blessé se rétablit à la fin , et la correspondance qui s’était organisée en resta là; mais, quelque temps après, l’extrait d’une loi chinoise sur l’homicide fut présenté au comité de choix par le gouvernement local, quoique l’injustice et la perfidie vraiment honteuses avec lesquelles il avait, en plusieurs circonstances, traité les étrangers accusés de meurtre, ne lui donnassent nullement le droit de s’attendre que l’on aurait égard à ses règlements.
Ce fut en l’année i8oa que les couleurs américaines furent arborées pour la première fois à Canton. L’agent consulaire des États-Unis , qui était toujours élu parmi les marchands américains résidant en Chine , était simplement un officier commercial, désigné par les Chinois sous le nom de Taî-pan ou chef de factorerie. Il ne recevait aucune espèce de salaire de son gouvernement; seulement il ^it autorisé à percevoir des honoraires sur les affaires qu’il négociait pour ses compatriotes , tout en faisant le commerce pour son propre compte. Le pavillon étoilé continua pendant très long-tempsde flotter à Canton, malgré l’interruption qu’éprouva le commerce des États- Unis, un peu avant i8i5, par suite de la guerre avec