‹ La Chine ou Description GeneraleChapitre 75 sur 125 · I.\ CIIINK · texte numérisé non relu

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sonncl à leurs privilégeSj on ne les honore point (i). Les Chinois ont un proverbe qui dit « que par l’instruction les fils du peuple deviennent des grands; et que, sans ipstruction, lesfilsdes grands redescendent dans la classe du peuple. »

Connue tous les rangs sont accessibles au talent , on met le talent à l’épreuve dans des examens publics, ouverts aux plus riches comme aux plus pauvres. On n’exclut que certaines classes de la société , tels que les domestiques, les comédiens et les agents de police. Le gouvernemenit semble croire sa stabilité plus assurée, lorsqu’il nomme à des emplois de confiance les hommes les plus habiles , si ce n’est les plus vertueux. Dans le dessein de contribuer à l’amélioration de leurs armées, les empereurs tartares mandchous ont établi un examen militaire dans lequel on accorde aux mandarins des grades correspondants à leur mérite.

Il est temps que nous examinions les rouages administratifs de l’empire : commençons par l’empereur, son chef suprême. Ses titres sont le «Fils du ciel, » les «Dix mille années» et on lui rend des horreurs divins. La description suivante de la célébration de l'anniversaire de sa naissance à Pékipg, a été écrite par un témoin oculaire (2). Celte cérémonie a lieu simultanément dans toutes les principales villes de la Chine.

«Le premier jour fut consacré à rendre à la suprême majesté de l’empereur un hommage pieux, solennel et sacré. Les princes, les tributaires, les ambassadeurs, les hauts fonctionnaires de l’État et les principaux mandarins, assemblés dans une vaste salle, furent, à un si-

(1) Duli^lclo dit fjii’ils n'onl poiiil de terres, cl que comme ruiapcreiir ne peut leur donner ii tous des pensions , plusieurs vivent dans une extrême pauvreté.

(2) Slaunion, vol. Il, page aSS.

gnalparliculier.inlroduitsdansunbâlimenlderinlérieur. semblable à un temple et omé de grands instruments de musique , parmi lesquels on remarquait des cloches cylindriques, suspendues sur un rang à des cadres do bois sculpté , et allant en diminuant de grosseur d’une extrémité à l’autre , et aussi des morceaux triangulaires de métal , arrangés dans le même ordre que les cloches. Au son de ces instruments, les eunuques entonnèrent une hymne lente et solennelle ; de loin leurs voix étaient semblables à l’harmonica. Les exécutants recevaient le ton au moy en d’une cymbale aiguë et sonore. Les personnes de l’ambassade qui se connaissaient en musique furent très satisfaites de leur exécution , qui produisit beaucoup d’effet. Les chants duraient encore, lorsqu’à un autre signal, neuf fois répété, tous les assistants se {>rostemèrent neuf fois, à l’exception de l’ambassadeur et de sa suite qui se contentèrent de faire un profond salut. Mais celui que l’on honorait ainsi demeura tout le temps invisible, comme pour imiter la divinité. L’impression auguste produite par cette adoration apparente d’un simple mort^, ne put être effacée par les scènes de réjouissances et de gaieté du lendemain. »

L’empereur adore le ciel , et le peuple adore l’empereur. J1 est remarquable que, malgré cela, le souverain, en parlant de lui-même, emploie une expression d’une humilité aussi affectée que celle-ci : «l’homme imparfait,» qui contraste singulièrement avec les dénominations louangeuses et emphatiques de la plupart des monarques orientaux. Il n’a cependant pas négligé l’emploi des moyens qui peuvent imprimer une terreur habituelle. Personne ne peut passer devant la porte extérieure du palais, en voiture ni à cheval. Le trône ride ou un paravant de soie jaune , sont adorés à l’égal du souverain luimême. Dans les provinces, on reçoit une dépêche impériale en brûlant de l’encens et en se prosternant la face

