‹ La Chine ou Description GeneraleChapitre 92 sur 125 · LA CIII^F · texte numérisé non relu

LA CIII^F

caüon. Elles ne sont pas très versées dans les lettres ; cependant on a des exemples de femmes instruites qui ont composé des vers remarquables. Leurs vêtements sont extrêmement riches et d’une coupe avantageuse. Les pefsonnes bien élevées et de haute naissance tiennent pour inconvenant de montrer même leurs mains , aussi les cachent-elles sous de longues manches , lorsqu’elles touchent ou déplacent quelque objet. Les Chinoises regardent avec surprise le costume de nos dames européennes , tel qu’il est représenté dans les tableaux et les gravures : la vérité est qu’il contraste singuUèrement avec le leur.

On ne s’est jamais plus trompé qu’en affirmant que la polygamie est universelle en Chine. Nous rapporterons à ce sujet un passage de la préface de la traduction de Y Heureuse union, où l’on voit que cet ouvrage est une peinture d’autant plus fidèle des mœurs chinoises , que le héros n’épouse qu’une femme. « Il n’est pas exact de dire que leurs lois sanctionnent la polygamie ; elles tolèrent seulement le concubinage. Ln Chinois ne peut avoir qu’une tsi ou épouse , qui est distinguée par un titre , à laquelle il s’unit avec des cérémonies , et qu’il choisit dans un rang de la société tout-à-fait différent de celui où il prend ses tsieî ou concubines , dont il peut avoir un aussi grand ou un aussi petit nombre qu’il lui platt ; et bien que les enfants de ces dernières possèdent plusieurs des droits de la légitimité ( ils ne viennent cependant qu’après les enfants de l’épouse) , cette circonstance ne détruit point ce que nous avons avancé. Dans le roman que nous avons cité, le rival, mauvais sujet, tâehe d’effectuer son union avec l’héroïne, en rompant , pour défaut de forme , le mariage qu’il a contracté avec la cousine de cette dernière. Ainsi donc les compositions O à la chinoise» où l’on nous met en scène un homme qui épouse deux femmes ( et ces compositions-

là me sont pas peu nombreuses ) , ne sauraient passer pour des peintures de mœurs fort exactes. Le fait est que l’épouse est , par la naissance , d’un rang égal à celui de son mari, qu’elle a été unie avec un appareil de cérémonies, et qu’elle possède des droits légaux, tandis que la concubine est achetée pour de l’argent et traitée dans le domicile conjugal à peu près comme une domestique. Il est évident que la loi et la coutume chinoises , en accordant des légitimes aux enfants des con-cubines, ont' eu pour but de consacrer l’importance que l’on attache dans ce pays à s’assurer des descendants mâles. Il est clair aussi que la tsi et la tsieï ont entre elles le même rapport que la Sara et l’Agar de l’ Ancien- Testament; c’est pour cela que l’expression ordinaire de première et de seconde femme , employée précédem-* ment par le traducteur lui-même pour se conformer à l’usage de ses devanciers , n’est pas fort exacte. »

Si quelqu’un a des ftls de sa femme ( car il n’est ja* mais question des filles) , il dérogerait en prenant une coneubine ; mais , dans le cas contraire , cela lui est très permis. Cependant il n’y a guère que les riches qui aient recours à ce moyen , attendu qu’il est coûteux ; ce qui peut de plus détourner un homme prudent , ce sont les jalousies qui jettent souvent le désordre dans le ménage et qui l’ensanglantent quelquefois. Un proverbe chinois dit que « sur dix femmes, neuf sont jalouses. » Sans nul doute , ce doit être , pour une épouse chinoise , une double calamité que d’être stérile , et le sentiment, exprimé par Creuse dans la pièce grecque , doit être universel.

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Eleipioe ( Xo>y 836 , .

Ce sentiment est fortement dépeint dans le drame in-

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LA CHINK.

titulé Un Ucrhier dans la vieillesse, traduit du chinois en-anglais et de l’anglais en français. Là, l’épouse d’un vieillard qui n’a eu qu’une fdle, chasse, de concert avec cette dernière et le jeune homme auquel elle est mariée, une concubine qui , à cause de son état de grossesse , est un objet de jalousie pour tous , eyeepte pour le vieillard , qui attend avec anxiété la naissance d’un lils. La femme et son enfant sont cachés pendant trois ans, au bout desquels la jalousie de l’épouse s’apaise , vaincue par cette seule considération que , si son mari n’a pas d’héritier mâle , personne ne sacrifiera à ses mânes et aux siens , après leur mort.

Cet attachement aux rites funèbres n’est pas particulier .à la Chine , car il en est fuit mention dans plusieurs pièces grecques, telles que \' /Ijax et les Choépliori de üophocle.

Des hommes d’un esprit élevé se sont quelquefois opposés à ce que leurs filles devinssent les concubines de l’empereur lui-méme, quoique par là elles fissent exception à la règle commune. Lorsque le souverain a épousé une impératrice avec le cérémonial ordinaire , on lui donne des concubines choisies principalement parmi les plus belles'fillcs des Tarlares. A la mort de l’empereur, ces concubines sont reléguées dans une partie solitaire du palais , et il leur est interdit d’épouser qui que ce soit Marco Polo décrit, avec son exactitude accoutumée, la manière dont on choisit les dames tîirlares pour l’empereur. Le procédé ne parait pas avoir changé. ‘

Le mariage chez les Chinois, et toutes les paiticujarités qui s’y rattachent, se trouvent décrits tellement au long dans l’Union fortunée, que l’on ne peut mieux faire que de renvoyer le lecteur , pour de plus amples détails , à cet échantillon si curieux de la littérature et des mœurs chinoises. ■’<

Leur maxime est qu’une femme mariée ne peut point

LA Cni.NE.

