‹ La Chine ou Description GeneraleChapitre 35 sur 125 · I.A CHINE · texte numérisé non relu

I.A CHINE

cao , sans leur en avoir préalablement demandé la permission. En attendant, le président du comité et l'amiral Drury, ayant arrêté que les troupes prendraient terre , une convention fut signée le 2 1 septembre , et les soldats débarquèrent tranquillement le même jour. Un ordre du vice-roi ne tarda pas à leur enjoindre de partir, et, comme ils ne s’y conformèrent point, le commerce de Canton fut suspendu , et l’on refusa toute provision aux bâtiments des Indes et aux vaisseaux de S. M. composant l’escadre. Un édit des Chinois remarquait « sachant , comme vous devez le savoir , que les Portugais habitent un territoire appartenant au céleste empire , comment avez-vous pu supposer que les F rançais se hasarderaient j amais à les molester. S’ils l’osaient , nos vaillantes troupes les attaqueraient, les battraient et les chasseraient de la surface du pays. »

L’amiral proposa, par écrit, au vice-roi, d’arranger ces difficultés à Canton : il n’en obtint aucune réponse. Tous les sujets britanniques reçurent alors l’ordre de regagner leurs navires respectifs , et les vaisseaux de S. M. remontèrent la rivière. Comme le vice-roi refusait toujours d’accorder une audience à l’amiral Drury , en prétextant qu’il ne connaissait d’autre autorité anglaise que le chef de la compagnie , l’amiral se rendit en personne à Canton , et insista pour avoir une entrevue , disant qu’il serait en ville dans une demi-heure. Le viceroi persista , de son côté , à refuser de le recevoir , et l’amiral, au lieu de persévérer dans son intention , regagna son vaisseau.

Quelque temps après, les chaloupes de tous les bâtiments de guerre, ainsi que celles desnavires indiens, furent équipées et armées, dans le but de faire une seconde visite à Canton et de se frayer un passage à travers la ligne de vaisseaux chinois qui étaient affourchés en rivière et remplis de soldats pour empêcher l’amiral d’ap-

Lk CHINE.

prochef. Ce dernier j en atteignant la ligne , rama dans son propre canot vers le principal mandarin, afin de s’aboucher avec lui par l’intermédiaire d’un ecclésiastique portugais, qui remplissait les fonctions d’interprète. On ne consentit point à entrer en pourparler, et pour toute réponse, plusieurs décharges, dirigées sur l’amiral Drury et ses gens, blessèrent un de ces derniers. Alors l’amiral commanda que l’on exécutât le signal convenu pour 1 attaque. «Le signal n’ayant pas été observé, il ordonna qu’on ne le répétât pas. 11 déclara que son intention n’était point de forcer la ligne chinoise , et retourna avec les chaloupes vers la flotte. Quoique doué d’un courage incontestable (ainsi qu’on l’a remarqué dans le témoignage qui fut porté devant la chambre des communes, en i83o) l’amiral Drury semble, on cette circonstance, n’avoir pas possédé le sang-froid et la résolution essentiels au succès de l’entrepiisc dans laquelle il s’était engagé. » (i) Effectivement, ou on n’aurait jamais dû aller à Canton avec les chaloupes , ou il aurait fallu , une fois cette détermination prise, la mettre à exécution. Le résultat de cette conduite fut que les Chinois élevèrent près du lieu une pagode pour perpétuer le souvenir de leur victoire sur les Anglais.

Pendant ce temps, le commerce était toujours arrêté ; le vice-roi avait rendu un édit pour répéter sa menace ; savoir, que, tant qu’il resterait un seul soldat à Macao, aucun commerce ne serait souffert. Le 8 décembre , il se décida à agir selon un document qu’il avait reçu depuis peu de l’empereur, ce qui lui fournit un excellent prétexte pour abandonner le point en litige. Peu de jours après, une convention fut signée à Macao, les troupes furent embarquées, et l’amiral Drury mit à la voile pour le Bengale, sur /c Russell, le 22 décembre. Ainsi, après

(x) Témoignages partemenlaires , i83o.

