‹ La Chine ouverteChapitre 10 sur 14 · LES RENARDS-FEES · texte numérisé non relu

LES RENARDS-FEES

Sous le règne de Hiouang-Tsong , de la dynastie des Tang , vivait un jeune homme dont le nom de famille [sing) était Wang , et qui avait pour nom de lait [jou-ming ) le caractère Tchin. Il perdit son père de bonne heure, et se maria bientôt après. Sa mère et lui étaient allés s'établir dans la province de Kiang-Nan , à la suite des troubles amenés dans la capitale par la rébellion de Ngan-Lo-Chan ; son frère avait pris du service dans les gardes de l'empereur.

La paix étant rétabhe , Wang-Tchin eut l'idée de faire un voyage pour revoiries anciennes propriétés qu'il avait été forcé d'abandonner ; et , confiant dans son habileté à tous les exercices militaires , il partit sans autre escorte que son serviteur Ouang-Fo.

Un soir qu'il traversait une forêt, il entendit sous un vieil arbre comme un bruit de voix humaines. Ce n'étaient pourtant pas des hommes qui parlaient , mais bien deux renards sauvages, lesquels, tenant entre eux un vieux manuscrit, semblaient discuter le sens de quelque passage.

Wang-Tchin, très -superficiellement instruit en littérature ,

n'avait aucun respect pour les savants, à quelque genre d'animaux qu'ils appartinssent, et il estimait un bon coup d'arbalète bien au dessus de tous les ouvrages anciens. Aussi , serrant les rênes de soie pour arrêter son cheval , et disposant son arbalète avec l'ongle en corne polie qu'il portait toujours à son doigt , il plaça une balle dans le canon. L'arbalète s'arrondit comme la lune en son plein ; la balle partit en sifflant avec la rapidité d'une étoile filante. Au bruit qu'elle fit, les renards levèrent la tête; mais il n'était plus temps : et celui des deux qui tenait le livre , reçut le coup dans l'œil gauche. Il partit, jetant le manuscrit et poussant des cris désespérés.

Wang-Tching ramassa le précieux cahier, et, peu versé dans la connaissance des anciens caractères , il ne put y rien déchiffrer; les pages étaient couvertes de lettres à têtes de crapauds. Il pensa que des savants lui en expliqueraient le sens , et continua sa route.

Dans l'hôtellerie où il s'arrêta pour passer la nuit , et dont le maître reçut avec respect un homme aussi imposant par sa prestance militaire , un voyageur inconnu se présenta ])eu après lui. Cet homme se doimait pour un officier de l'empereur, et l'hôtelier consentit à le recevoir, encore (ju'il n'eût aucun bagage, malgré sa mine assez suspecte.

Wang-Tchin remarqua bientôt que le nouveau venu cachait la moitié de son visage avec les plis de sa manche ; et il allait en faire l'observation à l'hôtelier, quand le voyageur se plaignit lui-même de la douleur cuisante qu'il éprouvait à l'œil gauche ; et, d'un air de bonhomie, il ajouta cpiil s'était blessé en courant à la poursuite de deux renards qu'il avait rencontrés . criant d sautant d'un côté et d'autre , par la campjigne.

Ce discours am(Mia Wang-Tchin à |)arler de son aventure. L'étranger montra la plus grande curiosité dès qu'il entendit parler du manuscrit que lisaient les renards sauvages, et Wang-

HùtellcriG.

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Tchin le cherchait déjà dans sa manche pour le lui donner à traduire , lorsque le petit-fils du maître-d'hôtel , jeune enfant de cinq à six ans, entra dans la salle. A peine arrivé, il s'alla planter devant le faux officier dont il avait reconnu la véritable nature , et le désignant à son grand -père : — Voyez , dit-il , quel vilain renard sauvage est venu s'asseoir ici ; ne le chassera-t-on pointa

A ces mots , Wang-Tchin , frappé d'une idée subite , pressentit que c'était là le renard blessé par lui. Il tirait déjà son épée et se dirigeait vers la porte , quand le prétendu militaire , qui se vit menacé , fit la culbute , reprit sa véritable forme , et se sauva tout effaré, la queue entre les jambes. Wang-Tchin le poursuivit l'épée à la main; mais les traces qu'il suivait le conduisirent au pied d'un mur. Comme il faisait nuit , on ne put savoir ce qu'était devenu l'animal.