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tournée vers Péking. Un chemin pavé, conduisant à la principale salle d’audience, est exclusivement réservée à l’empereur. S. M. , comme si elle ne pouvait recevoir des ornements aucune augmentation de splendeur, se distingue des grands de sa cour par un costume plus simple que le leur. C’est ce que ne font pas les autres monarques asiatiques. Lors de l’ambassade de lord Macartney, la foule des mandarins était couverte de broderies et de chamarrures , tandis que l’empereur n’était revêtu que d’une robe de soie brune et d’un bonnet de velours noir avec une seule perle sur le devant. Le jaune, comme couleur impériale , semble plutôt distinguer les ' objets qui sont consacrés à son usage , que constituer la couleur de ses vêtements, excepté dans les occasions solennelles. Le souverain de la Chine dispose de la succession d’une manière absolue ; il nomme qui bon lui semble pour son héritier ; il peut même choisir son successeur hors de sa famille. Cette coutume remonte à une très haute antiquité : les anciens monarques Yao et Cbun ont fourni l’exemple de ce mode d’élection. La sanction impériale est donnée aux actes publics, au moyen d’uH sceau de quelques pouces carrés, composé de jade, pierre blanche tirant sur le vert , et appelée ju par les Chinois ; l’empereur lui-mÆne y ajoute , en encre rouge , quelques instructions particulières ou annotations : c’est ce qu’on désigne par ces mots « le pinceau vermillon. .> 'fous les édits impériaux d’une nature spéciale sont adressés au tribunal ou au fonctionnaire qu’ils concernent, puis ensuite publiés dans la Gazette de Péking, qui ne contient que les actes du gouvernement suprême. La falsification des articles qu’elle renferme est punie de mort. 11 est à remarquer que les édits spéciaux du souverain, c’est-à-dire les ordonnances applicables aux exigences des cas particuliers, soit pour aggraver un châti-

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ment, soitpour l’adoucir, ne servent jamais de précédents dans la juridiction criminelle (i). Il y a plus de sagesse dans cette règle que dans celle qui donnait aux rescrils des empereurs romains , relatifs à des cas particuliers , force de lois à perpétuité.

Comme poniifex maxtmtis, ou grand-prêtre de l’empire , le « fds du ciel » seul avec ses représentants immédiats, sacriûe dans les temples de l’État, y égorge des victimes et y brûle de l’encens. Ces rites, précédés comme ils le sont de jeûnes et de purifications, ont une ressemblance parfaite avec les offrandes des anciens. Aucune hiérarchie n’est entretenue aux frais de la nation ; aucun clergé'a’est attaché à la religion de Confucius ou à celle du gouvWnement, attendu que le souverain et ses grandsofficiers s’acquittent de ces fonctions. Les deux ordres religieux de Fo et du Tao, qui sont seulement tolérât et non point soutenus par le gouvernement, se maintiennent h leurs propres frais ou au moyen des dons volontaires qui leur sont faits. Cette remarque ne s’applique qu’à la Chine proprement dite, car, dans la Tartarie mongole, l’empereur juge convenable de témoigner plus de bienveillance au clergé bouddhique, à cause de l’influence qu’il exerce sur les populations de ces vastes contrées, 11 est surprenai^t que le culte de Confucius soit resté la religion dominante de la Chine, bien que les empereurs de ce pays ne soient point « Confucéens. ».

'.Les principaux ministres de l’empereur forment le Nai-kô ,'ou .«chambre intérieure du conseil , » et les principaux conseillers sont au nombre de quatre , deux Tartares et deux Chinois; les premiers ont toujours la préséance : ils portent les titres de tchong-tang et de

(i) Co(& , .«eclioii 4>S-

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ko-lao , que les jésuites ont écrit colao. Sous leurs ordres sont un certain nombre d’assesseurs qui, réunis à eux, tonnent le grand conseil d’Etat.

Le corps d’où ces principaux ministres sont ordinairement tirés est le collège impérial ou institut national des Han-lin. S’il est quelque chose que l’on puisse regarder comme une hiérarchie de la religion de l’État , c’est assurément ce collège. Dans ses Mémoires de Napoléon , Boiirrienne rapporte un trait fort caractéristique ; l’empereur en faisant le classement des ouvrages de sa bibliothèque particulière, rangea la Bible dans la catégorie des livres politiques. C’est dans le même esprit que le gouvernement chinois se sert de la religion comme d’une machine, ou plutôt comme d’une branche du système politique. Le souverain est le grand-prêtre , et ses ministres sont membres de la hiérarchie ; les livres sacrés de Confucius sont étudiés au collège des Han-lin , qui , sous ce rapport, est une espèce de Sorhonne. Outre le conseil suprême de l’empereur déjà mentionné , il y a le Kiun-ki-ta-tchin , corps de conseillers privés , pour les cas où il faut de la discrétion et de la célérité : l’individu , appelé le duc Ho , dans la relation de l’ambassade de lord Amherst, était un des membres de ce comité. •

Le Lou-pou , ou les six conseils pour la direction dès affaires de détail, sont : i° le conseil des nominations officielles, qui connaît de la conduite de tous les officiers civils; 2 ® le conseil des revenus, qui a l’administration des finances de l’empire ; 3° le conseil des lites et des cérémonies; 4” le conseil militaire ; 5” la cour suprême de justice criminelle; 6“ le conseil des travaux publics.

