‹ La Chine ou Description GeneraleChapitre 94 sur 125 · I.A CniINE · texte numérisé non relu

I.A CniINE

Ldrsque les femmes sont stériles , elles vont adorer la déesse Kouan-jin, qui est une des principales idoles des temples bouddhiques et dont le nom signifie n attentive aux prières» {ter voeata audit); elle semble réunir les fonctions de Vénus et celles de Lucine. On désire aussi vivement des enfants mâles que l’on fait peu de cas des filles. Ln homme qui n’a pas de fils vit sans honneur, sans satisfaction , et meurt malheureux. Pour adoucir sa situation, il lui est permis d’adopter les fils de ses plus jeunes frères. Quelquefois l’extrême désir d’avoir un héritier mâle porte un père déçu dans ses espérances à corrompre la sage-femme, et à lui faire substituer le fils de quelque malheuréux à la fille qui vient de lui naître. Cette action s’appelle Teou-long-lioan-fong , « prendre un dragon en échange d’un phénix. »

Une de leurs maximes porte : De même que l’empereur doit avoir la sollicitude d’un père pour son peuple , un père doit avoir le pouvoir d’un souverain sur sa famille. Il parait, d’après de nombreux exemples, que les parents poussent ce pouvoir jusqu’à vendre leurs enfants comme esclaves. Ils n’observent point le précepte de Rousseau : «Quand chacun pourrait s’aliéner lui-même , il ne pourrait aliéner ses enfants ». On voit dans la pièce intitulée « Un héritier dans la vieillesse » jusqu’à quel point les enfants d’une concubine appartiennent à la femme légitime. Le vieillard dit en parlant à son épouse : « Siaomeï est maintenant enceinte, et soit qu’elle donne le jour à un garçon ou à une fille , elle sera toujours votre propriété. Vous pourrez la louer ou la vendre, selon qu’il vousconviendra le mieux. » Les concubines ne sont, en réalité , que des esclaves femelles.

La naissance d’un fils est un événement que l’on célèbre par de grandes réjouissances. On donne d’abord à l’enfant le nom de la famille ou un surnom , puis ensuite «le nom de lait » qui, en général, consiste en

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quelque Icndi’e diminullf. Ln mois après, les alliés et les amis des parents envoient un plat d’argent sur lequel sont gravés ces mots : « longue vie , honneur, félicité. » On instruit l’enfant, dès son bas âge, dans les pratiques du cérémonial, et à quatre ou cinq ans, on lui fait apprendre à lire. L’importance de l’éducation est reconnue en Chine depuis si long-temps, qu’un ouvrage écrit avant l’ère chrétienne parle de « Vancien système d’instruction » en vertu duquel toutes les villes et tous les villages devaient être pourvus d’une école commune. Les Chinois aisés emploient des précepteurs, et les aubes envoient leurs fils aux écoles de jour, qui sont tellement suivies, que les honoraires payés par chaque enfant sont d’une extrême modicité. Dans les grandes villes, il y a des écoles de nuit dont profilent ceux qui sont obligés de travailler le jour.

Les seize discours de l’empereur Yong-tchin, appelés le Saint-édit , commencent par les devoirs domestiques considérés comme les fondements des devoirs politiques, et le onzième traite do l’instruction des jeunes rejetons d’une famille. Le docteur ’lorrison, dans son dictionnaire , a donné un choix de cent règles ou maximes observées dans une école; plusieurs d’entre elles sont excellentes. On insiste, entre autres choses, sut V attention , comme étant d’une haute importance; on met les enfants en garde contre l’habitude « de répéter avec la hou-, che, tandis que le cœur (ou l’esprit) pense à autre chose. » On leur apprend aussi à ne jamais se contenter de ce qu’ils apprennent, mais à demander des explications. Il n’arrive pas souvent que les écoliers soient passibles de punitions corporelles. La règle est d’essayer l’effet des récompenses et de la persuasion, jusqu’à ce qu’on en ait reconnu l’insufTisancc. Dans ce dernier cas, on punit un garçon en le faisant rester à genoux à sa place devant scs camarades, ou, quelquefois à la porto de l’école tout