Après son souper, notre héros, couché dans l'hôtellerie, rêvait à cette aventure merveilleuse, quand il entendit frapper à sa porte. Une voix plaintive, qu'il reconnut pour celle du renard , redemandait le précieux manuscrit : — Si vous me le rendez, disa,it-elle , je saurai trouver moyen de vous témoigner ma reconnaissance ; autrement , il vous arrivera des choses fâcheuses .

Cette menace , au lieu d'effrayer Wang-Tchin , le mit en colère; et, sautant à bas de son lit, il prit à petit bruit ses vêtements et son épée, bien déterminé à tuer le mystérieux animal. Mais , arrivé au bas des degrés, il s'aperçut que la grande porte de l'hôtellerie était fermée à clef. S'il appelait pour qu'on l'ouvrît , il serait accusé de troubler le repos des voyageurs ; il résolut donc d'ajourner sa vengeance.

Deux jours après, il avait repris possession des domaines (jue la guerre l'avait forcé d'abandonner. Il se prélassait dans une maison qu'il venait d'acheter et de meubler, quand il vit arriver

un domestique en grand deuil, qu'il reconnut pour un des serviteurs de sa maison, nommé Ouang-Heou. Cet homme lui apportait un billet par lequel la mère de Wang-Tchin , sur le point de mourir, conjurait son fils de venir lui rendre les derniers devoirs.

Wang-Tchin était trop bon fils pour hésiter. Apres avoir gémi sur le niulheur dont il était menacé, il se hâta de faire confectionner des habits de deuil et de foire préparer le cercueil. En mcMnetem]is, il vendait en toute hâte et à perte la maison et les terres (pi'il venait d'acquérir. Ouang-Lieou ne lui laissait ni trêve ni repos ; ce bon ser\ iteur fut envoyé en avant pour

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tranquilliser la famille et annoncer l'arrivée de son maître , qui partit dès que la caverne fut creusée au milieu du tertre sépulcral .

Tandis qu'il continuait sa route, sa mère et sa femme étaient fort en peine de savoir ce qui était advenu de lui. Un jour qu'elles s'inquiétaient du sort de Wang-Tchin , on leur annonça que Ouang-Fo , son serviteur de confiance , demandait à leur remettre une lettre de sa part. Cette lettre annonçait toutes sortes de bonnes nouvelles. Les biens de la famille étaient retrouvés; Wang-Tchin avait été présenté au premier ministre, et celui-ci venait de le nommer à une magistrature dans le Yeou- Sou. — En conséquence, il ordonnait qu'on vendît en toute hâte les biens achetés dans le Kiang-Nan, et engageait sa mère, ainsi que sa femme , à venir immédiatement le rejoindre dans la capitale.

Ouang-Fo , de plus , insistait verbalement sur la nécessité de partir sans retard. Ce bon serviteur, bien qu'il eût perdu l'œil gauche par suite des fatigues du voyage , voulut repartir à l'heure même. On ne put que rendre justice à son zèle , et lui donner une bonne somme d'argent pour le défrayer de tout jusqu'à la capitale. Ensuite, la mère et la femme de Wang-Tchin s'apprêtèrent à voyager comme il convenait à sa nouvelle dignité. Un bateau-mandarin fut loué ; on vendit le mobilier, les terres, les maisons à vil prix , et, de l'argent qu'on en avait tiré , la plus grosse moitié passa entre les mains du bonze qui fut chargé de choisir le jour heureux pour se mettre en marche. Les voisins et voisines accoururent en foule pour féliciter la famille dont la fortune grandissait si vite , et les voyageurs partirent en triomphe.