D’autres conseils ou bureaux sont attachés à ces six conseils. Le tribunal astronomique , par exemple , est attaché au troisième , les rites étant réglés sur le calen- , drier.

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Le Li-fan-youen peut se traduire littéralement par «bureau des affaires étrangères. » Ainsi que son nom l’indique , il est chargé des relations extérieures de l’empire. Ln de ses présidents « qui Sont toujours Mandchous ou Tartares-Mongols (les Chinois n’étant point admis à remplir cet emploi], fut député, en 1816, pour recevoir l’ambassade britannique. Le Tou-tcha-youen, ou «bureau des censeurs,» a deux présidents, l’un tartare et l’autre chinois. Les membres appelés yu-cki sont au nombre de quarante ou cinquante en tout ; plusieurs d’entre eux sont envoyés dans diverses parties de l’empire, en cpialité d’inspecteurs impériaux , ou , pour mieux dire , d’esptons, Les anciennes coutumes de l’empire leur confèrent le privilège de donner des avis ou de faire des remontrances aux souverains , sans courir le risque de perdre la vie ; mais ils sont souvent dégradés ou punis , lorsque leurs adresses sont insolentes. On trouve, au ^commencement du roman intitulé : «l’Union fortunée ,» publié par le comité de traduction orientale , un exemple de l’emploi et du sort d’un de ces censeurs ; on en trouve aussi un exemple vivant dans Song-ta-jin , le conducteur de l’ambassade de lord Macartney qui , à un âge très avancé, est encore aujourd’hui dans un état de disgrâce que l’on peut appeler honorable , car il ne provient que de l’indépendance avec laquelle il s’est toujours exprimé.

^ Les fonctionnaires dont nous venons de parler sont les principaux organes du gouvernement impérial à Péking. Les provinces sont placées sous le commandement d’un fou-youen , ou gouverneur ; quelquefois deux provinces sont Soumises à un tsong-to , ou gouverneur-général, qui a sous lui deux fou-youen , un pour chaque province. La province de Canton et celle de Kouang-si qui la touche , sont toutes deux soumises au tsong-to , ordinairement appelé -vice-roi de Canton. Dans chacun de ces gouvernements, il y a un grand-juge criminel et

un trésorier; ce dernier connaît des procès civils, mais ses principales attributions consistent dans l’administration du revenu territorial. Les impôts sur le sel produisent des sommes assez considérables pour que la perception en soit confiée à un fonctionnaire , nommé à Canton le yen-junssé , ou « mandarin du sel. » Le gouvernement chinois, comme tant d’autres, s’est en effet réservé ce détestable monopole.

Les villes et les districts séparés de chaque province , et compris dans les trois catégories de Fou, de Tcheou et de Ilien , sont placés sous l’autorité de leurs magistrats respectifs , qui tirent leur rang de celui des villes qu’ils gouvernent. Le nombre total des mandarins civils , en Chine, est évalué à quatorze milles. L’importance du commerce européen, à Canton, a donné lieu à la création du haïkouan, ou «commissaire des douanes, » appelé |>ar les Européens Hoppo, par corruption de hou-pou (le conseil des revenus àPéking). Le haï-kouan est en général quelque Tartare, favori de l’empereur, qui l’envoie à Canton pour y faire sa fortune aux dépens du commerce extérieur. Ordinairement il remplit son mandat avec beaucoup de célérité , en pressurant les marchands hong sur lesquels il a un pouvoir absolu.

Cn livre rouge (un livre à couverture de cette couleur) , en six petits volumes, s’imprime tous les quatre mois par ordre de l’autorité : il contient les noms , le lieu de naissance et les. autres particularités concernant tous les fonc ti onnaircs publics de 1 ’empire . Aucun ind ividu ne peut être magistrat dans sa province , et tous les officiers publics sont, à de certaines époques , envoyés d’une résidence à une autre , afin qu’ils ne puissent contracter de liaisons avec leurs administrés. Le fils , le frère , ni aucun proche parent d’un fonctionnaire de l’Etat ne peut obtenir un emploi sous les ordrps de ce dernier. Tous les trois ans, le vice-roi de chaque province présente au

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