I.A CHINE
dix-buit, achetées des Européens ou enlevées aux Chinois; cette dernière origine était la plus commune. Leurs armes individuelles étaient des piques longues de quatorze à quinze pieds, surmontées de dards de bambou; de plus , ils faisaient usage de la pique ordinaire des Chinois , avec une poignée en bois , et une lance de fer consistant en une lame légèrement recourbée; ils avaient aussi de courtes épées-poignards dont la longueur n’atteignait pas deux pieds ; leurs canons étaient montés sur des affûts solides, sans roues, sans culasses et sans palans; ils couraient par le tillac, de telle manière, qu’on ne pouvait les décharger que lorsqu’on avait réussi à les traîner vis-à-vis du but , au risque d’endommager le vaisseau. La bordée lâchée, ils les retiraient, à force de bras, pour les recharger, opération qui parait aussi difficile qu’ennuyeuse aux Chinois. Les plus grandes jonques portaient entre cent et deux cents hommes, et étaient pourvues chacune d’un canot armé , pour commettre des déprédations, à terre, dans les villes et les viUages. *
Peu de narrations offrent plus d’intérêt que celle de M. Glasspoole; elle a été publiée dans le United service journal, mais ne peut être analysée ici, M. Glasspoole, de même que M. Turner, fut racheté moyennant une rançon considérable par ses amis de Canton , et il échappa heureusement, ainsi que lui, pour écrire le récit de ses aventures et de sa singulière captivité.
Les ladrones, après la mort de leur premier chef, furent gouvernés très habilement par sa propre femme , qui s’adjoignit des lieutenants pour le service actif. Ce ne fut pas là le trait le moins bizarre de l’histoire de ces pirates : un code très sévère fut rédigé pour la flotte, et une appropriation assez équitable fut faite de tous les biens capturés; les mariages étaient strictement observés, et tous les actes répréhensibles et les violences exercées sur des femmes rigoureusement punis. On accordait des
LÀ CUIKE.
passeports aux jonques chinoises qui se soumettaient aux pirates; mais tous les individus faits prisonniers sur les vaisseaux du gouvernement, et tous ceux qui leur opposaient quelque résistance, étaient traités avec une affreuse barbarie. Au faite de leur puissance , ils levaient des contributions sur la plupart des villes, situées le long des côtes, et répandaient la terreur, dans les environs de Canton, sur la rivière. C’était à cette époque que les gens de la factorerie anglaise ne pouvaient pas se risquer en bateau, entre ce port et celui de Macao, sans être duement escoiiés. Les ladroncs sont donc en partie cause de la précieuse exploration des mers de la Chine, exécutée par le capitaine Ross.
Les deux croiseurs qui avaient été envoyés de Bombay, sur la demande du comité , afin d’agir contre les pirates, furent employés plus tard à cette entreprise d’utilité pubUque , dont les bons résultats ont été appréciés par le monde commercial tout entier.
Reconnaissant que ses forces étaient complètement insuffisantes pour s’opposer à celles toujours croissantes des ladronts, le gouvernement chinois publia une amnistie générale pour ceux d’entie eux qui feraient leur soumission et rentreraient dans le devoir ; cette mesure lui fut suggérée par l’avis qu’il eut des dissensions sérieuses qui avaient éclaté entre les deux principaux commandants des flibustiers , dissensions qui allèrent jusqu’à donner lieu à un combat des plus sanglants entre les escadres, noire et rouge, qu’ils dirigeaient; ce fut la première qui eut le dessous. Le plus faible des deux chefs consentit alors à accepter les offres du gouvernement, qui lui promettait un pardon entier, et qui tint sa promesse , car il l’éleva même à un certain rang dans l’armée de l’empereur. Se trouvant ainsi affaibli par la désertion de la moitié de ses forces environ , le chef féminin et ses autres lieutenants ne purent se maintenir long-temps encore.
Les ladronet qui s’étaient soumis furent employés par l’astucieux gouvernement contre leurs anciens associés; qui , épuisés par l’interruption de leurs approvisionnements et accablés d’autres diflicultés, furent, au bout de peu de mois, obligés d’accepter l’amnistie. Ce fut ainsi, et sans plus de secousse ; que fut dissoute une association qui, pendant un temps, avait menacé l’empire; mais comme les causes qui avaient donné naissance à la piraterie existent toujours, les succès et l’impunité des ladrones peuvent encourager, au premier jour, d’autres bandes de voleurs maritimes à s’unir dans une confédération semblable.