Wang-Tchin , cependant , dévoré d'inquiétude , était arrivé sur les bords du Yang-Tcheou , et , assis sur ses bagages , à la

porte d'une hôtellerie, il attendait un bateau que son valet Ouang-Fo était allé retenir par son ordre. Tout à coup , — il n'en voulait pas croire ses jeux , — sur le pont d'un bateaumandarin qui remontait le courant, il reconnaît successivement tous les serviteurs de sa maison ; puis , devant le treillage de bambou qui forme la porte de la cabine, une femme s'avance, met la tête hors du balcon , et regarde. .. C'était sa mère. 11 se lève aussitôt, il s'écrie, il s'élance... Mais , songeant aux vêtements de deuil qu'il avait cru devoir endosser, et qui ne convenaient plus , sa mère étant vivante , il arrache en toute hâte ses vêtements de toile blanche , et tire de son paquet , resté près de lui, d'autres habits, ainsi qu'un bonnet plus convenables. Puis il court au bateau , que l'on s'était empressé d'arrêter.

Il est aisé d'imaginer à quelles explications donna lieu le malentendu qui réunissait la famille d'une manière si imprévue. D'un côté, Ouang-Lieou (le véritable Ouang-Lieou) qui affirmait n'avoir jamais été porter à Wang-Tchin la lettre que sa mère n'avait jamais songé à écrire. De l'autre , le véritable Ouang-Fo ( non plus le borgne) ouvrant une paire d'yeux vifs , clairs et brillants comme une clochette de cuivre , quand on lui soutenait qu'il était venu annoncer à la mère de Wang-Tchin la prétendue prospérité de son fils. Enfin , et pour comble do surprise , les deux missives sur la foi desquelles le double voyage avait été entrepris, métamorphosées en deux mauvaises feuilles de papier blanc.

La double déception qui frappait la lamillc Wang allait être mortelle à sa fortune ; et , dans le trouble où il était plongé , Wang-Tchin n'avait d'abord su que penser de tous ces sortilèges. Enfin , à ])ropos de ce prétendu Ouang-Fo (jui avîiit perdu l'œil gauche, il eut une inspiration lumineuse, et reconnut hi vengeance dont le renard sauvage l'avait menacé.

Maintenant (jue faire f Les biens de la cai)itale v\ ceux du Kiang-Nan étaient vendus. Dans l'un ou l'autre pays, l'objet d'une si ingénieuse tronqMM'ie devait être en butte à la risée nubliiiue. Wang-Tchin et les siens . eHrayés de cette pei-spec tive, résolurent d'aller se fixer dans le Fan-Tchouen. Ils y prirent

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une maison à loyer, et vécurent dans la retraite, couvant leur tristesse profonde.

Certain jour, un homme entra dans la salle où Wang-Tchin surveillait les travaux de ses domestiques. Il portait un bonnet de gaze noire, de forme ancienne, et une robe de soie verte comme celle des tao-sze. Des pierres bleues et des morceaux de jade ornaient sa coiffure ; de larges rubans de soie , diversement nuancés , descendaient de sa ceinture au bas de sa tunique. Ses souliers de même étoffe faisaient honte à la neige par leur blancheur, et la semelle en était brillante comme une nue empourprée.

Ce n'était rien moins que Wang-Tsay, le frère cadet de

Wang-Tchin. tisse saluèrent affectueusement , et accomplirent

les devoirs de la civilité; après quoi, Wang-Tsay demanda qu'on lui expliquât tous les changements survenus dans l'existence de la famille. Quand il eut appris l'aventure des renards . il fit à son frère les plus graves reproches. Pourquoi maltraiter des animaux inoffensifs? Pourquoi voler leur livre? Pourquoi , lorsqu'ils insistaient pour le ravoir, refuser de le leur rendre ( A quoi pouvait vous servir ce bouquin ?

— Et ce livre de malheur, poursuivit Wang-Tsay, est -il gros? Que renferme- 1- il? En quels caractères est-il écrit?

— Je ne sais , répondit AVang-Tchin intérieurement humilié par ces reproches... De tous les caractères qu'il renferme, il n'en est pas un que je connaisse.

