‹ La Chine ou Description GeneraleChapitre 37 sur 125 · A CBl.NC · texte numérisé non relu

A CBl.NC

Çomine plusieurs personnes mal informées se sont hasardées , sans aucune connaissance du sujet , à dire que nos deux ambassadeurs avaient été trop pointilleux, en ne se conformant pas au ko-teou, il peut être bon de démontrer qu’en mettant de côté chez eux toutes les considérations d’honneur national et de dignité personnelle , comme autant de futilités, et en envisageant la question uniquement sous le point de vue du profit ou de la perte , ils n’avaient rien à gagner en faisant le ko-teou; bien loin de là , il est observé , dans la relation de l’ambassade de lord Macartney, que «les Hollandais qui, dans le dernier siècle , se soumettaient à toutes les formalités auxquelles on les assujétissait, dans l’espérance d’obtenir quelques avantages en retour, se plaignaient d’être né- ^gés et renvoyés ensuite , sans promesse de la plus légère faveur (i).» Les membres delà dernière ambassade Néerlandaise ont encore été bien plus mal partagés. Voyons un peu par quels gains ils ont été dédommagés de leurs pertes dans cette circonstance : pour avoir cogné leur tète neuf fois contre le sol devant le trône , ils obtinrent , il est vrsû, quelques mets qui leur furent envoyés de la part de l’empereur. Voici ce que remarque Van Braam , à propos de cette libéralité : « Elle consistait principalement en pieds de moutons, qui paraissaient avoir déjà été rongés...» « Ce mets dégoûtant, ajoute-t-il, était sur un plat sale , et paraissait plutôt destiné à nourrir un chien qu’à former le repas d’une créature humaine. » Gomme ce fut là l’unique avantage qu’ils tirèrent de leurs pénibles évolutions terre-à-terre , on peut faire observer ensuite que la manière dont ils ont été traités tout le temps que dura leur voyage en revenant, fut des plus mortifiantes et des plus dégradantes. Cette ambassade eut lieu en 1795, durant l’époque des petits vêtements , et avant que des

( 1 ) Vol. II, pag. i5i.

principes libéraux eussent été généralement établis , en matière de costume et autres ; dans les occasions les plus ordinaires , on faisait exécuter à ccs pauvres Hollandais toutes les manœuvres auxquelles on les avait dressés, pendant que les malicieux mandarins restaient à les regarder et riaient (quin’aurail pas ri?) de ce qu’on a appelé diplomatiquement « l’embarras d’un Hollandais dans une tension inexprijnable. »

- Sir John Malcolm , qui comprenait le caractère asiatique , si jamais homme l’a compris , a remarqué dans un de ses ouvrages : «Depuis le moment où la première ambassade arriva en Perse, les domestiques, les marchands, les gouverneurs de ville , les chefs et les officiers publics supérieurs , se fondant sur notre ignorance , firent constamment des tentatives pour nous humilier ; et bien que repoussés sur tous les points , ils continuèrent leurs efforts jusqu’à ce qu’une bataille royale, à Schiraz, eût vidé la question, en l’établissant sur une base qui, depuis, ne fut jamais ébranlée. » L’exemple de la Russie , dont les ambassadeurs ont refusé, comme les nôtres, de faire acte de vasselage à la chinoise, et qui cependant possède une résidence à Péking, peut être opposé assez victorieusement, ce me semble , aux «pieds de moutons » et « aux ossements rongés (i), « que les HoUandais gagnèrent en exécutant cet acte. En admettant toutefois que la balance penchât en faveur de ces derniers, on pourrait demander s’il est sage, en pareille occasion, de faire abstraction de toutes les considérations d’honneur, de dignité nationale. Les Athéniens étaient un peuple aussi politique que brave ; eh bien ! lorsque Timagoras , qu’ils avaient député comme ambassadeur près du roi de Perse, eut l’imprudence de dégrader son pays en se prosternant, il fut condamné à mort à son retour.

(i) Ccs déni phrases sont en français dans l’original.

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LA CBIHË.

Mais faisons seulement ce que les Chinois tux-memes ont toujours fait. Gerbillon nous dit que lorsqu’un oflicier de l’empereur Kang-hi , fut pris par le roi des Eleutlis, ce dernier insista pour qu’il lui parlât à genoux; le Chinois refusa en disant qu’(7 n était point son vassal , mais celui de son propre souverain. Une relation chinoise du Japon porte très explicitement qu’un ambassadeur envoyé de Péking dans ce pays, refusa la prostration, et, plutôt que de compromettre l’honneur de sa nation , revint sans avoir communiqué ses dépêches, (ic n’est donc que par ignorance que l’ona appelé le ko-ieott, une simple cérémonie. Comme la majorité des personnes •irréfléchies se laisse influencer par les noms, il est important de savoir que la prostration est l’acte solennel par lequel le roi de Cochinchine et les gouvernants des petits royaumes de Corée et de Lou-tchou , rendent honuuage lorsqu’ils sont confirmés au trône par l’empereur des Chinois. L’esprit et la signification du ko-teou sont ceux de l’hommage que le feudatairc in capite rendait à son souverain lige; or, tous les pays qui, comme le Japon, se sont déclarés indépendants , ont refusé de l’exécuter.

Quelque bizarres qu’ils puissent nous paraître , à la distance de plus de 12,000 milles, les moyens qu’emploie la cour de Péking pour arriver à la suprématie sont parfaitement bien exprimés par les paroles de l’ancien hymne séculaire :

«Aline sol, porsis nihil urbe RoniS

Viscrc inajas ! »

Tous les pays qui envoient un tribut, et dont les ambassadeurs passent par les formes de foi et hommage , constituent une portion de l’empire , et leurs souverains respectifs régnent sous la sancüon du « fils du ciel. » Ceci ne signifie pas grand’chose de loin , mais en Chine , on en éprouve complètement l’effet. M. Barrow , qui a réel-

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