Il s’était écoulé un laps de temps très considérable depuis l’un de ces homicides qui , même commis involontairement , avaient été si préjudiciables au commerce de Canton, lorsqu’au mOis de mars 1707, il arriva une" circonstance qui , en tout temps, peut résulter de la conduite désordonnée de nos marins à terre; surtout quand ils ont, comme en Chine, la faculté de se procurer, à très bon marché, une liqueur Spiritueuse, appelée sam~ chou , laquelle est en général falsifiée au moyen d’ingrédients d’une nature stimulante et même surexcitante. Une partie des matelots du vaisseau le Neptune avaient bu dans un magasin de Uqueurs. Une querelle s’éleva entre eux et les Chinois; mais leurs ofiieiers s’empressèrent de les rassembler et de les confiner dans leurs quartiers. Les Chinois oisifs s’attroupèrent en grand nombre devant la factorerie ; ils se ruèrent contre les portes etcontrè tous les Européens qui passaient, et ce, nonobstant la présence de quelques marchands hong qui avaient été requis. Les matelots renfermés perdirent à la longue toute patience , ils renversèrent les obstacles qu’on leur avait opposés, et fondirent sur la populace qu’ils dispersèrent aussitôt ; un Chinois fut frappé si rudement à la tête qu’il en mourut.
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LA CniNEJ
Le commerce , toujours comme â l’ordinaire, fut sas-* pendu , et le marchand hong qui avait cautionné le Neptune fut rendu responsable par le gouvernement de la remise du coupable. On ne put rien découvrir sur l’identité de l’individu , dans l’enquête qui eut lieu à bord du Neptune. Les mandarins demandèrent d’abord que l’équipage fût interrogé danS l’intérieur de la ville ; mais on rejeta cette prétention, en leur rappelant l’affaire dur pauvre canonnier. On convint cependant à la fin qu’un interrogatoire aurait lieu dans la factoreiie , devant des juges chinois, et en présence du comité de choix et du capitaine Rolles, commandant le vaisseau de S. M. B. le Lion , tandis que deux marins , la baïonnette au bout du fusil , se tiendraient en sentinelles.
11 fut reconnu que onze hommes avaient été plus violents que les autres , mais on ne put imputer à personne l’homicide dont on cherchait l’auteur, quoique les Chinois continuassent à demander qu’on leur livrât un homme. On arrêta finalement qu’un des onze , nommé Édouard Shèen, resterait sous la garde du comité, et qu’une amende convenable serait payée aux parents du défunt ; mais lorsque le comité se prépara à partir pour Macao , le gouvernement exigea qu’il laissât Édouard Sheen. Le capitaine Rolles intervint alors , et déclara que si l’on ne permettait pas au comité d’emmener Sheen à Macao j il le prendrait à bord du Lion. Cette déclaration termina le différend. Le gouvernement local, assez embarrassé de savoir comment agir , inventa une histoire dans laquelle il avança que Sheen , en ouvrant une fenêtre * avait , par malheur , laissé tomber un morceau de bojs qui avait atteint le Chinois au front et avait causé sa mort. Ce récit fut envoyé à Péking , comme un rapport officiel , et une réponse de l’Mnpereur sanctionna la libération du matelot, moyennant une amende d’environ 1 2 taëlsou quatre livres sterling au profit des parents du défunt. Cet inci-
dent prouve tout à la fois avec quelle facilité on peut tromper l’empereur, et avec quelle promptitude le gouvernement local sait se tirer d’alTaire. La conduite, pleine de fermeté, du comité et du capitaine Rolles, fut hautement approuvée , et la cour des Directeurs vota 1,000 livres sterling à ce dernier.
Au commencement de 1 808 , on reçut avis dans l’Inde des vues ambitieuses que la France avait sur l’Orient, et du danger auquel Macao était exposé, à cause de son voisinage de Manille, si les Français parvenaient à s’emparer de cette colonie espagnole. Conformément aux traités par lesquels l’Angleterre s’était engagée à protéger le Portugal et ses établissements contre toute agression , et aussi pour garantir les intérêts que les Anglais euxmêmes avaient à débattre dans le voisinage de Canton , lord Minto , après avoir mis une garnison à Goa , jugea à propos d’envoyer une expédition pour protéger Macao qn’il craignait de voir menacé par une flotte ennemie. On pourrait, avec raison, demander jusqu’à quel point cette mesure était convenable , d’après l’exemple de l’expédition qui avait eu lieu dans le même but, juste six ans auparavant , et qui avait déinontré que les Chinois considéraient Macao comme une partie de leur empire , et les Portugais comme de simples fermiers qu’ils pouvaient changer à volonté. En définitive , l’entreprise échoua complètement.
Le gouverneur portugais de Macao , avec ses deux ou trois cents nègres affamés , ne pouvait naturellement avoir l’idée des’opposeràl’enlréedes Anglais; etd’ailleurs, un ordre de Goa les força de recevoir les troupes envoyées par lord Minto. Bientôt il parut évident que , sous le voile d’une feinte amitié , les Portugais travaillaient en secret à calomnier les intentions de leurs alliés vis-àvis de leurs maîtres , les Chinois , qui leur avaient sévèrement défendu d’admettre des forces étrangères à Ma-