— Ils doivent être curieux , et je serais bien aise de regarder ces pages.

Wang-Tchin alla chercher le manuscrit , et le remit aux mains de son frère , qui , le tournant et retournant , semblait le dévorer des yeux. Puis tout à coup ce dernier se leva, traversa la salle , et regardant Wang-ïchin entre deux yeux :

— Le faux Ouang-Lieou, lui dit-il , c'était moi! Maintenant quej'ai mon livre , rassurez- vous. . . et adieu !

Sur quoi , cet être bizarre prit la fuite en courant , mais pas si vite que Wang-Tchin n'eût le temps de se cramponner en criant à ses habits. Le fuvard se débattait en vain sous ses mains vigoureuses , et on l'entendait murmurer quelques paroles inarticulées. Tout à coup l'animal fée se secoua vivement", se dépouilla des habits dont il était couvert, reprit sa première forme , et disparut comme un tourbillon.

AVang-Tchin et ses gens, accourus au bruit, se précipitèrent après lui dans la rue ; mais ils ne virent rien. . . rien qu'un vieux tao-s/o borgne, Jissis à la porte , sous l'auvent du toit. Us lui demandèrent s'il n'avait point vu passer un renard, et de quel côté cet animal avait pris. A quoi il ne répondit qu'en étendant la main du côté de l'est.

Us coururent aussitôt dans cette direction ; mais ils n'avai«Mit pas dé])assé la sixiènu^ maison (juiind ils s'entendirent rappeler par le tao-s/e.

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— Wang-Tchin , criait-il , le Ouang-Fo borgne , c'était moi ! . . . Votre frère cadet n'est pas loin d'ici !

En effet, les deux renards , en possession de leur livre, gambadaient sous les yeux de leurs ennemis, et les narguaient ouvertement. On voulut les poursuivre ; mais ils jouèrent des pattes , et s'enfuirent comme s'ils avaient eu des ailes.

Rentré chez lui , l'infortuné Wang-Tchin voulut examiner les vêtements qu'il avait arrachés au renard. A peine les eut-il touchés qu'ils se métamorphosèrent aussi, ou plutôt on les vit tels qu'ils étaient en réahté. Une feuille de bananier brisée avait pris l'apparence d'une robe de soie ; de vieilles tiges de nénuphar composaient le bonnet de gaze ; les morceaux de jade , les pierres d'azur, étaient de petits ronds de bois , taillés dans une branche de saule pourrie. La plante rampante qui sert à fabriquer les manteaux contre la pluie représentait les longs fils de soie violette suspendus à la ceinture ; les chaussures de soie n'étaient rien que du papier blanc , et leurs semelles étincelantes , deux vieilles écorces de papier.

Ce qu'il y eut de pire dans tout cela , c'est que , mystifié par les renards, il reçut le surnom fâcheux de Ravisseur, — à cause du livre qu'il leur avait dérobé. Ainsi se trouvent vérifiés les vers suivants :

Le serpent rampe , le tigre bondit , chacun selon son espèce. Les renards ont des livres divins auxquels ils sont attachés La maison a été détruite ; les biens ont été vendus; le livre

même a disparu.

On rit encore de Wang-Tchin ; on en rira dans mille ans.

Les Exiiniens,

La science tant de fois malheureuse de mon licencié aurait pu me faire défaut, et je n'étais qu'à moitié tranquille dans la petite cellule oii l'on m'avait renfermé , comme chacun de mes

concurrents. Une seule circonstance mo rassurait : les questions arrivaient l'une après l'autre, telles qu'elles m'avaient été annoncées; et je fus presque certain de mon fait quand je vis donner le Cerf-Volant pour sujet de la composition poétique. Prévenu comme je l'étais, ceci me donnait gain de cause, et voici poun^uoi.