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commcllre de crime; la responsabilité pèse sur l’homme. Ln-ent'ant, une épouse, un serviteur, étant à la disposition et sous la dépendance de leur père , de leur mari ou de leur maître, sont proportionnellement exempts' de chàt'unent, lorsqu’ils ont agi en se conformant à leur volonté. Une femme prend , en se mariant , le surnom de son époux. Le mariage entro personnes portant le même surnom étant illégal , celte règle d(ÿt comprendre naturellement tous les descendants de la branche mêle à perpétuité; et, comme dans une population si immense il n’y a guère plus de cent surnoms dans tout l’empire , les embarras que fait naître une loi si sévère doivent être nombreux. Le mariage entre proches pa- •

rents par alliance est prohibé; celui contracté par un oflicier du gouvernement avec une actrice est nul de plein droit J et les parties sont, en outre, passibles de soixante coups. ,

11 y a sept causes de divorce ; quelques unes d’entre elles sont assez plaisantes. La première ( la stérilité ) semble superflue , puisque le concubinage légal y pourvoit; les autres sont : l’adultère , la désobéissance aux parents du mari, le bavardage, le vol , le mauvais caractère , et des infirmités permanentes.

Trois circonstances peuvent faire rejeter ces motifs de séparation : si la femme a pris le deuil pour les parents de son mari ; si la famille a acquis de la fortune depuis le mariage , et si la femme n’a plus de parents qui puissent la recevoir; dans tous les cas, il est blâmable et illégal qu’une veuve se remarie. Toutes les fois qu’elle ne consent point, la loi la protège, et si elle agissait contrainte par ses parents , ceux-ci seraient sévèrement punis. Les veuves ont de fortes raisons pour ne point convoler à de secondes noces ; car, tant qu’elles ne se remarient point, elles sont maltresses àbsolues d’elles-mêmes et de leurs enfants.

Les Ciiinols ont emprunté des Bouddhistes, qui disent que " ceux qui ont été unis dans une existence antérieure le sont aussi sur celte terre , « l’idée que le mariage est décidé par le destin. Une certaine divinité qu’ils appellent Voue~lao (le vieillard de la lune), unit avec un cordon de soie (disent-ils) tous les couples prédestinés , et après cette opération, rien ne peut mettre obstacle à leur union.

La chose la plus essentielle dans une alliance est que les deux parties contractantes soient égales en rang et en situation , ou, comme le disent les Chinois, que « les portes correspondent (i) .» Le mariage est précédé d’une négociation appelée Pin ^ , laquelle est conduite par des agents ou des intermédiaires choisis par les parents. C’est alors qu’on Invoque le secours de l’astrologie judiciaire et que l’on tire les horoscopes des deux futurs époux, horoscopes appelés «les huit caractères.» Ces caractères représentent l’année , le mois , le jour et l’heure de la naissance du couple que l’on doit unir. La cérémonie terminée, le futur envoie des présents en ratification de l’union; mais la fiancée n’apporte ni présent ni douaire à son mari : dotcmnon uxor marito, sedmaritus uxori affert. Le choix d’un jour est une affaire d’une importance telle, que si le calendrier où toutes ces particularités sont indiquées n’est point favorable , la cérémonie est remise à plusieurs mois. Ces superstitions sont de tous les temps et de tous les pays. Dans Iphigénit en yiulide, une des tragédies d’Euripide, on en trouve un exemple remarquable. Clytemneslre dit à son époux qui la trompe sur le compte de leur fille : « Quel jour notre enfant se marierait-elle?» A quovl répond : « Lorsque le disque d’un lune heureuse apparaîtra. »

On considère le printemps comme l’époque la plus

(i) Meii-hou-ti'ng-tiiî.

LA CHIKE.

. convenable et la plus fortunée pour le mariage , et l’on préfère surtout la première lune de l’année chinoise (février). C’est dans ce mois que le pêcher fleurit en Chine; de là les fréquentes allusions faites à cet arbre en parlant du mariage. Les vers suivants dus à la plume élégante de sir William Joncs, sont la paraphrase d’une traduction littérale , faite par cet infatigable savant, d’un passage du » livre des Odes » , lequel est écrit en chinois.

« Swccl clii1<l of spriiig , the garden's qucen , Yoii peacli'lri’v cliarms tlic roviug siglit ; Ils fragraiil IcaTos liow riclily grecn.

Ils blüssoma how cliTinely bright !

» So aoftly abines the boantcoaa bride,

By love and conaciuua virlue Ivd,

O'vr hcr ncw inanaion to prcaidc ,

And placid joya around hcrapread ( 1 ).

Quelque temps avant l’époque fixée, le fiancé est coiffé en pompe d’un bonnet et prend un nom additionnel. La fiancée, dont les cheveux tombaient jusqu’alors en longues tresses , les arrange à la mode des femmes mariées et les attache avec des épingles. Lorsque le jour des noces est arrivé, les amis du fiancé lui envoient le matin des présents et leurs félicitations. Au nombre des présents figurent des oies vivantes, comme cmblè-

(ij Doux enfanta dn printempa, ce pêcher, comme la reine du jardin , charme et captive lea regards errants. Voyci de quelle verdure m.aguilique sca feuilles odorantes sont colorées , et de quel éclat divin resplendissent ses Qeurs!

C'est ainsi que brille d’un suave éclat la belle fiancée qui va , gnidéc par un amour pur, une vertu réelle, présider dans sa nouvelle demeure , et répandre autour d'elle des trésors de joie ineffable.

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