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de SC dépouiller, donnaient une espèce de démenti à leurs habits de parade , et trahissaient le secret de leur première condition.
Nos ambassades ne furent accompagnées que par très peu de soldats à cheval.Quel que soit aujourd’hui le nombre des cavaliers, on dit qu’ils sont presque tous Tartarcs.
Il parait exister une grande différence entre la solde des Tartares et celle des Chinois : un fantassin de ceux-ci ne reçoit par mois qu’un taël six dixièmes, sans riz, tandis qu’un fantassin des premiers touche deux taëls ou environ cinq sous par jour, avec une portion de riz. Voici comment on peut expliquer cette différence. Chaque Tartare qui ‘ est en Chine, appartient à une armée organisée sur un pied effectif; il réside fort loin de ses foyers , et n’a point d’autres moyens de subsistance que ceux que luifoiirnit le métier de soldat. Le Chinois, au contraire, peut, lorsqu’il n’est pas sous les armes , trouver à s’occuper utilement dans la profession qu’il a embrassée. Ensuite , le gouvernement, dans ses libéralités, est guidé tout à la fois par la partialité nationale, et par la nécessité de s’attacher ses sujets les plus dévoués.
L’uniforme ordinaire du soldat est une jaquette bleue à revers rouges, ou rouge bordée de blanc, passée sur un long jupon bleu. Le bonnet est fait de rattan ou lattes de bambou peintes ; il a une forme conique , et est à l’épreuve d’un coup de sabre. Les soldats portent quelquefois un autre bonnet de drap et de sole , semblable à celui des mandarins, mais sans boule au sommet. D’autres sont défendus par une grossière armure de drap , à boutons de métal, qui descend comme une tunique. Le casque est de fer; il ressemble à un entonnoir renvei'sé, et porte, au sommet, une pointe à laquelle est attachée une touffe de soie ou’de crins de cheval.
Les armes principales de la cavalerie sont l’arc et la flèche. L’arc est en bois flexible et en corne; la corde
est en soie fortement tordue. La force de ces arcs s’estime , d’après le poids nécessaire pour les bander ( il varie depuis quatre-vingts pieds jusqu’à cent livres. ) Lors-
Bouclier chinoii.
qu’on tire, la corde est tenue derrière un anneau de pierre ou d’agatbe placé au pouce de la main droite, dont la première phalange est inclinée et maintenue dans celte position par la phalange médiantc du doigt indicateur qui est appuyée sur elle. Leurs épées sont , en général , très mal faites ; ils les préfèrent cependant à leurs rouets à mèche; c’est, sans doute, parce que ces derniers ne sont pas meilleurs. Ils ont aussi des boucliers fabriqués avec du rattan , tourné en spirale autour du centre.
Pour ce qui concerne l’artillerie , Duhalde remarque , avec quelque apparence de raison , que « bien que l’usage de la poudre soit fort ancien en Chine , celui de l’artillerie
l.A CHINE.
y est tout moderne. » Il est positif qu’en 1621, la ville de Macao fut invitée à envoyer trois pièces de canon a Péking avec des hommes pour les servir, afin de les opposer aux Tartares; il est également certain que sous le dernier empereur de la dynastie chinoise, vers l’an i 63 fi, à l’époque où les Mandchous menaçaient la Chine, l’em- . pereur pria les jésuites de Péking cUapprendre à soiv peuple l’art de fondre les canons. Le plus habile dans cet art fut le fameux Ferdinand Verbiest, sous l’inspection duquel plusieurs centaines de pièces d’artillerie furent coulées pour l’empereur tartare Kang-hi, vers la fin du dix-septième siècle. On en fit un sujet d’accusation contre les jésuites à Rome; mais ils se défendirent en disant que par là ils avaient avancé la cause du christianisme. Il est certain que , durant trois siècles , aucune mission n’a réussi aussi bien que la leur, tandis qu’à présent il n’y a pas, dans l’intérieur, une douzaine de missionnaires pour une population évaluée à plus de trois cent millions d’âmes. t3
Le plus haut grade militaire est celui de tsiang-kiun , ou «général tartare. » C’est un tsiang-kiun qui commande les troupes régulières de la province de Canton. Ce poste ne peut jamais être rempli par un Chinois, mais un ChU nois peut occuper un poste secondaire. Au-dessous de ces chefs supérieurs sont des oCGciers subordonnés , promus régulièrement depuis le grade le plus bas , selon leur force physique et leur adresse à tirer de l’arc", joirttes à l’activité et au zèle qu’ils déploient , en cas de dissension intestine ou de révolte. Il est un fait assez curieux que nous ne devons point passer sous silence , c’est que tous sont fréquemment passibles de châtiments corporels et de la peine de la cangue, espèce de pilori mobile qui consiste en un lourd châssis de bois, pesant souvent cent livres , dans lequel sont pratiqués des trous pour la tête et pour les mains. Un certain nombre de coups de fouet
et l’exposition sont les singuliers moyens employés pour avancer l’esprit militaire des officiers supérieurs. Il faut remarquer qu’un courage audacieux n’est point considéré comme un mérite dans la tactique chinoise; cette maxime le prouve ; « Les soldats téméraires et arrogants doivent être défaits. »
Le 'propre de leur stratégie est une extrême circonspection unie à beaucoup de ruse et môme à beaucoup de perfidie; aussi on compterait sans son hôte si, après avoir conclu un traité avec un général chinois , on s’attendait à ce qu’il rempÜt tous ses engagements.
Occupons-nous maintenant de ce frein puissant qui tient en respect d’immenses populations, c’est-à-dire do code pénal de la Chine. 11 est surtout digne d’attention , en ce qu’il fournit les données les plus précises qui puissent faciliter l’appréciation du caractère du peuple pour lequel il a été rédigé. Le meilleur code de lois est inefficace, quand il n’est pas adapté aux mœurs des individus qu’il est appelé à régir. Si l’on perdait de vue cet axiome, on refuserait aux lois criminelles de la Chine la part de louange qui leur est due. Le témoignage suivant, d’un critique habile (i), donné à l’occasion de la version du Ij>u-li par sir George Staunton , leur est complètement favorable.
Cl Le trait le plus remarquable de ce code est sa haute raison, son extrême clarté; puis la briéveté et la force des diverses dispositions, la simplicité et la modération du style dans lequel il est écrit. On n’y rencontre point cet insipide verbiage de la plupart des autres compositions de l’Asie , ni ces délirantes superstitions , cette incohérence, ces non-sens, ces éternelles répétitions de tours oratoires , ni enfin aucune de ces épithètes accolmulées et de ces panégyriques fatigants des autres codes
[i) Revue <n 2 tlimbourg, aoûl 1810.