Le vice-roi est animé d'une rancune particulière contre un des censeurs provinciaux dont le nom , pi-Otant à une espèce de

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calembour, est le même mot par lequel on désigne le jouet favori des enfants chinois. Aussi, en donnant ce thème à traiter, le vice-roi fait un appel indirect à la perspicacité des candidats. 11 leur offre l'occasion d'une satire indirecte à diriger contre l'ennemi de Son Excellence , et si leur défaut de pénétration ne déjoue pas ce plan machiavélique , il espère bien amuser Pe- King et la cour aux dépens de son adversaire politique , sans encourir le blâme qui s'attache à toute contestation entre les magistrats supérieurs.

Averti de cette ingénieuse menée, j'avais mon épigramme toute prête , et Lun-Chung lui-même , faisant trêve à sa tristesse , avait voulu la revoir. Aussi n'a-t-elle pas manqué d'avoir un succès prodigieux , et mon admission dans le corps des lettrés a jeté tant d'éclat qu'elle est devenue l'objet d'un récit presque fabuleux , imprimé le lendemain du jour oii les examens ont été terminés. On me permettra de transcrire, pour m' épargner l'ennui de parler de moi , quelques passages de ce mémoire laudatif , auquel le vice-roi donne toute la publicité possible.

L'auteur commence par raconter les anxiétés de ce délégué du pouvoir suprême , et les soins qu'il a pris , dans son palais fermé à tout le monde , pour bien juger le mérite des compositions qui lui ont été remises .

"... 11 en a trouvé une tellement parfaite , ajoute le véridique • narrateur, que le papier semblait tout couvert de perles et de rubis. L'élégance du style et la richesse des pensées lui donnaient un mérite transcendant Dès le lendemain , il fit placarder l'affiche qui annonçait l'époque où l'on devait proclamer solennellement les noms des candidats reçus.

•' Au jour fixé , — c'était hier, — l'illustre président du concours s'assit sur un fauteuil élevé. A ses côtés étaient placés les directeurs de chaque collège. Tous les clercs se tenaient audessous d'eux. On prit les compositions, et on les décacheta pour proclamer les noms. Le premier qu'on lut fut celui de Ping-Si, né à Sam-Sah , dans la province de Fo-Kien. On vit alors sortir du milieu de l'assemblée un bachelier aux veux

bleus comme la Fille Bleue (l'Esprit qui préside à la neige et à la gelée).

Ce jeune bachelier s'avança en face du président, et fit un profond salut en disant : Me voici !

S. E., voyant la figure distinguée de ce jeune homme, fut transporté de joie : — C'est donc vous , lui dit-il , qui êtes l'étudiant Ping-Si?

— C'est moi-même , répliqua le jeune homme en rougissant. Ses joues ressemblaient aux murailles du palais des dieux.

— Quel âge avez-vous maintenant ?

— 11 y a vingt- trois ans qu'on a célébré pour l'humble ser-

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viteur do V. E. l'antique cérémonie du Souï-pan-Hoci. 11 avait alors douze mois.

— Depuis combien do tenq)s étudiez-vous la poésie (

— Depuis trois ans environ.

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— J'ai présidé successivement les concours de plusieurs provinces , dit alors notre vice-roi , et je puis dire que , parmi les licenciés et les docteurs , les hommes de talent ne manquent pas ; mais malgré mes recherches pour en trouver un seul qui s'élevât au-dessus de la foule , j'avais eu la douleur de ne pouvoir le rencontrer. Votre composition annonce des facultés éminentes , qui sont un don du ciel.. Vos pensées merveilleuses vous assignent un rang à part. La hardiesse de votre pinceau rappelle l'ardeur impétueuse du Dragon divin, et j'ai cru d'abord que votre composition était l'œuvre d'un vieux docteur, d'un lettré mûri par les ans.

" Ping-Si parut troublé par cette parole , car elle blessait sa modestie ; mais il offrit de composer une romance , une chanson , une pièce de vers réguliers ou libres , un morceau de prose élégante , fût-il à cheval , et sur l'heure même.

" Le président remercia, et proclama immédiatement les autres noms; ensuite il lut à haute voix la composition poétique du jeune bachelier. Voici ce morceau tout à fait remarquable, écrit sur une feuille de papier à fleurs , en moins de temps qu'il n'en faut pour boire une demi-tasse de thé..

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