LA CHtKE.

trois mois de discussions infructueuses pour les Anglais , les Chinois finirent par obtenir ce qu’ils voulaient, c’està-dire la retraite des troupes. Ce succès a été propre à accroître l’arrogance par laquelle ils se sont constamment distingués. Cependant le vice-roi de Canton fut disgracié et renvoyé par l’empereur.

Les mesuresprises par le président en Chine, de concert avec l’amiral, à l’occasion de l’expédition, furent improuvées en Angleterre, et son remplacement fut décrété. Les Chinois, qui n’avaient point mis de côté leur rancune contre M. Roberts , furent encouragés lorsqu’ils le virent censuré par la compagnie, et les Portugais , agissant toujours avec la même servilité, élevèrent à cette époque des plaintes contre lui. Lorsqu’il parvint, malgré ses adversaires, à obtenir un siège dans le comité , à son retour de la Grande-Bretagne, le hoppo publia contre lui , en 1 8 1 3 , un édit motivé sur la conduite qu’il avait tenue cinq ans auparavant, et qui lui défendait de résider à Canton. Tandis queM. Roberts était retenu à Macao par une indisposition, le comité résolut de ne point reconnaître aux Chinois le droit d’intervenir dans la nomina^ tion des autorités britanniques, et, bien que le navire Factory fût arrivé à Canton , il ne permit point que l'on procédât à aucun déchargement, tant que l’interdit dont on avait frappé M. Roberts n’aurait pas été levé. Le 2 2 novembre, le président adressa à ce sujet d’énergiques représentations au vice-roi ; mais avant qu’il pût en obtenir satisfaction , M. Roberts mourut à Macao des suites de sa maladie ; néanmoins , il déclara que le principe d’après lequel le comité agissait n’était nullement altéré par cette circonstance. Le hoppo annonça alors publiquement que le gouvernement local renonçait au droit d’intervenir dans les nominations de la compagnie , et le commerce fut repris.

Le caractère jaloux et soupçonneux du gouvernement

chinois se déploya d’une manière remarquable , en 1 8 1 5 , à l’occasion de quelques présents envoyés d’Angleterre à un ministre , à Péking , Song-ta-jin , mandarin de haut rang, qui avait été le conducteur de l’ambassade de lord Macartney , et qui , par ses procédés pleins de bienveillance et de conciliation, tant dans cette circonstance que postérieurement, lorsqu’il remplit les fonctions de viceroi à Canton, s’était fait de chauds partisans des Anglais. L’empereur avait fini par l’élever à la dignité de membre de son conseil. On avait donc résolu en Angleterre , pour récompenser ses services passés et pour s’assurer de ses bons offices à l’avenir, de lui envoyer une lettre et des présents. L’individu qui fut choisi pour exécuter ce projet était un Chinois, nommé A-ycou, jadis interprète à Canton ; ce fut lui quiporta, à leur adresse, l’épitre et la boite d’or. Il revint, le 25 août, porteur d’un reçu de Song-ta-jin ; mais, peu après son arrivée , il fut arrêté par ordre du gouvernement, jugé rapidement, puis banni en Tartane, le tout pour s’être rendu coupable du crime de liaisons illicites avec des barbafes étrangers ! On apprit bientôt après que l’infortuné ministre avait été disgracié et le présent renvoyé. Ce mandarin, qui s’était distingué si éminemment de la généralité de ses compatriotes par l’affabilité de son caractère, ne put jamais, dans la suite, ressaisir son ancien pouvoir ni rentrer dans les bonnes grâces de son souverain.

Les événements suivants, arrivés en 1 8 1 4, se rattachent à des discussions dans lesquelles le comité était alors engagé avec le gouvernement local, en partie par suite du ! blocus étroit que le vaisseau de S. M. Britannique le Doris faisait subir aux bâtiments américains dans la rivière de Canton.