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le temps que brûle un bâton d’ encens, depuis une marque jusqu’à une’autre. Là dernière extrémité à laquelle vOn ait recours , est la flagellation. )'

” Le but du gouvernement , ainsi que l’a remarqué le docteur Morrison, en rendant l’éducation générale, n’est pas d’étendre les bornes de l’érudition , ’maià de faire paît de la science déjà connue à la plus grande portion possible de la génération naissante, et «d’extraire le véritable talent » de la masse de la communauté pour le faire tourner à son profit. 11 ne vise nullement au progrès des sciences. Il exige que l’on étudie les livres '^traitant à’ orthodoxie, et condamne toutes les innovations qui n’en découlent point. On peut voir là une des causes qui rendent les Chinois stationnaires dans leurs habitudes aussi bien que dans leurs institutions. *

Pour ce qui est de la langue, voici les divers degrés d’instruction que l’on fait parcourir aux "'enfants. On leur apprend d’abord à connaître quelques uns 'des principaux caractères (tels que ceux qui représen- ^ tent les objets les plus importants de la nature ou des arW). On leur met ensuite entre les mains le San-tseuking‘’ou « classique trimétrique, » sommaire de ce qu’un enfant doit savoir, écrit en lignes de trois mots ou pieds. Immédiatement après, on leur donne les « Quatre ‘livres » , qui contiennent les doctrines de Confucius ,

^ ^ét qui , en y ajoutant les « Cinq King » , forment les Saintes Écritures chinoises. Ils apprennent les Quatre livres en entier ; le travail de la classe littéraire consiste, en outré, à commenter ces livres ou à composer des essais sur leur texte. Pour enseigner à écrire, on trace des ca- "ractères que l’on couvre d’un papier transparent; l’enfant les reproduit ensuite avec un pinceau sur ce même papier. En commençant, ils calquent de cette manière •de très gros caractères. Les Transactions ofthe Rojal Asiatic Society contiennent .des spécimens de ce genre

Libraire chinois.

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de calligraphie. Au lieu d’ardoises, ils se servent communément de planches c(j|kvertes d’un vernis blanc pour épargner le papier; ils lavent l’écriture, lorsque la planche est remplie. Les instituteurs sont extrêmement nombreux , en raison du grand nombre d’individus qui suivent la carrière des lettres.

Toutes les principales villes ont des salles d’examen : ce fut dans un de ces édifices que l’ambassade de i8iG demeura à Kan-hiong-fou ; il consistait en une multitude de salles et de cours, entourées de cellules séparées poulies candidats qui ne sont admis qu’avec du papier blanc et leurs ustensiles pour écrire. Les étudiants qui réussissent, dans leur district, à l’examen annuel, sont mis au rang des Sleou-lsaï ou bacheliers, et sont promus à l’avancement, en proportion de leur mérite, jusqu a ce qu ils soient prêts à subir l’examen triennal, qui a lieu au chef -lieu de la province , et qui est présidé par un olTicier, député tout exprès par le collège des Ilan-lin de Péking. Les thèses ou compositions consistent en des essais moraux et politiques sur des textes choisis dans , les livres sacrés , et en vers sur des sujets donnés. On prend une multitude de précautions pour empêcher que les examinateurs ne connaissent les auteurs des essais et des poèmes : neanmoins on ne parvient point toujours à éviter les abus.

Les candidats qui réussissent aux examens triennaux obtiennent le grade de Kiu-jin , que l’on peut rendre par licencié, et tous les trois ans ces licenciés se rendent à Péking (leurs frais de voyage sont payés, si cela est nécessaire). Là ils sont examinés sur leurs prétentions au grade de Tsin-ssé (doctorat). On ne peut recevoir plus de trente candidats en une fois. C’est parmi ces docteurs que l’on choisit les membres du collège impérial des Han-lin', après un dernier examen effectué dans le palais

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