‹ La Chine ou Description GeneraleChapitre 82 sur 125 · I.A Cm.\E · texte numérisé non relu

I.A Cm.\E

dans beaucoup de cas, pourquoi deux Chinois qui se disputent, vocifèrent de part.et d’autre et s’accablent de reproches ou d’injures, pendant un temps infini, sans jamais se toucher. Dans ces sortes d’occasions, l’ancien du village ou du district (tous deux sont divisés en décuries et en centuries ) interpose souvent son autorité et rétablit la paix avec d’autant plus de zèle qu’il en est responsable.

La loi condamne aussi les expressions outrageantes , parce qu’elles tendent à produire des querelles et du tumulte , ou , comme dit la loi anglaise contre le libelle , parce qu’elle tend à troubler la paix du roi, .

Nous parlerons plus loin de la partie du code qui a trait aux matières fiscales et statistiques , à la tenance des terres et à l’héritage ; nous ne mentionnerons , pour le moment, que les dettes. La loi accorde un délai passé lequel le débiteur est passible du bambou , s’il n’a point acquitté le montant de ses obligations. Quelquefois un créancier s’établit avec sa famille chez son débiteur; pourvu qu’il agisse sans violence , sans exciter de tumulte , l’autorité le laisse faire et n’intervient point. Un des marchands bong insolvable eut à entretenir de cette manière plusieurs de ses créanciers chinois, jusqu’au moment où des Européens, qui avaient aussi des réclamations à exercer contre lui , le firent exiler en Tartarie : c’est une chose plus grave de devoir à un étranger qu’à un concitoyen, La raison de cette différence ne provient pas d’un sentiment de justice ; elle est uniquement motivée par le désir qu’éprouve le gouvernement d’éviter les réclamations des étrangers.

L’habUe critique que nous avons déjà cité remarque encore à propos de ce code : « Quand on passe des absurdités du Zendavesta et des Pourana au style plein de sens et de raison des lois chinoises , il semble que l’on sorte des ténèbres et que l’on arrive à la clarté. Elles sont

sans doute parfois redondantes et minutieuses ; cependant, nous ne connaissons pas de code européen qui soit en même temps aussi étendu et aussi positif, ni qui soit aussi exempt d’inutilités, de bigoterie et d’emphase. Il est défectueux , il est vrai , sur tout ce qui a rapport à la liberté politique ou à l’indépendance individuelle ; mais quant à ce qui a trait à la répression du désordre et au maintien dans le devoir d’une immense population, il nous parait en général doux autant qu’efficace. »

Les défauts signalés sont une conséquence inévitable de tous le$ régimes absolus , parce que le législateur ne s’embarrasse nullement de ces considérations qui, dans les pays libres, font de chaque loi nouvelle un problème dont la solution consiste dans l’alliance du bien public et de la liberté individuelle , alliance qui , dans les pays où la liberté règne plutôt que l’éducation morale , et où les hommes connaissent mieux leurs droits que leurs devoirs , rend la tâche du gouvernement bien plus difficile.

Sir George Staunton veut qu’on apprécie la législation chinoise d’après ses résultats , c’est-à-dire qu’on juge de l’arbre par ses fruits. Il cite M. Ellis (i), qui dit que la Chine est supérieure à tous les autres pays de l’Asie , soit par son gouvernement , soit par l’état général de la société , et ajoute que les lois y sont plus généralement connues et plus également appliquées ; que les exemples de tyrannie, accompagnée de châtiments barbares qui choquent la vue de tous les voyageurs en Asie , sont extrèment rares en Chine , et que , dans ce dernier pays , la situation ^e la classe moyenne et des basses classes est beaucoup plus satisfaisante , si on la compare à celle

(i) CW avec M, Ellis, aciuellcment ambassadeur en Perte, que I auteur de cet ouvrage a visité l’Ioiérieur de la Chine.

de ces mêmes classes en Turquie, en Perse et dans l’Inde.

» Ces remarques , continue sir George Staunton, étant d’un écrivain dont les opinions ne sont pas en général très favorables au gouvernement et au peuple de la Chine , doivent être considérées comme d’un très grand poids. »

Pour joindre mon propre témoignage à celui de M. Ellis, j’affirmerai que, durant notre voyage en Chine, je n’ai vu (excepté à Canton) que très peu d’exemples d’une misère abjecte parmi les basses classes, ou d’un luxe extravagant parmi les classes élevées.

Le code chinois , avec tous ses défauts , est certainement un modèle de perfection , si on le compare à celui du Japon, tel que l’a décrit Kœmpfer. « J’ai souvent été étonné, dit-il, du style bref et laconique de ces tablettes qui sont suspendues sur les grandes routes, pour notifier le bon plaisir de l’empereur. Rien n’explique comment cette loi a été faite , ni quel a été le but du législateur, ni même quelle peine encourt celui qui la transgresse. La simple violation de la loi entraîne la mort; on n’a aucun égard à la nature du crime, ni aux circonstances qui l’ont accompagné , et qui , dans certains cas , peuvent militer en faveur du coupable. » C’est assurément après avoir fait . cette comparaison quel’oncomprendles réflexions suivantes de Tien-ki-chi , qui écrivait « Que je me félicite d’être né en Chine! Jepense constammentàce qu’aurait été mon sort, si j’avais reçu le jour au-delà delamer, dans quelque partie reculée de la terre où le froid glace les membres , où la chaleur les brûle, où les hommes sont vêtus de feuilles de plantes, se nourrissent d’écorces d’arbres, habitent dans des déserts , s’abritent -au fond de trous creusés dans le sol , ne connaissent ni les sages maximes de nos anciens monarques , ni les doux liens domestiques. Alors, quoique né de la race des humains, j’aurais été

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