I.A CHINÉ
‘ilO
conseil des nominations civiles, la liste des officiers placés sous lui , avec des remarques sur leur conduite ; ce système est assez semblable à celui qui a élé adopté dernièrement dans le gouvernement civil des Indes-Britanniques. Selon les termes dans lesquels Ce rapport est conçue l’officier qu’il concerne est élevé ou abaissé de tant de degrés. Chaque magistrat ést tenu de mentionner, dans l’énumération de ses titres , de combien de degrés il a été élevé ou abaissé. Les délits et les crimes des hauts officiers sont jugés par des comehissaires impériaux nommés à cet effet. Jamais on ne pardonne à ün gouverneur ou à un vice-roi les troubles qui ont éclaté dans sa province. Le gouverneur de Canton , qui avait reçu un an auparavant des marques signalées de la faveur de l’empereur, fut perdu, en i832, par une irruption des montagnards au nord-ouest < quoiqu’il fût complètement exempt de blâme.
Les degrés des officiers civils et militaires sont distingués en partie par la couleur de la boule qui surmonte leurs bonnets coniques ; ces bonnets sont rouges, bleu clair, bleu foncé, en cristal, en pierre blanche ou en or, et avec quelques modifications, ils servent à distinguer ce que l’on appelle les « neuf rangs, » Chaque boule est accompagnée de soh signe correspondant , savoir : deux morceaux d’étoffe de soie brodée , d’un pied carré , et représentant un oiseau ou autre chose : tous deux se mettent par-dessus l’habit de cérémonie , l’un sut la poitrine, l’autre sur le dos. On y joint un collier à gros grains, descendant jusqu’à la ceinture.
Ces ornements purement extérieurs ne sontcepehdanl pas dos signes infaillibles auxquels on puisse reconnaître le rangde celui qui les portç , car on a la faculté de revêtir le costume de fonctionnaire public , sans en avoir les prérogatives, moyennant une grosse somme d’argent. Le seul avantage que l’on retire de cet habillement , c’est
qu’en cas de violation des lois existantes, on ne peut être puni sur te lieu, ni avant d’avoir été privé de sa boule, formalité qui n’est pas très longue à remplir. Tout marchand liong qui aurait acheté le droit de porter la houle bleue sur son bonnet peut être cité à comparaître par un mandarin dû grade le plus Inférieur, par un magistrat , possesseur seulement d’une houle d’or ou plutôt dofée , et s’il est réellement coupable, il peut être privé de son privilège , et châtié avec le bambou comme un homme ^ du peuple.
C’est un véritable progi’ès dans la civilisation que cette supériorité, chez les Chinois, de l’autorité civile sur l’autorité militaire , supériorité qui fait que les lettres l’emporteront toujours sur les armes, malgré la manière dont les Tartares ont obtenu l’empire. A cet égard, on peut dire que la Chine a conquis ses vainqueurs. On voit souvent marcher à pied un mandarin militaire du grade le plus élevé, tandis qu’un oflicier civil, d’un rang ordinaire, serait considéré comme dégradé, s’il paraissait autrement que dans une chaise à quatre porteurs. Les mandarins militaires n’ont pas la permission de se faire transporter ainsi : ils doivent monter à cheval. La dynastie actuelle, pour encourager son armée , a fondé des examens , ou plutôt des épreuves militaires , telles que : tirer de l’arc, manœuvrer un coursier, etc. A la suite de ces examens , les candidats sont classés par catégories d’avancement, comme les candidats civils, bien qu’ils n’entrent jamais en concurrence l’un avec l’autre. La valeur que les Chinois attachent à la force corporelle et à l’adresse d’un commandant , et le rang qu’ils accordent dans leur estime à l’arc et aux flèches , semblent prouver clairement que , chez eux, l’art de la guerre n’csl point encore sorti de l’enfance.
Tous les militaires de l’empire sont soumis à leur tribunal spécial de Péking, qui, lui-même, est soumis aux
Un mandarin dans une chaise à porleur.
caprices des autres tribunaux. Le conseil des revenus , par exemple, lui fournit les fonds nécessaires, et le conseil des travaux publics, le matériel de l’armée. Les meilleures troupes tartarcs sont rangées sous huit étendards jaunes, blancs, rouges et bleus, avec chacune de ces couleurs bordée par l’une des autres. Le drapeau vert distingue les troupes chinoises. La division , placée sous chaque étendard tartare, est forte , dit-on , de 10,000 hommes, ce qui donne un effectif de 80,000 soldats. Il y a de plus une milice locale dans les provinces ; mais cette troupe’ est tellement indisciplinée qu’on ne peut l’employer qu’à un sei^ice de police.