Au mois d’avril , le Doris, croisant près de Macao, captura le vaisseau américain le // unter , à la hauteur des llesLadrone, et l’amena dans le port. Le gouvernement

Chinois rendit aussitôt un édit qui réclamait du comité le renvoi du Boris •, le comité s’empressa de répondre qu’il n’en avait nullement le pouvoir.

Au mois de mai suivant , les chaloupes du Boris donnèrent la chasse à un schooner américain , depuis les environs de Macao jusqu’à Wliampoa, à dix milles de Canton , où elles s’en emparèrent; mais avant qu’elles eussent pu le sortir de la rivière , les Américains de Whampoa armèrent leurs bateaux et reprirent leur schooner. Cet événement et la capture du Uunter effectuée précédemment , commencèrent les troubles de 1 8 1 4 < Les Chinois entamèrent une série de mesures hostiles , non contre la frégate, mais contre la factorerie. Ces mesures devinrent bientôt insupportables : ils prohibèrent d’abord l’emploi des indigènes , ils envoyèrent faire des perquisitions dans la factorerie , et arrêtèrent tous les sujets de l’empereur qu’ils y trouvèrent ; ils inquiétèrent ensuite les canots des bâtiments de la compagnie des Indes, et firent leur possible pour nous empêcher de communiquer avec nos vaisseaux de guerre.

Le comité, \oyant les dispositions malveillantes du gouvernement , résolut de suspendre le commerce. C’était un coup hardi , et les Chinois , quelque peu déconcertés à l’aspect de leur ancienne arme que l’on tournait ainsi contre eux-mêmes, commencèrent à se montrer plus conciliants: ils nommèrent un mandarin pour s’entendre' avec sir George Staunton, qui avait été député par le comité pour conduire la négociation. Sir George se rendit à Canton , accompagné de sir Theophilus Metcalfe et de M. Davis. Le premier sujet de plainte fut l’arrestation de l’interprète A-yeou , pour avoir aidé les Anglais à témoigner leur estime et leur respect pour un officier du gouvernement qui avait conduit leur ambassade à travers l’empire, et s’était montré bienveillant pour toutes les personnes qui la composaient. On répondit immédia-

tcment que A-yeou aTail été arrêté pour une tout autre alTaire , et qu’on n’avait point eu l’intention de condam^ ner le service qu’il avait rendu aux Anglais. Plusieurs conférences eurent lieu avec les principaux mandarins et un ou deux assesseurs ; mais on ne fit pas beaucoup de progrès vers un accord final. Les choses en étaient là , quand le vice-roi se détermina soudain à rompre la négo-r dation. Le comité enjoignit alors à tous les sujets britanniques de quitter Canton. Sir George Staunton et les personnes qui l’avaient accompagné s’embarquèrent à bord du exford, et toute la flotte descendit la rivière.

Cette mesure eut pour effet de guérir radicalement le vice-roi de son opiniâtreté. Une députation de marchands hong fut dépêchée à la suite des vaisseaux , avec l’autorisation d’assurer que les mandarins reprendraient la discussion des points restés en litige , si Sir George consentait à revenir. Lorsque M. Staunton fut arrivé à Canton , les autorités voulurent rétracter l’assurance qu’elles lui avaient fait donner; elles furent encore bat-r tues dans ce dernier retranchement, et après plusieurs audiences, aussi longues qu’insipides, avec les mandarins , on remporta la victoire sur les principaux points contestés. C’était le seul moyen de s’assurer contre un nouveau manque de foi de la part des Chinois. Le privilège de correspondre avec le gouvernement, sous cachet et avec l’écriture indigène, fut alors consacré pour la première fois. On promit qu’aucun officier chinois ne pénétrerait jamais dans la factorerie anglaise, sans en avoir préalablement obtenu la permission; que les gens du pays pourraient entrer au service des Anglais , sans être aucunement molestés par des mandarins au petit pied , etc. •

Les mesures que l’on vient de décrire furent hautement approuvées en Angleterre. La conduite et les dispositions manifestées par les Chinois, dans les derniers temps, avaient montré que les intérêts commerciaux de

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