En y comprenant cetle milice , le nombre total des combattants à la solde du gouvernement a été estimé à 700,000, dont la plupart i-ésident dans leur district lia-
lal , cultivent la terre , ou suivent d’autres professions. Cette circonstance, dans un pays ami de la paix, rend la carrière militaire un objet digne d’envie , parce qu’elle procure à un homme quelque chose au-delà de ses besoins ordinaires. Il serait inutile de démontrer combien ce système est peu propre à produire de bons soldats ; son inefficacité est assez évidente. Les raisons alléguées par Adam Smith , dans son m' volume , pour prouver la supériorité de la milice d’un peuple barbare sur celle d’un peuple civilisé sont tout-à-fait applicables à la Chine et à la conquête de ce pays par les Mandchous, qui n’étaient qu’une poignée d’hommes.
Les missionnaires eux-mêmes , qui sont plutôt enclins à exalter qu’à rabaisser le mérite des Chinois, conviennent de leur infériorité sous le rapport militaire : « Ils ne sauraient, dit Duhalde, être comparables à nos troupes d’Europe , ni pour le courage ni pour la discipline , et il est aisé de les mettre en déroute. Outre cela , les Chinois sont naturellement efféminés, et les Tartares sont presque devenus Chinois, car la paix profonde dont ils jouissent ne les entretient point dans leurs goûts belliqueux. »
Plusieurs circonstances s’opposent à ce que la Chine puisse tirer de sa puissance militaire tous les avantages dont elle est susceptible, par suite de ses immenses richesses et de son énorme population. La première est l’orgueil et la suffisance, qui sont un obstacle à tout perfectionnement dans les arts en général, et dans celui de la guerre en particulier; la seconde est la jalousie qui empêche le gouvernement tartare d’utiliser la population chinoise ; la troisième est la trop grande supériorité de la Chine sur les petits Etats qui bordent ses frontières. Ces Etats n’osent jamais l’attaquer, et par là privent les soltlats chinois de l’occasion qu’ils auraient de s’exercer, et
y yo
LA CUIKE.
de faire des progrès dans la tactique et dans le maniement des armes.
D’un autre côté , la longue résistance des Miao-tseu , montagnards sauvages de l’intérieur, et leur continuelle indépendance jusqu’à ce jour, attestent la faiblesse des ressources militaires de l’empire et la mauvaise qualité des troupes, qui n’ont jamais de combat plus formidable à engager que contre les habitants d’une province réduite au désespoir par la famine , c’est-à-dire contre des ombres. En i 852 , les troupes de Canton furent battues par les montagnards : elles ne rendirent aucune e pècc de service, attendu leur manque de discipline et l’usage immodéré d’opium qu’elles avaient fait. Voilà pour l’année de terre. Maintenant si nous examinons l’armée navale , nous la trouverons plus défectueuse encore. Le seul exemple des ladrones , qui ne furent réduits que par les honneurs conférés à leur chef, est une preuve suffisante do la vérité de cette assertion.
Les fautes etles malversations des officiers chargés des fonds destinés à acquitter la solde des militaires, paraissent être fréquentes , et il y a lieu de supposer qu’un bon nombre de miliciens portés sur les rôles ne sont que des hommes de paille , dont la solde reçoit un autre emploi , si ce n’est à l’exemple, du moins à la manière de l’éminent capitaine sir John FalstafT (i). C’est sans doute ce système qui a valu à l’ambassade de 1816 les scènes grotesques dont elle fut témoin sur sa route. Les édits de l’empereur ordonnaient aux troupes d’avoir « un aspect imposant, » or, aux abords des villes, elles voyaient accourir sur les rives du ileuve, une foule d’individus chargés de jaquettes et d’autres accoutrements attachés sur leur dos. Ces haillons , dont ils avaient à peine eu le temps
(1) Personnage du tliéàlrc de Sliakspeare.